Beauxbâtons - 1917
Chapitre 15 : Sortilège 15 : le sondeUr cachottier
6850 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 08/10/2026 11:25
Le jeune Belge n’avait pas joué les prolongations au service médical. À 6h00 du matin, il était debout. À 7h00, il était douché et en route avec ses amies pour le réfectoire. À 7h15, il recevait une ovation orchestrée par les CHASSE-Magus. À 8h00, auréolé d’une gloire naissante encombrante, il assistait au passionnant cours de runes d’Abraham Piedargile.
La journée et la suivante se déroulèrent comme dans un rêve, sans anicroche. À chaque moment libre, il peaufina son plan pour explorer le Sondeur. Armand Delacour n’avait pas pu se contenter d’isoloirs illuminés et agrandis de deux ou trois mètres carrés. Plus il y songeait, plus c’était illogique.
Le vendredi après-midi, il en avait parlé avec les autres membres du 4e ordre. Les filles étaient d’accord : pourquoi la pièce était-elle disproportionnée ? Un immense espace avec des bancs pour patienter, utilisé une fois par an et trois isoloirs ridicules pour s’exprimer ?
Il posait les questions à voix haute :
— Pourquoi sont-ils si petits alors que la salle est très grande ? Pourquoi ne pas les avoir conçus à taille réelle ?
Sigrid, adossée à une haie, ajouta :
— Pourquoi ne pas avoir multiplié les cabines ? Si le Sondeur peut répondre à trois élèves en même temps, grâce à un enchantement, pourquoi pas six, dix ou vingt en même temps ? Il suffisait de construire des isoloirs tout autour de la pièce. En supposant que son enchantement soit limité à trois personnes, pourquoi ne pas les avoir doublés de surface extérieure ?
— J’avoue que depuis ma naissance, je me suis toujours interrogée sur cet espace mal conçu, compléta Eugénie. Le château est très bien même si certaines zones sont maintenant un peu trop petites mais le Sondeur, franchement, on pourrait le réduire et agrandir la bibliothèque.
Les autres la dévisagèrent comme si elle venait de dire une énormité.
— Ou créer un salon de thé avec des macarons et des crèmes glacées !
— Aaaaahhhh !
Cette alternative bien plus plausible dans la bouche d’Eugénie les rassura. La princesse portugaise montra son impatience :
— Alors ? Quand l’explore-t-on ?
— Demain, après notre leçon avec Elvira. On sera sur nos gardes.
— Je prépare un panier repas. Allez-y, passez commande, je suis devenu pote avec Orpi !
— Je ne pourrai pas vous accompagner.
Sigrid était contrite et blême.
— J’ai trop peur du Sondeur. S’il sent l’Autre, vous comprenez…
— Justement, Sigrid, intervint Hercule. Nous explorerons les grottes miniatures pendant que vous, dehors, serez nos yeux pour vérifier si nos actions à l’intérieur ont un effet à l’extérieur. Tout est prévu.
Le garçon prenait de l’assurance et ce n’était pas pour déplaire à ses camarades. De là à hériter du sobriquet Risque-tout, il y avait un monde.
À leur entrée dans l’espace d’entraînement, les enfants découvrirent une table sur laquelle reposaient des billots de bois. Elvira avait revêtu un tablier de cuir, à l’instar d’un maréchal-ferrant. Quatre tenues identiques attendaient les élèves.
— Bonjour, Professeur ! dirent-ils de concert.
— Bonjour à tous. Avant de commencer, j’ai quelques mots à vous dire. D’abord, je tiens à vous présenter mes excuses.
La déclaration les prit un peu à froid. Des excuses ?
— J’étais chargée d’assurer la protection des élèves. Ma solution n’a pas résisté. Il aurait pu y avoir un ou plusieurs morts par ma faute. J’aurais dû prévoir que les Spongues, élevés par des sorciers, avaient pu bénéficier d’une nourriture abondante, riche, être soignés avec des médicaments magiques et voir leurs capacités développées. Sans ton intervention, Hercule, Eugénie, Sigrid et toi auriez péri.
Il ne sut quoi dire. Dans ce cas, il était préférable de garder le silence.
