Lévannah Mackenzie : Après deux générations

Chapitre 4 : Les compétitrices

Par LauraBERTIN

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L’excitation était palpable dans la grande Salle commune. Les élèves engloutissaient leur déjeuner avec vigueur, parlaient la bouche pleine, aspiraient les jus de fruit pour faire glisser ce qu’ils n’avaient pas pris la peine de mâcher. Les hiboux voletaient au-dessus de leur tête, lâchant des centaines de lettres au milieu du buffet désordonné.

Morgane regarda la lettre blanche tombée près de son déjeuner. Elle devina immédiatement le sceau des Malefoy qui scellait la lettre. Elle s’essuya doucement le coin des lèvres. Lévannah discutait avec Blaise au milieu des septièmes années. Elle lança un regard vers Rictus et remarqua qu’il avait reçu une lettre identique à la sienne.

Elle la décacheta d’un geste brutal à l’aide de son couteau :

Ma douce Morgane,

La venue de la grande école de Durmstrang à Poudlard n’a pas pu passer inaperçue à ton père. Aussi s’est-il empressé de connaître le nom des garçons qui font partie de leur brillante délégation. Il a appris qu’un Karkaroff se cachait au milieu d’eux. Tu connais ton père ! Il s’est empressé d’organiser un dîner avec sa famille d’ici la fin du mois. Bien sûr, tu comprends très bien ce que j’essaie de te dire. L’alliance d’une telle famille peut être très bénéfique pour la nôtre. Le gamin n’est pas moins l’un de descendants du créateur de Durmstrang lui-même ! Tu sauras reconnaître toi-même sa vertu puisque tu es si brillante.

Attends de nos nouvelles,

Agapanthe Malefoy.

Morgane avait froissé la lettre sous son étreinte sans s’en rendre compte. Elle jetait un regard sur Rictus qui finissait de lire la sienne. Il laissait tomber son regard sur elle mais son visage était sans expression.

Un sifflement d’hirondelle s’envola dans la salle et installa le silence sur les enfants. Macha Weasley avait posé la baguette près de ses lèvres et lançait plusieurs sifflements pour ramener au calme. Comme à son habitude, Gloria Gorath était absente au déjeuner, elle devait avoir oublié ses tâches administratives. Macha ne fit pas de commentaires sur cette absence et s’occupa elle-même du tirage des noms pour le Tournoi.

Ikram Igbinedion et Ronnie Krog se tenaient à ses côtés. Les élèves de Durmstrang et d’Uagadou s’étaient levés pour pouvoir s’approcher de la coupe. Les Gryffondor étaient fébriles. Plusieurs sifflaient en direction de leur favori, Liam Kydd, un septième année, également capitaine de l’équipe de Quidditch. Il avait l’habitude d’être acclamé, aussi lançait-il des coups d’œil encourageants pour inciter aux applaudissements. Il était connu chez les Serpentard car il avait causé des problèmes à plus d’un. C’était un farceur qui n’avait plus à faire ses preuves. Quelques années auparavant, il avait failli faire exclure Blaise pour un duel clandestin qu’il avait provoqué. Il s’est battu, à cette occasion contre Rictus, et l’avait remporté en blessant le Serpentard lui laissant une cicatrice en bas du ventre. Bien sûr, les professeurs avaient toujours partagé les torts entre Gryffondor et Serpentard de telle sorte qu’il n’avait jamais eu de sanctions plus lourdes qu’une exclusion de quelques jours.

Lévannah avait suspecté qu’il était celui qui avait créé « La garde martiale » deux années plus tôt. C’était une sorte de milice scolaire qui venait chercher des comptes à différents élèves, pour l’unique curiosité de leur chef. Lévannah avait eu affaire à eux à la suite des victoires successives de Serpentard aux matches de Quidditch. Depuis qu’elle avait rejoint l’équipe, en deuxième année, les Serpentard n’avaient jamais perdu un tournoi. Elle avait reçu des menaces pour qu’elle se retire de l’équipe mais elle n’en avait jamais tenu compte. Pour elle, il était impossible que la coupe désigne un tel candidat, à moins qu’elle cherche un tournoi mouvementé.

