Orion n’était plus jamais retourné dans la cité d’Amphigika. Il ignorait que son amie avait dû trouver le salut dans la fuite et qu’elle avait disparu de la circulation. Il lui était resté fidèle, gardant à l’esprit ses dernières paroles. Depuis un an, il se fiait à son instinct. Celui-ci l’avait conduit à démissionner de la police et à couper les ponts avec les Moldus. Néanmoins, il s’était prévalu de ses papiers anglais, authentiques, pour obtenir une existence légale dans le monde magique auprès du Ministère de la Magie.
Grâce à Tom, le patron du Chaudron Baveur, il avait obtenu un rendez-vous auprès des services familiaux magiques. Désormais, il était un sorcier de lignée inconnue, orphelin de père et de mère – l’exacte vérité depuis 12 000 ans –, possesseur d’une baguette de vigne au cœur de plume de phénix, résidait dans un modeste logement au-dessus de la Ménagerie Magique du Chemin de Traverse et exerçait la profession de zoologiste marin, ce qui était une couverture idéale pour masquer sa fortune personnelle et ses fréquentes disparitions. Lors de ses absences, il se rendait dans sa cachette en face de Poudlard et se livrait à ses activités d’espionnage. De temps en temps, il revenait dans son port d’attache londonien où il prenait un repos mérité.
L’année écoulée avait été riche en événements pour Harry Potter et ses inséparables amis Hermione et Ron. La scolarité s’était achevée sur la découverte d’une chambre secrète sous le château abritant une monstruosité nommée Basilic. L’Amphigikien savait tout de cette bête grâce aux ouvrages acquis chez Fleury et Bott, dévorés sans fin, lisant et relisant chaque chapitre.
D’après des indiscrétions captées dans le Poudlard-Express, Harry avait terrassé le reptile en usant de l’épée de Godric Gryffondor, l’un des quatre fondateurs de Poudlard. Une arme magique forgée par les plus grands artisans gobelins. La créature tuée en combat singulier était commandée par le souvenir de Vous-Savez-Qui à travers un journal mais Orion avouait ne pas avoir saisi grand-chose à cette histoire de grimoire manipulateur et maléfique. Son niveau de magicien autodidacte lui interdisait quelques concepts.
La seconde année de scolarité d’Harry avait connu une fin heureuse sauf pour leur professeur de Défense Contre les Forces du Mal, un certain Gilderoy Lockhart dont on voyait la trombine sur de nombreux ouvrages aux récits héroïques peu en rapport avec son physique de séducteur ringard. Le sorcier en question avait, selon les articles publiés dans la Gazette, fini à Sainte-Mangouste, l’hôpital du monde magique.
Orion, quant à lui, n’avait pas eu une seule occasion d’approcher d’Albus Dumbledore et de son Déluminateur. L’espoir s’amenuisait de jour en jour et seul le souvenir des paroles confiantes de Cassiopée le poussait à s’accrocher à cet objectif.
Une belle journée d’été, alors qu’il dégustait un succulent sorbet citronnelle-potiron chez Florian Fortarôme, il sentit un vent de panique s’emparer du Chemin de Traverse et secouer les familles venues accomplir les courses de la rentrée pour leurs chérubins. Il ne capta que deux mots : « évasion » et « Azkaban ».
Les sorciers n’avaient qu’un type de réaction : la stupéfaction. N’y tenant plus, il questionna le glacier dont il était un fervent client :
— Que se passe-t-il ? Pourquoi un vent de folie souffle-t-il dans la rue ?
— Sirius Black s’est évadé de la prison d’Azkaban.
— Qui est-ce ?
— Un meurtrier en série, coupable d’au moins douze assassinats. Arrêté et emprisonné il y a onze ans. Tous les journaux ne parlent que de cela.
— J’ignorais. Je ne vis ici que depuis deux ans.
— Ce n’est pas le plus fou.
— Qu’y a-t-il de pire qu’un tel tueur ?
— Son évasion.
Orion fit une moue mi-dubitative, mi-interrogative. Florian précisa :
— Personne ne s’était évadé d’Azkaban !
— Jamais ?
— Jamais ! C’est… impossible !
— Il l’a fait. Donc…
— Rendez-vous compte ! Azkaban est gardée par quelques Aurors triés sur le volet mais surtout par des Détraqueurs. Des hordes de monstres engloutissant la moindre once de joie de votre cœur, des créatures fantomatiques qui vous glacent le sang par leur seule présence. Des cauchemars volants avides de vous administrer leur épouvantable baiser qui aspire votre âme et vous laisse pour mort.
— Je ne connaissais pas. Ces Détraqueurs sont insensibles aux sortilèges ?
— En effet. Il n’existe qu’un sort capable de les repousser. Je dis bien « repousser », car cette formule ne peut pas les détruire. Il est impossible de tuer un être trop similaire à la Mort.
— Quel est ce sort ?
— C’est le sortilège du Patronus. Pour l’exécuter, il faut être un sorcier accompli, expérimenté. Tout le monde n’en produit pas.
— D’accord. Alors, qu’est-ce qui a empêché ce Black de réaliser un Patronus ?
