Mage d'Ilùvatar

Chapitre 9 : Où êtes-vous?

11119 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 30/05/2026 16:54

 Il fallut un moment pour que le cerf blanc regagne la rive. Bard ne cessait d'encourager l'Elfe à peine conscient qu'il tenait contre lui, s'accrochant à son bâton comme s'il était collé dans sa main. Le soleil se levait tranquillement, inondant la région de sa lumière atténuant celle funeste de la ville brûlant encore. Lorsqu'il reprit pied, l'archer se remit debout, soulevant l'Elfe dans ses bras. La rive était déserte là où ils étaient arrivés mais il pouvait voir et entendre les survivants qui en faisaient de même environs deux cent mètres plus loin. Il sortit de l'eau, avançant sur la roche de la berge et se dirigeant vers les arbres, portant l'Elfe lourdement blessé. Celui-ci semblait à peine conscient, tremblant, affreusement pâle et gémissant de souffrance. Il tenait toujours fermement son bâton, seul rescapé de son équipement. S'éloignant de l'eau, il gagna un grand arbre entouré d'herbe, allant déposer très délicatement l'Elfe contre le large tronc. Le cerf l'avait suivi, se secouant vivement en sortant du lac et trottinant pour les rejoindre. Il vint effleurer la joue du mage de son nez, lâchant des plaintes inquiètes alors que Bard regardait les atroces brûlures.



Ce fut avec angoisse que l'archer regarda les blessures. La peau de l'Elfe était profondément brûlée. Elle était à vif, rougeoyante, calcinée et noircie par endroit, couverte de cloques à d'autres. Cela avait enflé et une chaleur forte émanait des plaies. Il pouvait voir ses muscles à quelques endroits. Il grimaça, serrant les dents et sachant qu'il ne pouvait rien faire. À sa connaissance, seul les Elfes auraient pu soigner de telles brûlures infligées par un dragon. Une bonne partie du corps du mage était touché à droite. Son bras entièrement, son flanc, sa poitrine, son cou, son épaule, sa cuisse et un peu de ses abdominaux. Il devait atrocement souffrir.



- Bard, bredouilla finalement le mage en lui faisant relever brusquement le visage vers le sien.



- Vous devez voir des guérisseurs de votre peuple au plus vite, remarqua l'homme.



- Je ne peux rentrer, dit-il en grimaçant. Smaug est mort, cela ne fait que commencer, murmura-t-il en regardant la Montagne au loin.



- Vous ne pouvez rien faire dans un tel état ! S'alarma l'archer.



Il ne connaissait pas l'Elfe mais il avait l'impression que ce qu'il venait de vivre avec lui les avait lié à jamais. Il avait vu de ces yeux le mage montrer un courage et une détermination sans borne, il avait envoyé ses enfants se mettre à l'abri, il l'avait aidé et il lui avait probablement sauvé la vie. Il ne pouvait pas être quelqu'un de mauvais. Il avait, à sa plus grande surprise, senti sa magie pure dans les flammes pendant le combat. C'était tellement beau. Le contact qu'il avait avec lui par l'esprit en cet instant était tellement doux et réconfortant. Elliel ne pouvait qu'être quelqu'un de bien à ses yeux et il se sentait déjà très proche de lui avec cette nuit. Alors son état l'inquiétait terriblement.



- Je suis magicien Bard. Je pourrais m'occuper de moi ne vous en faîte pas, dit-il en forçant un sourire pour le rassurer.



C'était faux et il le savait. Il doutait même de pouvoir stabiliser son état. Les brûlures provoquées par un dragon étaient extrêmement difficiles, seul quelques rares guérisseurs Elfes pourraient l'aider. Et dans son cas, c'était pire encore. Il sentait la puissance noire et néfaste du feu de la bête ancrée dans ses blessures et s'infiltrant déjà lentement en lui. Sa sensibilité extrême à la chose réveillant déjà les lourdes sensations qu'il ressentait toujours au contact des ombres. La magie noire ne le lâcherait pas facilement s'attaquant voracement à l'incarnation de magie blanche qu'il était et qui était son ennemie naturelle. Il savait que seul son père pourrait vraiment l'aider mais il ne pouvait pas rentrer à Imladris maintenant. Pas après Dol Guldur et la mort de Smaug. La Montagne était maintenant centre des convoitises. L'instant était décisif pour la protection de le Terre du Milieu. Il ne pouvait pas partir tout de suite. Il allait faire ce qu'il fallait pour stabiliser son état et il resterait, il rentrerait plus tard.



- J'ai ce qu'il faut pour me soigner dans les sacoches que porte mon ami ici présent, dit-il laborieusement, ça ira.



- Laissez moi vous aider, pria l'archer.



- Vous avez autre chose à faire Bard le tueur de dragon, répondit-il en forçant un sourire qui se répercuta un peu sur les lèvres de l'homme .



- Je n'ai pas tué le dragon, nous avons tué le dragon, corrigea-t-il.



- Avec ou sans moi, vous auriez vaincu Smaug Bard, bredouilla l'Elfe la voix hachée. C'était votre destin. Je l'ai su à l'instant où j'ai touché cette flèche et où je vous ai vu. Je savais que vous seriez la mort de Smaug, comme je sais que vous ferez encore de grandes choses rien qu'en regardant votre regard bienveillant. Je n'ai fait que vous apporter un peu d'aide pour vous faciliter les choses.



- Et je suis très heureux que vous l'ayez fait, répondit doucement l'homme reconnaissant. J'ai une immense dette envers vous, comme tout les survivants.



- Vous ne me devez rien, pas plus que ces pauvres gens. J'ai... approuvé la quête de Thorin, avoua-t-il en tendant un peu l'homme.



- Pourquoi ? Demanda-t-il sans comprendre.



Il imaginait mal l'Elfe en train d'approuver ce désastre.



- Je... cela fait des années maintenant que des forces malveillantes reviennent en Terre du Milieu, expliqua-t-il laborieusement. Les... ténèbres grandissent de nouveau Bard, je l'ai constaté moi même. J'ai moi même affronté l'esprit de Sauron renaissant il y a peu, révéla-t-il en le choquant profondément. Avec ma grand mère, nous l'avons blessé et renvoyé se terrer en Mordor. Mais il est là et il rassemble doucement ses forces. Je crains que les forces maléfiques ne couvrent de nouveau notre belle terre. Si Sauron revient, Smaug se rallierait à lui. Le risque était immense. Il... il fallait s'en occuper avant que le pire n'arrive. Il faut qu'Erebor retrouve un roi qui pourra renforcer nos défenses. Pour cela, j'ai approuvé cette quête. Mais... mais je savais ce qu'il risquait d'arriver alors je suis venu aussi, pour faire ce que je pouvais. Je suis navré du sort qu'à subi votre ville Bard. Je suis désolé, s'excusa-t-il l'air profondément bouleversé.



- Contrairement à tout les autres, vous ne pensiez pas à mal ou à votre intérêt personnel, remarqua l'archer en comprenant. Vous pensiez à notre avenir. Je ne vous en veux pas, assura-t-il. Et puis je doute que Thorin ait renoncé à son projet. Ce Nain est une saleté de tête de mule, remarqua-t-il en faisant sourire l'Elfe qui grimaça ensuite sous la douleur. Vous êtes venu pour nous aider et vous n'avez pas fait semblant. Vous n'avez pas à vous excuser.



- Merci Bard. Vous avez... un grand cœur, bredouilla-t-il. Allez maintenant, poussa-t-il. Retrouvez vos enfants et occupez vous des vôtres. Ils ont besoin de vous.



- Et vous ? S'inquiéta-t-il. Vous ne pouvez rester seul dans un tel état.



- Je ne suis pas seul, dit-il en regardant Rhîwial. Il va veiller sur moi. Je vais me reposer... et me soigner. Je reste là.



- Je reviendrais, assura alors Bard. Je reviendrais dés que possible.



- Occupez vous d'abord des vôtres. Vous ne pouvez rien pour moi de toute manière, remarqua-t-il. Juste, ne dites à personne où je suis et dans quel état je vous prie. Allez Bard, retrouvez votre famille.



