Lorsqu'ils arrivèrent à la terrasse pour le dîner, Elliel et Glorfindel trouvèrent les Nains, le Hobbit et le Magicien attablés avec Elrond et quelques conseillers. Une musique douce planait dans l'air libre de la terrasse extérieure donnant sur la vallée. La place à la droite de son père lui avait été réservée. Gandalf était à la gauche d'Elrond avec le Hobbit à ses côtés quand Thorin se retrouvait près du prince.
- Excusez mon retard Ada, dit-il en elfique.
- Ce n'est rien mon fils, répondit-il en lui souriant et en lui faisant signe de s'asseoir. Maîtres Nains, monsieur Sacquet, dit-il à l'attention de la compagnie, laissez moi vous présenter mon fils cadet, Elliel.
- Enchanté, leur dit le mage avec un sourire amical.
- Ravi nous aussi, répondit le semi-homme quand ses compagnons faisaient un peu la grimace. Est-ce vous qui commandiez la garde tout à l'heure ? demanda-t-il.
- En effet, acquiesça-t-il.
- Merci pour votre aide, remercia-t-il alors avec gratitude.
- De rien monsieur Sacquet. Vous devez être le seul parmi vos compagnons à m'en être reconnaissant, s'amusa-t-il en voyant les mines grincheuses des autres.
- Nous n'avions guère besoin de l'aide des elfes, grogna Thorin.
- Certainement, si le but était de vous faire massacrer par les épées des orques et les crocs des warg, remarqua-t-il légèrement.
- Nous n'avions pas besoin de vous, répéta-t-il avec animosité.
- Thorin, ne pouvez vous simplement dire merci ? soupira le magicien gris. Merci Elliel.
- C'était avec plaisir Mithrandir, sourit-il. Cela faisait très longtemps que je ne vous avais vu.
- En effet. Votre père m'a dit que vous avez voyagé ?
- Oui, j'ai passé une dizaine d'années à me remettre après mon retour. J'en ai profité pour éduquer Rhîwial à la monte.
- Vous étiez splendide sur son dos tout à l'heure, remarqua l'istari. Je suis surpris de le voir encore en vie, dit-il l'air intrigué.
- Ma magie l'a rendu aussi immortel que moi, sourit l'elfe.
- Je me disais aussi qu'il serait particulier en vous regardant le nourrir de lait gorgé de votre pouvoir lorsqu'il était bébé, se souvint-il. Quel âge cela lui fait-il ?
- Cent sept ans, annonça-t-il en surprenant leurs invités.
- Remarquable pour un cerf, s'amusa Mithrandir. Vous avez voyagé avec lui je suppose.
- Bien sûr, il a été mon seul compagnon de voyage. Il est d'une immense intelligence.
- Où êtes vous allé ? demanda Gandalf alors que tous écoutaient en mangeant.
- J'ai traversé les montagnes et je suis allé à Rhosgobel, commença-t-il. J'y ai rencontré Radagast, sourit-il. Je suis resté un an en sa compagnie. Il m'a appris beaucoup. Puis je suis descendu vers la Lorien. Je me suis arrêté deux ans à Caras Galadhon puis j'ai traversé les Terres Brunes, les Terres Sauvages et Dorwinion. Je suis allé jusqu'à la Mer de Rhun où j'ai rencontré les mages bleus par le plus grand des hasards.
- Cela fait très longtemps que je ne les ai vu, s'étonna Gandalf.
- Ils sont occupés dans l'est. Ils vont bien. J'ai passé près de deux ans avec eux et eux aussi m'ont appris beaucoup. Puis je suis monté vers le nord le long de Carnen puis de Celduin, je suis passé près d'Esgaroth mais je n'y suis pas allé, dit-il alors qu'il voyait l'attention des nains grandir. J'ai vu Dale et je suis passé près d'Erebor.
- Quand était-ce ? demanda le magicien l'air de rien mais ne trompant pas le mage.
- Il y a quatre vingt onze ans déjà, répondit-il. Le pouvoir de Smaug là bas est plus que palpable.
- Cela fait très longtemps qu'il n'a été vu, fit remarquer un nain.
- Et ? Demanda le mage avec ironie. Un dragon peut dormir des milliers d'années durant s'il le faut, fit-il remarquer, et il gagne en puissance en se reposant sur son trésor.
- Le trésor des Nains, rectifia immédiatement Thorin.
- Il s'agit de son trésor désormais et il porte sa malédiction, reprit gravement Elliel. Vous ne devriez pas prendre cela à la légère Thorin. La malédiction d'un dragon peut toucher celui qui convoite trop son trésor malgré les lieux de distance. Il lui fera perdre la tête et perdre de vu ce qu'il chérit vraiment et ce pourquoi il se bat. Vous plus que tout autre devriez prendre garde à cela.
- Vous avez senti sa présence ? demanda Gandalf.
- Largement Mithrandir. Son énergie néfaste baigne la Montagne avec puissance. Il est là et il est plus fort que jamais.
- Avez-vous vu autre chose ? demanda le magicien.
- Je ne suis pas resté longtemps, répondit-il. J'ai filé vers le nord, je ne me suis pas éternisé dans ce lieu de désolation. Je suis passé entre Ered Mithrim et le royaume de Thranduil, puis j'ai traversé les Monts brumeux jusqu'au royaume d'Angmar. J'ai pris à l'ouest du Mont Gram pour rejoindre les Landes d'Etten puis l'Arnor où j'ai retrouvé mes frères et les Dùnedain. J'ai combattu les Orques du Nord avec eux pendant sept ans environ avant de me diriger vers les Havres Gris et je m'y suis arrêté un moment. Puis je suis allé en Comté, dit-il en intriguant Bilbon qui se redressa. J'étais très curieux de découvrir les Hobbits dont vous m'avez tant parlé, sourit-il.
- Vous êtes allé en Comté ? demanda Bilbon surpris.
- Oui, mais ce fut avant votre naissance et je ne me suis pas montré aux vôtres. J'ai passé près de dix ans à vous observer vous et votre art de vivre. Et dois avouer qu'hormis en ma maison, je ne me suis jamais senti aussi bien qu'en Comté. Vous avez un pays magnifique et merveilleux monsieur Sacquet, dit-il en le faisant sourire de fierté. Une terre splendide où il fait bon vivre. J'ai vite compris pourquoi vous aimiez tant les Hobbits Mithrandir, c'est un peuple grandiose.