— Il lui fallait une baguette. Introuvable à Azkaban.
Au sourire affiché par son client, le sorcier sut qu’il allait s’exposer à un contre-argument de poids.
— À moins de la dérober à un Auror…
— Exact ! Mais pour produire le Patronus, il faut un souvenir heureux, puissant, une vision qui vous comble de joie.
— Oh…
— Vous voyez, fit Florian, un air de malice dans les yeux. Les Détraqueurs l’auront privé du moindre souvenir heureux. Impossible d’en générer de nouveaux dans cette prison. Ces créatures ne vous laissent jamais en paix.
— Alors, comment a-t-il procédé ?
— Comment ? On ne le saura que s’il est capturé.
— Bien sûr ! Mais s’il est malin, il aura fui à l’étranger, non ?
Florian s’assit en face d’Orion et lui confia à voix basse :
— Rien n’est moins sûr. Ce Black cherchera à se venger. Il est habité par la folie furieuse. Sa famille, les Black, les Lestrange, c’est une bande de malades, des supporters fervents de… Vous-Savez-Qui. Je parie qu’il va chercher des contacts parmi les Mangemorts et fomenter de nouveaux crimes. Harry Potter pourrait bien être le premier sur la liste.
— Harry ? Pourquoi ? Qu’a-t-il à voir avec ce fugitif ?
— Black a vendu les parents d’Harry au Mage Noir Dont-on-ne-prononce-pas-le-nom.
— Il a fait ça ?! Quel monstre !
— Oh oui, monsieur Centuri. Imaginez que les Potter l’avaient désigné comme parrain d’Harry…
— Quelle horreur ! Ce type doit être renvoyé à Azkaban !
— Au plus vite.
Florian se leva et prit la commande d’autres clients. Orion termina son sorbet, régla et partit en direction de son logement. Il ne cessa de retourner la nouvelle dans son esprit. Quel que soit le bout par lequel il la prenait, il parvenait à une seule conclusion : Black attaquait Harry pour achever la tâche de Voldemort. Ce fanatique allait tuer Harry ! Il devait l’en empêcher.
Juste avant d’emprunter l’escalier menant aux appartements surplombant le magasin, Orion s’arrêta devant la vitrine de la Ménagerie Magique et s’extasia devant un Jobarbille et un somptueux Occamy emprisonné dans une cage de verre. L’oiseau capable de grandir ou rétrécir selon la taille de son espace vital, n’était pas destiné à la vente. Seul un magizoologiste expérimenté aurait pu gérer une créature aussi dangereuse.
Orion se dit qu’avoir un animal, un jour, lui ferait le plus grand bien. La tête adorable des Niffleurs le faisait craquer mais ces trublions fichaient la pagaille.
Il rebroussa chemin, poussa la porte côté logements et prit l’escalier. Il atteignit le dernier niveau, dans le toit mansardé. Il sortit sa baguette et lança sur la serrure, une fois n’était pas coutume, un sort utilisé aux États-Unis :
— Aberto !
La serrure se déverrouilla. Il entra et fut assailli par une odeur rémanente d’encaustique. Ses travaux d’entretien des boiseries, effectués la veille, persistaient.
D’un geste précis, il ouvrit la fenêtre et déclencha un courant d’air.
— Carpe Retractum ! Ventus !
Aucune approximation ou raté. Les conseils d’Ollivander, le maître des baguettes, avaient porté leurs fruits. Il consulta l’heure sur une vieille montre à gousset ensorcelée, acquise chez Derviche et Bang.
— C’est l’heure !
Au même instant, un jeune Petit Duc vint se poser sur le rebord du chien-assis. Il tapota le zinc avec son bec. Orion glissa cinq Noises dans la bourse attachée à son dos et prit la Gazette du sorcier relâchée. L’oiseau battit des ailes, éparpilla deux ou trois plumes et s’envola.
Orion déplia le journal. Le titre « Le fugitif d’Azkaban » s’étalait sur toute la largeur de la feuille de chou, au-dessus de la photographie anthropométrique animée de Sirius Black. Son regard exhalait une odeur pestilentielle de folie, de furie, de soif de violence. En page 2, Cornelius Fudge, Ministre de la Magie, promettait de tout mettre en œuvre pour débusquer et attraper Black. Dans quelques heures, le portrait du meurtrier couvrirait le moindre mur, le plus modeste lampadaire. Personne ne pourrait échapper à l’information et son visage serait plus connu que celui du Ministre en personne.
Après avoir parcouru le quotidien, il le replia et le posa sur la table de son coin repas. Il avisa une armoire magique dans laquelle il logeait tous ses effets personnels. La tente appartement s’y trouvait. Il était temps de la ressortir, de la brosser avec soin et de préparer son bivouac annuel en face de Poudlard. Même si Harry n’était pas sa priorité, son devoir de protecteur de la loi et de la justice était toujours ancré en lui. Il se leva, l’esprit décidé.