Macha Weasley positionna un nouveau document dans le bec du corbeau de Gloria Gorath et l’invita à aller le recracher dans la coupe. Il y eut une sorte d’explosion grave. La fumée augmenta rapidement. Elle rasa le sol, faisant disparaître les pieds des élèves sous un brouillard opaque. La pièce s’était assombrie là où les fenêtres laissaient passer des rayons lumineux.

-       La coupe est en train de faire son choix, expliqua Macha Weasley. Elle remue sa solution pour désigner ses candidats. La coupe choisit selon deux critères qui nous est connus : le premier, il s’agit du courage. La coupe récompense les âmes nobles et les âmes courageuses. Elle invite à avoir ces comportements. Les épreuves que devront traverser les élèves nécessitent ce genre de qualités. Le second critère est la maturité. Si vous pensez encore que le tournoi est un jeu, vous vous trompez. Le tournoi va placer les candidats dans des situations critiques, mais des situations qu’il pourra rencontrer dans sa vie de futur sorcier. Une personne qui sera simplement courageuse ne serait pas capable de s’en sortir…

Une nouvelle explosion coupa le discours de l’adjointe officieuse, mais elle reprit comme si rien ne pouvait la troubler :

-       Si le candidat n’a pas une maturité suffisante, il ne parviendra pas à dépasser les épreuves qui demandent de la force. Il ne gagnera pas, en d’autres mois.

Un papier s’envola avec force comme un départ de fumée. Macha l’attrapa avec une rapidité experte et un calme contrôlé :

-       Le nom que je vais lire, le prénom nom choisi correspond à une personne rassemblant ces deux qualités. Une personne noble et sage.

Elle commença à déplier le papier quand un second fusa. Ikram Igbinedion attrapa le nouveau papier et attendit que le premier nom fut délivré :

-       Sema Ele ! s’écria la voix claire de Macha Weasley.

Une jeune femme sortit des rangs de son école. Tous les élèves avaient remis leur masque et ils se mirent à danser de façon frénétique. Seule Sema était droite et calme. Elle s’avança avec une certaine dignité. Elle portait des cheveux courts et rouges. Ses yeux étaient clairs, gris et perçants. Ils ressortaient avec une certaine intensité sur sa peau aussi noire que le charbon. Elle avait des signes peints sur le visage à la manière de son professeur. Deux demi-cercles encerclaient ses yeux au niveau de ses tempes et un point noire avait été dessiné au milieu de son menton. Ses bras étaient striés de dessins hypnotiques qui ne manquèrent pas d’attirer l’œil des élèves et de les laisser dans une certaine hébétude. Elle s’approcha de Macha et s’inclina avec respect avant de s’installer aux côtés de son professeur.

Macha applaudissait avec réserve. Le dernier fusa alors qu’Ikram dépliait le sien. Ronnie ne prit pas la peine de l’attraper en vol et attendit qu’il vînt s’écraser à ses pieds. Ikram la regarda d’un air sévère. Ronnie saisit le papier d’un air dégoûté et sans même attendre que l’autre prononce le nom qu’il venait d’apercevoir, elle lâcha d’une voix sèche :

-       Anastassia Marcovitch.

Des murmures étonnés parcoururent les rangs de Durmstrang. Un garçon qui s’était d’abord approché venait de faire un pas en arrière, interdit et confus. Les rangs se dégagèrent pour déboucher sur celle qui venait d’être désigné. Anastassia était petite et trapue, portait ses cheveux attachés de la façon la plus stricte et semblait incapable de dessiner un sourire. Elle avait jeté une peau d’ours polaire sur ses épaules et portait un débardeur noir avec un pantalon en cuir. Ses bottes en cuir couinèrent à son passage. Elle avait rangé ses mains sous ses bras, adoptant une posture distante et méprisante. Sa professeure la regardait avec un certain dédain. Elles ne se saluèrent guère et l’élève se rangea dans le plus grand des silences à ses côtés.