L'homme le regarda encore longuement, hésitant à le laisser mais il partit finalement, l'envie de retrouver ses enfants gagnant, poussée par le mage. Il se releva et partit en courant vers les survivants, promettant une dernière fois de revenir. Une fois l'homme loin, Elliel laissa glisser son contrôle de lui. Ses yeux s'emplirent de larmes de souffrance alors qu'il ne refrénait plus ses tremblements de douleur. Ces brûlures étaient atroces et il se revit lors de ses mois de tortures dans les cachots de Voldemort, le désarrois s'emparant de lui. Une migraine terrible battait dans sa tête, son corps tout entier meurtri par le combat. À bout de force, sa magie faible, il ne voyait plus très clair, étourdis et perdu. Son cœur était déjà cerné par les ténèbres du dragon l'empoisonnant, l'affaiblissant un peu plus. Il sentit plus qu'il ne vit Rhîwial s'allonger près de lui de son côté indemne, lâchant de déchirantes plaintes inquiètes. Il alla s'appuyer difficilement contre lui, se gorgeant de sa présence et du réconfort que cela lui apportait.



Il resta ainsi longtemps sans que son état ne s'améliore, loin de là alors qu'une terrible fièvre le prenait mais cela lui permis de se calmer considérablement alors qu'il se concentrait sur son compagnon, son énergie douce et sa magie apaisante pour lui. Une fois calmé, il décida de s'occuper de ses blessures. Première chose : il fallait absolument refroidir les brûlures qui chauffaient encore terriblement. Il mobilisa difficilement sa magie, posant un charme refroidissant sur les lésions, le faisant permanent alors qu'il savait que le feu de Smaug ne s'apaiserait pas si facilement. Il y ajouta un peu de magie pour nettoyer les lésions, sachant qu'il ne pourrait s'en charger lui même. Luttant pour le faire, il murmura dans sa langue de veilles incantations elfiques que lui avait enseigné son père. Et il se promit de s'intéresser davantage à la médecine lorsqu'il rentrerait. Il n'en savait que peu pourtant, cela aurait été fort utile à ce moment. Il fut soulagé lorsqu'un long moment plus tard, l'enchantement fut en place. Il fit ensuite une pause, au bord de l'inconscience alors que cet effort magique manquait d'avoir raison de sa volonté. Il resta contre Rhîwial, serrant son bâton de sa main indemne, l'autre posée à côté de lui sans qu'il ne puisse bouger son bras. Il sentait le nettoyage magique se faire et cela ne faisait qu'augmenter la douleur, lui donnant envie de vomir et de céder à l'évanouissement.



Après un moment, il entreprit la suite. Il savait qu'il ne pouvait soigner vraiment de telles blessures mais il devait se stabiliser et se remettre en état un minimum. Rien n'était fini, beaucoup viendraient à la Montagne et il devait s'assurer qu'elle ne tombe pas entre de mauvaises mains. Il posa son bâton à regret et tendit ses doigts vers les sacoches portées par Rhîwial. Il ne s'y connaissait pas en médecine mais il avait pris la précaution d'emmener avec lui un ensemble de matériel de soin elfique au cas où. Il avait ce qu'il fallait avec lui. Le cerf bougea un peu pour lui faciliter la tâche et il atteignit la sacoche qu'il visait. Il l'ouvrit, heureux d'avoir posé sa magie sur l'équipement du cerf. Ainsi, même s'il venait de se jeter dans le lac, tout était parfaitement sec, maintenu à l'abri de tout dans les sacoches enchantées. Il savait qu'il trouverait des vêtements secs dans ses paquetages, de la nourriture... Il sortit son kit de soins, le déposant près de lui. Il y avait là des baumes, des bandages, des compresses... le nécessaire qu'il pouvait emporter en voyage.



Il attrapa immédiatement le baume destiné aux brûlures. En préparant son départ à Imladris et en pensant au dragon vers lequel il courrait, il s'était dis que prendre ce soin spécifique était certainement une sage précaution. À l'époque, il n'avait pas cru se retrouver dans cet état alors que personne n'avait jamais survécu comme lui au jet de flamme d'un dragon. Personne n'avait survécu en étant brûlé directement par les feux sortant de la gueule de l'une de ces créatures. Par transmission via des objets enflammés et chauffés par eux oui, mais jamais directement. Personne n'espérait même en ressortir en étant la cible immédiate d'un jet ardent. Il n'avait pas pensé à une telle brûlure, envisageant plutôt des dommages indirects. Mais il avait bien fait de prendre le nécessaire à ce genre de soins. Il sortit le tout, commençant par prendre le baume. Il était destiné à désinfecter et apaiser les brûlures et leur douleur. Il déchira ce qu'il restait de sa tunique humide pour l'enlever, écartant ses cheveux mouillés et ouvrant largement sa jambe de pantalon de son côté blessé. Longuement, serrant les dents et faisant de nombreuses pauses, il passa le baume sur ses brûlures, pleurant de douleur et gémissant, la respiration désordonnée. Souvent, il cachait son visage contre le cou de Rhîwial près de lui, y étouffant ses cris.



L'opération terminée, il fit une nouvelle longue pause pour se reprendre. Puis il prit les compresses et une huile médicinale étudiée pour cela. Il y plongea entièrement les morceaux de fines étoffes, les imbibant. Il les prit ensuite une à une, les essorant d'une main tremblante avant de les déposer délicatement sur les brûlures. Elles restèrent facilement en place, épousant son corps et couvrant la couche de baume qu'il avait passé. Cela fait, il ne restait plus qu'à poser des bandages. Incapable de le faire correctement de ses mains dans son état, il opta une dernière fois pour la magie. Il sortit les rouleaux de bandes blanches qu'il avait, puis il utilisa ses pouvoirs, peinant horriblement sous la faiblesse et les ténèbres du dragon s'étant infiltré en lui. Il fallut du temps et d'énormes efforts mais les bandes vinrent couvrir parfaitement ses brûlures. Il se retrouva avec une cuisse, un bras, une main, une épaule, son cou, son torse et son ventre entourés de blanc. Tout cela terminé, il s'affala contre son cerf, soulagé d'avoir fait le plus urgent. Maintenant, il n'en pouvait plus. Il attrapa son outre d'eau pendant à sa selle, se souvenant qu'il devait beaucoup boire dans pareille situation. Il avala de longues gorgées du liquide frais lui faisant du bien avant de juste se laisser aller contre sa monture, fermant les yeux. Il ne parvenait pas à s'arrêter de trembler, la mâchoire crispée par la douleur atroce qui ne s'était nullement apaisée, transpirant sous la fièvre alors qu'il avait la respiration hachée. Il chercha pourtant le repos et ce fut lourdement qu'il s'endormit.



Lorsqu'il rouvrit péniblement les yeux, la douleur le submergeant lui rappelant durement ce qu'il s'était passé, le soleil descendait largement vers l'horizon. Il était visiblement resté endormi une bonne partie de la journée et il ne fut pas surpris alors qu'il était terriblement faible. Il mit un long moment à se réveiller vraiment, toujours blotti contre son cerf qui n'avait pas bougé, surveillant les alentours avec attention. Il serrait son bâton dans sa main. Sa tête tournait horriblement, la migraine toujours présente comme le reste alors qu'il tremblait encore. Il se redressa difficilement, appuyant son dos à l'arbre devant lequel Bard l'avait assis. Il but un peu d'eau, se disant ensuite qu'il devait manger pour reprendre des forces. Mais avant, il voulut s'habiller de nouveau. Il tendit alors sa main valide vers une autre sacoche du harnachement de sa monture, en sortant une tunique et un pantalon, détachant aussi sa couverture de voyage. Il s'agissait d'une tenue qu'il portait normalement en ville lors d'une pause où il retirait son armure, mais il n'avait plus d'armure et ces vêtements étaient ce qu'il avait de plus confortable. Il ne chercha pas à sauver son pantalon en ruine, terminant de le déchirer pour l'enlever facilement, ses bottes en partie fondues suivant le même chemin. Il eut beaucoup de mal à passer son pantalon propre, remerciant Rhîwial qui l'aida à se soulever un peu pour y parvenir. Il profita de la manœuvre pour étaler sa couverture sous lui. Étourdi par ce simple effort, il fit une pause avant de s'attaquer à la tunique. Il passa d'abord son bras blessé, enfilant ensuite le reste, criant à la pression légère qu'il provoqua sur ses blessures dans l'opération et qui fit fuser plus de souffrance. Il fit alors une autre pause pour se reprendre.