— Le sort utilisé par votre ami se nomme Diffindo. À la base, il sert à découper un objet, voire de la peau. Je l’avais enseigné à Hercule parce que je voulais vérifier que sa baguette était volontaire pour une magie plus avancée que celle exigée pour un élève de première année. De plus, s’il voulait devenir enquêteur chez les Aurors, cette connaissance lui était utile. Mais… car il y a un « mais » de taille… il s’agit d’un sortilège précis, de proximité. L’utiliser à cette distance, avec une telle force et faire mouche, c’est… inhabituel. Aussi, j’ai décidé de vous l’enseigner à vous toutes et si possible, avec du contrôle. Lorsque ces bûches auront été sectionnées avec précision, vous allez les métamorphoser en coupe, en couteau et en fourchette. Oui, je sais, la métamorphose n’est pas inscrite à mon programme mais à celui du professeur Flamingo. Cependant, je crois savoir que jusqu’à présent, vous avez réussi à transformer de l’eau sale en eau à peine buvable. Gardez-le pour vous ou répétez-le à qui vous voulez, je m’en contrefiche, mais j’estime que les qualités d’enseignant du professeur Flamingo sont inexistantes. Donc, cours de rattrapage… enfin… d’initiation à la métamorphose appliquée à la survie en milieu hostile. Enfin, dernière chose : je vous livre une exclusivité avant tous les autres élèves. Dans un mois, le vendredi 15 novembre, les premières années auront droit à une sortie extérieure. C’est ton idée, Hercule, transmise par monsieur Amand, qui a été retenue.
Le cœur du garçon fit un bond.
— Nous vous accompagnerons pour visiter une fabrique magique. La famille, que dis-je, la dynastie Delacour crée tout le mobilier magique imaginable pour les sorciers, pour Beauxbâtons, pour le Ministère de la Magie et vend même dans des communautés sorcières étrangères.
Les enfants se dévisagèrent, animés par une joie sans limite. A.D en vrai !
— Fantastique ! s’exclamèrent les filles.
— Comment nous y rendrons-nous ? demanda Hercule, plus pragmatique.
— C’est une surprise.
Rien, ni personne ne put lui arracher le secret du voyage. Les travaux se déroulèrent avec plus ou moins de bonheur. Le garçon fit des merveilles avec sa bûche pour la couper en quatre parties égales. Umbeijo l’explosa en échardes, tout comme Eugénie. Sigrid ne parvint pas à exécuter le sortilège à la perfection mais fut plus adroite avec les formules : « Patera Verto », « Glado Verto » et « Furka Verto ».
La fabrication d’une coupe à boire, d’un couteau et d’une fourchette fut parfaite pour la Portugaise, à condition que cela soit pour servir de jouet pour enfant, une vraie dînette moldue. Eugénie s’assura qu’aucun débris alimentaire ne resterait coincé dans les dentitions en fabriquant des cure-dents par dizaines pour des bouches humaines comme pour des gueules de Troll.
Quant aux quatre parties égales du garçon, elles furent écorcées par les formules de métamorphose mais la transformation s’en tint à ce préalable. Sa baguette ne voyait pas l’intérêt de fabriquer de la vaisselle en bois quand celle en argent existait.
Le retard accumulé avec le professeur Flamingo était abyssal. À la fin des exercices, Elvira confessa qu’elle intégrerait la métamorphose au samedi matin.
Lorsque Sigrid lui rapporta qu’ils avaient subi un désagrément collégial les forçant à passer la nuit aux écuries, elle parut tomber des nues. Elle pensait que Claire Obscur en avait terminé avec ses attaques. À l’énoncé des circonstances, elle trouva que la mésaventure ressemblait à un test ou une blague potache plutôt qu’à une agression. Aucune alarme d’usage illégal de la magie ne s’était déclenchée ; le bricolage des trois frontons venait des professeurs.
Elle promit de mener une enquête et leur recommanda une extrême prudence. Dès que les enfants l’eurent quittée pour emprunter l’escalier, la référente transplana au-delà de la section administrative. Elle grimpa jusqu’au dernier étage et tambourina à la porte de Claire Obscur. La maîtresse des Arts Divinatoires ouvrit.
Sa tête défraîchie généra un élan de compassion momentanée. La rousse apprêtée n’était plus que l’ombre d’elle-même : poches proéminentes sous les yeux, sillons sur le front, veines apparentes et peau si carminée qu’elle en devenait cramoisie. Elle ronchonna :
— Quoi ?
— Bonjour, pour commencer.
— Moui. Bonjour. Tu n’en as pas marre de me casser les pieds ?
— Visiblement… non. Est-ce que tu as encore tenté de…
— Doucement ! J’ai compris la leçon, dans la ruelle ! Qu’est-ce que tu veux me coller sur le dos, cette fois ?
— Les enfants n’ont pas pu rentrer dans leurs pavillons, l’autre soir. Ils ont été contraints de dormir dans les écuries.
— La belle affaire ! Une nuit dehors n’a jamais tué personne.
— À condition qu’il n’y ait pas des Spongues qui se promènent en liberté.
— Oui, je le concède.
— Tu n’avais rien vu, à propos de ces bestioles ?
— Non.
— Pourtant, tu as passé le cran supérieur pour les visions. Ça laisse des traces. Armand exigera des comptes.
— Je lui servirai mes vieilles occasions. En ce qui concerne tes protégés, tu dois être fière de leurs aventures.
— Au risque de t’étonner, non. Ils auraient pu mourir. Je m’en serais voulue toute mon existence.
— C’est tout ? Tu n’as rien d’autre à demander ? Pas d’accusation ?