-       Ce n’était pas prévu, nota Morgane à l’attention de Lévannah.

-       Comme si c’était le genre de choses qu’on peut prévoir, répliqua l’autre. Effectivement, vu la tête du grand roux, il se voyait déjà remporter le tournoi.

-       Elle a un air si pédant, cracha Morgane.

-       C’est toi qui dis ça ? se moqua Lévannah.

-       Je ne voulais pas dire ça, corrigea-t-elle comme en proie à une réflexion intense, je veux dire qu’elle a l’air d’aimer faire souffrir.

Lévannah la regarda sans comprendre. La voix d’Ikram la sortit à peine de sa réflexion. Il avait parlé si bas et avec un accent étrange qu’une vague d’incompréhension s’était glissée sur les élèves de Poudlard.

Seul le regard interloqué de Macha Weasley parvenait à confirmer ce qu’ils venaient de tous entendre. Les Gryffondor n’avaient pas été désigné par la coupe.

-       Lévannah Mackenzie.

Avait-il avec une certaine rondeur sur les lettres. Rictus avait braqué son regard sur la jeune fille et Morgane avait eu un sourire satisfait, comme une mère pour son enfant.

-       Va ! Ne les fais pas attendre !

Les Serpentard poussèrent des cris qui ressemblaient plus à des moqueries. Ils s’attaquaient aux Gryffondor, certains à Liam lui-même. Des premières années ouvrirent grand leurs yeux quand Lévannah passa près d’eux. « Peut-être que j’aurais aimé voir que les Serpentard n’étaient pas aussi mauvais qu’on prétendait à leur âge » pensa-t-elle. Elle rendait des sourires et des petits gestes de mains pour encourager leur regard. Ikram Igbinedion la regardait avec une telle intensité qu’elle s’inclina avec peine devant lui et alla se ranger avec plaisir aux côtés de la professeure Weasley.

-       Eh bien quelle surprise !

La voix de la directrice Gorath venait d’apparaître juste aux côtés de Lévannah. Elle était assise sur une sorte de chapeau qui lévitait à quelques centimètres du sol. Elle avait lâché ses longs cheveux qui voletaient tout autour d’elle. Elle ressemblait à quelqu’un qui vient de sortir du lit. Sa tenue était négligée et très peu réglementaire pour une directrice. Avant que Macha n’ait pu dire quelque chose, elle reprit la parole :

-       J’adore les surprises.

Elle regarda les trois candidats au tournoi avec un air amusé :

-       Tu vas être très intéressant, cette année, dit-elle simplement.

-       Puisque Mme la directrice a pu nous rejoindre, s’écria Macha qui cherchait à reprendre de la constance, nous pouvons applaudir nos candidats pour ce nouveau tournoi : Sema Ele, Anastassia Marcovitch et Lévannah Mackenzie.

La directrice applaudit elle-même avec beaucoup d’entrain. Elle balançait la tête comme sur de la musique et voletait autour des candidats en les regardant avec étrangeté. Elle fit claquer ses doigts et les trois compétiteurs furent vêtus d’une armure de chevalier.

-       N’est-ce pas plus parlant ? rigola-t-elle.

Les élèves se regardèrent entre eux, les sourcils froncés.

-       Mme Gorath, supplia Macha.

-       Il ne s’agit que d’une illusion, la taquina-t-elle, tout n’est toujours qu’une illusion, tu comprends ? ajouta-t-elle pour elle-même.

Les trois filles avaient l’air drôle avec leur tenue chevaleresque et leur air confus. Lévannah ne sentait pas le poids de l’armure mais voyait ses poignets et ses jambes recouvert du déguisement médiéval.

