Beauxbâtons - La dernière chance

Chapitre 50 : Sortilège 50 : le sanctuaire

Par eric_vincent

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Au cours du dîner suivant l’attaque du carrosse, la directrice commit un réquisitoire contre les suprémacistes. Elle prévint l’assistance que deux Aurors enquêteraient à l’Académie dès le lendemain matin. Les élèves ayant défendu leur existence et celle des enseignants avec vaillance, apporteraient leurs témoignages et seraient sollicités pour démontrer les manigances de certains criminels. Elle jura de faire payer les familles des individus concernés, au sens propre comme au figuré, en traînant les coupables en justice et en exigeant des réparations financières. Si certains malfaisants comptaient étrangler l’école, en occasionnant des dégâts et des blessures, elle réagirait en prenant des mesures conservatoires drastiques. Enfin, elle rappela un détail présent à l’Académie depuis la dernière rentrée, sous la forme d’une menace :

— Comme vous le savez, les Aurors ne sont pas autorisés à utiliser du Veritaserum sur les enfants âgés de moins de 17 ans. Certains d’entre vous se croient à l’abri, grâce à cette règle. L’usage du Veritaserum est délicat, très encadré et échoue parfois face aux maîtres de l’Occlumancie. Mais rien n’interdit un Auror de placer un mineur devant le fronton runique du pavillon Gerbera, ce qui le forcera à ne dire que la vérité durant 24 heures.

— Vous n’avez pas le droit ! s’insurgea Geoffroy de Polignac. L’article 151.2 de la constitution sorcière interdit et punit d’une peine d’emprisonnement la torture des mineurs !

— Mais tout à fait, de Polignac ! Le fronton s’active sans lancer de message abrutissant ou de douleur physique. Il n’entre donc pas dans le cadre de l’article 151.3, et non 151.2. Une soirée au cachot vous fera le plus grand bien pour cette digression et coupure de parole non sollicitées.

De Polignac se décomposa.

— Monsieur Grossel, veuillez débusquer un ou deux rats dodus pour tenir compagnie à de Polignac. Cela lui évitera de soliloquer toute la nuit.

— Avec plaisir, Madame.

Sébastien empoigna et rudoya le fils de notable sorcier, après lui avoir demandé son âge. Il avait eu 17 ans en juin dernier. Agathe avait poursuivi son réquisitoire, soulignant que le cachot constituait la mesure minimale et agréable de l’éventail de sanctions à sa disposition. En tant que directrice et pédagogue, elle avait autorité pour juger chaque élève digne ou indigne d’acquérir des connaissances sorcières. Si elle estimait dangereuse la transmission de savoir à des étudiants, elle pouvait refondre les classes à sa guise et créer deux niveaux : l’un, basique, minimaliste et l’autre, étendu, complet, préférentiel. Elle avait insisté sur ce dernier adjectif.

Au retour dans le pavillon Gerbera, les enfants avaient fêté trois d’entre eux. Eugénie, couverte d’hématomes sur les hanches, dus à sa position douloureuse pour guider l’attelage, Umbelina, autrice d’acrobaties et d’un combat digne d’un Auror dans des conditions météorologiques épouvantables et Jacques qui faisait l’admiration de Shin.

— Ça a été facile, dit le Cracmol. Le sorcier était si enragé qu’il ne contrôlait plus rien.

— Plus un adversaire se rue comme un fou furieux, plus le déséquilibrer, utiliser sa force contre lui, devient aisé.

— Est-ce qu’il existe un art martial où on utilise juste la force et l’agressivité de l’adversaire ? demanda Laurine. Parce qu’au judo, il faut tout de même chercher le contact, pour renverser l’autre.

— À ma connaissance, un tel art martial n’existe pas. 1

— J’aurais voulu être là pour batailler, déclara Andrea. Salauds de suprémacistes ! J’espère qu’ils ont payé cher.

— Certains n’ont pas survécu et d’autres ont dû disparaître, affirma Umbelina. Celui qui a embrassé une paroi rocheuse, je doute qu’il s’en soit remis. Je n’ai même pas eu à lui lancer un sort.