- Je ne pense pas que nous valions de telles éloges, remarqua Bilbon gêné.
- C'est cette simplicité qui est la vôtre qui mérite des éloges maître Sacquet. Votre façon de voir la vie et le monde est si belle et si rare qu'elle m'inspire un grand respect. Votre peuple est bien plus grand que vous ne l'imaginez. Il n'a pas de forteresse, de trésor ou de palais. Il n'est pas pleins de grands sages, de magiciens ou de guerriers. Vous n'êtes ni impressionnants physiquement ni très particuliers. Mais en vos âmes se cache le plus grand des trésors que je n'ai jamais vu. C'est là la plus grande richesse que l'on puisse posséder et la plus belle des choses. J'ai adoré la Comté et j'espère y retourner un jour.
- Vous y serez le bienvenu, sourit le Hobbit.
- Je n'en doute pas, répondit-il. J'ai quitté la Comté après dix ans, reprit-il. Je suis allé à Bree puis à Amon Sûl avant de prendre au sud, de traverser le Pays de Dun puis l'Isen. J'ai pris à l'ouest de l'Ered Nimrais pour gagner le Gondor. J'ai visité le pays jusqu'à arriver en Ithilien du Sud. J'y ai affronté les Haradrim au côté des Gondoriens puis les Ourouck jusqu'à l'abandon de la région. Je suis remonté à Minas Tirith puis j'ai quitté le pays pour le Rohan. J'ai visité Edoras avant d'aller à Fangorn où je suis resté longuement. Puis je suis remonté vers Vert Bois, j'ai rejoins la Vielle route de la forêt et je suis revenu vers Imladris.
- Vous avez visité toute la Terre du Milieu, s'amusa Gandalf.
- Il y a pourtant encore tant à voir, soupira-t-il en souriant. Mais c'était un voyage absolument magnifique.
- Combien de temps avez vous mis ? demanda le Magicien Gris.
- Il est parti quatre vingt huit ans, remarqua Elrond en surprenant le Hobbit.
- Je n'étais pas pressé, s'amusa le prince. Mais je suis heureux d'être rentré maintenant. Dîtes moi Mithrandir, qu'avez-vous fais tout ce temps ?
- Comme à l'habitude, des choses et d'autres, répondit-il mystérieusement.
- Vous et vos secrets, s'amusa Elliel sans insister.
- Est-ce vôtre bâton ? demanda-t-il ensuite intrigué par l'outil dans son dos.
- Oui, sourit-il en caressant l'objet une seconde. On m'a offert les matériaux, dit-il alors que le Magicien comprenait. Je l'ai fabriqué moi même et il a été béni une fois terminé.
- C'est merveilleux. Cela doit faciliter votre Magie, remarqua-t-il.
- En effet, approuva-t-il.
- Vous êtes aussi Magicien ?! s'étonna Bilbon.
- Le prince Elliel est un très grand Magicien Bilbon, répondit Gandalf pour lui. Depuis son plus jeune âge.
- Tout les elfes le sont-ils ? Demanda le Hobbit.
- Non, mon fils est un cas particulier, répondit Elrond. Les elfes peuvent user de magie mais une magie différente et bien plus légère. Celle d'Elliel ressemble plus à celle des Istari comme Gandalf.
- Elle ne ressemble en réalité à aucune autre, trancha le magicien gris.
- Assez parlé de moi maintenant, trancha l'elfe. Dîtes moi plutôt comment vous vous êtes retrouvé pourchassés de la sorte, demanda-t-il en scrutant les Nains.
Cependant, aucun ne répondit, Gandalf détournant plutôt la conversation en poussant les Nains à montrer les épées qu'ils avaient trouvé dans le refuge des Trolls. Ce fut sans mal qu'Elrond put les identifier, Elliel écoutant vaguement son père tout en observant la petite compagnie et le magicien gris qui leur cachait ouvertement ce qu'il se passait. Il ne dit rien sur l'instant, se promettant pourtant de parler en privé avec Mithrandir dés que possible. Lorsqu'Elrond voulut savoir ce que le groupe faisait sur la grande route de l'est où ils avaient rencontré ces Trolls, Thorin s'éclipsa mettant fin à l'échange. Le Seigneur fit alors remarquer l'étrangeté de son groupe au magicien qui tenta de vanter leurs mérites, aussitôt démenti par le comportement des nains autour d'eux. Amusant Elliel, l'un d'entre eux ne tarda pas à grimper sur une petite table pour entonner un chant de chez lui, agacé par les arts bien différents des elfes. Autant dire que les elfes se montrèrent choqués par leur joyeux bazar, seul Elliel s'amusant de leur bonne humeur et de leurs pitreries.
Quelques jours passèrent ainsi, Elrond offrant l'hospitalité aux Nains et aux Hobbits qui avaient besoin de repos. Elliel passait souvent les voir, son amitié avec Gandalf vite évidente pour la compagnie qui voyait aussi l'immense respect du magicien pour lui, s'en intrigant beaucoup. Même Elrond n'avait pas droit à de tels égards. Il discutait aussi parfois avec Bilbon qu'il appréciait et qui se montrait amical. Fili et Kili lui semblaient aussi sympathiques, discutant avec lui et se faisant bien plus ouverts que la plu part de leurs camarades. En plus d'eux, seul Balin se montrait poli et cordial à son égard, les autres ne l'aimant pas beaucoup. Quoi qu'il tenta, Elliel ne parvint pas tirer d'information du groupe. Ses craintes se confirmaient pourtant à chaque détails qu'ils laissaient malencontreusement échapper.
Un soir pourtant, Gandalf leur demanda à leur parler en privé, les réunissant lui, Elrond, Bilbon, Balin et Thorin. Celui-ci paraissait extrêmement méfiant et réticent. Gandalf lui demanda de montrer quelque chose à Elrond et il se fit plus fermé encore.
- Nos affaires ne regardent pas les Elfes, grogna-t-il.
- Au nom du ciel Thorin, montrez lui la carte ! Pria le magicien gris.