Où qu’il se trouve, Orion n’entendait qu’un seul type de conversation : Sirius Black. Au Chemin de Traverse, au Ministère où il avait dû produire une preuve de résidence, à la Taverne du Chaudron Baveur ou bien encore à la Tête de Sanglier, tout le monde ne parlait que de Black. Le sujet était devenu si prioritaire que les autres informations passaient à la trappe. Pourtant, cette année ne manquait pas de nouveautés. La plus importante aux yeux de l’Amphigikien, amoureux des animaux, était la nomination d’Hagrid au poste de professeur de Soins aux créatures magiques. Un juste retour des choses ! Hagrid avait amené une bête majestueuse pour son premier cours : un Hippogriffe. Orion s’était dissimulé aux abords de la Forêt Interdite pour observer l’animal captivant. Il avait été témoin de la stupidité et de l’inconscience du jeune Malefoy, un provocateur de la maison Serpentard. Cet imbécile avait provoqué l’ire de l’Hippogriffe et avait récolté un coup de griffe sur le bras. Il avait exagéré l’incident et l’observateur invisible avait volontiers supposé que l’histoire aurait des suites fâcheuses.
Ensuite, lors d’une halte chez Scribenpenne à Pré-au-lard, il avait appris le nom du nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal : Remus Lupin. Le gérant caressait l’espoir qu’il dure plus longtemps que ses deux derniers prédécesseurs : Quirell et Lockhart, tous deux disparus sans laisser de traces. Orion avait observé ce Lupin, assez miséreux dans sa tenue, près de la forêt, en compagnie d’Harry ou à Pré-au-lard, seul et solitaire comme un loup.
Cependant, ce duo de bonnes nouvelles s’accompagnait d’une épine dans le pied d’Orion aux allures de catastrophe. Les Détraqueurs, missionnés par le Ministère de la Magie, surveillaient le ciel et les alentours de Poudlard. Si c’était la preuve flagrante qu’on craignait que Black s’en prenne à Harry, leur présence compliquait l’espionnage de l’ex-policier. Il jouait à cache-cache avec les monstres squelettiques vêtus de hardes. Pire : en dépit de ses efforts, il était incapable de produire un Patronus après avoir énoncé la formule Expecto Patronum. Le sortilège lui résistait pour une raison terrible : il était incapable de choisir un souvenir heureux en douze mille années d’existence. Il en avait, c’était une évidence mais sa baguette ne s’y connectait pas. Par contre, sa mémoire était encombrée de visions effroyables, de récits terrifiants, de cauchemars intacts. Ce fatras parasitait sa concentration. Même immergé dans la Mer du Nord, au large, seul au monde, au calme, avec sa baguette, il était assailli et Yquem, le surnom de sa compagne en hommage à la vigne dont elle était faite, éructait de pâles étincelles blanchâtres.
Cette lacune devait être comblée d’autant plus vite qu’à peine quelques jours après la rentrée scolaire, Sirius Black fut aperçu non loin de Pré-au-lard. Face à ce témoignage, le Ministère de la Magie avait dépêché près d’une centaine de Détraqueurs supplémentaires. Les abominations patrouillaient autour de la cité sorcière dès le soir arrivé. La population était tenue de rester à l’intérieur des maisons. Dans ces conditions, camper dans la grotte se compliquait. Tant qu’il demeurait à l’intérieur de la toile, dissimulée et protégée par des sortilèges, tout allait bien. S’il mettait un pied dehors, il prenait un risque.
Un matin d’octobre, il se rendit sur le Chemin de Traverse. Il explora tous les rayons de Fleury et Bott, en quête de l’ouvrage providentiel qui lui permettrait d’accomplir des progrès substantiels. Il ressortit de l’échoppe, bredouille. En désespoir de cause, il se rabattit sur celui qui lui avait souvent prodigué les meilleurs conseils : Garrick Ollivander.
Il entra dans la boutique sombre et poussiéreuse. La cloche invisible tinta et la porte se referma avec quelques grincements. Orion eut une surprise. Il n’y avait jamais prêté attention mais les bruits de la rue ne filtraient pas. Comme le sortilège Silencio avait été appliqué au local commercial. Ainsi, Ollivander travaillait avec toute la concentration nécessaire à son artisanat magique.
L’homme arriva un peu moins vite qu’à l’accoutumée. Sa chevelure argentée se parait de copeaux orange et ses yeux d’un bleu éclatant s’auréolaient de rougeur, de larmoiement, aiguisant l’intensité de son regard. Une expression de joie traversa son visage sans qu’il sourît pour autant.
— Monsieur Centuri. Que puis-je pour vous ?
— Bonjour, Maître Ollivander.
— Maître ? Allons, pas de titre pompeux.
— Monsieur.
— Voilà qui est mieux.
— J’ai… un sortilège qui résiste à Yquem, ma baguette.
— Yquem ? Elle porte un nom ? Comme c’est étrange.
— C’est le nom d’un vin prestigieux de France. La vigne, vous voyez.
— Je vois. Alors ? Laissez-moi deviner quel sort vous résiste. Le Patronus, peut-être ?
— Oui, fit Orion, stupéfait. Vous êtes Legilimens ? Ou un spécialiste de la Divination ?
