Je contemple le plafond de ma chambre. Somptueux, d’accord, mais gris et froid comme le reste du manoir. Un manoir sans vie, sans joie et certainement pas un bon endroit pour grandir. Comment aurai-je pu m’épanouir dans un endroit où la mort se respire dans les couloirs ? Je sais l’histoire de ce lieu, mais je ne sais pourquoi mon père s’entête à vivre ici. Mes grands-parents y vivent, d’accord, mais pourquoi moi ? Je suis lassée de voir du gris et de la tristesse, je veux de la vie, des couleurs, des sourires... tant de choses dont on m’a privé toute mon enfance, en me répétant que c’est pour mon bien. Je veux aussi aller à l’école. Mon père a reçu la lettre il y a trois ans, mais il m’a demandé de rester, il m’a dit que je pourrais y aller plus tard, quand tout serait réglé. Est-ce que tout est enfin réglé ? La rentrée est dans une semaine, j’espère le convaincre d’ici-là. Tandis que je remue mes noires pensées de liberté et mes beaux rêves de scolarité, j’aperçois une silhouette menue traverser la pièce et ouvrir les rideaux. Comme tous les matins, ma grand-mère prend le rôle que ma mère aurait dû endosser.
Elle déborde d’énergie et de joie, et, après tant d’années à faire le mal, elle veut se rattraper pour entrer au paradis. Je suis sûre qu’elle y arrivera, elle est la seule source de lumière de cette maison et je ne connais personne, pas même mon père, de plus aimant. Elle ne souhaite pas que je l’appelle grand-mère, car ça la rend vieille, alors comme tous les matins je lui répond :
Elle est si gentille que je fais toujours un effort pour ne pas froisser sa journée parfaite. Tous les jours, je me dépêche de me préparer, je la complimente sur le petit déjeuner, j’écoute attentivement les cours qu’elle me donne... Pas un seul faux pas et sa journée est réussie. Moi, je n’ai pas envie de désobéir, de jouer l’enfant rebelle, car si je me fâche avec elle, je serai contrainte à parler avec mon père ou mon grand-père, chose qui m’ennuierai à mourir. J'enfile donc ma robe, je noue mes cheveux avec un ruban vert et je descends retrouver ma famille pour le petit déjeuner. Mon grand-père lit le journal, mon père déprime sur son café et ma grand-mère tient dans ses mains un plat tout chaud qui est certainement mon repas. Comme d’habitude, lorsque j’entre, mon père et mon grand-père me disent bonjour, je leur réponds et je m’asseye. Je commence à manger en silence, tandis que ma grand-mère repart à la cuisine, me laissant seule avec eux. Puis mon père prend la parole. C'est tellement rare que je manque de tomber de ma chaise.
Je ne suis pas sûre d’avoir bien compris. Par peur des malentendus je demande :
Mon père à l’air surpris que je n’aie pas compris. Il me regarde comme si j’étais devenue bête.
Oh mon dieu. Mon père est d’accord pour que j’aille à Poudlard, mon rêve depuis que je sais ce que c’est. Je suis tellement heureuse que je manque de crier de joie. Je souri le plus que je peux, et je voie le regard de mon père changer. Qu’est-ce qu’il y a ? Il ne s’attendait pas à ce que je sois heureuse ? Je manque de lui poser la question, mais il me devance.
Qu’est-ce qu’ils ont, mes yeux ? Suis-je devenue un vampire ? (C’était un de mes plus grand rêves, lorsque j’étais petite) j’entends mon père appeler ma grand-mère. Il ne l’appelle que rarement, pensant sans doute qu’il sait tout mieux qu’elle. Mais elle a une connaissance énorme, qui dépasse apparemment celle de plusieurs professeurs de Poudlard. Elle entre dans la pièce et mon père lui demande directement de regarder mes yeux. Elle obéit, m’inspecte sous toutes les coutures, puis déclare :
Je n’en aie aucune idée. Je ne sais même pas quel est le problème, comment pourrai-je les informer sur quelque chose dont je ne suis pas consciente ?
Ma grand-mère me pousse alors dans une autre pièce, où il y a un miroir. Je n’y crois pas. Mes yeux, habituellement d’un bleu sinistre et délavé sont à présent d’une couleur noisette éclatante, une couleur que je n’ai jamais vue…
Je me détaille de plus près. Je dois admettre que ça me va bien, mais je n’aime pas quand même. Ce n’est pas mes yeux.
Il ne comprend plus rien, et répond non de la tête à ma grand-mère. Je me regarde encore une fois dans le miroir, et, oh mon dieu, mes yeux ont encore changé de couleur. Ils sont à présent d’un bleu autant profond que l’océan. Je le signal aux deux adultes qui sont dans cette pièce, et qui sont en train a de se disputer à cause de je ne sais quelle potion ma rangée. Ils me regardent les deux d’un air ahuri. Ma grand-mère appelle mon grand-père, ce qui veut dire que, maintenant, c’est grave. Il ne bouge presque jamais de son fauteuil, râle après tout, et les seules fois où il m’adresse vraiment la parole, c’est lorsque je le rends fier. Il débarque, énervé d’avoir été dérangé dans sa solitude. Il me regarde, puis regarde mon père, puis ma grand-mère.
