Lévannah Mackenzie : Après deux générations

Chapitre 2 : La Coupe de feu

Par LauraBERTIN

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C’étaient les mêmes tables, les mêmes bancs, le même banquet. C’étaient les mêmes élèves à quelques visages inquiets presque. C’étaient les mêmes professeurs, installés sur la petite estrade sur laquelle se tenait leur table. La Salle commune de Poudlard n’avait guère changé durant les cinq années que Lévannah avait passé dans l’école. Pourtant, chaque rentrée, la directrice Gorath redoublait d’inventivité pour les décorations de bienvenue. En tant qu’ancienne Serdaigle, elle faisait toujours preuve d’un goût des plus originales. Lévannah ne fut pas étonnée de voir cette année un plafond où le gazon s’étendait à perte de vue. Quelques marguerites commençaient à éclore et les rayons du soleil réhaussait la couleur de la végétation. C’était inconfortable de contempler ce plein midi quand il venait de traverser les coursives noires et obscures de l’école. Des petits leprechauns pendaient le long de cordes comme s’ils chevauchaient une monture. Ils affichaient tous des expressions très humaines. Certains étaient en colère, d’autres pliés de rire, ou encore certains pleuraient à chaudes larmes. On les voyait faire des semblants de pique-niques dans l’illusoire pelouse. Si pendant le repas, de la nourriture disparue, personne ne put assurer que c’étaient bel et bien les leprechauns qui s’étaient servis. On voyait apparaître des petits rongeurs, écureuils, mulots ou petites loutres de temps en temps pendant la répartition de nouveaux élèves dans les maisons, ce qui créa un trouble immense chez les élèves. S’agissait-il vraiment d’une illusion et pourquoi tout avait l’air si vrai ? D’habitude, Gloria Gorath se contentait de projections astronomiques très calmes ou de paysages de montagnes. La décoration de cette année présentait une animation fébrile qui contamina les élèves, rendant ce premier banquet plus bruyant et plus animé que les précédents.

Lévannah se dirigea à la table des Serpentard qui se tenait le plus à gauche de la Salle Commune. Un long chemin de table vert et noir traversait la table sans cesser de se balancer comme la queue d’un chat agité. Ses amis se dispersèrent chacun pour rejoindre sa maison, seule Morgane resta à ses côtés.

-       Ce n’est pas le genre d’animation que j’avais imaginé pour accueillir une des plus grandes écoles de magie du monde, souffla-t-elle comme si son ego avait été personnellement touché.

-       Mme Gorath a un humour bien à elle, admit Lévannah.

-       Tu as besoin que je te donne le bras, Mackenzie ?

Lévannah se retourna presque mécaniquement en direction de la voix parfaitement moqueuse et suffisante qui venait de s’adresser à elle.

-       Non ? continua son propriétaire, alors bouge-toi de l’entrée, tu vois bien que tu bloques la route aux autres.

Rictus le poussa d’un geste en direction de la table. Il la regardait avec une impression ambiguë. Il se moquait d’elle et paraissait contrarié de sa stupeur. Lévannah avançait à pas lent, ses années précédentes remontaient sur elle dans un flot de souvenirs indistincts.

Quand elle n’avait que onze ans, on l’avait aussi poussé sous le poids du Choixpeau et elle avait pensé que la sentence qu’il prononcerait la condamnerait toute sa vie. Ses deux parents avaient étudié à Poudlard et avaient été désigné comme des Serdaigle. Aussi avait-elle pensé qu’on lui indiquerait le même sort. Elle n’avait guère d’affinité avec les énigmes et ressentait un vague mépris pour les personnes trop illuminées. Alors, quand le Choixpeau lui indiqua qu’elle se rendait à Serpentard, elle sentit au fond d’elle qu’on l’avait entendue pour une fois. Elle eut honte et fut rassurée. Elle redouta la réaction de ses parents et pensa pour la première fois « C’est vraiment moi ».

Le cri du Choixpeau et les applaudissements bruyants des Serpentard la sortirent de sa rêverie. Morgane se tenait à sa droite tandis que Garry Angsmann se tenait à sa gauche. C’était un très bon ami de Rictus, aussi ce dernier se tenait juste en face de lui. Il la regardait avec insistance depuis plusieurs minutes et paraissait énervé.