-       Ne restez pas plantées là, s’écria la directrice. Les résultats annoncent de grands événements. Tu sais que pour ouvrir les épreuves du grand tournoi, nous allons t’organiser un match de Quidditch entre nos écoles. Tous mélangés ! Des Poufsouffle, des Gryffondor, des élèves d’Uagadou. Pour fêter ce nouveau tournoi, un match de Quidditch sera organisé ce week-end ! Afin de fédérer les écoles et les amitiés !

Elle attrapa un verre sur la table des professeurs et avala une longue gorgée de jus. Elle eut le froncement de sourcils significatifs qui indiquait qu’elle venait d’oublier ce qu’il s’était passé. Elle abandonna son chapeau volant et alla se ranger sur son rocking-chair pour reprendre le déjeuner qu’elle n’avait jamais commencé.

-       Très bien, très bien, s’écria Macha Weasley, regagnez vos places respectives, dit-elle aux compétitrices. Encore un tonnerre d’applaudissements pour elle.

Les Serpentard et les élèves d’Uagadou étaient de loin les plus bruyants de tous. Une sorte de dispute éclata quand Anastassia regagna ses camarades tandis que Sema fut accueillie sous les cris enthousiastes de ses camarades. Lévannah allait elle-même quitter la scène lorsque la voix d’Ikram la retint. Il avait prononcé des mots sans que la fille n’ait pu comprendre. Elle s’arrêta et le regarda, interdite.

Il posa sa baguette, une baguette vieillie au bois aussi sombre que sa peau, sur sa gorge et prononça une nouvelle fois ses mots :

-       Tu es cassé, dit-il.

Et il se retira auprès de ses élèves.

Les Serpentard se précipitèrent sur elle pour la féliciter. Les septièmes années se déplacèrent pour l’encourager avec des moqueries taquines et les filles de son âge ne cessaient de jubiler devant l’air déconfit de Liam.

-       Ça lui apprendra de s’être comporté si bassement avec Holly, pesta Nadia.

Morgane lui donnait des bourrades amicales. Seul Rictus s’était retiré à l’écart des félicitations. Il avait l’air contrarié. Lévannah s’approcha de lui :

-       Je sais que tu avais mis ton nom aussi, commença-t-elle.

-       Tu es incapable de prendre soin de toi, n’est-ce pas ? lâcha-t-il comme si ses nerfs craquaient.

Lévannah fronça les sourcils :

-       Qu’est-ce que…

-       Il y a à peine trois mois tu étais au bord de la mort…

Il se retourna brusquement et pesta avec vigueur avant de continuer :

-       Et maintenant, ça ! Quoi, tu tiens absolument à prouver quelque chose ? Tu as quelque chose à prouver ?

Il avait haussé la voix malgré lui et s’était mis à trembler légèrement. Lévannah avait voulu répliquer mais la voix chaleureuse de Théo couvrit ses propres paroles :

-       Félicitations ! déclara-t-il sincèrement.

Lévannah se tourna vers lui, encore désabusée de la réaction de Rictus. Il ne la regardait plus. Elle mima un sourire et remercia son vieil ami.

-       J’espère qu’on aura l’occasion de jouer au Quidditch ensemble ce week-end, déclara-t-il en s’éloignant, je n’ai pas oublié comment tu joues ! J’ai hâte de voir à quel point tu es devenue forte.

Il disparut en lui faisant un geste de la main. Lévannah ne sentait que le regard désapprobateur de Rictus.