- C'est l'héritage de mon peuple, rétorqua-t-il. Je dois le protéger ! Lui et ses secrets.
- Qu'on me préserve de l'entêtement des Nains, soupira le magicien. Votre orgueil sera votre perte. Vous êtes chez l'une des rares personnes en Terre du Milieu qui puisse lire cette carte. Montrez là au Seigneur Elrond ! Exigea-t-il.
Le silence tomba, le père échangeant un regard avec son fils avant que celui-ci ne reporte le sien sur Thorin qui se décida finalement, sortant un document de son manteau.
- Thorin, non ! Tenta d'arrêter Balin.
Le Nain ne s'arrêta pourtant pas, venant donner la carte au Seigneur qui la déplia révérencieusement pour l'observer.
- Erebor, constata-t-il immédiatement.
Aussitôt, Elliel sentit tout ses doutes se confirmer. Il n'en n'avait parlé à personne hormis Glorfindel qui lui avait promis de ne pas en parler à son père. Mais il savait bien que le Seigneur se doutait de quelque chose. Il n'était pas si bête.
- De quelle nature est votre intérêt pour cette carte ? Demanda-t-il alors gravement.
- Il est d'ordre intellectuel, répondit Gandalf avec tension. Comme vous le savez ce genre d'objet contient parfois des textes cachés.
Le Seigneur Elfe s'éloigna pour analyser plus attentivement le document et le jeune mage ne manqua pas de remarquer le regard reconnaissant que Thorin envoya à Gandalf qui reporta son attention sur Elrond.
- Vous lisez toujours le Naniens ancien n'est-ce pas ? Demanda-t-il plus légèrement.
Le Seigneur exposait la carte à la lumière lunaire pour mieux l'observer, détectant immédiatement les runes lunaires et en exposant les conditions de lecture. Dans la foulée, il entraîna alors le groupe vers une terrasse particulière où une petite table de cristal pouvait capter la lumière de l'astre nocturne pour l'exploiter au mieux. Il s'y avança, y déposant la carte vite frappée des rayons d'argent. La table et les runes s'illuminèrent alors sous la même lueur qui avait vu leur naissance, Elrond remarquant leur chance.
- « Tenez vous près de la pierre grise quand la grive frappera et le soleil couchant avec la dernière lumière du jour de Durin brillera sur la serrure. », lut-il alors.
- Le jour de Durin ? Releva Bilbon.
- Le premier jour du nouvel an des Nains, expliqua Gandalf, quand la dernière lune d'automne et le premier soleil d'hiver, apparaissent ensemble dans le ciel.
- C'est très fâcheux, remarqua Thorin. L'été se poursuit. Le jour de Durin approche à grands pas.
- Nous avons encore le temps, répondit Balin avec optimisme.
- Le temps de quoi ? Demanda Bilbon.
- De trouver l'entrée, dit-il. Nous devrons nous tenir au bon endroit et aussi au bon moment. Alors, et alors seulement, la porte s'ouvrira.
- Ainsi c'est là votre but, entrer dans la Montagne, releva gravement Elrond.
- Et alors ? Gronda Thorin.
- D'aucun estimerait que cela n'est pas prudent, répondit le Seigneur en lui rendant sa carte qui fut vivement récupérée.
Le père se tourna alors vers son fils qui était plongé dans ses pensées. Il ne doutait pas un instant qu'il avait compris depuis longtemps et il se demandait ce qu'il pouvait bien avoir en tête à cet instant. Smaug était un sujet de préoccupation depuis longtemps et il redoutait de deviner ce que pouvait envisager son si précieux fils cadet en ce moment.
- Que voulez vous dire ? Demanda Gandalf inquiet.
- Vous n'êtes pas le seul gardien qui veille sur la Terre du Milieu Gandalf, dit-il gravement.
Il reporta son regard sur Elliel immobile près de l'entrée de la terrasse, attirant aussi celui du Magicien qui sembla comprendre en observant le mage pensif. Elrond s'en alla alors, s'arrêtant près de son cadet qu'il réveilla d'une main posée sur son épaule, l'entraînant avec lui alors que Mithrandir se faisaient pensif à son tour.
Cette nuit là, Elliel ne ferma pas l’œil un instant. Le lendemain, il passa la journée plongé dans ses pensées, enfermé dans son atelier. Il n'ouvrit pas la bouche une seule fois. Le soir venu, il accompagna son père et Gandalf pour une promenade. Les aînés marchaient devant, lui derrière, silencieux dans la nuit.
- J'allais vous le dire bien sûr, mais j'attendais d'en avoir l'occasion, répondit le magicien lorsque le Seigneur lui reprocha de ne pas avoir parlé de l'entreprise des Nains. Mais je puis vous assurer que je sais ce que je fais.
- Vraiment ? Demanda Elrond. Ce dragon dort depuis fort longtemps. Qu'arrivera-t-il si votre plan échoue ? Si vous réveillez la bête ?
- Et si nous réussissons ? Si les Nains reprennent Erebor ? Répondit Gandalf. Nos défenses à l'est, seraient renforcées.
- C'est une tentative dangereuse Gandalf, s'inquiéta le Seigneur.
- Ne rien faire est dangereux aussi, rétorqua-t-il. Voyons, le trône d'Erebor revient de droit à Thorin. Que craignez vous ? Demanda-t-il en s'arrêtant pour lui faire face.
- Avez vous oublié ? Il existe une prédisposition à la folie dans cette famille. Son grand père a perdu l'esprit, son père a succombé à la même maladie. Pouvez vous jurer que Thorin écu de chêne n'en sera pas atteint ? Gandalf, cette décision ne repose pas sur nous seul. Ce n'est ni à vous, ni à moi de redessiner la carte de la Terre du Milieu.
- Qu'en pensez vous Elliel ? Demanda alors Gandalf en se tournant vers le mage qui s'était arrêté à quelques pas derrière eux.
Celui-ci les regarda le visage vide d'émotion, gardant le silence un moment. Il observa son père qui avait l'air inquiet, puis le magicien qui attendait patiemment sa réponse.
- M'écouterez vous Mithrandir, si je vous dis que cela est folie et qu'il faut renoncer ? Demanda-t-il sérieusement.
- J'ai toute confiance en vous mais..., répondit-il.