— Rien d’au…
Claire claqua la porte au nez de sa consœur. Si seulement elle savait où les prophéties étaient dissimulées. Hélas ! Claire était une véritable passoire mentale, trahissant le moindre secret mais celui-ci, essentiel, était caché à la perfection. Elle tendit l’oreille près de la porte mais rien ne filtra. Soit personne n’était avec Claire, soit un sortilège Assurdiato savamment détourné avait été mis en place. Soit…
Elle fut tentée de lever sa baguette et de prononcer « Legilimens ». Puis, elle se ravisa. Pas de place pour la colère. Elle laissa sa baguette tordue dans son fourreau, noué autour de son avant-bras opposé. Ce n’était qu’une blague potache, il n’y avait rien à craindre pour son quatuor.
Elle prit l’escalier du chêne et continua en direction de l’entrée principale. Claire rouvrit sa porte d’entrée et murmura :
— Cette mégère a fichu le camp. C’est bon, tu peux y aller. N’oublie pas les fioles !
Une silhouette encapuchonnée sortit de l’appartement et s’engouffra dans l’escalier sans toucher le sol.
Le samedi midi, un nombre restreint d’enseignants prenait son déjeuner. Les deux tiers des professeurs logeaient hors du château, trouvant les logements mis à leur disposition, pas à leurs goûts, trop petits ou inadaptés à la vie familiale. Si un seul venait à manquer à table, le directeur le remarquait avec facilité. Pour les élèves, il en allait autrement. Ils étaient si nombreux qu’il était compliqué de noter quelques absences sporadiques. Les étudiants changeaient fréquemment de tables ou de compagnons de repas, surtout en début d’année scolaire où les amitiés se mettaient en place.
Depuis une semaine, le quatuor avait pris ses quartiers dans l’un des miroirs installés sur le mur nord du restaurant, bien au fond de l’espace supplémentaire, à bonne distance des adultes et quasiment hors de leur vue. Elvira logeait à Paris et ne prenait pas ses repas au château le week-end. Or, elle était la mieux placée pour noter l’absence d’un de ses poulains.
Depuis l’attaque du Spongue, Alfred redoublait de vigilance, craignant d’ajouter à son veuvage, la perte de sa fille. Assise à sa droite, Agathe veillait Hercule comme le lait sur le feu, pour des raisons pas si éloignées de celles d’Alfred.
— Vous les voyez ?
— Non. Je suis inquiète.
— Et moi donc ! Vous pouvez être sûre qu’Eugénie aura trouvé un moyen de les entraîner dans une nouvelle bêtise.
— Alfred, ne sous-estimez pas le petit Van Betavende.
— C’est surtout son ennemi que je ne veux pas sous-estimer. Même si les attaques se sont calmées, j’enrage ! Au moins, à Verdun ou dans la Somme, l’ennemi était facile à identifier : il était dans la tranchée adverse, parlait allemand et vous mitraillait si vous tentiez de porter secours aux blessés ! Là, ne rien savoir hormis qu’un traître se cache dans les murs du château… c’est… insupportable !
— J’avoue que ces événements me déroutent. Pourquoi en vouloir à ce pauvre petit ? Sa famille ne joue pas un rôle important au Ministère français ou belge, le garçon ne représente aucun danger, il n’a pas fait l’objet d’une prophétie quelconque.
Le médicomage pâlit et Agathe le nota.
— N’est-ce pas ? insista-t-elle.
— Eh bien… je ne sais pas. Il existe un contentieux entre Elvira et Claire.
— Un contentieux ? Quel doux euphémisme dans la bouche d’un médecin militaire, ironisa-t-elle en posant une main sur l’épaule de son voisin. C’est la première fois que je vous entends édulcorer une sacrée engueulade qui fit trembler les murs du château, l’année dernière.
Elle hocha la tête en signe d’amusement et ses yeux plissèrent.
— D’accord ! Une énorme prise de bec à propos d’une vision de Claire et sur la manière de la considérer. Elle concernait un enfant d’un royaume du Nord qui serait amené à commettre un acte aux conséquences désastreuses.
— C’est vague.
— Affirmatif ! Depuis, les deux ennemies s’affrontent alors que le sujet de la prophétie pourrait être un autre individu. Je ne sais pas pourquoi cela a tourné à la guerre de tranchées. Elles étaient amies, elles ne peuvent plus se supporter.
— J’en ai été le témoin. En tous les cas, si le petit Hercule a eu autant d’ennuis en aussi peu de temps, je soupçonne notre devineresse d’en être la cause.
— Comme vous y allez ! Claire Obscur maîtrise aussi bien sa baguette que je contrôle ma fille.
— Avez-vous vu les notes qu’elle inflige à ce pauvre garçon ? De la FONTE comme si elle était la riche propriétaire de mines de fer et de carbone !
