Marylin entra dans la Grande Salle avec la sensation étrange que le sol se dérobait légèrement sous ses pieds, non pas parce qu’elle trébuchait ou qu’elle manquait d’équilibre, mais parce que tout ce qu’elle voyait, tout ce qu’elle ressentait, tout ce qui vibrait autour d’elle semblait trop grand, trop intense, trop chargé de magie pour qu’elle puisse simplement marcher comme si de rien n’était. Elle avait imaginé cet endroit des dizaines de fois, à travers les récits de son père, les livres qu’elle avait lus, les histoires qu’on lui avait racontées, mais rien, absolument rien ne l’avait préparée à la réalité de ce qu’elle découvrait maintenant. Les chandelles flottant dans les airs projetaient une lumière dorée qui se reflétait sur les visages des élèves déjà installés, les bannières des quatre maisons ondulaient doucement comme si elles respiraient, et le plafond enchanté, immense, profond, reproduisait un ciel nocturne si réaliste qu’elle en oubliait presque qu’elle se trouvait à l’intérieur d’un château.
Elle avança lentement, les yeux grands ouverts, incapable de tout absorber à la fois, fascinée par la chaleur qui émanait des tables, par les murmures qui se mêlaient aux éclats de rire, par l’odeur de cire, de parchemin et de plats encore fumants qui flottaient dans l’air. Les premières années se regroupaient devant la petite table où la professeur Helena Montgomery, droite et imposante dans sa robe vert sombre, tenait la liste des élèves à répartir. Marylin se plaça parmi eux, les mains crispées sur le tissu de sa robe noire, le cœur battant si fort qu’elle avait l’impression que tout le monde pouvait l’entendre. Elle tenta de respirer calmement, mais chaque inspiration semblait trop courte, trop rapide, comme si son corps refusait de se détendre.
Elle savait ce que signifiait être une Potter à Poudlard. Elle savait ce que les autres attendaient d’elle, ce que son nom évoquait, ce qu’il imposait. Elle savait que, depuis qu’elle avait posé le pied dans le château, les regards s’attardaient un peu plus longtemps sur elle, que les murmures se faisaient plus insistants lorsqu’elle passait, que certains élèves tentaient déjà de deviner dans quelle maison elle serait envoyée, comme si son choix — ou plutôt celui du Choixpeau — devait confirmer quelque chose, valider une tradition, perpétuer un héritage. Mais Marylin n’était pas sûre de vouloir marcher dans les traces de son père, ni de devenir un jour Auror comme lui, ni de suivre un chemin déjà tracé avant même sa naissance. Elle voulait autre chose, quelque chose qui lui appartienne vraiment, quelque chose qui ne soit pas dicté par un nom qu’elle respectait mais qui ne devait pas la définir entièrement.
Les élèves défilaient un à un, certains tremblant légèrement, d’autres se tenant raides comme des piquets, d’autres encore chuchotant frénétiquement pour évacuer la tension. Marylin observait leurs réactions, leurs hésitations, leurs sourires soulagés ou leurs mines déçues, et elle se demandait ce qu’elle ressentirait, elle, lorsque son tour viendrait. Elle se demandait si elle serait capable de rester calme, si elle parviendrait à ne pas laisser transparaître la tempête qui grondait en elle. Elle se demandait si le Choixpeau sentirait ses doutes, ses envies, ses peurs, ses aspirations. Elle se demandait s’il comprendrait ce qu’elle n’avait jamais osé dire à voix haute.
Lorsque son nom fut appelé, un murmure parcourut la salle, un frisson collectif qui se propagea d’une table à l’autre, comme si le simple fait d’entendre « Potter » réveillait des souvenirs, des attentes, des comparaisons. Marylin sentit ses joues chauffer, mais elle ne baissa pas les yeux. Elle inspira profondément, redressa légèrement les épaules, et s’avança vers le tabouret avec une lenteur maîtrisée, comme si chaque pas était une affirmation silencieuse de sa volonté de ne pas se laisser écraser par les regards. Elle sentit les battements de son cœur résonner jusque dans ses tempes, mais elle continua d’avancer, déterminée à ne pas laisser la peur prendre le dessus.
Elle s’assit sur le tabouret, le bois légèrement froid sous elle, et sentit le Choixpeau se poser sur sa tête. Aussitôt, une voix résonna dans son esprit, une voix ancienne, malicieuse, presque douce, mais d’une lucidité qui la traversa comme une lame.
— Hmm… Marylin Potter. Une lignée pleine de bravoure… mais toi, tu n’es pas comme les autres, n’est‑ce pas ? Je sens en toi une envie farouche d’être indépendante, de te détacher de ce nom qui pèse sur tes épaules.
Marylin sentit sa gorge se serrer.
Oui.
C’était exactement cela.
Elle voulait réussir, mais pas parce qu’elle était une Potter. Elle voulait tracer son propre chemin, faire ses propres choix, se construire sans être constamment comparée à son père ou à sa famille. Elle voulait être Marylin, pas « la fille de ».
— Beaucoup de courage… une volonté farouche… et une indépendance marquée, continua le Choixpeau, comme s’il fouillait dans ses pensées les plus intimes. Tu veux tracer ton propre chemin. Intéressant… très intéressant…
Marylin ferma les yeux, non pas pour fuir la voix, mais pour se recentrer, pour sentir ce qu’elle voulait vraiment, pour ne pas laisser son héritage décider à sa place. Elle ne voulait pas que ce choix soit dicté par ce que les autres attendaient d’elle, ni par ce que son nom représentait. Elle voulait que ce choix soit le sien, entièrement le sien.
— GRYFFONDOR ! lança soudain le Choixpeau, avec une joie presque contagieuse, comme s’il venait de résoudre une énigme qu’il avait savourée.
Un souffle parcourut la salle, puis des applaudissements éclatèrent à la table des Gryffondor. Marylin rouvrit les yeux, un sourire de soulagement étirant ses lèvres, un sourire sincère, presque tremblant, mais lumineux. Elle retira le Choixpeau, descendit du tabouret, et se rua vers la table de sa nouvelle maison, accueillie par des mains tendues, des sourires chaleureux, des regards curieux mais bienveillants. Elle s’assit, le cœur encore battant, mais cette fois d’une excitation nouvelle, d’une fierté douce, d’un sentiment d’appartenance qui ne venait pas de son nom, mais de ce qu’elle venait de choisir.
Pour la première fois depuis son arrivée, Marylin sent que quelque chose en elle se stabilise, comme si une pièce essentielle venait de se mettre en place. Elle n’était pas seulement une Potter. Elle était une Gryffondor. Et ce choix, celui-là, était le sien.