— Plus que jamais, nous allons déambuler avec une cible sur le dos, soupira Hercule. Peu importe ce que l’école fera. Nous n’étions que 30 élèves à ne pas être inclus dans la combine de Rosier. Il le sait. Il doit se réjouir.

— J’espère que l’hémorragie va s’arrêter, marmonna Sigrid. Pourvu que l’effet Rosier soit moindre dans les autres niveaux !

— Il faut nous ressaisir, décida Eugénie. On se repose cette nuit et dès demain, on reprend le combat. On a un testament à dénicher.

La jeune fille quitta ses amis en marchant sur des œufs. Elle souffrait. Laurine se rendit dans sa chambre à cloche-pied. Hercule estima nécessaire de les soulager. Il fit semblant d’aller chercher sa baguette miraculeuse et alla guérir l’entorse de Laurine. Il repartit en boitillant pendant quelques secondes. Benben fut fort modeste sur le troc de souffrance. Ensuite, il rendit visite à Eugénie, allongée sur son lit, incapable de retirer ses vêtements. Les doigts de sa main droite étaient tuméfiés ; les tendons avaient subi des élongations. Le garçon la soulagea en totalité. Il patienta auprès d’elle une bonne minute afin d’évacuer le transfert de douleur et qu’elle ne se rende compte de rien.

Lorsqu’elle fut en mesure d’exprimer autre chose que des plaintes, elle le félicita pour le sang-froid dont il avait fait preuve pendant l’attaque. Elle avoua cependant avoir vu sa dernière heure arrivée, en naviguant en aveugle.

— Au moment où j’ai vu madame Waldmeister basculer, j’ai cru que tout était fini pour elle. Mon cœur s’est serré. Même si je ne suis pas une grande fanatique des matières qu’elle nous inculque, c’est une des enseignantes que j’aime le plus. Elle est nature, entière et elle possède les meilleures sucreries. Hercule… Il y a une chose qui me terrifie plus que la mort.

— L’impuissance. L’inexorable fatalité.

— C’est un sentiment horrible, angoissant. Quelle chance que tu aies appris à transplaner !

— D’après ce que j’ai compris, je n’ai pas vraiment reçu un enseignement. C’est… depuis mon échange avec Maïkan. Quand j’ai mesuré l’étendue de ce qu’elle pouvait accomplir. C’est comme si les limites que l’on nous enseigne étaient erronées, faussées au départ. Je ne suis pas le seul à avoir ressenti ça. Umbelina, au cours de la bataille, a entraperçu l’étendue de ses capacités. Je suis sûr que la météo lui a obéi sur quelques centaines de mètres.

— Elle devient de plus en plus puissante, souligna Eugénie.

— Nous le devenons tous, à des degrés divers. C’est bien ce qui m’inquiète.

— Devenir le meilleur médicomage n’a rien d’inquiétant.

— Ce n’est pas faux. Bah, je me fais des idées. Reposez-vous. Bonne nuit, ma douce.

Il déposa un baiser sur sa joue et s’éclipsa. Eugénie resta figée, muette. Hercule ne faisait jamais la bise. À quiconque ! Et comment l’avait-il appelé, à l’instant ? !

Le garçon, retiré dans sa chambre, s’installa à son bureau. Il s’empara de son nécessaire à courrier, ouvrit un tiroir et prit un parchemin sur lequel les dates du 14 au 20 février avaient été successivement inscrites et rayées. En dessous, il n’y avait que l’entame de la missive :

« Cher Père, »

Adeline lui avait demandé d’écrire à Louis. Tout ce qu’il n’avait pas pu lui dire depuis son décès et plus encore, ce qu’il ne lui avait jamais dit de son vivant. Sa main fut prise de tremblements, suspendue au-dessus du rouleau presque vierge. C’était trop lui demander.