— Allons, Agathe… Armand a parlé des résultats des élèves en termes assez élogieux, en indiquant toutefois que la moyenne ne tenait pas compte des notes exprimant l’humeur erratique d’une correctrice. Sous-entendu : la divination est exclue. À vrai dire, cette matière est une fois de plus sur la sellette. Elle a de la chance qu’il y ait une petite chez Lonicera, Valentine Clairdelune, qui soit douée pour ce pan de la magie. Si mes souvenirs sont bons, Beauxbâtons n’a pas formé un voyant depuis… fichtre ! Sept ou huit ans ! Une sacrée série noire ! Et puis franchement, pour sortir quoi ? Des déclarations impénétrables, incompréhensibles ! Quand est-ce que Claire a fait une vraie prédiction, nette, nominative, concise et avérée ?
— Quand Eugénie s’est cassée des os par trois fois, objecta Agathe, le sourire aux lèvres.
— Oui, bon, admettons ! Encore qu’en la matière, je peux en faire, des prédictions ! Là, par exemple, j’affirme qu’elle réalise un coup en douce.
L’enseignante de français éclata de rire. Pour le plus grand bonheur d’Armand, en face d’elle, qui tenait à la santé et au moral de ses troupes.
Le médicomage était dans le vrai. Eugénie et ses amis préparaient une expédition. Après s’être assurés qu’aucun regard indiscret n’était tourné dans leur direction, les enfants s’étaient introduits dans la salle du Sondeur. Le château comportait beaucoup de salles intrigantes, originales mais celle-ci les titillait bien au-delà de la moyenne. Eugénie secoua un panier d’osier, fière de son coup. Elle arborait un air victorieux trahissant un bonus inattendu.
— J’ai chipé des Bièraubeurres !
Les trois autres s’interrogèrent. Hercule demanda :
— Qu’est-ce que c’est ?
— Des boissons importées de Grande-Bretagne par le professeur Mc Flurry.
— Il y a de l’alcool ? questionna Umbeijo.
— Je ne sais pas. On verra ! Sinon, j’ai pris du pain, de la terrine de poulet, du saucisson sec, des poires, des tartelettes aux amandes et des œufs crus. Tu as ton toqueur magique, Hercule ?
— Je l’ai pris.
— Génial !
Sigrid était la plus inquiète et posa une question pour se rassurer :
— Par quoi commence-t-on ?
— Vous, vous restez ici et vous gardez le panier. Nous, nous allons dans les isoloirs.
— Entendu.
Elle choisit de s’asseoir près de la porte afin d’avoir la meilleure vue d’ensemble. Les trois autres se répartirent dans les cabines. Ils furent accueillis par la voix du Sondeur qui réclama l’objet de leur visite. Convenues à l’avance, des questions sur leur affectation, sur leurs traits de caractère, sur leur devenir, lui furent posées pour l’occuper tandis que les enfants examinaient les parois.
Le Sondeur était incapable de voir leur
s agissements, comme il l’avait précisé à Hercule. Il se contenta de répondre à chacun d’eux. De temps en temps, le trio passait une tête derrière le rideau et demandait, d’un mouvement du menton, si Sigrid avait observé un changement. Hercule se rappela que le banc de l’isoloir de droite n’était pas très bien boulonné. Il vérifia si une réparation avait été faite. Ce n’était pas le cas. Il ressortit et appela ses deux camarades :
— Pouvez-vous contrôler le banc, voir s’il est bien fixé au sol ?
— On y va !
Les deux fillettes effectuèrent la vérification.
— Il bouge un peu.
— On dirait qu’il y a un côté qui n’est pas bien accroché.
— Ce n’est pas commun. Un siège mal attaché, d’accord mais trois ? Essayons de le bouger ensemble.
Ils se mirent en position et Hercule compta pour orchestrer la manœuvre.
— Un. Deux. Trois !
— Mais que fais-tu ? s’exclama le Sondeur dans chaque cabine.
Manipulés de concert, les sièges glissèrent d’environ dix degrés sur le sol, en direction du mur aux lucioles. Un déclic se produisit et Sigrid s’exclama :
— Venez voir !
Ils obéirent et découvrirent la cause de la surprise de leur camarade restée en retrait. La salle n’était plus la même. La pièce était devenue l’exacte réplique d’une cabine, une immense grotte, plongée dans l’obscurité, à peine rompue par des dizaines de milliers de lucioles. Les trois isoloirs étaient à leur place mais les hautes fenêtres n’existaient plus et tous les bancs, hormis celui de Sigrid, s’étaient volatilisés. La porte d’entrée était remplacée par une cavité tout en rondeurs, peut-être un tunnel, sans insecte lumineux pour l’éclairer. Le plus étonnant, c’était le centre occupé par une sorte de mare, d’une eau bleutée et lumineuse. De fines volutes s’en échappaient, comme des émanations de gaz. Par contre, il n’y avait ni odeur, ni sensation de suffocation. L’endroit n’était pas silencieux. Des murmures, amplifiés par l’acoustique, se propageaient. Umbeijo s’approcha de l’eau :
— Qu’est-ce que c’est ? Les voix… elles viennent du liquide, non ?