-       C’est chez nous, lui expliqua Morgane qui voyait Lévannah les mains dans le vide. C’est un petit connu, une grande famille. Tu pourrais applaudir, tu es toujours un peu sauvage.

Elle l’avait réprimandé dans un sourire, ne se souciant même pas de voir si Lévannah appliquait ses conseils. Gloria Gorath se leva de l’étrange rocking-chair qu’elle avait mis à la place du haut fauteuil qui revenait au directeur. Elle frappa plusieurs coups sur un verre à l’aide de sa baguette. A chaque fois, un coup de trompette interrompait les bavardages et faisait taire les moqueurs.

Gloria Gorath était une femme entre deux âges : elle avait l’air d’une fillette malicieuse, et celui d’une femme grave et sage. Elle avait une mémoire très faillible, aussi oubliait-elle les choses qu’elle jugeait mineures comme les noms de certains professeurs ou élèves, ou certaines tâches administratives. Cependant, sous ses airs naïfs, elle pouvait devenir une imbattable duelliste et un monstre de connaissances. Si elle ne se souvenait presque jamais du nom des élèves, elle connaissait peut-être par cœur l’histoire de la magie et pour une grande partie, l’étude des Moldus dont elle était l’enseignante. Elle ne s’embarrassait jamais de ses devoirs de directrice et ne se trouvait presque jamais dans son bureau, le jugeant austère.

Quand les coups de trompette se turent, elle afficha un sourire puéril et prit la parole. Elle avait une voix à l’image de son apparence : enfantine et sévère.

-       Inutile de perdre du temps sur les formalités ! s’écria-t-elle, nos petits poussins apprendront bien assez vite qui sont nos professeurs et les matières qu’on enseigne. Je n’aime pas trop les discours. Mais…

Elle glissa la main dans la poche de son exubérante robe marine et lut à peine discrètement un papier sur lequel elle avait noté son discours :

-       Au oui ! reprit-elle, mais je dois quand même souhaiter la bienvenue à notre nouveau professeur, M. Sévin Millepertius. Il enseignera…

Nouveau coup d’œil :

-       Je suis bête, souffla-t-elle pour elle mais tous l’entendirent, la défense contre les forces du mal. Puisque Mme Bouchra est partie…

-       Mme Louchra, lui murmura Macha Weasley, la professeure d’histoire de la magie et l’adjointe officieuse de Gorath.

Des murmures avaient parcouru les différentes tables. Sévin Millepertuis était un très jeune homme. Il portait de longs cheveux noirs et le visage pâle. Il avait un air sévère et l’expression de quelqu’un qu’on a envie de taquiner. Or, quand il sourit, l’impression s’évanouit. Il avait l’air d’être celui qui taquine. Quand il souriait, ses petites canines blanches apparaissaient. Ses yeux brillaient alors d’une lueur qu’i n’avait rien de timide. Ses gestes étaient très élégants, aussi quand il s’inclina quelques personnes soupirèrent d’extase. Quand les élèves apprirent qu’il était allé à Serpentard avant d’être transféré dans une autre école, l’excitation augmenta.

-       Jaloux, Malefoy ? se moqua Nadia Banchinsky.

-       De quoi ? lâcha-t-il le plus lentement du monde.

-       Je crois que tu viens de te faire voler la vedette.

Si Rictus avait l’habitude d’attirer les regards sur lui, ils étaient maintenant tous tournés vers le professeur. Les cheveux de celui-ci étaient aussi noirs que ceux de Rictus avaient blancs. Il ressemblait de très près à sa sœur à la légère différence que ses yeux étaient plus sombres. Ils avaient la même mâchoire carrée qui leur donnait un air hautain et supérieure et tous les deux avaient des lèvres charnues et rouges.

-       C’est ce que tu voudrais, répliqua-t-il.