- M'écouterez vous ? Coupa Elliel.
- Je ne puis ignorer votre voix, confia-t-il en le faisant soupirer.
- Cela ne répond pas à ma question. Oubliez qui je suis et ce que je suis pour vous Olorin ! Ordonna-t-il en le faisant se redresser sèchement. Mon ami, m'écouterez vous ? Me ferez vous confiance ? Questionna-t-il plus doucement.
- Je le ferais, assura-t-il alors en le regardant dans les yeux.
- Merci, sourit Elliel. Cette entreprise, reprit-il sérieusement, est terriblement dangereuse Mithrandir. Réveiller la colère de Smaug pourrait anéantir la région et les nombreuses vies qu'elle abrite. Il vous faudra récupérer l'Arkenstone pour faire de Thorin un roi. Seulement alors, il pourra rassembler ses armées et affronter le dragon. Imaginez vous les ravages que Smaug causera pendant ce laps de temps. Même si, comme vous l'espérez, Bilbon récupérait le joyaux du roi, dit-il en le surprenant, Smaug le sentira et il sera furieux. Il comprendra. Il sortira. Il fera des ravages et il poursuivra Thorin. Il se peut qu'il l'anéantisse avant même d'avoir rassemblé les siens. Quant à la victoire des Nains sur Smaug, rien n'est moins sûr. J'ai senti son pouvoir Mithrandir et vous comme les Nains n'êtes pas de taille. Nous ne parlons pas de n'importe quelle créature. Votre plan est fou, dit-il en lui faisant fermer douloureusement les yeux.
- Il y a pourtant de l'espoir, remarqua le Magicien gris.
- Mais l'espoir seul ne peut réaliser un tel miracle, répondit Elliel. Cette entreprise est folle et égoïste mon ami. Quand à Thorin, la folie de sa lignée ne vient que des malédictions qui leur ont été envoyées. Celle de l'or trop amassé, celle de Smaug. En lui, il n'a pas la force de résister à cela, assura-t-il en attristant le magicien qui ne le mit pas en doute. Mais peut-être pourra-t-il la trouver ailleurs, s'il écoute son cœur.
- Où ? Demanda Gandalf.
- Là où vous puisez vous même votre courage Mithrandir, répondit-il en le surprenant. N'oubliez pas que je vois nombre de choses que nul autre ne voit et je vous ai beaucoup observé ces derniers temps. Vous ne pouvez me tromper. Je suis peut-être bien plus jeune que vous mais la Terre du Milieu et mon protecteur me disent tout ce que j'ai besoin de savoir. Je sais depuis votre arrivée quel est le but de votre entreprise. Si Thorin décide de se battre pour son salut contre ces malédictions, il lui faudra voir ce qui est vraiment précieux, le chérir et ne pas l'abandonner, s'y accrocher. Il n'y a qu'ainsi qu'il vaincra et qu'il pourra être un véritable roi.
Il garda le silence un moment, reprenant ensuite.
- Mais d'ici à ce qu'il soit ce roi et qu'il rassemble son armée, tout pourrait déjà être perdu. Ce plan est trop dangereux. Seulement... je ne peux que vous accorder que Smaug doit être mis hors d'état de nuire, dit-il en faisant relever le regard du magicien. Comme vous le disiez, nos défenses doivent être renforcées et surtout, cette place forte ne peut rester à l'ennemi. Nous devons nous rassembler, nous préparer.
- Que sentez vous Elliel ? Demanda Gandalf fébrile devant l'inquiétude du mage.
- Vos inquiétudes sont aussi les miennes Mithrandir. Comme mon père vous l'a dit, vous n'êtes pas le seul à garder la Terre du Milieu. Et comme vous, je sais ce qui arrive. Mon père et moi gardons cela à l’œil. Smaug est un problème dont-il faut s'occuper. Mais je ne pense pas que votre manière de l'aborder soit la bonne.
- Que feriez vous ? Demanda le Magicien.
- Smaug ne peut-être vaincu par une armée naine. Pas dans l'état actuel du peuple. Il vous faudra trouver plus d'aide, dit-il avant de se détourner et de partir vers le palais.
Le Seigneur et le Magicien le regardèrent partir le visage grave, se demandant ce qu'il avait en tête. Lorsqu'il eut disparu, ils reprirent leur route dans l'autre direction, gardant un moment le silence. Gandalf le brisa un instant plus tard alors qu'ils gravissaient des marches menant à une terrasse.
- Avec ou sans notre aide, ces Nains vont continuer leur marche vers la Montagne, dit-il. Ils ont la ferme intention de reconquérir leur terre. Je ne crois pas que Thorin écu de chêne, estime avoir des comptes à rendre à quiconque. Pas plus que je n'en n'ai à rendre.
- Ce n'est pas à moi que vous devez rendre des comptes, répondit le Seigneur elfe alors qu'ils arrivaient sur la terrasse.
Là, Gandalf découvrit Galadriel tout juste arrivée de Lorien. Ils se saluèrent avec joie, le magicien se retournant vers le Seigneur.
- J'ignorais que le Seigneur Elrond vous avez fait venir, remarqua-t-il.
- Ce n'est pas lui, c'est moi, fit alors une autre voix.
Saroumane le Blanc apparut alors, respectueusement salué par un Gandalf soudain plus fermé. Ils s'installèrent alors à la table présente sur la terrasse, se mettant à discuter des événements récents. Les deux elfes restèrent debout, autour des Istaris assis à table. Mais jamais aucun ne fut conscient du fait qu'Elliel s'était installé dans les arches de pierres entourant la terrasse, écoutant. Il ne pouvait s'empêcher d'observer Saroumane, tendu en sa présence. Il avait de très bonnes relations avec les Istari mais le Blanc, il ne l'aimait pas bien qu'il ne lui ait jamais parlé. Sa magie avait quelque chose de néfaste, de malsain et il n'aimait pas ça, se méfiant alors que son instinct lui criait de prendre garde à ce personnage. Il ne l'appréciait guère et la tension de Gandalf en sa présence renforçait son sentiment. Il écouta le débat du Conseil Blanc. Exaspéré par le manque de clairvoyance de Saroumane. Son père se fit plus silencieux, pensif alors qu'il ressassait aussi les nombreuses inquiétudes que lui avait confié son fils à ce même sujet. Le mage lui, savait que Gandalf avait raison. Il confirmait ses inquiétudes, le décidant quand au fait qu'il fallait commencer à réagir.