« Je me rends compte que nous n’avons jamais vraiment échangé. Vous étiez un père distant, strict. J’étais un enfant arc-bouté sur son esprit logique. Jusqu’à ce que je vienne à l’Académie et que peu à peu, je m’ouvre, je découvre et je change. Mais le temps nous a privés de tout partage. Tout au long de ces années d’existence, où je me croyais Cracmol, Waldo était mon unique confident. On me l’a enlevé et… les mots se meurent, Père… Je me sens désemparé… Je voudrais tant que vous sachiez que vous aviez raison. J’admettrais mes torts, avec joie, si vous pouviez être là…

Nous nous sommes manqués dans cette vie. Cela s’est joué à si peu. Vous êtes mort avant que je ne possède Benben. Avant que je ne vous connaisse sous un jour nouveau. J’ai mal, Père. Papa…»

Les larmes coulaient en abondance depuis une bonne minute et maculaient le parchemin. Il pesta, posa la plume dans l’encrier et se cogna au plafond magique de la salle blanche du bâtiment. Il s’aplatit sur le plancher de quartz.

— Ah ! Zut ! Encore un transplanage indésirable ! enragea-t-il.

Il extirpa un mouchoir propre de sa robe sorcière et sécha ses larmes. Puis, il s’adressa au Sondeur et réclama dix cubes numérotées de 0 à 9, une table, un métronome posé sur le plateau et un sol en feu qui paraisse aussi réaliste que possible. Il appliqua le principe d’Adeline : transplaner à répétitions, plus vite, jusqu’à sentir son énergie magique épuisée, poussée dans ses retranchements. À force d’entraînement, durant deux heures, le garçon parvint à passer d’un temps (tic-tac) noté à 60 pulsations par minute à un tiers, soit 180 battements, sans se préoccuper de la dangerosité de l’environnement. Le Sondeur suivit ses exigences d’hostilité. Le garçon installa même des petites cibles à atteindre d’un Repulso à chaque atterrissage. Il corsa l’exercice en lui ajoutant une troisième dimension puisque sous le faîtage du toit, il disposait de hauteur. Les cubes, allégés avec le sortilège népalais qu’il connaissait, étaient placés en hauteur. Il devait se présenter accroupi pour tenir en équilibre dessus. Il travailla la Définition du transplanage, à l’inverse de la logique, perdant un vêtement à chaque fois qu’il disparaissait et apparaissait dans sa chambre. Après avoir fini dans le plus simple appareil, sous la douche et s’être récuré de la tête aux pieds, puis séché, il transplana dans son espace personnel en incluant son pyjama enfilé dans la Définition.

Lorsqu’il estima en avoir eu pour son compte, il se posa sur son lit et accomplit quelques exercices de respiration pour apaiser son souffle. C’est une fois l’esprit en paix et le corps vidé qu’il se souvint de la bourse offerte par Patxi. Il se redressa, s’installa à son bureau, roula le parchemin souillé de larmes séchées et fit de la place pour déballer le présent.

Par peur que le contenant ne s’ouvre de façon fortuite, le fermier l’avait noué plus que de raison. Il n’avait pas utilisé une bourse en moke, classique mais un parchemin, troué avec un poinçon, sur tout le pourtour de la peau. Il avait enfilé une longue lanière de cuir, truffée de nœuds empêchant de coulisser correctement.

Hercule n’eut pas d’autre choix que de trancher le lien autour de chaque trou. Il étala la peau et retira, un à un, tous les cadeaux. Il y avait du Dirico, du Paonard, une griffe de Lamina, du Pic-moqueur et deux plumes de Gigogne. Tout était étiqueté et annoté d’une belle écriture ronde, appliquée. L’élève ne put s’empêcher de penser à sa première baguette, offerte à Laurine, du châtaignier magnifié par une plume de Gigogne. Il y avait aussi deux précieuses coquilles d’œufs de Laminak dont il tirerait environ six grammes d’osmium. À peine eût-il déposé la totalité sur le bureau que le parchemin s’anima, se plia et forma un visage avec une bouche surmontée d’une énorme moustache blanche. La voix grave du fermier, teintée d’accent basque, emplit la chambre et résonna :

— Hercule, si je prends le temps de créer ce qui ressemble à une beuglante mais n’en est pas une, c’est parce que je ne veux pas t’écrire ce que j’ai à te dire. Ce discours se détruira à l’issue de l’exécution du message. Voilà… Comme je te l’ai fait comprendre par des sous-entendus, mon sanctuaire n’est pas n’importe quel lieu. C’est une des rares places fortes de la magie sur la planète. La carrière n’a pas donné naissance qu’aux seuls Hortzak. Des géants de pierre sont nés ici. Il y a plus de six siècles, un être minéral d’une intelligence stupéfiante y a aussi vu le jour…

La lettre-visage lui adressa un clin d’œil complice.