Il a l’air de tenir mon père pour responsable. Je ne sais pas pourquoi, mais ils se détestent. Mon père réplique, ça énerve encore plus mon grand-père. Ils sont à deux doigt de se battre en duel. J’en ai marre. Ils ne sont pas capables d’échanger deux mots sans se disputer. Alors qu’ils sortent leurs baguettes, je leur crie de s’arrêter. Ils me regardent tout deux stupéfait pour la deuxième fois de la journée. Je leur lâche :
Ils me dévisagent, tandis que ma grand- mère me reproche mon vocabulaire impoli. Je me tourne vers elle et elle murmure :
Je me retourne encore vers le miroir, et je remarque que mes yeux sont maintenant noirs, débordant de haine. Je crois enfin comprendre ce que j’ai. Mes yeux changent en fonction de mon humeur. Ça doit avoir été causé par ma joie extrême de ce matin. Je me calme et mes yeux prennent à présent une teinte vert foncé, semblable à la couleur de Serpentard. Je me tourne vers ma famille. Ils sont tous occupés à parler sans moi, de moi, à ce que je vois. Lorsque mon père daigne enfin lever les yeux sur moi, il s’arrête net dans sa conversation. Il fait signe à mes grands-parents de me regarder et pour la première fois de la journée, je vois une once de fierté dans leur regard. Apparemment, le vert profond est la nouvelle couleur de mes yeux, je vais devoir faire avec.
Ma grand-mère a l’air ravie. Je remarque qu’elle touche doucement son avant-bras. Là où elle porte le tatouage. Je sais que personne n’a le droit de le porter, qu’il est interdit, et associé aux forces du mal. Tout comme je sais que ma famille a eu un grand rôle dans la guerre qu’il y a eu il y a plusieurs années, et qu’ils n’étaient pas dans le camp des gentils. Mais ils se sont repentis. On m’interdit de sortir, car certaines personnes me veulent du mal, et croient que c’est pour la bonne cause. J’ai eu le droit de sortir du périmètre dans lequel je suis confinée qu’une seule fois, pour acheter ma baguette. J’ai pu voir que mes cheveux blonds extrêmement clairs ont attiré l’attention, tout comme le reste de ma famille. Sur notre passage, les gens s’écartaient et chuchotaient lorsqu’ils croyaient qu’on était trop loin pour les entendre. On était vite rentrés, et je ne suis plus jamais ressortie. J’entends les adultes discuter, pendant que je suis dans mes pensées, et je comprends des mots comme incroyable, sortilège et don, qui attirent mon attention.
C’est ma grand-mère. Je sais qu’elle s’est donnée beaucoup de peine pour convaincre mon père, et je la remercie pour ça.
Ça, c’est mon grand-père. Je reconnais sa voix dure et le fait qu’il soit la seule personne ici à parler en mal de moi.
Mon père. Je sens la tristesse et le désarroi dans sa voix. Il ne veut vraiment pas que j’y aille. Je décide d’arrêter d’écouter les conversations compliquées des adultes, et je retourne à mon petit déjeuner. Ils discutent encore pendant une bonne heure avant de sortir, l’air calme et posé, comme s’ils avaient enfin trouvé une solution à leur problème. Lorsqu’ils sortent, je suis en train de lire un livre sur la divination que j’ai trouvé dans la bibliothèque de ma grand-mère. C’est très intéressant, et je me réjouis d’entrer à Poudlard afin d’en savoir plus. Sauf s’ils ne veulent plus que j’y aille. Mon père vient s’asseoir à côté de moi.
Je suis soulagée, j’ai vraiment eu peur de ne pas pouvoir aller à Poudlard après l’incident de ce matin. J’acquiesce, et mon père sort de la pièce, me laissant seule. J’y reste quelques minutes, puis je cours dans ma chambre pour choisir la tenue que je porterai demain. J’ouvre la grande armoire en chêne qui contient tous mes vêtements. Mon père veut quelque chose qui ne soit pas trop voyant. Je cherche dans mes habits. Du vert, du gris, de l’argenté, du noir…. J’ai surtout des robes, quelques pantalons, des jupes, des pulls, des T-shirt et une infinité de rubans pour mes cheveux. Je vois que c’est ma grand-mère qui choisit mes habits…
Avec mes yeux, il ne faut pas que je choisisse des habits trop voyants. Une fois cette tâche accomplie, je me pose sur mon lit et réfléchit au tournant important que vient de prendre ma vie. Je vais entrer à Poudlard !
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