Harry Potter (III) : Les Ombres de l'Aube
Shawn Lupin attendait son tour parmi les autres premières années, les mains croisées dans son dos, essayant de paraître calme alors que son cœur battait bien trop vite pour qu’il puisse réellement se détendre. Il avait toujours été doué pour cacher ce qu’il ressentait, pour sourire même quand il était nerveux, pour faire croire qu’il maîtrisait la situation alors qu’en réalité, il se posait mille questions à la seconde. Être le dernier enfant du couple formé par Teddy Lupin et Victoire Weasley-Lupin n’était pas une mince affaire : il portait deux noms de familles lourds d’histoire, deux héritages tissés de courage, de sacrifices, de loyauté, de combats menés bien avant sa naissance. Il voulait rendre fier sa famille, il voulait être à la hauteur, il voulait prouver qu’il avait sa place dans cette lignée de héros, même s’il n’aimait pas ce mot et qu’il trouvait qu’il sonnait trop grand pour des gens qui, selon lui, avaient simplement fait ce qu’il fallait.
Il pensait souvent à sa sœur aînée, celle qui avait été envoyée à Serpentard et qui, malgré les murmures, malgré les préjugés, malgré les regards parfois méfiants, avait su montrer au fil des années quel genre de sorcière elle était vraiment. Forte, brillante, courageuse, déterminée. Elle avait traversé des épreuves difficiles, elle avait dû se battre pour prouver qu’elle n’était pas définie par sa maison, et aujourd’hui, elle était devenue un modèle pour lui. Il espérait être à la hauteur de ce qu’elle représentait, de ce qu’elle avait accompli. Il espérait qu’il serait capable, lui aussi, de tracer son propre chemin.
Il avait observé sa cousine Olivia Campbell être envoyée à Poufsouffle un peu plus tôt, et il avait été surpris, mais agréablement. Olivia avait toujours été douce, patiente, attentive aux autres, et même si elle ne s’en rendait pas compte, elle avait une force tranquille qui impressionnait Shawn. Il était persuadé qu’elle irait loin dans cette maison, qu’elle y trouverait des amis, un rythme, une stabilité qui lui conviendraient parfaitement. Il avait applaudi pour elle avec sincérité, tout comme il avait applaudi pour ses deux cousines Elizabeth et Marylin lorsqu’elles avaient été envoyées à Gryffondor. Il les adorait toutes les deux, et il savait que Poudlard n’avait qu’à bien se tenir avec ces deux filles-là : elles allaient faire parler d’elles, il en était certain.
Il discutait avec un garçon à côté de lui, essayant de se distraire, lorsque son nom fut enfin appelé.
— Shawn Lupin.
Il sentit un frisson lui parcourir le dos.
C’était son tour.
Il inspira profondément, redressa les épaules, et s’avança vers le tabouret avec une assurance qu’il ne ressentait pas vraiment, mais qu’il avait appris à afficher. Il se disait que, peu importe la maison dans laquelle il serait envoyé, il s’y ferait une place. Il n’avait pas de préférence particulière : il aimait l’idée de Gryffondor, bien sûr, parce que c’était la maison de tant de membres de sa famille, mais il aimait aussi la sagesse de Serdaigle, la ruse de Serpentard, la loyauté de Poufsouffle. Il se disait que toutes les maisons avaient quelque chose à offrir, et que lui, il pourrait s’adapter partout.
Il s’assit sur le tabouret, sentit le Choixpeau se poser sur sa tête, et aussitôt une voix résonna dans son esprit, une voix douce, réfléchie, presque bienveillante.
— Un courage discret… une loyauté profonde… Tu n’agis jamais pour toi, mais toujours pour les autres. Tu es un soutien solide, Shawn. Un travailleur silencieux, un cœur fiable. Tu ne cherches pas la gloire… seulement à faire ce qui est juste. Tu n’as pas besoin de lumière pour exister. Tu n’as pas besoin d’être vu pour être important. Je sais exactement où tu seras chez toi.
Shawn sentit son cœur se serrer.
C’était vrai.
Il n’avait jamais cherché à briller, jamais cherché à être le meilleur, jamais cherché à attirer l’attention. Il voulait juste être utile, être présent, être quelqu’un sur qui on pouvait compter. Il voulait être un bon ami, un bon frère, un bon fils. Il voulait faire ce qui était juste, même si personne ne le voyait.
Et alors que le Choixpeau semblait avoir terminé son analyse, il cria :
— Poufsouffle !
Le mot résonna dans la Grande Salle, et Shawn sentit un sourire immense étirer ses lèvres. Il retira le Choixpeau, descendit du tabouret, et se mit à courir presque malgré lui vers la table de sa nouvelle maison. Les Poufsouffle l’accueillirent avec chaleur, frappant dans leurs mains, lui tapant l’épaule, lui faisant de la place entre eux. Il se sentit immédiatement bien, comme si quelque chose en lui venait de se poser, comme si une pièce manquante venait de trouver sa place.
De loin, il aperçut sa sœur aînée, assise à la table des Serpentard, qui applaudissait pour lui avec un sourire fier. Il vit aussi son frère Nathaniel, à la table des Serdaigle, qui lui adressait un signe de tête approbateur. Et dans ce simple geste, dans ces regards, dans ces sourires, il sentit tout le poids de son héritage se transformer en quelque chose de plus doux, de plus léger, de plus beau.
Il se sentait bien.
Il se sentait chez lui.
Et il sentait, au fond de lui, qu’il pourrait accomplir de grandes choses.