— Tu sais de qui je parle et tu comprends, à présent, l’importance de ce domaine. Bien. Maintenant, j’en viens à l’objet principal de ce message. Il y a dix ans, j’ai hérité de ce lieu lorsque mon arrière-arrière-grand-père est décédé à l’âge de 137 ans. Je n’ai plus de famille, hormis une sœur infréquentable, Santxa, mariée à un sorcier dangereux et ambitieux. C’est un magistrat nommé Gabriel de Ferluc.

Le garçon faillit tomber à la renverse. Patxi était l’oncle d’Humbert de Ferluc ! Un cauchemar !

— Ma sœur et son idiot de mari mettraient le sanctuaire en pièces s’ils en héritaient. Alors, n’ayant aucune descendance, la loi Picaillou n’ayant pas été abrogée malgré de récents événements la remettant en cause, je dois prendre les devants. Depuis que j’ai fait ta connaissance, j’ai su que tu étais loyal et que les créatures magiques le savaient. S’il m’arrive malheur, tu hériteras de cette source magique. La bicoque en bois dans laquelle je vis, ne vaut pas plus de 20 ou 30 Gallions. Les meubles, à l’intérieur, valent sûrement un peu plus que la maison. La ferme coûte de l’argent. Les droits de succession sont estimés à quelques Gallions, une misère. Je sais que toi, tu sauras préserver la carrière. J’ai confiance. Concernant la loi Picaillou, je me suis procuré le texte complet et je l’ai étudié avec attention. J’ai écrit à la Coopération Internationale magique de la Belgique. Tu es considéré comme Sang-Pur et la loi française ne précise pas si l’héritier doit être français ou non. L’interdit n’étant pas formulé par écrit, c’est autorisé. Post-scriptum : ton amie italienne s’est beaucoup plu à la ferme et a eu du succès avec les créatures. Ne l’oublie pas, le moment venu.

Le document rougeoya et s’enflamma avant de ne laisser que quelques cendres. La nouvelle plongea Hercule dans la perplexité. Être le parrain d’un enfant, c’était déjà une charge importante. Devenir le garant de la sécurité d’un haut-lieu de la magie, c’était une responsabilité écrasante.

« Le Sondeur est né dans la carrière. Par Flamel ! Pourra-t-il me renseigner sur sa création et sur la nature du sanctuaire ? »

Il tenta de ne pas focaliser son esprit sur ce nouveau mystère et s’allongea dans son lit. Il prit le temps de se réchauffer. En dépit du chauffage magique procuré par le Sondeur, la rigueur hivernale, cruelle, se faisait envahissante. Le garçon ferma les yeux. Il imagina qu’il allait revoir l’attaque du carrosse, le sauvetage de la professeure Waldmeister, l’orchestration de la défense. Il n’en fut rien. C’est Waldo qui s’imposa en tenue de broussard moldu, avec le mont Uluru derrière lui. Son oncle lui dit :

— Il serait fier. Comme moi. Waldo.

Une fois n’est pas coutume, Hercule, pensant faire l’ouverture de la ménagerie, trouva portes ouvertes et Feux Éternels ravivés. Il inspecta toutes les pièces avant de terminer par le bureau de la référente Lonicera. Ursula s’y trouvait, un registre de soins à la main. Le garçon la salua :

— Bonjour, Madame. Qu’est-ce qui me vaut cette visite inattendue ? Un souci ?

— Non, pas du tout. Che foulais te remerzier.

— Pour quelle raison, Madame ?

— Hier. L’attaque.

— Ce fut une œuvre collective.

— Che ne parle pas de la défenze que tes camarades ont magnifiquement azzurée. Che pense chuste que ch’étais inztallée à la plaze du cocher quand ch’ai rezu un filain sortilèche. Quand che me zuis réfeillée, che me troufais dans le carrozze. Ch'ai interroché Wilfried et Claire. Aucun d’eux n’a achi pour me faire tranzplaner.