*

Blaise était allongé sur le lit superposé qu’il partageait avec Rupert Laugharm. Ce dernier était un Serpentard tout à fait détestable. Il affichait toujours une moue dédaigneuse qu’il le faisait ressemblait à un félin qui retrousse les babines. Ses yeux tombants lui donnaient l’air hautain et désinvolte. Il ne parlait pas aux élèves qu’il méprisait et osait afficher son dégoût sans honte quand quelqu’un venait lui parler quand il ne le désirait pas. Trois jours auparavant, une Serdaigle s’était approchée de lui pour lui confesser ses sentiments. Il avait levé les yeux au ciel, craché sur le côté et s’était retourné en l’ignorant le plus superbement du monde.

Rupert était une sorte de géant à la chevelure sombre et emmêlée. Il n’avait pour lui que la réputation d’être un garçon mystérieux et inatteignable. Ce qui avait l’avantage d’attirer des personnes qui ne se seraient jamais arrêtés pour son physique ou sa personnalité. Les deux garçons partageaient leur chambre avec deux autres camarades : Ali Eznad et Sasha Sloane.

Blaise était resté éveillé malgré l’heure tardive. Le dortoir était complètement silencieux même si ses camarades avaient veillé tard. Rupert venait de leur raconter l’histoire avec la jeune Serdaigle. Blaise était déjà monté dans son lit et avait les yeux plongés dans un manuel. D’ailleurs aucun garçon ne s’inquiétait qu’ils les écoutent. Ils ne lui adressaient plus la parole.

Blaise soupira dans le silence. Depuis les événements de l’année dernière, tout le monde lui tournait le dos. Les septièmes années – qui n’avaient jamais été des plus accueillants – ne cachaient même plus leur désintérêt. On se contentait de ne pas lui adresser la parole et de ne pas l’inclure dans les projets de groupe. Il ignorait tout de ce qu’ils avaient prévu pour la décoration de la salle commune. D’ailleurs, il s’en fichait pas mal.

C’était le silence qui le dérangeait plus que leur bavardage. Blaise avait rejoint le foyer des Potter trois semaines avant la fin des vacances scolaires. On avait installé un lit au pied de celui d’Abelforth et les deux garçons avaient partagé leur chambre pendant trois semaines entières. Les ronflements d’Abelforth, les mots qu’il prononçait dans ses sommeils, ses reniflements agaçants. Voilà ce qui laissait un plus grand vide dans le cœur de Blaise. Il était presque impossible de s’endormir sans être bercé par les bruits parasites du Gryffondor.

« Je me demande s’il arrive à dormir », se demandait Blaise. Mais sans aucune hésitation, Blaise pouvait prévoir que l’autre dormait sur ses deux oreilles. Abelforth n’était pas un caractère facilement perturbable. Il affichait une véritable désinvolture pour les choses et surtout pour les problèmes. Abelforth n’était pas un enfant qui s’apprêtait de tracas ou de soucis. Il ne le faisait pas plus de ceux des autres. Être à ses côtés pendant plusieurs semaines avaient permis à Blaise de mettre de la distance avec son propre caractère morose et taciturne.

Abelforth n’aimait pas faire la conversation, ni se plaindre, ni écouter les plaintes. Il préférait faire toutes sortes d’activités qui puissent le dépenser. Pendant leurs vacances communes, il avait traîné Blaise dans tous les étangs qui entouraient sa maison à Godric’s Hollow. Il aimait chasser les grenouilles ou trouver des insectes. Ils avaient aussi fait de longues promenades durant lesquelles Abelforth se montrait étonnement calme pour un caractère aussi fébrile que le sien. Abelforth lui avait aussi imposé des entraînements de Quidditch ou lui avait appris différents sports moldus que pratiquaient les Weasley, famille à laquelle il était très lié. Quand il devinait que Blaise déprimait de nouveau, il ne disait rien, s’installait dans la chambre avec lui, et malgré son agitation visible, il s’efforçait de lire, d’écrire et d’étudier à ses côtés. Il avait demandé à son père, James Potter, d’enseigner le Quidditch à Blaise. James Potter était poursuiveur pour l’équipe nationale d’Angleterre. Lors de ces moments, Abelforth s’installait dans le jardin et les regardait d’un air détendu. Il ne prétendait jamais faire partie de leur leçon. Il trifouillait différents tubes à essai et jouait avec des flacons de potion. Quelques explosions leur interrompirent les premières fois, mais Blaise devina bientôt que cela était si habituel que James lui-même ne s’inquiétait pas pour son fils.