La tenue était belle. Le tissus doux était d'un blanc cassé, entièrement brodé de fils d'ors dessinant partout de fines arabesques. Le pantalon était ample, la tunique près du corps sans être parfaitement moulante. Les manches étaient évasées à partir des poignets, couvrant ses mains. Elle descendait jusqu'à mi-cuisse, fendues sur les deux hanches. Un haut col mao parfaitement fermé couvrait son cou, une ligne de boutons dorés rejoignant sa poitrine. Habillé proprement, il sortit une paire de fine chaussures de cuir souple, les enfilant et il termina en couvrant sa main blessée d'un gant de cuir, la protégeant un peu plus. Cela fait, il entreprit de ranger son matériel de soin qu'il avait laissé éparpillé là, remettant le tout dans sa sacoche. Puis il sortit de quoi manger. Il bougeait lentement, péniblement, grimaçant et gémissant à la douleur que chaque geste renforçait davantage. Son visage était couvert de sueur, sa respiration désordonnée. Malgré le malaise, il se força à manger et à boire, sachant qu'il en avait besoin. Il prit son temps pour le faire, ne bougeant que son bras valide et au final, cela lui fit du bien. Il replia ensuite la couverture sur laquelle il était assis, en couvrant ses jambes alors que la nuit tombait. Il posa son bâton sur elles, ne le lâchant que lorsque cela était nécessaire. Il renversa ensuite la tête en arrière, l'appuyant sur le tronc derrière lui, fermant les yeux pour se reposer. Il sentit la fraîcheur de la nuit tomber autour de lui, et s'il avait un peu froid, il ne s'en inquiéta pas alors que cela n'était qu'une question de confort pour son peuple peu sensible à la chose et que cela soulageait un peu la chaleur des brûlures.



Il resta ainsi un moment avant d'entendre soudain Rhîwial se lever. Il entrouvrit les yeux pour voir son cerf se dresser devant lui, tête baissée et bois en avant, menaçant alors qu'une branche craquante se faisait entendre. Elliel se redressa comme il put, se forçant à afficher un visage froid et sans trace de la douleur qui l'avait marqué jusque là. Il aperçut la lumière d'une torche et un instant plus tard, Bard émergeait des fourrés. Il se détendit alors un peu, heureux quelque part de revoir l'archer. Ses trois enfants l'accompagnaient d'ailleurs, le rassurant quant à leur sort. Ils s'arrêtèrent devant le cerf soufflant violemment contre eux, grattant le sol comme pour charger. Les trois jeunes regardèrent l'animal, impressionnés et pas vraiment rassurés.



- Rhîwial, appela Elliel la voix un peu basse. C'est bon mon grand, il n'y a rien à craindre. Ce sont des amis, lui dit-il en attirant l'attention de la petite famille charmée par sa belle langue.



Le cerf redressa les oreilles, cessant ses menaces pour revenir tranquillement vers son maître, s'allongeant de nouveau de son côté indemne, faisant face aux nouveaux venus en continuant à les surveiller attentivement. L'archer s'approcha alors avec les adolescents, leur torche éclairant les alentours. Il vint s'accroupir près de l'Elfe, surpris mais soulagé de voir qu'il s'était changé et probablement soigné. Mais il était terriblement pâle, l'air affreusement fatigué alors qu'il avait les paupières basses et les yeux cernés. Il transpirait sous une fièvre visible, respirant trop vite à son goût.



- Comment allez vous ? Demanda-t-il doucement.



- Ça ira pour moi ne vous en faîte pas. J'ai juste besoin de me reposer un peu, dit-il avec un sourire forcé.



- Tant mieux. Bain, va chercher du bois pour faire un feu, demanda-t-il à son fils qui partit en courant vers les bois. Avez vous mangé ?



- Vous savez Bard, j'ai plusieurs fois votre âge, inutile de me couver comme un enfant, s'amusa-t-il en entendant les deux jeunes filles rire un peu de la plaisanterie. Je vais bien et j'ai tout ce qu'il me faut, continua-t-il plus sérieusement. J'ai des vivres et de l'eau ne vous en faîtes pas. Dîtes moi plutôt si vous vous avez mangé ?



- Oui, nous sommes parvenus à rassembler des vivres et à sauver ce qui pouvait l'être, expliqua-t-il. Nous avons monté un camps à deux cent mètres d'ici. Nous soignons les blessés et nous reposons pour le moment. Ceux qui le peuvent rassemblent les vivres pour nous organiser. J'ai envoyé des messagers vers le Roi Thranduil pour lui demander de l'aide.



- Il viendra, assura Elliel. Je le connais un peu et il entretient de bonnes relations avec votre ville. Il enverra des secours. Et Fili, Kili, Bofur et Oin ? Demanda-t-il.



- Indemnes. Ils ont pris le chemin de la Montagne aussitôt Smaug mort, répondit-il l'air un peu amer. Quand aux deux Elfes, ils ont disparu je ne sais où.



- Y-a-t-il eu... beaucoup de morts ? Demanda-t-il finalement avec appréhension.



- Beaucoup oui, déplora l'homme alors que son fils revenait avec un tas de bois qu'il installa non loin. Mais moins que je ne l'avais imaginé. La majorité a réussi à fuir, en grande partie grâce à vous. Personne n'a manqué votre intervention et la mienne.



- Vous êtes tout les deux les héros de la ville, sourit Bain en récupérant la torche pour allumer le feu.



- Je n'ai jamais voulu être un héros, murmura l'Elfe.



- Les survivants aimeraient vous remercier et vous voir. Ils s'inquiètent pour vous, rapporta l'archer. Vous pourriez nous rejoindre au camp. Vous y seriez en sécurité pour vous reposer.



- C'est gentil Bard mais non merci. Je préfère rester seul ici pour le moment. Vous n'avez dit à personne que j'étais ici n'est-ce pas ?



- Non bien sûr, assura-t-il.



- Et pour le reste? Demanda-t-il en un sous entendu sur ses blessures.



- Non plus, répondit l'archer. Je me suis juste permis d'amener mes enfants ce soir. Je n'ai pas vraiment envie de les quitter pour le moment et ils étaient très inquiets pour vous, sourit-il en regardant les adolescents qui semblaient un peu gênés.



- Nous voulions vous remercier pour ce que vous avez fait, intervint Sigrid. Vous vous êtes battu pour nous.



- Nous vous avons vu affronter Smaug. Vous étiez incroyable, s'émerveilla Bain.



- Autant que votre père je l'espère, sourit-il doucement.



- Plus encore je crois bien, répondit Bard.



- Oh que non. Moi j'avais ma magie pour affronter le dragon, je savais avoir une chance contre lui, dit-il en le regardant dans les yeux. Une petite chance mais une chance quand même. Vous Bard, vous étiez prêt à l'affronter seul avec une seule flèche et rien d'autre que votre courage, avec un espoir fou d'avoir une chance de vaincre. Et pourtant, vous étiez prêt à y aller seul. Votre courage était bien plus grand que le mien dans ce combat, votre force plus grande.



Il y eut un moment de silence, la petite famille le regardant avec déférence.



- Merci, sourit finalement l'homme en recevant un petit signe de tête respectueux.



Elliel tendit alors une main vers l'une de ses sacoches, en sortant de quoi faire un peu de thé.



- Demoiselle, dit-il à l'aînée, voulez vous bien nous faire un peu de thé ? Demanda-t-il.



Elle acquiesça avec un grand sourire, récupérant le tout et gagnant le feu pour préparer la boisson. Tilda sortit un bol d'un sac qu'ils avaient amené. Il y avait de quoi préparer un petit repas simple alors qu'ils avaient eu peur que l'elfe n'ait rien à manger. La boisson fut rapidement prête, Tilda amena sa belle tasse de métal ciselé au mage qui la prit avec élégance, la remerciant en la faisant rougir. Sigrid en amena un bol que sa famille s'échangerait, tous remerciant le mage de partager avec eux. Et ce fut avec joie et curiosité que les trois adolescents découvrirent la boisson Elfique s'extasiant de son goût divin. Les deux aînés les regardèrent avec un sourire doux, Elliel apaisé et réconforté par leurs sourires. Cela le détournait un peu de la douleur et de son état.