— Mais aucun élève présent dans le carrosse n’avait l’âge requis pour cet apprentissage, n’est-ce pas ?

— Z'est chuste. Che me zuis dit que tu zaurais me donner une explicazion. Hier zoir, afec Sébaztien, nous afons dégaché le carrozze et nous afons ramené la carcazze dans les écuries. Z'est là que ch’ai fu que ma zangle afait lâché pendant que ch'étais inconsziente. Ze que che crois, z'est que ch'ai fait une chute dans le fide, qu’on m’a attrapée pour me faire réapparaître à l’intérieur. Z'est forzément un élèfe.

— Qu’en pense la directrice ?

— Che ne lui ai pas posé la queztion. Tu crois que che defrais ?

— Elle détient peut-être la réponse. Selon vous, qui, parmi le personnel, a la capacité de prédire l’avenir et le talent indiscutable en matière de transplanage ?

— Par Flamel ! Z’est éfident ! Tu es zacrément malin. Che fais de ze pas lui poser la queztion.

Il fut satisfait de son explication. Agathe était la seule à décider d’informer Ursula ou d’adopter l’hypothèse toute prête de l’élève belge. Il n’avait pas proféré de mensonges et avait préservé son secret. Ne revoyant pas l’enseignante suisse de la matinée, le garçon supposa que la directrice avait opté pour une exploitation judicieuse de ses deux grandes forces. Il aurait aimé consulter la référente à propos de l’acte de Patxi mais le fermier l’avait engagé à ne pas révéler quoi que ce soit.

Au déjeuner reconstituant, bienvenu après une matinée de dur labeur, Hercule sut quelle explication Ursula avait tenue pour valable. Contre toute attente, la femme charpentée lui servit un sourire aux dents gâtées. Il fut suivi d’un pincement des lèvres et d’un hochement de tête. Ces indices lui révélèrent que la Suissesse connaissait désormais son secret. Par souci d’équité, Elvira et Wilfried seraient mis au courant.

Le Belge guetta l’apparition d’Agathe mais, ne la voyant pas venir déjeuner, il imagina qu’elle s’entretenait avec les Aurors inconnus, arrivés peu après 8h00. À l’instar du précédent samedi, il s’excusa auprès de ses amis. Eugénie lui adressa un clin d’œil et leva son pouce en signe d’encouragement. Il partit à la recherche d’Adeline. Il dénicha la centenaire dans une classe du second étage. Elle le salua et l’invita à prendre place au premier rang. S’étonnant de l’absence de la directrice, Adeline répondit qu’elle avait exigé que la séance se déroulât en tête-à-tête.

— Pourquoi, Madame ? Souhaitez-vous m’enseigner un point délicat ? Spécial ? Douloureux ?

— Douloureux ? Non, aucun picotement comme ceux infligés par mon modeste Fulguracrucio.

— J’ai travaillé toute la semaine. Chaque soir, jusqu’à épuisement.

— Je sais.

— Vous… savez ?

— Tu es un garçon sérieux, un travailleur acharné. Répéter l’exercice, jusqu’à l’obtention d’un résultat allant au-delà des attendus, est dans ta nature. De plus, je suis allée questionner le Sondeur. Je lui ai demandé s’il avait entendu le son d’un métronome et à quelle cadence il battait. Tout comme toi, je connais le Sondeur. Ce n’est pas le cas d’Agathe et il est mieux que cela continue ainsi.

— Ah…

— Si l’âme du château ne voit pas, elle entend et ressent tout. J’ai appris à quelle cadence tu as transplané, les difficultés que tu as ajoutées. Je sais aussi qu’hier, tu as empêché la mort d’Ursula Waldmeister.

— Dans ce cas, c’était un transplanage désiré et indispensable.

— Désiré, dangereux, courageux. Tu as bravé la mort. Je n’ai pas été surprise. J’ai retrouvé, à travers cet acte, le garçon stupéfiant qui m’a sauvée. Mais il y a eu un autre événement, n’est-ce pas ? As-tu écrit la lettre ?