— J’en ai l’impression. Vous croyez que nous sommes toujours chez le Sondeur ou sous le château ?
— C’est à toi de nous le dire, Sigrid, déclama Eugénie.
— J’en suis incapable. Je n’ai rien senti. C’est arrivé comme si la nuit était tombée d’un coup. Pas de vibration, rien ! Comme si nous étions ici, puis ailleurs. Et cette eau lumineuse qui parle ? Qu’est-ce que c’est ? Ce n’est pas très engageant. Je n’ai pas envie d’y toucher.
— Je m’abstiendrai aussi, confessa Hercule. C’est un drôle de lieu. Comme la salle sans la salle. Un espace… primaire, pas aménagé.
— Tu crois qu’on pourra revenir en remettant les bancs en place ? s’inquiéta Umbeijo.
— Assurément !
Le petit Belge jouait le fier-à-bras mais, au fond de son âme, il espérait ne pas faire erreur. Eugénie parut frappée par la foudre.
— Eh ! Sigrid ! Tu te rappelles de la prophétie d’Obscur ?
— Laquelle ?
— Le premier cours, quand je l’ai… provoquée ! « Trois en mouvement donneront naissance au quatrième ».
— Oui. Et ?
— Trois bancs en mouvement dans trois grottes donneront naissance à la 4e grotte ! C’est évident ! Ça colle ! Zut ! Ça veut dire qu’Obscur n’est pas folle !
— Vous êtes brillante, Eugénie !
— Tu es géniale ! Bien vu !
Sigrid fut la seule à ne pas s’exprimer sur la découverte de sa camarade d’ordre. Elle paraissait en pleine réflexion. Elle énonça avec lenteur :
— Trois en mouvement donneront naissance au quatrième. Oui. C’est vrai pour la salle mais… il y a une autre interprétation.
— Laquelle ? ronchonna Eugénie, vexée qu’on lui vole la vedette.
— Nous.
— Nous ?
— Trois ordres en mouvement, Urtica, Aloysia et Lonicera, donneront naissance au 4e ordre.
— Le gerbera, murmura Hercule.
— Le gerbera, le quatrième ordre. L’endroit ferait un bon quartier général. Un peu effrayant mais isolé, tranquille.
— Je ne vous ai pas encore dit que mon colocataire, Jacques, m’a montré un livre très intéressant sur le langage des fleurs, sa subtilité. Par exemple, le gerbera magenta symbolise la gaîté.
— C’est tout à fait Eugénie, affirma Umbeijo. Elle est toujours joyeuse. Surtout aux heures de repas !
— Ouiiiiii !
— Lorsqu’il est rouge, le gerbera symbolise l’amour, le courage, le sens du sacrifice. Je trouve qu’il vous irait comme un gant, Sigrid.
— Je te remercie. C’est très gentil de ta part.
— Est-ce que cette fleur existe en couleur rose ? Féminine, quoi !
— Tout à fait. La rose est la lumière montante.
— Ah oui, Umbeijo ! La lumière montante, c’est toi ! Tu veux toujours voler plus haut que tout le monde, au cours de Quidditch !
— Et toi, Hercule, quelle couleur t’irait bien ?
— Hercule, c’est le chevalier de la vérité. La plus pure. Vous ne trouvez pas, les filles ?
— Si, Eugénie. Hercule, quelle est la couleur de la pure vérité ?
— C’est le blanc, Sigrid. Cette teinte dont le Sondeur m’avait affublé au premier jour. C’est assez déstabilisant lorsqu’on sait que c’était un coup monté, signé par Elvira de Bazincourt pour le faire mentir.
— Le Sondeur ne ment jamais !
La voix avait hurlé si fort que sa provenance était complexe à déterminer. Les enfants dégainèrent leurs baguettes en une fraction de seconde, prêts à combattre. Ils crièrent tous en même temps :
— LUMOS !
Comme l’éclairage obtenu était insuffisant, ils ajoutèrent :
— MAXIMA !
Les lucioles s’éteignirent et se mirent à grésiller comme une lampe à gaz sur le point de tomber en panne de combustible. Hormis la lumière, rien n’avait été modifié dans la grotte.
— Où êtes-vous ? Montrez-vous ! commanda Hercule, abaissant sa tonalité d’une octave pour paraître plus affirmé et plus menaçant.
Il n’obtint aucune réponse. Enhardies, les demoiselles tentèrent d’engager le dialogue avec l’inconnu au timbre indéfini. Elles n’eurent pas plus de succès, jusqu’à ce que Eugénie joue les provocatrices.
— Petit Sondeur, tu es un menteur.
— Le Sondeur ne ment jamais !
— C’est ça ! Et moi, je suis la fille de Luc Millefeuille.
— C’est faux !