— Je ne le suis point. Ces disciplines de la magie sont respectivement trop ardues et trop fantaisistes pour moi. La Divination… Par Merlin, que c’est ennuyeux ! Non, point de miracle dans ma « sagacité ». Depuis que le Ministère de la Magie a déployé ces créatures démoniaques, l’inquiétude des sorciers incapables de maîtriser ce sortilège n’a fait que croître. J’ai plusieurs visites par jour à ce sujet.
— Ah… je ne suis pas le premier.
— Pas vraiment. De plus, je suis mal indiqué pour vous donner des conseils.
— Pourquoi ?
— Je sais produire un Patronus non corporel de faible intensité. Il pourrait repousser un Détraqueur mais ne viendrait pas à bout d’une horde. J’ai mis plusieurs années avant d’en générer un acceptable.
— Plusieurs années ?
— Oui. Cela m’a demandé un travail constant, des exercices quotidiens et la capacité à me concentrer sur un souvenir heureux sans que mon esprit vagabonde.
— Justement, c’est mon problème. J’ai des souvenirs heureux, puissants, je pense. Mais parasités par des centaines de pensées mornes, tristes, négatives. J’ai tenté de les retirer et de les mettre dans des flacons. C’est compliqué.
— L’idéal pour se soulager et clarifier l’esprit, c’est l’utilisation d’une Pensine.
— J’ai lu des écrits sur ces objets magiques. Ils sont très rares, car les détenteurs, uniquement de grands sorciers, les fabriquent eux-mêmes.
— C’est exact. L’utilisation et la fabrication de la Pensine sont deux choses différentes. S’en servir exige un apprentissage. Tout apprentissage n’est qu’une question de persévérance. Mais créer une Pensine est un acte long et compliqué de magie très avancée. Je n’ai pas ce niveau. Par contre, je sais l’utiliser.
— Vous avez eu l’occasion ?
— Depuis quinze siècles, la famille Ollivander fabrique des baguettes magiques. La pratique n’est acquise qu’en sélectionnant, en coupant, en façonnant, sans relâche. La théorie se transmet en assistant au travail des ancêtres, déposé dans un réceptacle venu avec mes aïeux, de l’Empire romain.
— Vous… vous en avez une ? fit Orion, la bouche restée ouverte, la mâchoire prête à se décrocher.
Ollivander se contenta de hocher la tête.
— Quiconque consulte une Pensine peut accéder à tout ce qui y a été déposé ?
— Sans limite.
— Ohhhh…
— Vous comprenez, mon jeune ami. C’est un objet auquel vous ne devez pas confier de noirs secrets, à moins d’être sûr de sa cachette. Soyez certain que Vous-Savez-Qui et ses supporters, les Mangemorts, n’en possèdent pas.
Ollivander lui adressa un signe de tête entendu, comme s’il pressentait la nature particulière du maître d’Yquem.
— Je ne puis que vous conseiller de persévérer, monsieur Centuri. Après tout, cette création exceptionnelle et singulière vous a choisi et les baguettes symbiotiques ne se trompent pas.
— Bien… je vais suivre votre conseil.
Orion et Ollivander se saluèrent. L’apprenti regagna la rue encombrée de passants et son brouhaha. Puis, il se dirigea chez Tom où il commanda une Bièraubeurre. Assis à une table isolée, l’espion de Poudlard réfléchit. Le souvenir d’une licorne n’était peut-être pas assez heureux pour un Expecto Patronum efficace. Un Niffleur amusant ou un magnifique Occamy non plus. La vision de Cassiopée ne suffisait pas, pas plus que les formes replètes et appétissantes de Rosmerta. Les rires ou les discussions à bâtons rompus avec Alcyone ne généraient pas d’étincelles. Alors ? Quoi d’autre ? Quelle émotion ?
Il sirotait sa boisson lorsqu’un couple de sorciers entra dans l’établissement. La femme poussait un landau. Ils étaient jeunes parents. Orion ne put contenir son sourire et releva la tête pour apercevoir le bambin. C’était un poupon bien joufflu, avec un duvet blond en guise de coiffure et de bonnes joues roses. L’Amphigikien avait toujours été fasciné par la vision des nourrissons, car ils n’existaient pas dans la Cité d’Amphigika.
Tout à coup, ce fut l’évidence. Il régla sa consommation, fila sur le Chemin de Traverse et courut à son logis.
— Collaporta ! lança-t-il pour verrouiller la porte. Carpe Retractum volets !
L’obscurité fut faite dans la pièce principale. Il expira en profondeur, ferma les yeux et le vit. Harry, dans son lange, posé sur le perron des Dursley, dormant en paix, ignorant son destin. Juste Harry, si attendrissant avec sa petite main serrant la missive de Dumbledore. Harry, illuminé par le Déluminateur, baigné de lumière bienveillante.
— EXPECTO PATRONUM !