Il fouilla dans une poche de sa robe sorcière et prit le parchemin roulé. Il lui tendit d’une main mal assurée. Elle déroula le support et lut.

— Je suis navré, Madame. C’est au-dessus de mes forces.

— Pourquoi y a-t-il des taches ?

— J’ai versé des larmes d’impuissance, de rage contre moi-même. Je déteste être incapable de produire ce qu’on me demande.

— C’est ce qui t’a fait pleurer ?

— Non. Mes pensées m’ont conduit à verser des larmes. Elles étaient tournées vers mon père. Mes pleurs m’ont agacé.

— Et ensuite, tu as transplané, n’est-ce pas ?

— Oui. C’était anarchique. Je me suis alors entraîné jusqu’à épuisement. J’ai même exercé mon esprit à me débarrasser de mes vêtements et à endosser mon pyjama au fur et à mesure des sauts.

— Intéressant. Je vois que tu as essayé, chaque jour.

— Oui.

— Pourquoi avoir écrit « Cher Père » ? Pourquoi ne pas inscrire « Papa » ?

— Je ne l’ai jamais appelé Papa. Nous n’avons jamais été proches comme on peut se le figurer. La proximité est apparue lorsque j’ai intégré l’Académie et que j’ai, je pense, commencé à accomplir des actes qui ont forcé son admiration. Mère m’a avoué, lorsque nous étions à l’hôtel pour le procès, que Père n’avait jamais été aussi fier que lorsque j’ai été puni pour avoir fait usage de magie afin de sauver un Bayourson. Elle m’a dit qu’il avait eu les larmes aux yeux. Je n’ai jamais vu Père faire preuve de sensiblerie. J’aurais donné n’importe quoi pour partager ces instants.

— Je comprends. C’est ce que j’aurais aimé lire. Tes pensées t’ont bouleversé et les coucher par écrit, pour toi, c’est une preuve intangible de faiblesse. N’est-ce pas ?

— Quelque chose comme ça.

— Éprouver des sentiments n’est pas une faiblesse mais une force. C’est aussi indispensable que respirer. Tant que tu ne videras pas tes émotions, tu subiras des transplanages indésirables. Je sais que l’exercice le plus dur, c’est celui-là. Tu n’y couperas pas.

— Entendu.

— Qui a rajouté cela, d’une main tremblante ?

— Quoi donc ?

Elle plaça le parchemin sous son nez. Sous « Cher père », une autre écriture avait tracé :

« Il serait fier. Comme moi. Waldo. »

Hercule pâlit. Il reconnut l’écriture de son oncle. Des pattes de mouches sauf les f minuscules, à la boucle démesurée.

— Ça alors !

– J’en déduis que tu n’es pas à l’origine du texte. Qui est Waldo ?

— Mon défunt oncle.

— Défunt ? Ce qui veut dire…

— … que son esprit a agi.

— Étrange… Bon, revenons au transplanage. Y a-t-il eu d’autres évasions ou tentatives ?

— Non.

— C’est une bonne nouvelle.

— Il faut dire que j’ai vécu une expérience étonnante, samedi, après notre entrevue.

L’enfant narra la surprise concoctée par son amie, Eugénie. Il détailla à quel point il avait été touché, ému par cette attention. Lorsque la vieille femme comprit que les enfants avaient connu leur premier émoi amoureux, elle voulut en savoir un peu plus.

— Tu as été perturbé, dans la semaine ? Du mal à te concentrer ?

— Oui.

— C’est merveilleux !

— C’est catastrophique ! Je ne peux pas me permettre d’être distrait.

— Mais si, justement, mon garçon ! Cette perturbation a coïncidé avec l’arrêt du transplanage intempestif. Cette jeune fille, Eugénie, est entrée dans ton cœur.

— C’est illogique.

— Quoi ?

— Vous semblez croire que mon cœur bat pour elle. Il serait logique que je sois amoureux d’une jeune fille comme Katarina, Umbelina ou surtout l’élégante et magnifique Laurine. Mais Eugénie est l’exact opposé de ce que je suis. C’est illogique.