— Bien sûr que c’est faux, puisque je suis la fille du président de la République moldue… mince ! Comment il s’appelle, celui-ci ?
— Raymond Poincaré, souffla Sigrid.
— Voilà ! La fille point machin.
— C’est inexact !
— C’est magnifique ! Notre ami le Sondeur semble détester le mensonge, autant que Hercule, qui est épris de vérité.
— Alors, c’est de cette mare d’où viennent ces voix ? C’est elle qui cache le Sondeur ? remarqua Umbeijo.
Comme l’intéressé ne s’insurgeait pas, ils supposèrent qu’il s’agissait de la stricte vérité.
— Vous vous rendez compte du pouvoir de cette grotte ? objecta Hercule en pétillant des yeux. Elle agit un peu comme cette potion très compliquée mentionnée par la professeure Fordecafé et parfois utilisée par les Aurors.
— Le Veritaserum, compléta Sigrid.
— Vous voulez dire qu’aucun boniment ne peut être prononcé dans cette grotte ?
— Exactement.
La princesse poursuivit :
— Mais si on imagine que le Sondeur est l’âme du château, qu’il sait tout, qu’il entend tout, qu’il refuse le mensonge auquel il réagit, cela veut dire que…
— Bien posées, il répondra aux questions, affirma Hercule. Oh oui… Qui m’a attaqué ? Monsieur Grossel ?
— Non !
— Le professeur Flamingo ?
— Certainement pas !
— Claire Obscur ?
Le Sondeur ne fit aucun commentaire. Son silence valait approbation.
— Ah la peau de vache !
Le cri du cœur venait d’Eugénie mais était-il utile de le préciser ? Sigrid n’était pas à son aise. Si une question était lancée à propos de sa nature, quelles seraient les conséquences ?
Elle opta pour la diversion :
— L’agression de notre ami était-elle motivée par la jalousie entre les professeurs ?
— Non !
— Est-ce qu’elle est liée à une prophétie ?
Silence éloquent.
— La prophétie implique-t-elle une ou plusieurs d’entre nous ?
— Jamais !
— Quels sont les projets d’Elvira de Bazincourt à notre sujet ?
Pas de réponse mais Eugénie lui donna un conseil :
— C’est un jeu comme ni oui, ni non. Mais inversé. La seule réponse possible doit être oui ou non. Enfin, il faut qu’on trouve par nous-mêmes et il confirmera ou pas… Pour ta question, je dirais : est-ce qu’Elvira de Bazincourt veut faire de nous son armée personnelle ?
— Non !
— Une force secrète ?
— Et puis quoi, encore !
Cette version Veritaserum simplifiée du Sondeur était un tantinet agaçante. En même temps, Eugénie avait le pouvoir de faire sortir n’importe qui de ses gonds. Hercule ne pipait pas un mot, étonné par une Eugénie dynamisée par l’intrigue.
— Tu es un petit rigolo, toi !
— Non !
— Oui, bon ! C’est une expression. Est-ce que Elvira veut que nous soyons prêts face à un danger ?
Pas de réplique.
— On y est… est-ce que ce danger est une personne maléfique ?
Silence glaçant.
— C’est un humain ?
— Pas du tout !
— Bon sang ! s’exclama la petite brune. Elvira nous entraîne à combattre un monstre ?! Elle sait de quoi il s’agit !
— Non.
— Et quand ça va arriver ?
— Pas plus.
— En fait, elle ne sait ni vraiment quoi, ni quand, ni où. Elle prend juste des mesures pour nous préparer à tout et n’importe quoi. Elle nous a rassemblés, juste parce que nous sommes complémentaires et destinées à aider ou protéger Hercule. C’est fou, ça !
— Vous avez raison, Umbeijo.
Le garçon fut désarçonné. Il avait été l’objet d’une lutte entre la référente Urtica et la voyante, à propos d’une prédiction imprécise, farfelue. Après tout, quelle était la fiabilité de Claire Obscur ? Il tenta de se convaincre qu’elle ne valait rien mais les dizaines, les centaines de fioles cachées dans le coffre de l’observatoire se rappelèrent à son bon souvenir. Il éprouva de la colère pour Elvira qui avait impliqué d’innocentes jeunes filles dans son plan. Il avait les moyens de changer tout cela. Il suffisait de tout arrêter : le quatrième ordre, Beauxbâtons, les sortilèges, retourner sa baguette chez Ollivander. Au fond, en tentant de le faire fuir, madame Obscur avait peut-être choisi la bonne voie, celle qui l’empêcherait d’accomplir une chose grave. Sigrid perçut son trouble et rompit le fil de ses pensées :
— Nous avons été réunis, peut-être pour de mauvaises raisons, d’accord. Mais je ne regrette rien. Ici, j’apprends une foule de choses intéressantes, l’Autre me fiche la paix, j’ai des amis, je n’ai jamais été heureuse comme ça et pour rien au monde, je ne voudrais que ça cesse. Alors, pour moi, quoi que tu imagines comme futur, Hercule, le quatrième ordre survivra et je te suivrai partout.