Yquem ne fut prise d’aucun balbutiement. Elle éjecta un flot de lumière d’une blancheur bleutée, régulière. Le faisceau se scinda en trois et se mit à onduler. Les trois rayons s’évasèrent et formèrent trois boucliers distincts. Aussi longtemps que le visage apparu douze ans auparavant demeura incrusté devant ses rétines, le sort perdura. Puis, il diminua en intensité et les trois éléments n’en formèrent plus qu’un.
Orion mit un genou à terre, à bout de souffle. Il roula sur le sol et s’endormit sur le parquet.
Il était près de vingt heures lorsque l’Amphigikien ouvrit un œil. Il était groggy, affamé et assoiffé. Il réalisa que le Patronus, sans entraînement, exigeait une énergie folle du sorcier. S’il était confronté à un Détraqueur, il ne pouvait pas se permettre de perdre connaissance. Il était désorienté.
— Mais… je… j’ai raté ma journée d’observation. Harry pourrait avoir été attaqué…
Il se remit sur ses pieds à grand-peine et fila au lavabo pour transfluider. Quelques secondes plus tard, il émergeait du lac noir jouxtant Poudlard. Il se sécha en une fraction de seconde et mit le cap sur sa cachette. Il se réfugia dans sa tente, tout au fond de la grotte. À l’intérieur de son logis de toile, il changea de tenue, se livra à quelques grignotages et renforça les sortilèges de protection. Il prit son Scrutoscope et le glissa dans une poche de sa tenue de brousse. Il pointa son nez à l’extérieur de la grotte. La soirée était calme. Le château brillait de mille lumières dansantes. À cette heure-ci, les élèves venaient de dîner et s’attelaient à leurs devoirs. Nul doute que Severus Rogue leur avait réclamé assez de rouleaux de parchemin pour faire vivre Scribenpenne pour l’année.
Soudain, il perçut du mouvement sur sa droite. Il se rendit invisible. Il crut à la présence d’un animal et il eut raison. Un gros chien noir montra le bout de son museau. Il fut sur le point de reprendre son aspect naturel, car son Scrutoscope ne s’activait pas. En plus, un gentil toutou dans les parages, c’était une distraction bienvenue. Une seconde d’hésitation et le canidé, à bonne distance des Détraqueurs en patrouille au-dessus du château, se mua en homme adulte.
« Oh ! Un Animagus ! »
L’homme passa à deux mètres de lui et ce fut assez près pour que ses traits se révèlent à la lueur de la pleine lune. Il n’y avait aucune ambiguïté. Sirius Black ! Le meurtrier de masse déambulait, libre comme l’air, à quelques encablures de Poudlard, prêt à venir finir le travail commencé une décennie plus tôt.
Orion s’empara de sa baguette et mit en joue le fugitif. Face à un tel personnage, il n’avait pas le choix et ne devait prendre aucun risque : un sortilège impardonnable s’imposait.
Cependant, il retint son geste et ne céda pas à sa pulsion première. Si ce type était un fervent supporter de ce Lord Voldemort que tout le monde craignait de nommer, pourquoi le Scrutoscope s’obstinait-il à demeurer muet ? Un tueur avec douze crimes authentifiés à son actif, des trahisons, des dénonciations, des actes abominables par boîtes de vingt et l’homme n’aurait pas usé de magie noire pour atteindre ces objectifs ? Ça clochait. De plus, Black n’avait pas de baguette magique et son extrême maigreur, signe de dénutrition avancée, en faisait un adversaire de faible poids.
Orion rangea Yquem dans sa manche et emboîta le pas de Sirius avec la légèreté d’un Fléreur. Il n’eut pas à le filer plus de dix minutes. Sirius se dissimulait dans une autre cavité, derrière la colline rocheuse, à l’abri des regards indiscrets.
Aussitôt, une question titilla l’esprit affûté de l’ex-policier : si Black n’était pas là pour commettre des crimes, que faisait-il ici ? Pourquoi n’avait-il pas fui à l’autre bout de la Terre ? Pourquoi risquer d’être repris en s’aventurant près de Poudlard ? Cherchait-il un objet, une preuve de son innocence ? De l’aide ?
Il nota l’emplacement de la cachette de Sirius et retourna dans la sienne. Il se livra à la réflexion.
« OK. Black n’est pas un mage noir. Il n’est pas armé, jusqu’à preuve du contraire. Il faudrait que je fouille sa cachette pour m’en assurer. Mais il demeure un fugitif, un évadé d’Azkaban, ce qui constitue un délit suffisant pour le dénoncer. En plus, c’est un Animagus. Je parie ma baguette qu’il est non déclaré. Que faire ? »
Les paroles de Cassiopée résonnèrent en lui :
« Suis-ton-instinct. Crois-en-toi. Poursuis-uniquement-ta-mission, quoi qu’il t’en coûte. »
« D’accord. Juste la mission. Ne pas intervenir, ne pas interférer. J’ai compris. »
Il s’en tint à sa conduite habituelle et décida de ne pas dénoncer Sirius Black. Il l’aurait juste à l’œil.
L’année scolaire fila à une allure folle. Le mois de juin et ses examens arrivaient à grands pas. La tension à Poudlard et Pré-au-lard était toujours palpable, par la faute de ces maudits Détraqueurs. En dépit de leur attaque délibérée contre Harry lors d’un match de Quidditch, le Ministère de la Magie, Fudge en tête, les avait maintenus. Les incidents s’étaient multipliés.