— Les sentiments suivent toutes les voies de l’univers sauf une : la logique. Eugénie entre dans ton cœur, elle échappe au contrôle, aux attentes. Reproduire cette cérémonie inuite était brillant et généreux. Cela te sécurisait face à un événement inconnu, comportant une énorme responsabilité.

— C’est impossible. Eugénie, ce sont des gros mots, des pieds sur la table, de la folie à chaque instant, des actes irrationnels, une absence totale de manières, une tenue négligée.

— Et pourtant, c’est elle qui est allée réveiller l’amour enfoui dans ton cœur. C’est elle qui t’a fait chavirer. Mieux : tu as ouvert la porte, tu l’as invitée à entrer. Toutes les autres personnes que tu as citées sont, je n’en doute pas, admirables. Laurine, que tu trouves magnifique, élégante, est d’une beauté supérieure, n’est-ce pas ? Tout garçon serait ravi de la tenir dans ses bras. Ne rougis pas, écoute-moi. Eugénie, peu importe ses exploits, son allure, ses tenues, son nom, ou que sais-je. C’est celle que ton cœur a choisi. Ta raison n’y changera rien.

— Je dois être anormal.

— Non. Cette expérience que tu m’as narrée, est la preuve que j’espérais pour écarter la folie.

— La folie ?

— Il y a, dans notre monde, des sorciers transplaneurs aliénés. Certains se trouvent à l’étage de la Folie de Bonpied, condamnés à vivre enfermés dans des cellules capitonnées, dotées des sortilèges anti-transplanage les plus pointus, reclus dans leur esprit malade.

— Je n’en ai pas vus, lors de la visite.

— Le directeur ne montre que les cas les moins atteints, pour ne pas décourager les vocations de médicomages. La magie est parfois intolérable. Par chance, tu es normal.

— Mais que dois-je faire ? Dévoiler ce que je ressens ? En toutes circonstances ?

— La franchise s’avère être à la fois une qualité et un défaut. Il faut trouver un juste équilibre. Alors, ta magie sera équilibrée.

Elle laissa quelques instants à Hercule, le temps d’assimiler les informations. Ensuite, elle débarrassa la pièce du mobilier et invita le garçon à lui faire la démonstration de ses progrès. Elle refusa de l’admettre devant lui, pour ne pas ajouter de l’eau à son moulin mais sa vitesse d’exécution dépassait celle de nombreux Aurors. Elle choisit de corser l’exercice, conjuguant le sol en flammes et le Fulguracrucio. Il termina l’exercice, attentif à la suite. Elle lui proposa d’utiliser des Repulso sur des Noises jetées en l’air.

— Sans toucher le sol.

— Je transplane, je lance un Repulso, je transplane…

— Ainsi de suite.

Il montra une coordination et une concentration inouïes, en dépit du sol de lave et de la disparition des cubes, uniques refuges sécuritaires. Elle fut incapable de déterminer s’il acceptait la peur, le danger, faisant avec ou s’il l’avait éliminé de l’équation, grâce à ses habitudes mentales. Son esprit était fermé à son Legilimens. Pour répondre à cette question, elle devait ajouter l’unique élément non mathématique, illogique, dans l’horizon du garçon : Eugénie.

Les 29 élèves – Rosa était toujours hospitalisée – de la bataille du carrosse, comme les étudiants appelaient de plus en plus l’événement, étaient réunis dans l’amphithéâtre, en présence d’Agathe, Claire, Ursula et Wilfried. Hercule n’avait jamais vu les deux Aurors dépêchés par le commandant pour établir la chronologie des faits. En revanche, il avait déjà lu des rapports établis par les deux hommes expérimentés, âgés d’une quarantaine d’années. Le duo était dissemblable, tant du point de vue physique que comportemental.

Le premier policier se nommait Joseph Montrose. C’était un créole de 190 centimètres, musclé, élégant. Détail inhabituel, son visage était constellé de taches de rousseur. Il était vêtu d’un costume moldu noir, seyant et mâchouillait des bâtons de réglisse et de cannelle. Ce taiseux se contentait de scruter les élèves interrogés par son collègue. Selon Hercule, monsieur Montrose n’avait jamais mis les pieds à l’Académie.