- Papa nous a dit que vous étiez très fatigué, remarqua finalement Tilda en retournant son attention sur lui. Peut-on faire quelque chose pour vous ? Demanda-t-elle.



- C'est très gentil mais je n'ai besoin de rien mademoiselle, sourit-il. Je vous remercie. Je dois juste me reposer un peu.



Voyant les enfants se jeter sur son thé, il les pria d'en prendre autant qu'ils en auraient envie, leur sortant ensuite quelques beaux fruits qu'ils mangèrent avec joie, l'air affamés.



- Merci, lui murmura Bard heureux de voir ses enfants plus sereins et souriant après ce désastre.



- Ce n'est rien.



- Vous êtes sûr que ça va ? Demanda-t-il tout bas en se penchant vers lui alors que sa famille était occupée à discuter du thé.



- Ça va, mentit-il. J'ai pu me soigner. Il faut juste du temps. Les brûlures d'un dragon ne guérissent pas facilement.



Bard le scruta avec inquiétude, l'air peu convaincu, mais il ne fit aucune remarque. Et finalement, les jeunes reportèrent leur attention sur Rhîwial, débordant de questions à son sujet. Elliel répondit patiemment mais Bard coupa finalement en soupçonnant son épuisement et sa douleur bien qu'il n'en montre rien. La petite famille repartit finalement pour le camp des survivants, le remerciant encore et lui assurant qu'ils reviendraient le voir le lendemain. Ce fut apaisé par les sourires des adolescents qu'Elliel s'endormit rapidement après leur départ.



Pendant les jours qui suivirent, Elliel ne fit que se reposer, ne se levant que pour répondre aux besoins de la nature. Rhîwial l'aidait à se lever, lui tendant ses bois et le mettant sur ses pieds avec délicatesse, se faisant ensuite soutient infaillible. Il resta installé là où Bard l'avait amené après cette nuit dans la fournaise. Et il ne bougeait que lorsque c'était impératif. Son état ne s'améliorait pas, la douleur des brûlures et de la magie noire restant terrible. Comme il l'avait imaginé, ses blessures ne s'amélioraient guère, toujours terriblement chaudes alors qu'elles ne refroidissaient pas. Le pouvoir néfaste du dragon faisait son œuvre et il n'avait pu s'empêcher de penser à Smaug lui disant que son feu le dévorerait lentement. Il avait maintenant l'impression que ce n'était pas là qu'une image mais bien une réalité. Il se reposait au maximum, dormant beaucoup. Veillant à manger et à boire suffisamment. Cela l'aida à reprendre un peu de force alors qu'il commençait à apprendre à gérer son état.



Le deuxième jour, Rhîwial avait laissé Bard le débarrasser de son équipement sur un ordre d'Elliel et l'archer l'avait aidé à installer un petit camp confortable et pratique. L'homme n'était pas dupe quand à son état après avoir vu ses blessures mais il ne faisait aucune remarque, veillant néanmoins. La petite famille venait le voir chaque jour, souvent au petit déjeuner qu'ils prenaient avec lui, lui tenant compagnie et s'assurant qu'il n'avait besoin de rien. Ils avaient parfaitement respecté son souhait de rester seul, ne disant à personne qu'il était caché là mais ils veillaient sur lui et cela le touchait beaucoup. C'était sans surprise que le mage avait appris que les survivants de Lacville s'étaient spontanément choisis Bard pour chef et guide, l'homme endossant ce rôle avec humilité pour veiller sur eux et gérer la situation au mieux. Il avait organisé les soins des blessés, l'enterrement des morts dont-ils avaient récupéré les corps. Il avait fait gérer drastiquement les vivres pour que tous puissent manger tout en rationnant... il avait parfaitement organisé son camps. Il avait parlé à Elliel de son projet d'aller réclamer ce que Thorin avait promis à la Montagne. Et l'Elfe approuvait. L'archer ne voulait pas plus que ce qui avait été promis. Il voulait juste de quoi reconstruire la vie des siens et c'était plus que légitime. Elliel lui promis d'aller frapper Thorin lui même s'il refusait. Il aimait beaucoup Bard. Il était un véritable héros comme il les avait toujours imaginé. C'était une personne bienveillante, gentille, humble, courageuse et généreuse. Il était un grand homme et il savait déjà qu'il serait un grand chef.



Le quatrième jour, alors qu'il avait entrepris de vérifier ses brûlures, il avait été surpris par Sigrid. Il venait de retirer péniblement ses bandages, déjà dans un triste état. Il tremblait de douleur, très pâle, transpirant affreusement, peinant à respirer. Ses forces maigres l'abandonnaient rapidement dans l'opération horriblement pénible. Et alors qu'il faisait une pause avant de s'atteler aux compresses, la jeune fille était arrivée avec un bol de bouillon qu'elle avait fait et qu'elle voulait lui offrir pour le dîner. Elle avait été horrifiée de découvrir son état dont elle ne savait rien. Elle s'était précipitée et avait imposé son aide à l'Elfe avec fermeté, terriblement inquiète. Épuisé, Elliel n'avait pas résisté longtemps devant la jeune femme déterminée. Il l'avait laissé l'aider. Avec un grand calme, elle avait suivi ses directives dans la manœuvre, ses yeux s’inondant de larmes en voyant le mage souffrir atrocement alors qu'elle avait les dégâts devant elle. Elliel avait été un peu désespéré en voyant que les brûlures n'avaient pas bougé d'un pouce, exactement dans le même état que lorsqu'ils les avaient reçus. Elle semblait dater de quelques minutes à peine. Il tenta de renforcer un peu son charme refroidissant qui apaisait à peine la chaleur du feu du dragon. Et par la suite, il loua l'aide de la demoiselle, se sentant trop mal pour gérer l'opération. Elle avait suivi ses consignes avec calme, application et douceur pour repasser du baume sur les terribles dommages, pour remettre de nouvelles compresses propres et pour refaire les bandages.



Longuement, elle l'avait soigné et aidé à se rhabiller, venant ensuite éponger son visage d'un linge imbibé d'eau froide alors que la fièvre le malmenait. Elliel avait mis un moment à se reprendre, la remerciant ensuite. Il lui fit cependant promettre de ne rien dire et elle n'accepta qu'à condition qu'il la laisse venir l'aider. Incapable de batailler avec la jeune fille qui affichait la même détermination que son père, il avait accepté. À partir de là, Sigrid passa beaucoup de temps avec lui, l'assistant pour tout et veillant sur lui. Elle avait expliqué pourquoi à son père le soir même, Bard extrêmement inquiet d'apprendre que ses blessures ne guérissaient pas. Elliel avait alors consenti à leur expliquer les problèmes qu'il rencontrait et ils n'en furent que plus inquiets. Le père et la fille veillèrent encore davantage sur lui après cela et il se rapprocha beaucoup d'eux. Au fil des discussions, il avait appris que la jeune femme aurait aimé devenir guérisseuse et Elliel lui avait promis, pour la remercier de sa grande gentillesse et attention envers lui alors qu'il allait mal, qu'il demanderait à son père si elle pouvait venir à Imladris pour apprendre de lui. Elle avait été absolument ravie et Bard l'avait remercié pour cela. Il aimait décidément beaucoup cette famille qui lui faisait du bien. L'archer avait parfaitement élevé ses enfants qui promettaient d'êtres aussi extraordinaires que lui.



Au sixième jour après la mort de Smaug, dans la matinée, Elliel entendit soudain des cors elfiques raisonner non loin et il comprit que Thranduil avait envoyé quelqu'un. Il devait parler à ses messagers. Péniblement, il usa de la magie qu'il avait anciennement posé sur l'équipement de Rhîwial pour le qu'il se mette en place de lui même sur sa monture en quelques secondes. Il avait placé cela pour les urgences. En temps normal, il aimait le faire lui même mais là, il ne pouvait pas. Tout se rangea et se mit en place sur le cerf qui ne bougeait pas d'un poil et celui-ci fut rapidement prêt. Il tendit alors ses bois à son maître, le remettant doucement sur ses pieds alors qu'Elliel gémissait de douleur. Il lui laissa une pause puis à son commandement, il le hissa pour le mettre en selle. Le mage tremblant prit un moment pour se ressaisir une fois installé, un violent malaise le prenant et le mettant à mal, comme la douleur qui ne le lâchait pas. Il épongea son visage en sueur de sa manche, se plaçant le plus confortablement possible sur sa selle. Il attrapa ensuite son bâton qu'il avait posé contre l'épaule de sa monture alors qu'il ne se servait que de sa main valide depuis la bataille. Il se força ensuite à se redresser fièrement, affichant une image aussi forte et noble que son état lui permettait. Et ce fut seulement alors qu'il avait demandé à son cerf de rejoindre le camps.