Un soir, tard, en quittant la Tête de Sanglier, Orion s’était retrouvé seul face à l’une de ces créatures cauchemardesques, aux abords de la Forêt Interdite. Il avait été glacé, physiquement, par sa présence. Le monstre avait fondu sur lui, attiré par la joie de ses douze mille années d’existence.
Le visage barré de la cicatrice d’Harry, poupon innocent endormi un soir d’automne, avait empli son espace visuel et son cœur. Yquem avait jailli de sa manche comme la lame d’un couteau à cran d’arrêt. Le sortilège avait surgi des profondeurs de ses tripes et de ses poumons. Le Patronus, un Runespoor – serpent à trois têtes – avait saisi le Détraqueur et l’avait repoussé à plus de cinq cents mètres. Le spectre en hardes, sonné, s’était dérobé et avait fui dans la direction opposée au sorcier. Une chance, car Orion, anéanti par l’énergie engloutie dans sa défense, avait basculé dans un fossé où il avait passé une partie de la nuit à dormir et à récupérer de ses efforts.
Comme il l’avait imaginé, la fouille de la cachette de Sirius Black n’avait rien donné. Le fugitif ne cachait ni arme, ni baguette, ni effets personnels. Pire, le pauvre hère se transformait en chien pour se nourrir de rats qu’il chassait. Une condition peu enviable.
Orion n’avait pas découvert la raison de l’obstination de Black à demeurer proche de Poudlard jusqu’à ce qu’il comprenne que le parrain d’Harry bénéficiait d’un support logistique interne en place en la personne de Remus Lupin, le mystérieux professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Toujours quelques semaines avant l’été, il avait assisté à une scène déchirante : Hagrid, au bord du lac, en larmes, annonçait à Harry, Ron et Hermione que Buck avait été condamné à mort. Ces maudits Malefoy s’acharnaient sur le garde-chasse et le frappaient au cœur en faisant exécuter l’Hippogriffe.
Orion avait imaginé kidnapper l’animal et s’était rendu près de la cabane d’Hagrid. Cependant, s’il ne voulait pas attirer les foudres du Ministère sur le Gardien des Clefs et des Lieux, il devait opérer le rapt devant témoins et si possible, au nez et à la barbe des officiels. Il se posta donc en lisière de la Forêt et admira Buck en attendant le moment opportun. Il éprouva une drôle de sensation, comme si cette scène avait été rêvée auparavant. Ce n’était pas la première fois et d’après ses lectures chez Fleury et Bott, ces songes trahissaient parfois des prédispositions pour la Divination, la voyance. Une sensation de déjà-vu mais sans la certitude de l’issue.
Caché derrière un arbre, il perçut des chuchotements. Les voix provenaient de deux directions distinctes. Par sécurité, il se rendit transparent comme l’eau pure. Des feuilles bruissèrent derrière lui. Il découvrit Harry et Hermione le prenant à revers et s’installant pour espionner la cabane d’Hagrid. Sa réaction fut immédiate :
« Se peut-il qu’ils aient eu la même idée que moi ? Sauver Buck ? »
Au même instant, il assista à une scène impossible. L’autre source de chuchotements venait de se révéler. Harry, Ron et Hermione frappaient à la porte d’Hagrid, dévoilant leurs corps dissimulés sous une cape d’invisibilité.
« Bon sang ! Comment ? Ils sont là et là ! En deux exemplaires, sauf Ron ! »
La cape d’invisibilité ne lui faisait pas de nœuds au cerveau. Chez Derviche et Bang, il y en avait une en poil de Demiguise, à vendre. Que les gamins en possèdent une, pour contourner les règlements, n’avait rien de surprenant. Bien au contraire ! Mais que Hermione et Harry soient doués du don d’ubiquité, c’était novateur. Les voix étaient identiques ; le Polynectar, fabuleuse potion de clonage temporaire, était exclu. Le trio ignorait tout de la présence du duo mais l’inverse n’était pas vrai.
Orion ressentit une nouvelle fois cette impression de déjà-vu à laquelle se rajouta le sentiment d’être observé. Cette Hermione Granger passait pour la sorcière la plus douée de sa génération, maîtrisant presque tous les aspects de la sorcellerie alors qu’elle n’était âgée que de treize ans. Avait-elle un moyen de détecter sa présence, en dépit de sa transparence ?
Il recula avec prudence et se retira de leur champ de vision. De son nouveau poste d’observation, il put remarquer que les Hermione étaient identiques, aux vêtements et bijoux près. Idem pour les Harry. À un détail : le duo était griffé, sale alors que les membres du trio étaient indemnes et propres. Pourquoi cette différence ?