Et avant même qu’elle ait pu répliquer, il approcha son visage si proche du sien qu’elle devint livide. Rictus passa son bras près d’elle, saisit la bouteille d’eau et se recula avec une lenteur calculée :

-       Il fait un peu chaud, n’est-ce pas ? déclara-t-il en la fixant aussi intensément que ses yeux le pouvaient.

Morgane grogna en regardant le manège de son frère mais Patience Elliott se pencha vers elle :

-       Qu’est-ce que tu en penses, toi ?

Morgane détourna le visage comme si cette conversation commençait à l’agacer. Elle grogna pour Lévannah :

-       Ce qu’elles peuvent être stupides pour un homme.

Lévannah eut un sourire complice et continua d’applaudir sans conviction.

-       Peu importe, reprit la première en claquant joyeusement dans ses mains, maintenant que M. Morpétuis est présenté, nous pouvons nous entretenir de la partie la plus importante du programme. Tu vois, reprit-elle puisqu’elle avait l’habitude de s’adresser aux autres comme s’il ne s’agissait que d’une personne, Poudlard a l’honneur d’accueillir le Tournoi des trois sorciers pour les soixante dix-huitièmes fois.

Elle mima des applaudissements et fut rejoint par les nombreux cris de joie des élèves. La dernière fois que le Tournoi des sorciers avaient eu lieu, Lévannah était en deuxième année et il s’était déroulé aux Etats-Unis, pour ce qu’elle s’en souvenait.

-       Cette année, nous avons l’immense chance d’accueillir la plus grande et la plus ancienne école de magie du monde, l’école d’Uagadou.

Comme si elle avait attendu son nom depuis toujours, la délégation franchit les portes de la salle commune. Les portes s’étaient ouvertes avec vigueur et immédiatement, des filles et des garçons s’étaient jetés dans l’allée, ils couraient au milieu des rangs, sautaient sur les tables, faisaient de complexes acrobaties et crachaient du feu au-dessus de leur tête. Les élèves avaient presque tous des nuances de peau très différentes : tous les noirs se déclinaient d’un noir profond au marron laiteux, des peaux pâles côtoyaient des peaux jaunies ou rougies. Ils avaient tous les visages peints au charbon qui affichaient différentes expressions à l’image des leprechauns qui continuaient de pendouiller sur le plafond.

« Les leprechauns sont à leur image » pensa Lévannah. Et elle trouva que l’hommage était peu flatteur. Un garçon s’écrasa devant elle et lui tira la langue dans une grimace grotesque avant de rejoindre sa délégation. Ils irradiaient tous une force très pure et colossale. L’homme qui menait la délégation était plus haut que tous les autres. Il marchait avec l’aide d’un bâton car il boitait de la jambe gauche. Mais ce handicap n’ôtait rien à la puissance qui émanait de sa personne, bien plus, elle la renforçait. Il avait la peau la plus noire de tous et ses yeux étaient aussi sombres. Il portait les cheveux rasés et d’une couleur identique à sa peau de telle sorte qu’ils se confondaient dans sa peau. Ses lobes d’oreille étaient allongés par de gros années d’or. Il portait également un collier en or autour de son cou noir. Son torse était nu et des éclairs, des cercles, des tracés presque fluorescents dessinaient un délire hypnotique sur son corps. Edmée Finivelle, la professeure de métamorphose, maugréa quelque chose de désagréable dans sa barbe. Elle était déjà très peu aimable avec les élèves quand les beaux jours arrivaient et qu’ils troquaient leur ample robe contre des vêtements courts, alors l’arrivée d’un homme à demi-nu parut l’offenser au plus haut point.

Ikram Igbinedion, le chargé de délégation d’Uagadou et professeur de magie martiale comme l’apprirent plus tard les élèves, était un homme à l’apparence très jeune. Sa tenue n’avait en tout cas, aucunement l’air de déplaire à la directrice Gorath qui s’était réinstallée dans son rocking-chair et qui se balançait en sirotant un verre d’alcool de cerise. Elle avait un large sourire, le sourire malicieux d’un enfant qui veut faire une bêtise.