Il avait alors été surpris non pas de trouver un messager mais Thranduil lui même, qui discutait avec Bard, monté sur son propre cerf bien moins impressionnant que Rhîwial. Le Roi était en armure. Il avait visiblement amené des vivres et du matériel, de grandes charrettes pleines à raz bord derrière lui. Mais surtout, il était là avec son armée, Elliel comprenant sur le champs ce qu'il voulait. Il s'était approché lentement et Thranduil n'avait pas tardé à le voir, l'air infiniment soulagé de le retrouver en vie. Cependant, il avait tout de suite vu que quelque chose n'allait pas du tout en le regardant. Elliel les avait rejoint, saluant le Roi qui s'enquit de son état. Il lui dit simplement qu'il était fatigué, cachant ses blessures à l'étonnement de Bard et sa fille qui ne dirent pourtant rien. Thranduil ne pouvait rien pour lui. Il ne voulait pas l'inquiéter et il ne voulait pas se battre avec le Roi qui voudrait l'éloigner s'il apprenait son état. Il voudrait le faire rentrer à Imladris sur le champs pour voir son père et il voudrait le tenir éloigné de la Montagne et de ce qu'il risquait de s'y produire. Il ne voulait pas avoir à batailler avec lui alors il ne dit rien.



Ce jour là, Bard sonna le départ vers Dale pour les survivants qui accompagneraient l'armée elfique. Ils allaient aller réclamer ce dont ils avaient besoin, Thranduil voulant aussi récupérer ce qui lui revenait. Elliel partit avec eux, chevauchant au côté du Roi et de Bard qui avait trouvé un cheval. Le voyage vers la Montagne dura cinq jours et fut horriblement pénible pour Elliel qui n'en montra rien la journée. Mais le soir, lorsqu'ils s'arrêtaient pour la nuit et qu'il se retrouvait à l'abri dans la tente que Thranduil faisait monter pour lui, il s'effondrait. Sigrid et Bard étaient là pour le soutenir et l'aider, le jeune fille le quittant rarement. Elle faisait tout pour lui, le couvant comme une mère poule et tentant de le soulager au mieux. Dés le premier soir, le duo s'étonna de le voir cacher son état aux siens et il leur expliqua le pourquoi du comment, tout deux comprenant alors et promettant de garder son secret comme il le désirait.



Finalement, l'immense groupe arriva à Dale, Bard faisant installer les siens et allumer des feux. Elliel eut de nouveau droit à une tente elfique montée pour lui. Il y avait un lit confortable et un peu de mobilier, des repas aussi bons qu'en ville. Il fallait dire que Thranduil voyageait avec confort mais pour une fois, il en fut heureux, cela facilitant son repos alors que le voyage l'avait terriblement malmené. Ses blessures ne n'amélioraient toujours pas, restant identiques et ne bougeant pas, la douleur restant là même alors que sa magie peinait à remonter, entravée par les ténèbres de Smaug qui étaient loin de se calmer. Thranduil avait tenté d'en savoir plus sur son état, inquiet de le voir pâle, prit de fièvre et plus qu'épuisé. Mais il ne lui avait rien dit, expliquant que le combat lui avait demandé beaucoup de force et qu'il avait besoin de repos. Ayant déjà affronté les dragons, le Roi n'avait eu aucun mal à le croire et l'avait laissé tranquille, le priant de lui faire savoir s'il avait besoin de quelque chose.



Le lendemain de leur arrivée, Thranduil et Bard tentèrent de parlementer avec Thorin, rejoignant la porte fortifiée d'Erebor. Seulement, celui-ci les rejeta violemment et Elliel eut peur de comprendre que la malédiction de l'or, de Smaug et de l'Arkenstone aient pris l'ascendant sur lui. Il savait que le véritable Thorin, malgré tout ses défauts, n'aurait jamais laissé les gens de Lacville comme ça. Thranduil peut-être, mais il n'aurait pas renvoyé Bard ainsi. Il espérait vraiment que le Nain allait se battre pour surmonter ça. Là était tout l'enjeu maintenant. Le mage savait que le Nain n'avait pas la force en lui alors qu'il avait encore une leçon à apprendre pour ça. Et s'il arrivait à vaincre ce mal, il l'aurait apprise. Mais Elliel savait qu'il pouvait trouver la force de vaincre ailleurs, en ses précieux compagnons, en Bilbon qui était l'exemple même de ce dont il avait besoin pour se sortir de là. Il espérait vraiment qu'il se battrait. Il croyait en lui mais rien n'était sûr. Il décida de se faire patient alors que le siège d'Erebor débutait.



Des jours durant, rien ne bougea. Elliel en profita pour se reposer au maximum, ne sortant presque jamais de sa tente où Rhîwial lui tenait constamment compagnie. Bard et sa famille étaient souvent avec lui lorsqu'ils n'étaient pas occupés avec les tâches quotidiennes de leur communauté. Sigrid était toujours aux petits soins, passant la majeure partie de son temps avec lui. Elle le respectait énormément mais elle s'était faîte plus à l'aise en sa présence au fil du temps. Comme son père, elle était immensément inquiète pour lui. Bard et sa fille se faisaient un point d'honneur de l'aider pour ses soins, voyant alors les dégâts et paniquant un peu plus à chaque fois en comprenant que rien ne changeait. Les brûlures refusaient de guérir ou simplement de refroidir, restant dans le même état qu'au premier jour. Ils n'osaient imaginer à quel point le mage souffrait en plus de l'empoisonnement des énergies ténébreuses dont-il leur avait parlé. Il se passait toujours plusieurs jours entre chaque séance de soin pourtant, il n'y avait pas d'amélioration et chacune d'entre elle était une terrible torture pour le prince. Et cela s'en ressentait sur le mage que la fièvre n'avait pas lâché. Quand il se laissait aller devant le duo, ils le voyaient terriblement tremblant et faible, luttant contre une souffrance qu'ils devinaient immense. Ils faisaient alors tout pour l'aider et le soulager, s'étant pris d'une grande affection pour lui. Bard laissait aussi Bain et Tilda venir passer du temps avec lui. L'Elfe était un héros merveilleux pour eux et leur parlait toujours comme un sage. Il se disait que ce modèle ne pouvait que leur faire du bien. Elliel lui avait avoué que leur compagnie lui changeait les idées, alors il les laissait le voir chaque jour, veillant pourtant à ce qu'ils ne le fatiguent pas trop.



Le prince Elfe avait aussi accepté de rencontrer les habitants d'Esgaroth qui mourraient d'envie de le voir, de le connaître et de le remercier pour ce qu'il avait fait. Ils n'avaient tout d'abord pas compris pourquoi il ne les avait pas rejoint dés le début mais Bard leur avait expliqué que le combat l'avait épuisé et qu'il avait préféré se reposer au calme à l'écart. Personne ne lui avait reproché. Elliel et Bard étaient devenus les héros de cette petite population après cet affrontement. Tous avaient vu l'Elfe faire face au Dragon, lever cette vague, sauter sur son dos, se faire violemment éjecter... Ils l'avaient vu enchaîner la bête et permettre à Bard de l'abattre. Il avait alors accepté d'aller les voir, se présentant officiellement et ce fut avec une grande déférence que les gens le remercièrent chaudement. Il ne resta qu'une heure avec eux, n'étant pas capable de plus alors que Bard ne le quittait pas, mais il fut incroyablement touché par cet échange. Cela lui redonna de la volonté pour lutter contre les maléfices de Smaug. Ça en avait valu la peine lorsqu'il voyait ces gens en vie le remerciant. En le voyant de plus près ainsi, tous comprirent pourquoi on ne le voyait que peu en dehors de sa tente : le mage semblait à bout de force et ils pouvaient comprendre après avoir vu l'affrontement de titans. Tous furent aussi surpris par la simplicité, la gentillesse et le respect qu'il leur témoigna dans l'échange. Ils s'étaient attendus à un Elfe condescendant comme Thranduil et les siens l'étaient avec eux, mais leur héros lui, n'était pas comme cela du tout et ça ne faisait que les charmer davantage.