Les semaines filèrent à une vitesse prodigieuse. Blaise était incapable de dire depuis quand il n’avait pas été aussi… serein. Et ce soir-là, en fixant le plafond de sa chambre, il espérait pouvoir se retrouver dans la petite chambre grinçante d’Abelforth et d’entendre les ronflements de l’autre. La chambre de l’enfant sentait toujours l’odeur des potions étranges qu’il avait concocté en journée, quelques fois le vinaigre et la vase, d’autres fois la vanille ou la rose.

Sa chambre à Serpentard sentait la transpiration et les pieds. Il ignorait la saleté de ses propres camarades et tenait son petit carré personnel propre. La journée, quand il restait seul dans le dortoir, il rangeait nonchalamment le désordre sans que ses camarades ne remarquent quoi que ce soit. Un jour, curieux, il avait voulu essayer la magie pour ranger la pièce.

La même chose qui s’était produit toutes les vacances se produisit. En invoquant le sort, il sentit une douleur lancinante le long de son bras, là où la cicatrice s’étendait. Il avait lâché la baguette comme si un éclair venait de le frapper. Il était tombé à genoux en haletant. Des gouttes de sang avaient perlé sous ses ongles. Rapidement, il les avait essuyés et avait récupérer sa baguette qu’il avait ensuite abandonné sur son bureau.

Ce soir-là, Blaise se rappelait l’épisode avec une certaine appréhension. Que dirait-il à son professeur de défense contre les forces du mal quand il lui demanderait de faire un duel ou une démonstration ? Quelle matière pourrait-il valider aux ASPICS avec un tel handicap ? Blaise avait repoussé les manuels qu’il étudiait plus tôt dans la soirée. Voilà une dizaine de jours qu’ils avaient repris les cours et Blaise avait sans cesse le nez plongé dans les bouquins.

Il ne les lisait pas. Il se perdait dans les pages. Son avenir lui paraissait incertain. Il ne révisait pas. Il voulait arrêter Poudlard.

Une chose le maintenant dans l’école, une chose le maintenait encore éveillé à cette heure : est-ce qu’Abelforth ronflait comme lorsqu’ils dormaient dans la même chambre ?

*

Rictus se trouvait dans les vestiaires de Serpentard. Il s’était assuré que l’équipement était en bonne état, qu’ils avaient bien reçus les maillots nominatifs ou que les balais n’étaient pas abîmés. Il s’était occupé du sien avec un soin tout particulier, brossant le bout doucement et cirant le manche. Il restait assis dans la quasi-pénombre attendant qu’elle finisse par arriver.

Elle allait arriver. Les équipes de Quidditch pour célébrer le début du Tournoi avait été annoncé et elle allait venir lui en parler. Rictus en avait une certitude si absolument que, malgré l’heure tardive, il restait assis à l’attendre.

La porte grinça légèrement et une ombre se dessina dans la faible lumière. Rictus ne se tourna pas vers elle. Elle allait avancer.

-       Tu m’attendais, annonça la voix de Lévannah sans surprise.

Rictus avait toujours eu la capacité étrange de pouvoir prévoir certains de ses comportements. Il prévoyait très bien les comportements d’autres personnes, ce qui lui avait voulu le titre de capitaine de l’équipe. Il n’y avait pas plus grand connaisseur des réactions humaines et meilleurs esprits pour les manipuler sur le terrain. Rictus organisait des stratégies pour agacer et pousser à bout ses adversaires. Il leur faisait sentir la nécessité de tout donner dès le départ et ils s’épuisaient rapidement. Il donnait l’illusion d’être dans des moments charniers du jeu qui faisait précipiter les formations des autres équipes. Aussi, ils s’emmêlaient les pinceaux et devenaient désordonnés. L’air malicieux et fier de Rictus n’arrangeait rien à la confusion et souvent, il bernait ses adversaires au lieu de les vaincre.