-       Bienvenue à vous, M. Igbinedion, s’écria Macha Weasley devant le silence de la directrice. Vos élèves sont si majestueux et vigoureux, dit-elle en les balayant du regard. J’espère de tout cœur que nos écoles tireront les plus grands bénéfices à passer cette année les uns avec les autres.

-       Je l’espère aussi.

Sa voix s’était exprimée rapidement, sans fioriture. Il se tourna dans la direction d’une pièce ouverte qui venait d’apparaître. Elle était tout près de la table des Serdaigle et contenait la même table de réception que les différentes maisons de Poudlard. La cinquantaine d’élèves se rangea étrangement docilement derrière elle et ils devinrent aussi silencieux et disciplinés qu’ils avaient été excités et bruyants.

-       Merci M. Gnobo, s’écria Gloria Gorath en se relevant d’un bon, maintenant, la présentation de la deuxième école qui nous fait l’honneur de sa présence…

Coup d’œil rapide à sa note :

-       Même si elle n’est pas aussi prestigieuse qu’Uagadou…

-       Vous aviez rayé cette ligne, lui chuchota Macha dans un reproche.

La directrice jeta un nouveau regard à sa note et pouffa :

-       Quelle bourrique ! Je voulais dire : la deuxième école qui nous fait l’honneur de sa présence pour le Tournoi des trois sorciers et qui jouit d’une réputation inimitable en matière de discipline et de caractères – c’est mieux comme cela, demanda-t-elle d’un coup d’œil à Macha – j’ai le plaisir d’annoncer l’institut Durmstrang !

Rictus s’était penché au-dessus de la table et fixait Lévannah avec une colère non dissimulée :

-       Oh ! c’est ça qui te chagrinait tant ? se moqua-t-il. Je te rassure, il y a un moment qu’il y a dû t’oublier.

-       Si tu pouvais faire de même, répliqua-t-elle.

Il se recula mais ne la lâcha pas de son air mauvais.

L’entrée de la délégation de Durmstrang fut terriblement silencieuse. Leur passage après la vigoureuse école d’Uagadou ne semblait pas du tout plaire à la cheffe de la délégation. Elle devait avoir entendue les paroles maladroites de la directrice, aussi ne laissa-t-elle-même pas sortir un bonjour à l’attention de la directrice. Mme Gorath se moquait énormément des convenances, elle ne parut pas offensée mais battait follement du pieds, comme excitée par la tenue trop stricte des élèves.

Lévannah avait essayé de garder un air détaché mais elle avait senti son cœur s’emballer malgré elle. Théo avait-il seulement rejoint la délégation ? Il n’y avait qu’une petite trentaine d’élèves aux physiques plus ou moins semblables. Garçons comme filles portaient les cheveux coupés au-dessus des épaules ou plus courts encore. Ils portaient une tenue de voyage comme s’ils avaient le voyage à pied de Danemark jusqu’en Angleterre. Ils portaient tous des peaux d’animal jeté sur leurs épaules. C’étaient des peaux rousses, brunes, noires. Nombres d’entre eux portaient également des bandages aux mains, certains aux épaules quand on pouvait les deviner. Leur air était sévère et l’impression générale, glaciale. Les élèves d’Uagadou les regardaient, perplexes.

Lévannah n’avait pas réussi à découvrir le visage de Théo. Elle finit par penser qu’il ne s’était pas joint au groupe. Rictus avait certainement raison. Elle se mit à avoir honte d’avoir espéré quelque chose. Elle sentait un regard posé sur elle. Elle se retourna sur Rictus, prête à l’attaquer pour vider sa colère, mais l’autre avait le regard au-dessus d’elle, encore plus sombre qu’auparavant. Elle suivit le regard de l’autre et il lui sembla que son cœur ratait un battement.

Théo.

Lui et une autre fille tenait les grandes torches de feu qui accompagnaient le cortège solennel de Durmstrang. Théo fermait la marche et avait laissé ses grands yeux brillants sur Lévannah. Il savait exactement où devait se trouver une sixième année sur la grande table des Serpentard. Lévannah se rappela avec une nostalgie presque violente, les longs regards qu’ils échangeaient alors quand il se tenait encore à la table des Gryffondor. Cette époque paraissait être revenue comme si trois années ne les avaient pas séparés.