Elliel recevait aussi chaque jour la visite de Thranduil qui prenait toujours de ses nouvelles, s'inquiétant terriblement lui aussi. Le mage persistait à lui cacher ses blessures lui avouant pourtant sans mal sa grande fatigue pour satisfaire sa curiosité, finissant aussi par lui dire que le contact très proche avec la créature maléfique avait pesé lourd sur lui. Le Roi avait alors fait poster trois gardes autour de sa tente pour s'assurer qu'il soit au calme, veillant à ce qu'il ait de bon repas et du confort pour qu'il puisse récupérer au maximum. Mais tout cela n'avait pas grand effet, Elliel ne parvenant qu'à stimuler un peu sa magie pour regagner doucement un peu de pouvoir. Il en aurait peut-être besoin.



Deux semaines après le début du siège, rien n'avait évolué dans la situation, inquiétant Elliel qui craignait pour Thorin et donc pour tout le reste. Il décida d'attendre encore un peu avant d'y aller lui même. Ce jour là, en fin de journée, un soldat de Thranduil vint lui annoncer que Gandalf le Gris était ici et cela réjouit Elliel. Difficilement, aidé de Rhîwial qui le relevait comme toujours depuis la mort de Smaug, il sortit du fauteuil où il se reposait. Il sortit de sa tente, appuyé sur son cerf nu de son équipement, tenant son bâton de sa main valide, incapable de se servir de l'autre entièrement brûlée. Une fois de plus, sa monture le hissa elle même sur son dos avec toute la douceur dont-elle était capable, l'emmenant ensuite doucement vers la tente de Thranduil sans le secouer. Sa propre tente avait été placée dans un recoin tranquille où peu venaient et il avait une vue sur la Montagne. Celle de Thranduil était non loin de l'entrée de Dale, dans le tumulte de son armée et des allées et venues. Une fois arrivé, Rhîwial l'aida à descendre et il s'appuya sur son bâton, demandant à son compagnon de rester dehors. Cachant encore au mieux son état, il s'avança vers la tente, voyant que Bard était là avec Thranduil et Mithrandir qu'il entendit de l'extérieur :



- Il faut laisser de côté vos petits griefs envers les Nains, disait-il fermement en le faisant sourire. La guerre est proche. Cette fausse d'aisance qu'est Dol Guldur s'est vidée. Vous êtes tous en danger de mort.



- Ils savent cela Mithrandir. Je les ai prévenu de ce qui risque d'arriver, dit Elliel en entrant pour de bon.



Tous se tournèrent vers lui, le magicien écarquillant les yeux de surprise avant de lui sourire largement.



- Prince Elliel, je suis heureux de vous revoir, dit-il.



- Moi aussi mon ami. Vous étiez bien mal en point à notre bataille à Dol Guldur, remarqua-t-il en venant s'asseoir lourdement dans un siège désigné par Thranduil.



Bard ne tarda pas à venir se poster près de lui, veillant et lui faisant confiance. Gandalf ne manqua pas de noter que l'archer semblait compter avec lui, remarquant aussi la sympathie et le sourire doux que Thranduil afficha à son égard. Le mage avait semble-t-il déjà instauré une forme d'unité à travers lui ici et cela le rassura un peu.



- J'ai très vite retrouvé mes moyens, répondit-il. Je craignais pour vous en revanche.



- Je me trouvais chez le Roi Thranduil alors. Il a veillé sur moi et m'a donné le repos dont j'avais besoin, dit-il en souriant au blond qui lui donna un beau signe de tête.



- J'ai également entendu parler de votre combat avec Smaug, continua l'Istari.



- J'ai accompagné la Compagnie dans ce but Mithrandir, croyez vous que je me déroberais ? Demanda-t-il avec amusement.



- Loin de moi cette idée, répondit précipitamment le magicien en l'amusant un peu plus. Mais, comment allez vous ? Demanda-t-il plus gravement.



- Épuisé je l'avoue, sans parler de magie noire qui nimbait Smaug et qui ne m'est en rien bénéfique, mais je vais bien Mithrandir, mentit-il avec aplomb en impressionnant encore un Bard terriblement angoissé. Pour en revenir au sujet. J'ai informé le Roi Thranduil de ce qu'il s'est passé à Dol Guldur, comme j'en ai informé Bard ici présent. Et après la mort de Smaug, je leur ai également parlé de ma crainte de voir l'ennemi débarquer ici pour prendre la Montagne. Pouvez vous donc confirmer qu'ils sont en chemin ?



- Oui. Avant notre combat à Dol Guldur, Azog en a fait sortir son armée lorsqu'ils ont appris que les Nains n'étaient plus loin du but. La Compagnie de Thorin n'était pas censée arriver jusqu'à Erebor. Il a mis ses forces en attente au cas où Smaug serait vaincu. Il avait ordre de les envoyer si cela arrivait. Erebor est un emplacement stratégique, porte de la reconquête du Royaume d'Angmar.



- Et si ce Royaume noir renaissait, Imladris, la Lorien, la Comté et les domaines du Nord, tomberaient, comprit aisément le mage. Cela serait un désastre sans nom avec Sauron qui menace de nouveau. Mithrandir, ces armées, où sont-elles ?



- Je ne saurais vous le dire exactement. Je sais seulement qu'ils sont en chemin et qu'ils ne doivent plus être loin, répondit-il.



La discussion dériva alors sur la situation inquiétante. Gandalf constata rapidement que Thranduil ne l'aimait guère et que Bard se méfiait de lui mais heureusement, tout deux écoutaient Elliel dont-ils ne remettaient pas les mots en doute. Le plus gros des problèmes se fit alors évident : l'entêtement de Thorin qui les empêchait de réellement se préparer à une attaque.



- S'en est assez, remarqua Thranduil alors que la nuit était tombée. Les archers sont-ils en place ? Demanda-t-il à l'un de ses capitaines qui acquiesça. Voici mes ordres : si quoi que ce soit bouge sur la Montagne, abattez le.



Le capitaine acquiesça et partit, Mithrandir tournant un regard outré vers Elliel qui ne réagit pas.



- Ces Nains ne nous causent que trop de problèmes, posa froidement le blond. Nous n'avons plus le luxe du temps maintenant.



- Vous n'avez pas l'intention de défendre cette Montagne Thranduil, accusa l'Istari. Vous ne voulez que reprendre votre trésor pour ensuite les laisser à leur sort. Quand à vous l'archer, l'or est-il si important pour que vous l'obteniez dans le sang des Nains ? Demanda-t-il avec colère. Aucun de vous ne...



- Il suffit Mithrandir ! trancha fermement Elliel en figeant tout le monde et en faisant tomber le silence. Oui le Seigneur Thranduil veut son dû et cela est normal. Quand à son implication dans la bataille qui s'annonce, je suis sûr qu'il offrirait son aide si Thorin coopérait, dit-il sans que le Roi ne réfute. Il est parfaitement conscient des enjeux, son Royaume serait le premier à subir une prise d'Erebor par nos ennemis. Quand à Bard, bien sûr que l'or est important, mais non pas pour satisfaire son avidité. Mot qu'il ne connaît pas d'ailleurs, remarqua-t-il en faisant doucement sourire l'archer. Avez-vous vu Esgaroth en cendre ?! Dit-il durement. À cause de Thorin et à cause de nous qui avons encouragé sa quête. Tant de vies détruites. Ils ont besoin de cet or pour rebâtir leurs vies et ils ne demanderont pas plus que nécessaire. Maintenant, avec tout le mal que Thorin a causé, pourquoi devraient-ils affronter cette guerre quand il n'a que dédain pour eux ?



- Prince Elliel, vous n'y pensez pas... s'estomaqua Gandalf.