- Elliel est inquiet lui aussi à ce sujet, intervint finalement Elrond alors que le soleil se levait. Ses voyages lui ont permis de voir et de sentir des choses. Et il ne cesse de se faire plus tendu au fur et à mesure des années.
- Elliel ? Releva Saroumane.
- Mon fils cadet, répondit le Seigneur.
- Ah oui, le sois disant elfe mage, se souvint-il sur un ton légèrement moqueur qui tendit les trois autres dont les visages se fermèrent.
- Elliel est le protégé d'Ilùvatar Sarouman, remarqua sérieusement le magicien gris. Ilùvatar lui murmure à l'oreille, il entend la voix de la Terre du Milieu, sa magie est sans pareille. Nous ne pouvons ignorer son avis. Il sent ce qu'il se passe.
- Il est jeune et il ne maîtrise probablement pas sa Magie, répondit Sarouman. Cela ne sont sûrement que des illusions que son pouvoir instable lui procure. Je ne sais comment un elfe a pu acquérir tel magie mais les Istari sont plus puissants et plus expérimentés. Nous ne pouvons nous y fier.
Tous grincèrent des dents mais ne répliquèrent pas, n'appréciant pourtant guère l'attaque faite à Elliel en qui ils avaient tous confiance. Un instant plus tard, Lindir arrivait leur annonçant que les Nains étaient partis. Elliel avait parfaitement perçu leur départ, sachant que cela arriverait rapidement depuis la lecture de la carte par son père. Il écouta cependant la fin de la réunion, s'amusant de l'énervement de Saroumane face au but poursuivit par les Nains. La réunion close, il partit décidé sur ce qu'il devait faire. Oui, il fallait s'occuper de Smaug, et non, il ne pouvait faire changer d'avis à Thorin et sa compagnie. Alors si cela devait arriver, si le dragon devait être réveillé, il serait là pour faire ce qu'il faudrait pour réussir.
Déterminé, il se dirigea vers les cuisines, préparant quelques provisions. Il remonta ensuite vers ses appartements, écrivant une lettre pour son père, lui assurant qu'il serait prudent, qu'il l'aimait et qu'il reviendrait, lui expliquant qu'il allait faire ce que son cœur lui dictait. Il rassembla ensuite ses affaires de voyage, se changeant et passant un diadème moins précieux que celui qu'il mettait à Imladris. Il passa ensuite son armure et ses armes avec calme et dextérité, se préparant et s'équipant tranquillement. Cela lui prit un moment mais il fut finalement prêt, son bâton dans son dos. Sans se presser, il descendit ensuite vers son atelier, y récupérant aussi un peu de matériel.
Cela fait, il se dirigea vers l'écurie qui abritait Rhîwial lorsqu'il le désirait. La stalle du cerf blanc n'était jamais close alors qu'il allait et venait selon son bon vouloir. Il avait un vaste abri où une belle paille blonde tapissait le sol. Non loin, une pièce renfermait le précieux matériel fabriqué pour lui par son maître. Lorsqu'il y arriva, Rhîwial était là, dormant allongé dans sa paille. Il se réveilla immédiatement à son approche silencieuse, redressant les oreilles et la tête. Le voyant en armure, le cerf se releva souplement, se dressant fièrement et observant sereinement son maître au regard déterminé. Elliel resta plongé dans ses yeux dorés longuement, son compagnon baissant finalement la tête comme pour acquiescer et le jeune mage savait qu'il avait compris ce qu'il voulait faire. Rhîwial était d'une immense intelligence et il le comprenait mieux que n'importe qui d'autre. Il s'avança alors, déposant ses affaires pour préparer sa monture. Il prit son temps sans pour autant en perdre, réfléchissant, espérant que tout se passerait bien. Il bouclait la dernière courroie de la dernière sacoche, son cerf paré de sa belle armure, lorsqu'il sentit une présence bien connue derrière lui. Une présence débordant d'inquiétude, de panique et de peur.
- Que faites vous Elliel? demanda Glorfindel terrorisé de comprendre.
Le mage se retourna vers lui, lui souriant d'un air rassurant. Il le rejoignit, s'arrêtant devant lui alors qu'il était plongé dans ses yeux angoissés.
- Je fais ce que je dois faire, répondit-il sereinement.
- Vous allez accompagner ces Nains ?
- Oui, j'irais avec eux et je ferais tout ce qu'il faudra pour que cette entreprise réussisse.
- Vous voulez affronter Smaug, paniqua le Seigneur. Je sais que vous pensez que vous seul puissiez lui faire face et avoir une chance.
- Peut-être suis-je le seul. En tout cas, je suis une bonne chance supplémentaire.
- Mais vous ne supportez même pas de vous approcher de la Montagne mon prince, vous..., s'inquiéta-t-il.
- J'ai renforcé mon esprit depuis mon dernier passage à Erebor. Je supporterais la présence de Smaug et je l'affronterais si cela s'avère nécessaire. Mithrandir a raison. Nous devons renforcer nos défenses. L'ombre grandit, je le sens, dit-il une main posée sur sa poitrine. Il nous faut faire ce que nous devons, quand nous le pouvons avant de le regretter. Smaug est une menace immense. Si nous patientons trop par peur, nous le regretterons. Il nous faut bouger malgré les risques. Nous faisons tous parti de ce monde Glorfindel, nous ne pouvons ignorer ce qu'il se passe là bas. Je ne peux l'ignorer quand je sens le mal ronger notre terre comme s'il rongeait mon propre corps.
- Dans ce cas, laissez moi venir avec vous, pria le Seigneur.
- Non, vous devez rester, répondit-il doucement. Restez près de mon père, dîtes lui que tout ira bien, que je reviendrais, sain et sauf. Soyez là pour lui et pour le rassurer. Je serais alors en paix et en pleine possession de toute la force de mon esprit. Veillez sur lui, je vous en prie.
- Comment pourrais-je lui assurer une telle chose quand moi même je serais incapable de ne pas penser chaque seconde à vous en craignant le pire, dit-il avec angoisse.