Au milieu de la salle commune, la torche dans les mains, les bras levés au-dessus de sa tête, il se tenait juste à côté de la table des Gryffondor, presque à l’emplacement des quatrièmes années qu’il avait quitté. Il avait gardé un air enfantin. Ses yeux marrons brillaient avec la même malignité et il avait toujours son fin sourire rassurant. Il ne restait guère quelques mèches de ses cheveux dorés et bouclés et sa peau qui avait été hâlée était devenue plus pâle. Aussi, sa nouvelle apparence n’enlevait rien à l’impression rassurante de confiance qui émanait presque naturellement de lui. Il était devenu plus grand que la moyenne, et sa silhouette qui avait été musclée et large dans son enfance, s’était allongée et avait comme répartie proportionnellement les muscles aux différents endroits de son corps. Il était d’une certaine manière, très imposant, haut de taille et solide. Si son visage n’avait pas gardé son impudence et sa bonhomie, il aurait en tout point, ressemblé à un lion. Encore maintenant, il ressemblait à un chaton mal éduqué.

Gloria Gorath avait tapoté dans ses mains, par enthousiasme.

-       Ronnie Krog, lâcha une voix plus froide que l’entrée de la délégation, je suis chargée de la délégation de Durmstrang et professeure en Runes anciennes. Je tiens à faire part de la sincère amitié que notre directeur, Varsénik Krog, tenait à partager avec Poudlard. Le Tournoi des trois sorciers représentent énormément pour notre école, pour notre directeur.

Ronnie Krog se tourna avec sévérité vers ses élèves. Elle n’était guère vieille mais la sévérité dont elle faisait preuve lui donnait une quarantaine d’années. Elle avait une épaisse chevelure rousse et bouclée qui cascadait impétueusement sur ses épaules. La différence entre sa chevelure rebelle et les coiffures militaires de ses élèves détonaient. Elle avait un air sévère mais aucunement une tenue militaire. Elle ne se tenait pas droite, laissait une main enfoncée dans ses poches et fit un signe presque dédaigneux à l’attention de l’un de ses élèves.

Le garçon s’approcha en tenant un coffre scellé.

-       De la part de notre directeur, lâcha Ronnie. Mes sincères amitiés.

Son discours avait été appris par cœur et était recraché avec mépris. Gloria Gorath s’approcha de l’élève et saisit le présent à pleines mains. Elle avait les yeux qui pétillaient :

-       Varsévik est un très bon diplomate, s’écria-t-elle, il sait que j’adore, que Poudlard, adore les cadeaux.

-       Varsénik, corrigea la cheffe de la délégation.

D’un geste de la main, une nouvelle salle apparut. Cette fois-ci, elle se tenait juste à côté de la table des Serpentard. Une nouvelle table avait été dressé.

-       Allez.

La voix de Ronnie était sèche. Les élèves suivirent leur professeure dans un ordre militaire et restèrent debout autour de la table. Ronnie s’était jetée sur le banc et leur lança un regard méprisant :

-       Vous allez manger debout ?

Les élèves la regardaient dans le silence. Aucun d’eux ne la regardait. Théo était le seul dont le sourire traversait la salle commune pour rencontrer Lévannah.

-       Asseyez, bandes d’écervelés, grogna-t-elle.

Les élèves s’assirent comme s’ils avaient été invités à le faire de la manière la plus délicate au monde. Un silence anxieux retomba sur la salle commune pendant que la directrice de Poudlard caressait amoureusement son présent. Macha lui donna des coups de coude et racla sa gorge plusieurs fois avant que la directrice ne reprenne son discours.

-       Je suis heureuse, heureuse, reprit-elle alors, tu vois, cette année, Poudlard a l’honneur d’avoir des hôtes de marque. Les élèves de différentes écoles intégreront les classes correspondant à leur niveau. Peu importe les maisons – les maisons importent, Macha ? – peu importe les maisons, disons. Il suffit que chacun d’eux valident les points nécessaires pour le diplôme correspondant à leur école, blablabla…

-       Vous ne pouvez pas dire « blablabla », reprit Macha.