— Pareil ! s’écria la brune.
— Petit gars, si tu crois que je n’honorerai pas ma dette, tu te fiches le doigt dans l’œil ! Bon, ce n’est pas le tout mais j’ai faim et on a un tunnel mystérieux à explorer.
Ils cessèrent de questionner le Sondeur version alpha et déjeunèrent dans la grotte de nouveau éclairée par les lucioles. Ils goûtèrent aux Bièraubeurres et seule Eugénie, coffre à nourriture et à boissons diverses, trouva cela buvable. Les autres la soupçonnèrent de compter des Britanniques dans son ascendance. Le temps s’écoula à allure modérée et ils profitèrent de ces instants privilégiés.
Une nouvelle énigme se posait au quatrième ordre. Le tunnel sombre s’étalait sur un peu plus de quatre cents mètres, selon Hercule. Il avait été taillé dans la roche à coups de sortilèges de découpe ou d’explosion, s’il en jugeait par son irrégularité. Il s’achevait sur un mur. Enfin, cela avait l’air d’en être un mais les enfants s’accordaient à dire que la paroi avait tout d’une porte minérale. Elle était couverte d’inscriptions runiques et, en dépit des cours du professeur Piedargile, suivis avec intérêt, des connaissances mises en commun, le texte était incompréhensible. Il avait été lu lettre à lettre sans obtenir de résultat : la porte demeurait inamovible.
Les sorts d’ouverture, classiques, étaient sans effet. Le garçon prit le temps de mémoriser tout le message et se promit de l’étudier dès ses devoirs accomplis. Ils rebroussèrent chemin, réintégrèrent la grotte principale et reprirent les positions initiales. Sigrid s’assit sur le banc solitaire tandis que les autres rentraient dans les isoloirs. Le Belge, coordonna le mouvement à la voix pour remettre les bancs en place. Mais le mécanisme, peut-être grippé par des années d’inutilisation, refusa de se réenclencher.
— Zut ! Cela ne fonctionne pas ! ronchonna Eugénie.
— C’est coincé, se lamenta Umbeijo.
— Essayons de pousser en avant. On lui fait faire un tour complet sur lui-même.
— D’accord.
Le tour d’aiguille en avant fonctionna mais entraîna des cris de stupeur de la part de Sigrid. Elle s’époumona jusqu’à ce que les bancs soient alignés. Les trois manipulateurs sortirent de leur cachette et retrouvèrent la salle originale, avec tous les sièges, les fenêtres, les Feux Éternels. Tout était normal sauf la pauvre fillette, les yeux exorbités, muette, figée. Lorsqu’elle ouvrit enfin la bouche, ce fut avec la voix bizarre et grave de l’Autre :
— Où suis-je ? Qu’est-ce que vous avez fichu ? Qui êtes-vous ?
— Sigrid, c’est nous.
— Sigrid ? Je viens de la mettre à la porte !
Elle dégaina sa baguette et pointa la petite brune en hurlant :
— Avada keda…
— Expelliarmus !
Face au réflexe d’Hercule, le morceau de peuplier vola dans les airs et atterrit entre les mains du jeune sorcier.
— Comment oses-tu ?!
— Bloclang ! Assurdiato ! Stupefix ! Avec ça, l’Autre devrait se tenir tranquille.
— Que s’est-il passé ?
— Je ne sais pas mais Hercule vient de me sauver la vie.
— Vraiment ?
— Elle allait me lancer le sort noir de la mort.
— Mais enfin, pas Sigrid ! T’es folle !
— Non. J’en ai entendu parler par Max et Pierre.
— Elle essaie de se défaire de ses sortilèges !
Sigrid, alias Victoire ou l’Autre, combattait. Son corps tremblait, s’agitait. Sa mâchoire se desserrait, elle râlait, grognait, bavait. Hercule crut qu’il n’avait pas lancé les défenses avec assez de conviction mais une forme nuageuse noire parvint à s’extraire de la victime par les orifices nasaux.
La porte de la salle s’ouvrit d’un coup sec et Agathe apparut. Elle tira sa baguette de son fourreau et lança :
— Animarum Intervere ! Obscuro Evanesco !
Tout s’arrêta : le regard fou, les filets de bave, les tremblements, la fumerolle noire. La victime s’affala sur son assise. Les sortilèges d’Hercule n’étaient plus que des souvenirs : Sigrid n’était plus stupefixée.
— Professeur, commença Hercule, il faut que nous vous expliquions quelque chose.
— C’est inutile, Hercule. Je sais ce qui s’est passé. Votre camarade souffre d’un trouble de la personnalité. Je connais beaucoup d’écrits moldus, et pas seulement des romans. Allongez-la sur le banc, elle sera plus à son aise.
Ils obéirent sans discuter.