Une angoisse qui se faisait panique qu'Elliel n'avait jamais vu chez lui et qui le perturba un moment.
- Je reviendrais, je vous le promet, tenta-t-il de rassurer.
- Vous ne pouvez m'assurer une telle chose. Par pitié, restez, demanda-t-il en prenant sa main avec désespoir. Je ne pourrais jamais rester là alors que vous allez au devant d'un dragon si puissant. Je ne peux tolérer que vous risquiez ainsi votre vie, que vous alliez vous empoisonner au contact des ombres. Restez avec moi, je vous en prie. Si vous ne revenez pas, je n'y survivrais pas, confia-t-il la voix basse.
Elliel resta figé un moment par une telle confession, sentant le Seigneur qui serrait sa main profondément bouleversé et paniqué. Glorfindel avait baissé la tête avec douleur, offrant une image dévastée qui serra le cœur du mage. Elliel leva sa main libre, la posant délicatement sur la joue du Seigneur, lui faisant relever le visage. Il capta de nouveau son regard du sien, lui souriant avec douceur :
- Votre inquiétude à mon égard me touche plus que vous ne l'imaginez. Je vous jure sur ce que j'ai de plus cher que je reviendrais en vie. Je reviendrais, je rentrerais, c'est promis. En attendant, veillez sur ma maison et mon père. Et veillez sur vous. Vous êtes pour moi d'une importance sans égal. Avec vous je me sens mieux que jamais, vous êtes mon refuge et vous faîte battre mon cœur. Alors toujours, je reviendrais. Pour ma famille et pour vous, assura-t-il.
Scrutant ses yeux, Glorfindel leva à son tour une main, s'approchant plus près. Il la posa sur sa joue et se pencha vers lui. Avec lenteur et délicatesse, il posa ses lèvres sur les siennes, les pressant doucement. Elliel sentit son cœur faire un bond à ce geste qui l'empli de chaleur et le rendit profondément heureux. Il se perdit immédiatement dans cette sensation de bien être, redescendant sur terre lorsque Glorfindel s'éloigna. Il fit un pas en arrière, l'air un peu déstabilisé :
- Pardonnez moi mon prince, je n'aurais pas dû. Je..., bredouilla-t-il en reculant.
Elliel le retint par sa main qu'il tenait toujours, s'avançant près de lui.
- Ne vous excusez pas. Vous venez de me faire le plus beau des cadeaux. J'avoue en avoir eu envie moi aussi, dit-il en venant l'embrasser doucement à son tour.
Il sentit le bras libre du Seigneur s'enrouler autour de lui alors qu'il fermait les yeux en le sentant répondre à son chaste baiser. Il se sentait tellement étrange, tellement bien ainsi pressé contre lui. À sa place. Là, il pouvait oublier tout le reste. Il était tellement bien, son cœur battant à tout rompre, son corps en ébullition. Ce ne fut que lorsqu'il manqua d'air qu'il cassa le baiser, posant sa tête contre la poitrine du Seigneur qui le serrait contre lui. Le blond vint d'ailleurs embrasser sa tempe, posant sa joue contre sa tête. Il y eut un moment de silence serein entre eux, Glorfindel semblant calmé.
- Je reviendrais, répéta alors Elliel. Je reviendrais, vous venez de m'en donner une raison plus forte que tout autre, murmura-t-il. Je reviendrais, mais je dois partir et faire ce que mon cœur me dicte. Veillez sur notre maison jusque là. Veillez sur mon père.
- Je vous le promet, répondit-il finalement. Il ne se passera pas un jour, pas une seconde sans que je ne pense à vous. Mon esprit et mon cœur seront avec vous, toujours et à jamais.
- Comme les miens, termina le mage.
Il se sépara alors du blond à regret, caressant sa joue :
- Ayez confiance, demanda-t-il. Confiance en moi et en mon protecteur. Je vous reviendrais.
Glorfindel sourit doucement l'air résigné. Il lui rendit avec douceur, s'éloignant ensuite, lâchant sa main et rejoignant Rhîwial. Il se mit en selle, plein d'une force nouvelle après cela. Il regarda une dernière fois celui qui occupait son cœur depuis longtemps maintenant. Ils échangèrent un long regard puis le blond s'écarta du passage et le cerf s'y engouffra, partant suivi par un regard inquiet. Ce fut rapidement qu'Elliel quitta les écuries pour se diriger vers la sortie de la ville. Les Nains étaient partis dans la nuit et on avait dépassé les midi maintenant depuis bien des heures. Il avait du retard, mais un retard que Rhîwial lui ferait rattraper rapidement. Le soleil déclinait. Arrivant à la sortie de la ville, il repéra Gandalf qui partait lui aussi visiblement, marchant avec empressement.
- Mithrandir ! Interpella donc en le faisant se retourner.
Avisant ses paquetages, le magicien gris sembla comprendre, se faisant très surpris. Le prince s'arrêta à sa hauteur, lui tendant une main.
- Montez, nous rejoindrons Thorin en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
- Que faîtes vous prince Elliel?
- Je vous accompagne et ce n'est pas négociable, posa-t-il fermement. Je ne serais pas de trop si vous provoquez Smaug. Montez.
Sans poser plus de question, Gandalf obéit et prit sa main, grimpant derrière lui sur le grand cerf qui renâcla un peu.
- Je sais que tu n'aimes pas porter d'autre que moi mon ami mais ce n'est que pour quelques heures le temps de rejoindre nos charmants Nains. Excuse moi, dit-il en le caressant.
Le cerf se calma alors, se mettant ensuite en route d'un bond, partant à toute allure et quittant la ville en un instant. Il ne fallut qu'un moment avant qu'ils ne gagnent les sentiers des falaises, Rhîwial bondissant sans mal sur la parois rocheuse comme un cabri.
- Votre père a-t-il approuvé votre décision ? Demanda Gandalf qui avait passé un bras autour de lui pour garder son équilibre.
- Mon père ne savait pas quand je suis parti. Il aurait voulu m'en empêcher par peur de me perdre, répondit-il. Je lui ai laissé une lettre. Il sera inquiet mais il comprendra.
- Que savez vous de l'ennemi au juste ? Demanda sérieusement le magicien qui n'avait pas eu l'occasion d'en discuter vraiment avec lui.