-       Ils m’ont entendu ? dit-elle en se tournant vers sa professeure.

-       Ils vous entendent, oui.

-       Tu vois, j’oublie toujours à qui je m’adresse, rigola-t-elle. Pour faire simple, chaque élève doit respecter le contrat avec son école. De plus, cette année, j’aimerais que tu organises quelque chose avec les élèves. Pour célébrer le très beau bal d’hiver qui couronne le moyen terme du Tournoi, je voudrai que tu répartisses les tâches entre les différentes maisons. Les Serpentard et les Serdaigle sont officiellement chargés de s’occuper des décorations de la salle et du dressage des tables. Les Poufsouffle seront chargés de la nourriture et de la boisson – tu ne leur autoriseras pas l’alcool, je crois. Finalement, les Gryffondor sont chargés d’organiser les événements du bal, les différentes activités, tout ce qui concerne la musique.

Déjà des murmures inspirés se répandaient dans la salle commune.

-       On pourra faire le concours de la robe la plus élégante, s’esclaffa une jeune Gryffondor.

Abelforth soupira en levant les yeux au ciel.

-       Oh mon dieu, nous allons pouvoir créer un plafond magique comme Mme Gorath, soufflait les Serdaigle. Hélène, s’il te plaît, aide-nous à nous en chercher.

-       On doit vraiment travailler avec les Serpentard, chuchotait d’autres voix, ils sont tellement sinistres.

Les Poufsouffle venaient de sortir des cahiers et les préfets énuméraient les meilleurs plats qui lui venaient à l’idée :

-       Je veux tout ce que vous pouvez imaginer de boulangerie : du pain, des croissants, brioches. Aucun plat à base de viandes, on va partir sur des gratins : je veux du gratin de pomme de terre, de cressons, de courgettes. Je veux des recettes à base de purée de haricots rouges, je veux du lait de coco, du curry. Vous me faites des plats relevés, nous avons besoin d’épices. On prend aussi tout ce qui est choux : choux de Bruxelles, choux fleur, choux farcis.

Rictus maugréait dans sa barbe :

-       Pourquoi on doit faire les décorateurs d’intérieur ? lança-t-il, cinglant.

-       Tu n’es pas obligée de participer, répliqua Morgane, on s’en sortira très bien sans toi. Regarde le pauvre Blaise, s’écria Morgane en direction des septièmes années, au milieu de la beauferie des garçons.

-       Tu vas prévoir une petite robe pour ton Jules, attaqua Rictus, oh, non ! On va décorer la salle avec des ballons : Lévannah et…

-       Tu es ridicule, grinça-t-elle.

-       C’est toi qui es ridicule. Il ne te manquait plus que la bave sur le coin de la bouche, cracha-t-il.

-       Quelle bave ? répliqua Lévannah, furieuse, celle que tu tartines dans la gorge de toutes les filles ?

-       Quoi ? Tu es jalouse ?

-       Tu me dégoûtes, vomit-elle.

Déjà, les bruits de trompette du tintement de baguette de Mme Gorath ramenèrent le calme :

-       Aussi, pour faciliter cette tâche à tous, reprit-elle, les écoles d’Uagadou et de Durmstrang aideront nos chers petits poussins. L’école d’Uagadou pourra venir apporter son soutien et sa grande expertise, je crois, à nos petits Poufsouffle jaunis ! Cela promet d’être un mélange de saveur exquis… Durmstrang viendra en aide aux Serpentard et aux Serdaigle pour confectionner une merveilleuse salle de bal. Quoi ?

Macha lui chuchotait quelque chose à l’oreille :

-       Oui, mais les Gryffondor n’acceptent jamais l’aide de toutes façons, répondit-elle sans gêne. Oui, oui. Bon ! Les élèves de Durmstrang pourront également « assister » les Gryffondor si ces derniers acceptent.

Gloria Gorath allait de nouveau s’enfoncer dans son rocking-chair quand Macha lui tira de nouveau la manche. Elle lui chuchota de nouveau quelque chose à l’oreille.

-       La bécasse, entendirent les élèves.