— Il y a quelques années, un Moldu américain a identifié et décrit le syndrome dont votre amie souffre. Deux personnes vivent en elle. Cela survient dans l’enfance lorsqu’il y a des traumatismes. Le souci, c’est qu’en plus, elle est contaminée par un Obscurus. C’est un parasite magique au pouvoir dévastateur, incontrôlable. Il se développe souvent lorsqu’un sorcier combat sa magie, refuse sa nature. Un sorcier, atteint par cette monstruosité, ne vit pas au-delà de dix ans. Mais votre amie a développé sa personnalité de secours, qui est Sigrid. Sigrid a pris le dessus, neutralisant l’Obscurus resté attaché à l’autre personnage. Si ce dernier reprend le contrôle, il réactive le parasite qui la tuera.
— Qu’avez-vous formulé, Professeur ?
— Une incantation qui nécessite des connaissances pointues et une force de conviction puissante, Hercule. Qu’avez-vous fait pour qu’elle bascule ?
— Juste un peu d’exploration dans les isoloirs. C’est à ce moment-là qu’elle a crié.
— Je vois… Une chance que je me sois rendue à la bibliothèque à ce moment. Ah ! Elle se réveille.
Sigrid ouvrit les yeux et s’agita un peu. Elle se redressa en douceur, avec l’aide d’Eugénie.
— Vous… Vous avez vu ?
— Quoi ?
— Qu’avez-vous vu, Sigrid ?
— Oh… Madame… Professeur ! Vous étiez là ?
— Oui. Par hasard. Alors, de quoi avez-vous été témoin ?
La jeune fille inspira et expira à plusieurs reprises pour se concentrer et trouver les mots. Elle décrivit le phénomène général comme un kaléidoscope de formes et de couleurs placées devant ses yeux durant deux ou trois secondes. Elle réalisa un effort colossal de mémoire et de concentration pour faire la part entre les éléments successifs. Elle vit des ocres et de la chaleur assommante, des dunes de sable à perte de vue, avec des parfums d’herbe sèche. Elle sentit la blancheur immaculée de la glace en mouvement. Elle perçut un paysage de collines bucoliques, couvertes de coquelicots, de chardons, avec des ruminants en train de paître. Elle fut écrasée par un bâtiment aussi haut qu’une montagne mais construit comme une cathédrale moldue. Elle se retrouva au sein d’une forêt dense, parcourue de tremblements souterrains et de grondements lointains.
Elle fut incapable de décrire le reste, soit parce qu’elle ne trouvait pas le vocabulaire pour y parvenir, soit parce que le souvenir était trop imprécis. Le récit fut assez déconcertant et Agathe n’eut pas le réflexe de demander ce que les trois autres faisaient pendant ce temps, quel était le but de leur exploration. Elle loua leur désir de découverte, d’aventure mais les prévint qu’ils allaient au-devant d’ennuis s’ils persistaient dans cette voie. Elle les conseilla de se recentrer sur leurs études, en bon professeur qui se respecte, et de faire preuve d’une grande prudence avec les effets lumineux saccadés susceptibles d’entraîner des désordres psychologiques graves. Elle le tenait de lectures passionnantes et novatrices sur le sujet à peine défriché du cerveau humain.
Avant de les renvoyer dans leurs quartiers et à leurs devoirs, elle leur avoua :
— Au fait ! Avez-vous aimé ma petite blague ?
Ils se dévisagèrent et Hercule questionna :
— Laquelle ?
— Les frontons runiques coincés, votre nuit aux écuries.
— C’était… vous ?
— Oui !
Elle se mit à rire.
— Je me suis vraiment amusée ! J’avais remarqué à quel point vous vous entendiez bien et je me suis dit que vous aimeriez vous évader un peu !
— Eh bien ça, alors ! Nous avons cru que c’était une nouvelle agression d’Hercule.
— Mais non, Umbelina. C’était inoffensif. Alors, les écuries ? La paille ? Vous qui n’aimez pas vos demeures.
— Comment savez-vous, Madame ?
— Allons, Hercule, je sais que vous êtes un Lonicera dans l’âme. Et vous, Eugénie, vous rêviez d’Urtica. Bref... J’ai vu comment vous vous en êtes tirés. Vous étiez fantastiques. Je suis si contente de moi ! Hi hi !
Elle se leva, les regarda et leur fit signe de décamper au trot.
— Allez ! Allez ! N’oubliez pas ! J’attends vos projets de sortilèges en rimes ou pas, au choix. En grec ou en latin, trois mots secs ou un quatrain, de la belle magie, digne de l’Académie.
Ils durent se conformer à ses ordres. Elle jeta un dernier coup d’œil dans la salle du Sondeur, à la recherche d’une anomalie, un indice quelconque sur l’activité des enfants. Elle sortit et referma la porte. Elle se dirigea vers l’entrée du château et suivit le quatuor des yeux. Il fallait s’assurer de leur obéissance.