Sans Lévannah, cette stratégie n’aurait été que provocation infantile mais la fille avait réussi à construire des formations stratégiques audacieuses en se basant si précisément sur les qualités de chacun que l’équipe était invaincue depuis qu’elle était en deuxième année.

-       Pourquoi je ne suis pas dans l’équipe, demanda-t-elle sans préambule.

Rictus se tourna sur elle. Son visage apparaissait à moitié dans la lumière. Son sourire en coin s’étendait dans la noirceur de la seconde moitié de son visage. Il leva la main et indiqua le chiffre deux avec ses doigts. Lévannah fronça les sourcils.

-       Pour deux raisons, traduit-il.

Elle s’était approchée. Son regard ne montrait pas de traces de colère mais elle était déterminée. Rictus continua :

-       Les quatre capitaines des équipes devaient choisir un membre de leur équipe : Liam de Gryffondor a choisi Abelforth, Tatiana des Serdaigle a choisi Nicomède, Robb des Poufsouffle a choisi Kailen. Un attrapeur, deux poursuiveurs.

-       Tu ne réponds pas à ma question, coupa-t-elle fermement.

-       J’ai choisi, reprit-il sans faire attention à elle, Keamus. Un batteur.

-       Tu sais très bien que Blaise et moi sommes les meilleurs joueurs de ton équipe, répliqua-t-elle, si tu voulais un batteur, tu n’avais qu’à sélectionner Blaise. Il a passé les trois dernières semaines avec un joueur national !

-       Donc la première raison, déclara-t-il avec une certaine rancœur dans la voix, mes deux meilleurs joueurs sont blessés.

Lévannah serra les mâchoires mais son regard parut se dégager.

-       Eh oui ! s’écria Rictus, tu crois vraiment que je suis inconscient au point de vous faire jouer blesser ?

-       Il ne s’agit pas de blessures physiques, déclara-t-elle.

-       On ne sait pas de quoi il s’agit, lâcha-t-il presque avec rage. Peu importe, se reprit-il. La deuxième réponse devrait plus te satisfaire. Nous sommes huit en tout. Trois joueurs d’Uagadou et trois joueurs de Dursmtrang s’ajoutent à nous. Le tout divisé par deux : sept joueurs dans chaque équipe. Je me retrouve avec cette enflure de Liam. Il y a une chose que je ne veux pas : c’est que tu sois dans notre équipe et qu’il comprenne pourquoi nous gagnons sur eux à chaque fois.

-       Comment il pourrait le comprendre ?

-       Eh bien, j’imagine que tu élaborerais une stratégie et il en viendrait à comprendre la nôtre, annonça-t-il en quittant le banc sur lequel il était assis. Si tu dis vrai. Que votre truc, il n’est pas physique, nous rejouerons bientôt contre les maisons de Poudlard. Je ne veux pas lui laisser une chance de gagner cette année.

Lévannah l’avait écouté en silence. Elle ne répondit rien. Rictus restait debout près d’elle, l’obscurité les engloutissait presque entièrement.

-       Tu connaissais ma réponse, pourquoi es-tu venu ? demanda-t-il alors.

-       Comme ça. Pour l’entendre.

-       On peut rentrer ensemble ou ça serait mal vu ?

-       Je vais rester un peu ici, lâcha-t-elle en le dépassant. Pour regarder.

Rictus la salua et disparut dans la nuit du terrain. Lévannah eut un long soupir. Elle plongea sa tête entre ses mains et soupira plus profondément encore. Elle sentait sa blessure la picoter au creux de sa main.




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