- Rien de précis malheureusement. Mais l'ombre grandit. Elle grandit en Mordor. Je l'ai senti lorsque j'étais en Ithilien. Au Mordor mais aussi à Dol Guldur dont vous avez parlé au Conseil, dit-il en le surprenant. Oui, je vous ai espionné, avoua-t-il sans détour. Cela ne m'inspire rien de bon. Nous devons nous occuper des ennemis que nous connaissons avant que d'autres n'arrivent. Accrochez vous maintenant Mithrandir.
Le magicien obéit, sursautant lorsque le cerf franchit une petite crevasse d'un bond souple. Il ne leur fallut que peu de temps pour sortir de la vallée, le prince et sa monture connaissant ces chemins par cœur. Ils débouchèrent alors dans les plaines rocheuses, Elliel dirigeant sans mal Rhîwial en suivant la trace de la présence des Nains qu'il sentait nettement dans la terre. Ils voyagèrent ainsi des heures durant, ralentissant l'allure lorsque la nuit fut bien tombée. Les deux cavaliers descendirent alors du dos du cerf, marchant avec lui. Elliel quitta le premier sa selle et ce fut Rhîwial qui éjecta lui même le magicien gris de son dos, l'air amusé de le mettre à terre et relevant la tête avec fierté. Elliel sourit, tendant sa main à l'Istari pour l'aider à se relever.
- Cet animal n'est loyal qu'envers vous me semble-t-il, s'amusa celui-ci en s’époussetant.
- Plus loyal qu'on ne pourrait jamais le souhaiter. Si nous marchons cette nuit, nous les rattraperons au matin, dit-il ensuite plus sérieusement.
- Allons-y dans ce cas, répondit Gandalf.
Ils se mirent en route d'un bon pas, suivis du cerf ne quittant pas son maître des yeux. Le mage guida sans mal l'Istari dans le noir, la lumière de la lune bien suffisante à ses yeux. Ils parlèrent peu, attentifs à leur environnement et au moindre bruit. Et ce fut au petit matin qu'Elliel senti la présence proche de la compagnie de Nains qui s'étaient arrêtée pour la nuit. Aussi, quelle ne fut pas la surprise de Kili qui montait la garde lorsqu'il vit le magicien.
- Gandalf ! S'écria-t-il joyeusement en réveillant en sursaut toute la petite troupe qui bondit sur ses pieds.
Tous se détendirent pourtant en voyant le magicien émerger des grandes pierres qui les entouraient et les cachaient.
- Gandalf, sourit Bilbon. Comment nous avez vous trouvé ? Je pensais que nous devions vous attendre dans les montagnes, dit-il en se levant.
- J'ai bénéficié d'une magnifique monture et du meilleur des guides pour rattraper mon retard, répondit-il.
- Qui ? Demanda suspicieusement Thorin.
Le magicien se retourna alors, Elliel s'avançant entre les pierres suivit de son cerf, se montrant enfin à leurs yeux.
- Prince Elliel, sourit Bilbon.
- Bonjour, salua-t-il avec le sourire.
- Que faite vous ici ? Grogna Thorin.
- Je vous accompagnerais, Thorin écu de chêne, répondit-il.
- C'est hors de question ! S'écria celui-ci.
- Je ne vous demande pas la permission, répondit Elliel platement. Contre le dragon, vous aurez besoin de toute l'aide disponible.
- Nous ne voulons pas de l'aide des Elfes, rétorqua-t-il durement.
- Vous non, mais les peuples qui subiront la colère de Smaug que vous allez réveiller, eux en auront besoin, dit-il gravement.
- Et vous pensez être en mesure de les protéger ? Ricana le Nain. Les Elfes leur arrogance, cracha-t-il.
- Mesurez vos paroles Thorin ! Réprimanda durement Gandalf. Le prince Elliel n'est pas n'importe quel Elfe, il est le fils d'Elrond qui je vous le rappelle, n'a jamais été un ennemi des Nains. Mais il est aussi, le plus puissant des mages foulant cette terre, dit-il en les surprenant. Il est le protégé du roi des Valars, dit-il en les figeant. Si vous ne pouvez le respecter, ayez au moins le tact de ne pas l'insulter. Il est venu nous apporter son aide contre l'avis des siens et cela sans rien demander en retour. Sa force est grande car il est aussi un excellent guerrier. Son aide n'a pas de prix. Alors gardez votre animosité pour vous.
- Je ne veux pas d'un Elfe parmi nous, répondit Thorin en l'exaspérant. Je ne veux pas d'un elfe près d'Erebor.
- Et bien nous n'avons pas toujours ce que nous voulons dans la vie, répondit simplement Elliel. Si ma présence vous indispose, je voyagerais à l'écart, mais je viendrais que vous l'approuviez ou non. Mithrandir, si vous avez besoin de moi, faîte moi signe, je ne serais pas loin.
Sur ces mots, il se détourna et disparut entre les pierres avec son cerf. Bilbon voulu le suivre mais l'elfe et sa monture avaient disparus sans une trace. Il revint alors parmi les autres, Gandalf et Thorin s'affrontant du regard.
- Le prince Elliel ne vous a rien fait, pourquoi le traiter de la sorte ? Demanda-t-il au prince Nain.
- C'est un elfe, répondit-il.
- Et parce qu'il est un elfe vous devez le détester comme vous détestez ceux qui ont trahis votre peuple. Cela alors qu'il n'a rien à y voir de près ou de loin. Je ne pense pas que vous apprécieriez qu'il déteste l'entièreté des Nains parce que vous, vous l'avez mal traité, retourna-t-il en faisant sourire le magicien. Le prince s'est toujours montré courtois avec nous et il nous a déjà sauvé la vie. Il vous a défendu vous et votre projet contre l'avis de son propre père. Et il vient nous apporter son aide de bonne grâce maintenant. Cela ne suffit-il pas à lui donner une chance ?
- Non, répondit Thorin en le faisant soupirer. En route ! Ordonna-t-il ensuite.