- À abandonner la Montagne ? Non bien sûr, ce n'est pas envisageable, répondit-il. Mais comprenez la position et les sentiments des autres mon ami. Je sais que nous voyons tout deux l'intérêt du plus grand nombre avant mais tous ne sont pas de cet avis et il faut le comprendre. Nous protégeons ce que nous pouvons protéger. Vous leur demandez de se battre pour cette Montagne Mithrandir, ayez l'amabilité de ne pas les insulter et d'entendre le dilemme qui est le leur, pria-t-il alors que le magicien baissait là tête. Thorin n'est pas lui même en ce moment, remarqua-t-il en surprenant Thranduil et Bard. Il est sous l'emprise de malédictions puissantes, je le sais. Le Thorin promettant d'être un grand roi sous la Montagne n'est pas là. Nous lui avons laissé le temps pour tenter de combattre ce maléfice. S'il ne gagne pas, nous n'aurons pas le choix ou la Terre du Milieu tout entière en subira les conséquences.



- Pensez vous qu'il peut gagner cette bataille ? Demanda l'Istari.



- Je crois en lui, affirma alors Elliel avec conviction. Il a tout ce dont-il a besoin pour réussir. Je crois en lui Mithrandir mais je suis forcé de constater que je ne pré-sens qu'un funeste destin pour lui, déplora-t-il tristement. Pour le moment, le Thorin qui nous fait face ne veut que son trésor tel un dragon couvant son bien. Il provoquera la guerre si nécessaire.



- Ça n'ira pas jusque là, espéra Bard. C'est une bataille qu'ils ne peuvent gagner, posa-t-il.



- Ça ne les arrêtera pas, fit alors la voix de Bilbon entrant par un autre pans de la tente relevé l'air essoufflé. Vous pensez que les Nains vont se rendre mais non. Ils se battront jusqu'à la mort pour défendre leur bien, dit-il en regardant Bard.



- Bilbon Sacquet, s'émerveilla Gandalf.



Et alors que le Hobbit faisait éruption Elliel ressentit un violent éclat de douleur en lui. Son corps n'était plus que souffrance depuis la mort de Smaug, aussi, il attribua cela à ses blessures. Il se tendit affreusement, retenant un gémissement et même un cri à grand peine, luttant pour se maîtriser. Cela seul Bard le remarqua alors qu'il gardait un œil sur lui. Il posa une main réconfortante sur son épaule valide alors qu'il ne s'était pas éloigné de lui, tentant de le soutenir un peu. Il ne la retira que lorsqu'il reçut un petit sourire de sa part lui indiquant que le malaise était passé. Mais il n'en n'était rien, Elliel reprenant simplement le dessus alors que la souffrance persistait.



- Si je ne m'abuse, c'est le Semi-Homme qui a volé les clefs de mes geôles au nez et à la barbe de mes gardes, remarqua Thranduil en regardant Bilbon et en reprenant place sur son siège.



- Euh... oui, avoua doucement celui-ci en faisant sourire les autres d'amusement. J'en suis navré, s'excusa-t-il avec une véritable sincérité. Je suis venu, vous donner ceci, dit-il en s'avançant vers une table.



Il y déposa un paquet, l'ouvrant et découvrant l'Arkenstone, surprenant tout le monde alors que le silence tombait. Il releva le regard vers Elliel qui lui sourit et qui acquiesça, comprenant le but de la manœuvre. Le Semi-Homme était vraiment une bénédiction pour Thorin.



- Le Cœur de la Montagne, le Joyau du Roi, remarqua Thranduil en se levant pour regarder la gemme.



- Ça vaut la rançon d'un roi, remarqua Bard. Comment peut-elle être à vous ? Demanda-t-il alors.



- J'ai considéré que c'était mon quatorzième du trésor, dit-il simplement.



- Pourquoi feriez vous cela ? Demanda l'archer confus. Vous ne nous devez rien.



- Je ne le fais pas pour vous, répondit-il.



- Il le fait pour ses amis, Thorin et les autres, remarqua Elliel en faisant sourire Bilbon. Vous êtes d'un courage sans égal mon ami, sourit-il doucement à son égard.



- Je sais que les Nains peuvent être obstinés, bornés, difficiles, reprit le Hobbit en les regardant. Ils sont méfiants et cachottiers. Ils ont les pires manières qu'on puisse imaginer mais ils sont aussi courageux, gentils et d'une loyauté sans faille, dit-il en baissant les yeux. J'ai de l'affection pour eux et si je peux je les sauverais.



- Thorin ne vous mérite pas Bilbon, murmura Elliel en gagnant un regard triste de sa part.



- Pour Thorin, cette pierre compte plus que tout, continua-t-il. Je pense qu'en échange de sa restitution, il vous donnera ce qui vous est dû, avança-t-il. Il n'y aura alors plus lieu de vous battre.



Tous se regardèrent, se tournant finalement vers Elliel pour avoir son avis.



- Cela se tente, dit-il. Si Thorin accepte cette main tendue, cette aide pour le réveiller. S'il choisit le symbole de son peuple plutôt que l'or, cela pourrait l'aider et le sortir de la malédiction pesant sur lui, dit-il en faisant hausser un sourcil à Bilbon.



Les trois autres acquiescèrent alors et on convint d'une nouvelle tentative de négociation le lendemain. Ils décidèrent d'en rester là pour ce soir. Elliel dû faire un effort titanesque pour se lever sans rien laisser paraître, Bard à ses côtés, discrètement prêt à l'aider. Il sortit avec lui, faisant mine d'avoir à lui parler. L'archer regarda Rhîwial le hisser sur son dos alors que le magicien et le Hobbit partaient de leur côté. Il raccompagna le mage à sa tente où le cerf entra et où son cavalier laissa glisser son masque de maîtrise. Il s'affaissa, son visage ravagé par la douleur alors qu'il transpirait à grosses gouttes. Sigrid était là, les attendant et elle s'empressa d'aider son père à le descendre délicatement de sa monture qui se baissa pour les aider. Bard déposa l'Elfe dans son fauteuil, sa fille lui amenant un verre d'eau et venant rafraîchir son visage d'un linge frais. Elliel mit un moment à se reprendre, les remerciant ensuite.



Ils veillèrent sur lui un long moment, le reste de la famille débarquant finalement pour dîner avec eux alors que le mage était parvenu à se reprendre un peu. Et alors qu'ils entamaient le repas, un garde prévint Elliel que Bilbon était là. Le prince ordonna qu'on le laisse entrer et le Hobbit ne tarda pas à arriver, un peu surpris de trouver la famille de Bard avec lui. Elliel l'invita à manger avec eux et il accepta avec joie, prenant place. Comme Thorin et les autres, il avait appris par Fili, Kili, Bofur et Oin le rôle qu'il avait joué dans la mort de Smaug. L'histoire l'avait effaré. Aussi, il le félicita pour ensuite s'enquérir de son état alors que cela faisait bien longtemps qu'ils ne s'étaient vus. Elliel lui mentit comme il mentait aux autres, ne voulant pas l'inquiéter. La discussion partit alors sur ce qu'il avait manqué depuis leur séparation et le mage ne manqua pas le mal être de son ami, en comprenant la raison.



- Ne culpabilisez pas Bilbon, dit-il en l'interpellant soudainement. Vous n'avez pas trahis Thorin par le geste que vous avez eu aujourd'hui. Au contraire, vous lui donnez une chance de se réveiller et d'éviter un combat entre ceux qui devraient être alliés. Vous avez une fois de plus fait preuve d'un grand courage et d'une grande loyauté.



- Je ne pense pas que Thorin sera d'accord avec vous, déplora-t-il.



- Vous et moi savons qu'en ce moment, Thorin n'est pas lui même. Il est très loin du prince Nain promettant d'être un magnifique roi que nous avons tout deux connus. Il doit se battre contre les malédictions qui pèsent sur lui et dont je vous ai parlé dans les mines des Gobelins. Vous venez de lui donner une chance de s'en sortir plus facilement. Le véritable Thorin lui, aurait vu que votre acte n'est que dans son intérêt. Et il le verra, lorsqu'il reviendra à lui, assura-t-il en réconfortant visiblement le Hobbit.