Il vit un groupe de personnes approcher de la demeure d’Hagrid. Il reconnut Albus Dumbledore, Cornelius Fudge vu maintes fois dans la Gazette du sorcier, un vieillard inconnu et un solide gaillard cagoulé, armé d’une lourde hache, qu’il était aisé d’identifier comme le bourreau. Tandis qu’ils approchaient, le trio discutait avec Hagrid comme si de rien était. Hermione s’empara d’une grosse graine de courge et la lança chez Hagrid. En l’absence de réaction, elle en projeta une seconde qui atteignit la nuque d’Harry. Orion fut le témoin d’une étrangeté : les deux Harry se frottèrent la tête.
« Mais qu’est-ce que c’est, cette folie ? C’est aberrant ! Comment la douleur peut-elle se répercuter comme s’il revivait la scène ? »
Une lueur de compréhension se fit jour dans son esprit. L’embryon d’une réponse. Harry revivait la scène. Hermione venait d’agir, car elle savait que les visiteurs allaient arriver sans que leurs premières versions n’en soient conscientes.
« Elle sait. Elle est venue modifier le déroulement du temps. Mais comment ? Elle est remontée dans le temps avec Harry. D’où leur existence en deux exemplaires. D’où leur prudence et leur discrétion ! Comment ont-ils fait ? »
Il se retourna, se sentant observé, une fois de plus. Mais il ne détecta rien d’humain ou d’animal. Lorsqu’il revint à la cabane d’Hagrid, il vit le trio d’élèves sortir par la porte arrière, venir se poster en lisière et attendre que la voie soit libre pour filer à l’anglaise. Dès que le quatuor de personnages fut entré chez le garde-chasse, le trio fila vers le château et le duo se démena pour libérer Buck et l’attirer grâce à des friandises – des furets – dans la Forêt.
Tout se bousculait dans l’esprit d’Orion. Si le temps avait été remonté, les adolescents devaient disposer d’un moyen. À moins que Dumbledore n’ait réussi ce tour de passe-passe et ait expédié ses élèves les plus intrépides ? Dumbledore maîtriserait donc le voyage temporel ?!
Les cinq hommes mirent beaucoup de temps à quitter la cabane. Une fois à l’extérieur, leur attention fut détournée par un Albus soudain féru de jardinage, vantant les cultures d’Hagrid. Ce comportement suspect corroborait la thèse d’Orion : le directeur de Poudlard était complice de la manœuvre.
Ils venaient de se retourner et Buck s’était enfoncé dans la Forêt Interdite avec le duo.
L’espion choisit cette voie et pista Harry et Hermione.
La nuit tombait. Les deux adolescents discutaient pour tuer le temps, en embuscade, à bonne distance du Saule Cogneur. S’ils avaient choisi ce poste d’observation, c’est que des événements allaient se dérouler à cet endroit. Une chose était sûre : les gamins avaient changé le cours du temps en sauvant l’Hippogriffe. L’instinct d’Orion avait vu juste.
Tout à coup, le trio fit son apparition. Ron semblait poursuivre quelque chose. Harry et Hermione le suivaient tout en cherchant à le dissuader d’agir. L’Amphigikien se servit de sa vision perçante et découvrit un rat entre les mains du jeune Weasley. C’est alors qu’un chien noir, qu’Orion identifia comme Sirius Black, fit son apparition et se jeta sur Ron, le traînant jusqu’aux racines du Saule Cogneur sous lesquelles ils disparurent. Après une lutte acharnée contre l’arbre vindicatif, Hermione et Harry numéros 1 parvinrent à entrer sous terre. Durant ce temps, le duo temporel avait assisté à la scène inquiétante sans hausser un sourcil. Ils étaient demeurés assis, sans intervenir et attendaient.
« C’est une nouvelle preuve qu’ils connaissent le déroulement des événements. Ils viennent bien du futur. C’est hallucinant ! Remonter le temps… Si… Si seulement je trouvais le moyen de guérir les Amphigikiens, de revenir au début du siècle, avant la lente dégénérescence… Bon sang ! Ce serait… parfait ! »
Son instinct lui hurlait de compléter sa recherche du Déluminateur par le moyen de voyager dans le temps. Pour cela, il suivrait Hermione Granger. Du trio, elle était la tête pensante. Dumbledore faisait confiance à ces élèves, à leur courage mais misait sur l’intelligence de la jeune femme. Orion avait noté qu’elle décidait de tout et que Harry, ahuri, se contentait de suivre. La jeune fille changeait, s’affirmait de jour en jour. Les paroles d’Ollivander à propos des porteurs de baguettes de vigne lui revinrent à l’esprit : appelés à accomplir de grandes choses. Hermione était sur le chemin prédit par le maître des baguettes.
Soudain, il y eut du mouvement à l’extérieur. Harry, Hermione, Ron, Remus et Sirius venaient de quitter le tunnel sous le Saule.
« D’où sortent-ils ? Ça confirme leur alliance. Les adolescents se sont joints à eux. J’ai eu raison de me fier au Scrutoscope et de ne pas dénoncer Black. En fait, il voulait juste revoir son filleul… »
L’équipée tenait en respect un inconnu à l’aspect assez repoussant.