D’un geste souple presque irréelle, Mme Gorath avait dégainé sa baguette. Elle eut un geste si précis que les plus perfectionnistes d’entre les élèves eurent un frisson. Une brume épaisse se leva au milieu de la salle commune. Un cri de corbeau se fit entendre. Des élèves tremblèrent. Une atmosphère de peur venait de se répandre comme une traînée de poudre. Une immense coupe venait d’apparaître sous la fumée. Elle était plus haute que la plupart des personnes et de la fumée s’échappait de l’intérieur dont on ne pouvait rien deviner. Impossible de savoir s’il y avait un feu brûlant ou une liquide à ébullition. La coupe était dorée et montrait des marques d’usure comme si c’était bel et bien la même qui apparaissait tous les quatre ans aux différents endroits du monde.

Mme Gorath enfonça un papier enroulé dans le bec du corbeau et ce dernier alla jeter son présent dans la coupe. Une explosion de fumée fit sursauter les élèves.

-       Je viens de livrer le règlement à la coupe, expliqua Gloria Gorath. Seuls les élèves âgés de seize ans peuvent se présenter au Tournoi. Il suffit de plonger son nom dans la coupe et la coupe choisira. Franchement, mes petits poussins, ne vous embêtez pas, c’est presque toujours un Gryffondor qui sort… - je ne peux pas dire ça ? – je ne recommande pas aux élèves de cinquième et septième année de s’inscrire – quoi ? ça non plus ? – enfin, je disais ça à cause des examens. C’est la directrice qui parle. Moi, déclara-t-elle d’une voix maligne, j’adore le jeu, alors j’espère que nous allons bien jouer !

Elle leva sa baguette au-dessus de sa tête et le plafond végétal disparut. Les leprechauns tombèrent sur les tables et semblèrent s’échapper au milieu des élèves. Le plafond devint un miroir brumeux sur lequel s’écrasait la lourde fumée qui s’échappait de la coupe.

-       Que le Tournoi commence, lâcha-t-elle d’un air de défi. Ah oui ! ajouta-t-elle, le banquet aussi.

A sa commande, des plats volants d’eux-mêmes furent apporter sur toutes les tables et les bruits des couverts couvrirent les discussions.

-       Elle n’a pas l’air comme ça, expliquait Nadia, mais Mme Gorath a elle-même participé au Tournoi dans son temps.

-       Elle a gagné ? s’enquit Morgane.

-       Elle a tout gagné, précisa l’autre.

-       Mme Gorath joue la simple, expliqua Patience. Elle fait comme si c’était une écervelée, il n’en est rien. Sinon pourquoi les professeurs subiraient son inconstance ? En réalité, c’est qu’elle est la plus puissante d’entre eux.

-       Tu vas t’inscrire ? demanda Nadia à Morgane.

-       Pourquoi je m’inscrirais ? s’étonna-t-elle.

-       Tu es la meilleure de l’école, répondit-t-elle avec évidence.

Morgane serra la mâchoire et jeta un coup d’œil sur son frère. Le souvenir que Lévannah lui avait transmis la mit soudain mal à l’aise. Pourquoi Rictus voulait-il à tout prix être le meilleur au BUSE de l’année précédente ? Il se montrait tout le temps si désinvolte.

Lévannah avait suivi son regard. Rictus ne les regardait nullement. Allait-il mettre son nom ?

-       Mme Gorath a raison sur un point, répliqua Morgane, c’est vraiment un tournoi pour les Gryffondor. Je ne suis pas un animal. Je ne vais pas courir après une baballe pour amuser la galerie.

-       Tu es dure ! l’accusa Nadia, si nous, on veut le faire.

-       Vous jouerez à la baballe, trancha la première.

Nadia fit une grimace gênée à Patience. Morgane regarda Lévannah.

-       Qui plus est, dit-elle à son attention, j’ai dans l’idée que tu vas mettre ton nom.

-       Qu’est-ce qui te fait dire ça ? demanda Lévannah en levant un regard sur elle.

-       Je ne sais pas, dit-elle, les trucs de Gryffondor, tu aimes bien, non ?





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