Tous s'agitèrent alors, rassemblant leurs affaires pour lever le camps. Quelques minutes plus tard, ils reprenaient la route, Gandalf amusé de tous les voir chercher des traces d'Elliel autour d'eux sans en trouver. Ils avancèrent d'un bon pas, longuement dans le silence. Et sans cesse, les Nains et le Hobbit cherchèrent le prince Elfe autour d'eux, sans jamais le trouver. Ils évoluaient dans les collines parsemées de roches et de bosquets, le grand cerf blanc aurait dû être plus que visible dans le soleil et pourtant, jamais ils ne le virent. Ils voyagèrent ainsi, un jour, puis deux et trois sans jamais revoir le mage. Même lorsqu'ils s'arrêtaient pour se reposer, ils ne voyaient ni le mage, ni sa monture, ni leur campement pour la nuit. Et pas un ne sentait une seule trace de sa présence. C'était comme si le prince n'était pas dans les alentours et ils commencèrent même à en douter. Thorin était à la fois très agacé de ne pas le percevoir, le cherchant toujours et impressionné même si jamais il ne l'aurait avoué. Le quatrième jour au coucher du soleil, Bilbon était on ne peut plus curieux à l'égard du mage et aussi inquiet. Ils s'étaient installés entre de gros rochers dans un creux caché dans un bosquet, bien à l'abri des regards et du vent pouvant qui pouvait porter leur odeur loin dans les collines. Le camp dressé, Bilbon vint s'asseoir avec Gandalf près du feu, les Nains les entourant alors que l'on préparait le repas.
- Comment va-t-il ? Demanda-t-il au Magicien.
- Vous parlez d'Elliel j'imagine, remarqua celui-ci alors que tous les écoutaient.
- Cet elfe ne vaut pas votre inquiétude Bilbon, releva Thorin.
- Il la mérite autant que chacun d'entre nous, répondit celui un peu agacé. J'apprécie le prince Elliel peu importe ce que vous pouvez dire. Il s'est montré gentil et courtois avec nous.
- Jusqu'au jour où il vous plantera un couteau dans le dos, grogna le prince Nain. Les Elfes n'ont aucune parole.
- Je ne pense pas qu'il puisse faire cela, comme le Seigneur Elrond, remarqua le Hobbit. Je pense pas qu'ils soient ainsi.
- Et ils ne sont pas ainsi, appuya le magicien gris. Elrond n'est pas Thranduil Thorin. Il n'a jamais manqué à sa parole. Les Elfes de Fondcombe sont très différents de leurs cousins de Vert Bois. Ils n'ont pas la même mentalité. Quand à Elliel, il n'est guère d'une nature fourbe ou trompeuse.
- Vous semblez vénérer cet Elfe, remarqua Thorin agacé.
- J'ai vu naître Elliel, je l'ai vu grandir et j'étais là le jour où Ilùvatar s'est montré comme son protecteur. Je suis un Istari, un serviteur des Valars dont Ilùvatar est le roi. Et Elliel est son protégé. Je ne peux ignorer cela, répondit-il. Cela plus le fait qu'Elliel est mon ami depuis aussi loin que je le connaisse.
- Qui est Ilùvatar ? Demanda le Hobbit.
- Le créateur de ce monde Bilbon, répondit solennellement le magicien. Il a créé notre monde et tout ce qu'il contient. Il a donné lui même naissance aux Hommes et aux Elfes, il a sanctifié la création des Nains par Aulë, l'un des quatorze Valar. Il est le dieu suprême de ce monde, plein de bonté et de bienveillance pour chacun d'entre nous. Moi et les quatre autres magiciens, sommes des Istari, envoyé par les Valar pour veiller sur la Terre du Milieu. Chaque Istari a son protecteur parmi les Valars. Le mien est Lorien ou Irmo comme il est plus rarement appelé. Mais Elliel, Elliel est le protégé du roi des Valar, Ilùvatar. C'est lui qui lui a donné ses immenses pouvoirs et il ne fait nul doute qu'il est en ce monde pour exécuter la volonté de son gardien. Ilùvatar lui murmure à l'oreille et lui permet de voir et d'entendre ce monde comme personne d'autre ne le peut. Il est un elfe, mais aussi un Istari et un être unique en son genre comme il n'en n'existe nul autre. Il écoute et sent les ombres qui rongent la Terre du Milieu et il fera tout ce qu'il pourra pour les combattre.
- Il reste un petit prince Elfe qui n'a jamais connu la souffrance, répondit durement Thorin. Il a grandi confortablement dans le palais de son père. Je me fiche de savoir qui lui murmurerait à l'oreille, il n'est qu'un insouciant arrogant.
À ces mots, le magicien gris se ferma complètement, une aura sombre émanant de lui. Tous se tendirent, se redressant un peu.
- Croyez moi Thorin, vous vous trompez. Elliel connaît la souffrance, dit-il. Si nous savons aujourd'hui qu'il est le protégé d'Ilùvatar, c'est parce qu'Ilùvatar en personne fut obligé d'intervenir pour le sauver. J'ai vu Elliel mourir, dit-il en les choquant, je l'ai vu succomber après avoir été longuement retenu captif, longuement torturé des plus atroces manières. Il fut retrouvé agonisant par ses frères qui ont à peine eu le temps de le ramener à Imladris. Le Seigneur Elrond n'a rien pu faire, je n'ai rien pu faire et nous l'avons vu mourir. Ilùvatar est apparu, lui rendant la vie et nous révélant qu'il était son mage en Terre du Milieu. Croyez moi Thorin, Elliel sait ce qu'est la souffrance, il sait ce que cela fait d'être privé des siens, d'être privé de ce que l'on est réellement, d'être privé de sa maison, de se voir voler ce que l'on a de plus précieux. Alors surveillez vos paroles à son égard je vous prie.
Il y eut un long moment de silence avant que Bilbon ne se décide à demander :
- Qui l'a capturé et torturé ? Questionna-t-il.
- Cela, je ne puis vous le dire, répondit le Magicien. Peut-être vous le dira-t-il un jour si le destin le veut. Pour répondre à votre question première Bilbon, Elliel va certainement très bien. Je ne puis vous l'assurer. Comme vous, je suis incapable de discerner sa présence. Mais il n'est certainement pas loin et je ne doute pas qu'il nous écoute en ce moment même. Il est en bonne compagnie avec Rhîwial. Je suis sûr qu'il va bien. Ne vous en faîtes pas Bilbon.