Orion ne pouvait les entendre à cette distance, mais il captait la conversation des deux élèves supplémentaires. Harry mentionna un détail sur Sirius, à propos d’un échange qui avait lieu devant eux. Cette mention asseyait la théorie du voyage temporel. Le déjà-vu.
À présent, le duo se chamaillait sur l’opportunité d’aller récupérer la cape d’invisibilité. Débat interrompu et clos par l’irruption de Rogue, s’emparant de la couverture de dissimulation. Harry enrageait à la vision d’un Severus Rogue posant ses pattes sur le bien familial. Hermione l’engageait à se calmer et à ne pas modifier quoi que ce soit. Voyage temporel confirmé de vive voix.
« Si seulement elle évoquait la méthode, la formule, l’objet qui a permis cette manœuvre de quelques heures ! Allez, Hermione ! Donne-moi un peu d’espoir ! »
L’espoir s’envola avec un phénomène astral. Le ciel se découvrit et la pleine lune se dévoila. Remus se mit à hurler et se déforma. En dépit des efforts de Sirius, Lupin se transforma en loup-garou. Rogue surgit pour protéger les jeunes et Sirius se transforma en chien pour les défendre avec plus d’efficacité. Le prisonnier disparut en un mouvement de transformation. C’était un Animagus, il s’était transformé en rongeur.
Orion faillit se faire avoir par la tension de l’action : Harry et Hermione du futur avaient décampé !
— Zut ! Ils m’ont faussé compagnie.
Il fonça dans la forêt pour contourner le lieu où la bagarre se déroulait. Il entendit un hurlement lupesque assez haut perché qu’il identifia comme une ruse d’Hermione. Lorsqu’il retrouva enfin le duo, c’était aux abords de la cabane d’Hagrid, absent. Les aboiements de Crockdur mirent Lupin en fuite. Il passa à quelques pas d’Orion, réfugié dans un arbre. Lupin stoppa, renifla, claqua des dents en levant le museau en l’air. Comme sa vision ne confirmait aucune présence, il s’enfuit dans la Forêt, la queue entre les jambes.
Le duo du futur quitta son refuge et fila non loin du lac noir, tout près d’une anse abritée par la forêt. Toujours transparent comme l’eau claire, l’Amphigikien suivit. Là, il comprit pourquoi Hermione et Harry avaient remonté le temps. Ce n’était pas seulement pour empêcher le bourreau d’exécuter ce pauvre Buck. Au-dessus du lac, une centaine de Détraqueurs tournoyait et attaquait Sirius, inconscient, Hermione, évanouie et Harry, tentant de les protéger avec un Patronus non corporel trop faible.
Tout à coup, l’espion assista à une séquence qu’il ne pourrait plus effacer de sa mémoire. Une sphère lumineuse s’échappait de la bouche du parrain d’Harry. L’étincelle de vie sorcière. Sirius mourrait. S’il avait eu le Déluminateur de Dumbledore en mains, à cet instant, il aurait pu la capter et la restituer dans un autre corps, pour le sauver, pour préserver son âme, son essence. Mais, sans le bâton d’argent, il était pieds et poings liés, impuissant.
Orion dégaina sa baguette, se concentra, se plongea dans le souvenir le plus heureux. Mais le second Harry, venu au plus près de l’action, avait été plus rapide que lui. Il avait prononcé un Expecto Patronum puissant, résonnant sur le lac noir et produisant un Patronus en forme de cerf majestueux, imposant, terrifiant les Détraqueurs.
Abasourdi, Orion vit les monstres rejetés sur l’autre rive. Quand le coup de balai eut été donné, Harry 2 rejoignit son Hermione et ils disparurent en direction du château.
La sphère lumineuse reprit sa place dans la poitrine de Sirius. Ses poumons s’emplirent d’air, son cœur se remit à battre. Severus Rogue débarqua sur cette entrefaite, improvisa des brancards, fit léviter les trois personnages et les conduisit vers le château. Sirius serait sûrement incarcéré mais Orion perçut un lourd battement d’ailes. Il songea que les deux aventuriers temporels n’en avaient pas fini avec leurs interventions à tout-va. Ils devaient savoir où il serait enfermé et se préparaient à le libérer.
Peu avant que les douze coups de minuit ne sonnent, un éclair trahit un sort explosif au sommet d’une tour. Quelques minutes plus tard, Sirius survolait le lac sur le dos de Buck. Orion, à bout de forces, s’immergea dans le lac, jusqu’à ce qu’il soit rasséréné et réhydraté.
« Quelle soirée ! Bon sang ! Quelle folie ! Ils ont sauvé l’Hippogriffe, le sorcier. Les innocents. Grâce à un sortilège ou un objet magique. C’est prodigieux ! Ça ouvre des perspectives enthousiasmantes, réconfortantes. Mais comment ont-ils procédé ? Quant à Harry, ce Patronus… il était… lui, il ne s’évanouit pas ! Il n’a que 13 ans… »
Orion, sur le point de quitter son bain de régénération, se ravisa. Il préféra transfluider jusqu’aux abords du Chaudron Baveur où il retrouva un lit très confortable et l’assurance de prendre, le lendemain, un petit-déjeuner pantagruélique.