Ils dînèrent dans une bonne humeur calme et lorsque Bilbon repartit, Elliel sut parfaitement ce qu'il comptait faire. Le lendemain, une fois encore, Thranduil et Bard s'avancèrent vers la Montagne pour négocier, cette fois-ci accompagné d'Elliel et de Gandalf. Le mage montait son cerf paré de son armure alors que lui ne portait que son bâton. La Compagnie était là, au dessus de la porte qu'ils gardaient farouchement. Ils fendirent l'armée rassemblée au pied de la Montagne, arrivant devant eux. Elliel vit Thorin, accoutré comme jamais, affublé d'une couronne sans valeur, tirer une flèche dans les pattes de la monture de Thranduil, les faisant stopper en ligne.



- Je logerais la prochaine entre vos yeux, scanda-t-il en faisant rire les siens.



Ils cessèrent pourtant leurs provocations lorsque plusieurs lignes des archers Elfes se préparèrent à tirer. Les archers rengainèrent pourtant rapidement et Thranduil prit la parole :



- Nous sommes venu vous dire, qu'un paiement de votre dette a été offert. Et accepté, dit-il.



- Quel paiement ? Demanda Thorin. Je ne vous ai rien donné ! Vous n'avez rien ! Affirma-t-il tendant toujours son arc armé.



- Nous avons ceci, répondit Bard en sortant le Joyau du Roi et en l'exposant à leurs yeux.



Les Nains le reconnurent sur le champs, les traitant de voleurs. Bard promis sa restitution en échange de ce qui était dû. Elliel observa attentivement Thorin, priant pour qu'il se batte et réagisse. Il voyait dans ses yeux à quel point les malédictions l'avaient touché et il priait pour qu'il parvienne à les vaincre. Il désespéra un peu plus lorsque Thorin renia la possibilité qu'il s'agisse de la véritable pierre. Seulement, le Nain dû se rendre à l'évidence quand Bilbon apparut près de lui. Lui révélant ce qu'il avait fait, tentant de le secouer en lui faisant remarquer à quel point il avait changé. Une fois de plus, Elliel pria pour qu'il l'écoute. Le reste de la Compagnie semblait perdue, doutant alors qu'ils ne pouvaient nier ne pas reconnaître Thorin dernièrement. Et ils savaient pourquoi, se souvenant des explications du prince d'Imladris qui surveillait son homologue Nain avec la plus grande attention, comme attendant qu'il réagisse. Mais soudain, Thorin ordonna que l'on jette Bilbon du rempart. Lorsqu'aucun ne lui obéit, il entreprit de le faire lui même, le faisant à moitié basculer alors que les autres tentaient de l'arrêter. Elliel réagit sur le champs, sa magie amplifiant sa voix sur sa simple volonté de l'instant :



- Si vous n'aimez pas Bilbon ! scanda-t-il. Rendez le moi ! ordonna-t-il. Si vous osez lui faire du mal, je viendrais moi même vous faire payer ce crime ! prévint-il avec colère alors que son bâton brillait un peu.



À cet instant, il en imposait. On sentait sa colère et le fait qu'il n'était pas n'importe qui. Une légère aura blanche apparut autour de lui, Thranduil et Mithrandir y sentant vaguement la présence divine de son protecteur. C'était comme s'il accompagnait son mage dans sa démarche à cet instant, lui marquant son soutient et ils restèrent fascinés un instant avant de se reprendre pour suivre ce qu'il se passait.



- Vous donnez une terrible image de vous Thorin ! remarqua-t-il sa voix faisant écho autour d'eux d'un air mystique.



Le fixant, Thorin lâcha Bilbon qui s'écarta rapidement, les autres le poussant à fuir et à se mettre en sécurité. Le Hobbit commença à descendre mais Elliel ne lâcha pas Thorin, son regard ancré dans le sien.



- Je ne veux plus jamais avoir à faire aux magiciens ! grogna-t-il alors en se penchant sur le rempart. Ni aux traîtres de la Comté !



- Vous n'êtes ni Roi ni rien pour moi en cet instant Thorin ! rétorqua-t-il. Pourquoi accéderais-je à votre demande ?



Pour toute réponse, Thorin banda son arc et le mit en joug, faisant crier Kili et Fili. Dans la foulé, tout les archers de Thranduil en firent de même avec lui, Bard réagissant aussi vite qu'eux et sortant son arc. Cela n'arrêta pourtant pas Thorin.



- Vous oseriez me tirer dessus ? demanda Elliel sans sourciller. Dois-je vous rappeler toutes les dettes que vous me devez déjà ?



- Je n'ai que faire des dettes que vous prétendez pouvoir me réclamer ! répondit-il.



- Je le sais fort bien parce qu'après tout, vous n'avez que faire de bien des choses en ce moment ! gronda Elliel. Vous n'avez que faire de vos amis ! De votre famille ! Vous n'avez que faire de votre peuple et de son bien ! Vous n'avez que faire de la paix ! Seul votre pauvre trésor pathétique vous importe. Vous devenez aussi fou que votre grand père ! Dois-je vous rappeler que cela mena votre peuple à la ruine et à des années de souffrance !



Il laissa un léger silence planer avant de reprendre, fixant Thorin dans les yeux avec force :



- Où êtes vous Thorin ? Demanda-t-il en interloquant tout le monde. Où êtes vous ?! Redemanda-t-il. Où est le Nain que j'ai rencontré à Imladris ?! Où est le Nain qui m'a donné l'espoir de revoir Erebor dans toute sa splendeur ?! Où est le Nain pour lequel j'ai quitté ma maison et ma famille ?! Où est le vaillant guerrier avec lequel je me suis battu dans les Mines des Gobelins ?! Où est l'ami devant lequel Bilbon et moi nous nous sommes interposés pour le protéger ?! Demanda-t-il avec une émotion palpable dans la voix. Où est l'ami qui m'a guidé et protégé dans la Forêt Noire ?! Où est le puissant et magnifique Roi que j'ai aperçu en vous autrefois ? Où est celui qui pourrait être le plus grand des chefs pour son peuple ?! Où est celui qui aurait tout donné pour le bonheur et la prospérité des siens ?! Où est celui qui aurait confié sa vie sans le moindre doute à ses amis ? Où est Thorin écu de chêne, fils de Thrain ?! Où est le Roi sous la Montagne ?



Il marqua une pause, un silence pesant tombant, puis il reprit :



- Je vais vous le dire si vous ne savez me répondre. Il est là ! Devant moi ! Enfermé dans son propre corps ! Enfermé dans une cage d'ombre que sont les malédictions qui pèsent sur vous ! Allez vous vous battre ! Ou allez vous vous laissez réduire à une vermine qui sera notre perte à tous ! La perte de ceux que vous aimez. Vous avez vos armes Thorin et elles ne sont pas dans vos mains ! Tournez la tête, regardez ceux qui vous entourent, rappelez vous pourquoi vous vous battez, pourquoi avez entreprit cette quête ! Regardez les vôtres Thorin, regardez dans leurs yeux ! C'est en eux que vous trouverez là force de vous libérer. Parce que ce sont eux le vrai trésor qu'il vous faut défendre à tout prix. L'or n'est qu'un mirage. Il ne vous sauvera pas, il ne fait pas de vous un Roi. C'est votre peuple qui fera de vous un Roi si vous vous en montrez digne ! Souvenez vous ! Souvenez vous de ce que je vous ai dit dans les Mines Thorin ! Souvenez vous ! Battez vous ! Où êtes vous donc ?! Vous devez réagir. Je sais que vous pouvez vaincre la malédiction de l'or, la malédiction de Smaug ! Le laisserez vous vous vaincre finalement et détruire ce qu'il reste de vous ?! Le laisserez vous gagnez ou terminerez vous ce que moi et Bard avons commencé ? L'achèverez vous ? Je sais que vous pouvez passer ce test mon ami. Je crois en vous depuis le premier jour ! Vous êtes quelqu'un de bien Thorin, et vous pouvez être un grand roi ! Mais pour cela, vous devez vous battre ! Encore ! Réveillez vous, nous avons tous besoin de vous ! Cria-t-il pour finir à bout de souffle.



Le silence tomba alors qu'il fixait Thorin. Pendant un long moment il ne vit rien mais pendant une seconde, un éclat brilla dans le regard du Nain. Et il sentit. Il sentit que l'espoir n'était pas perdu.  

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