Le second Auror était un albinos d’un mètre et demi. Ses yeux étaient rouges et ses cheveux, coiffés en une brosse ahurissante, le rehaussaient de vingt centimètres. Portant une très grande robe sorcière, il ne marchait pas mais flottait à une trentaine de centimètres du sol. La conséquence d’une overdose de venin de Billywig, un guet-apens organisé par des crétins lorsqu’il étudiait à l’Académie. L’étrange Auror, culminant à deux mètres, cheveux compris, se nommait Stanislas de Grandamour. Autant Montrose observait un silence d’or, autant de Grandamour était volubile et matraquait ses interlocuteurs de questions en donnant l’impression – fausse – de ne pas écouter leurs réponses. L’un et l’autre avaient toujours refusé les promotions, préférant exceller sur le terrain.

Montrose analysait en permanence. Hercule le soupçonna d’emblée d’être un authentique Legilimens et conseilla à ses camarades du Gerbera de focaliser leurs esprits sur la bataille et de ne tolérer aucune déviation.

Peu à peu, les hommes rassemblèrent les éléments du puzzle. Ils enregistrèrent la plainte de la directrice, la demande de réparation pour les 33 tentatives de meurtre, les dégâts sur le carrosse, les blessures causées aux Abraxans – Ursula leur demanda de bien noter ce détail – avant d’annoncer le montant exigé pour les réparations.

— 40 000 Gallions.

— Pardon ? fit de Grandamour. 40 000 ?

— Vous avez bien entendu. Étant donné les preuves collectées pour l’épisode du chaudron explosif, je demande le renvoi définitif de Thibaldus Rosier, Amélie Rostang de Hautefeuille, Godefroy de Valmy, Hélène Farges-Lacaze et Franco de Luca Rosso.

— Définitif ?

— Vais-je devoir répéter chaque terme ? s’agaça la directrice.

— Non, Madame. C’est que…

— Les preuves auraient été plus évidentes si la scène de crime avait été préservée. Toutefois, la démonstration ne souffre d’aucune contestation possible. Renvoi définitif. Les traces des autres désistements ayant été soigneusement éliminées, les élèves malades seront autorisés à revenir dès demain puisque, selon le docteur Dadé, la bactérie de Glairustule qu’ils ont ingérée par « mégarde », est une souche peu virulente.

— Et les trois accidentés ? Castelmur, Esteves et Laplace ?

— Autorisés à rentrer. Je leur accorde le bénéfice du doute.

— Entendu. Est-ce tout, Madame ? Pouvons-nous procéder à l’analyse des baguettes ?

— Oui.

— Bien. Nous allons vous appeler, un par un, confirmer votre identité, tester les sorts jetés par votre baguette et noter vos actes. Vous signez le document.

L’albinos procéda par pays, en commençant par les huit Italiens présents. Il y en avait deux chez Aloysia : Aldo Ricci et l’aimable et talentueuse Bianca Toscanini. De l’analyse, il en ressortit que Bianca avait redoublé de hargne lorsque les assaillants avaient tenté d’abattre les Abraxans. Faustina Rinaldi, grande amie de Rosa Fuchs, et Emiliano Rizzo avaient défendu l’honneur d’Urtica. Quant à Roberto Bossetto, Lucia Capri, Sophia Capetta et Claudio dello Carbone, de Lonicera, ils s’étaient battus comme des lions. Ensuite, ce fut le tour d’interroger Marc Caduff et Valentine Clairdelune, les deux Helvètes. Lorsque le taiseux dévisagea la divinatrice, son regard perçant la fit rire et son Patronus prédictif se matérialisa sous la forme d’une baguette tapotant sur un cerveau. Si Montrose souhaitait masquer ses talents pour la Legilimancie, c’était raté.

Les Portugais furent les suivants à témoigner. Le silencieux fut troublé en analysant la baguette de vigne produite par Umbelina. En proportion, elle avait lancé le triple d’attaques par rapport à ses camarades. Elle expliqua qu’elle avait chevauché un balai pour aider Wilfried Laflèche.

— Lui prêter main-forte ? Vraiment ?

— Umbelina est la sorcière la plus puissante de l’Académie, affirma Agathe. Tous niveaux confondus.

— Ah… Une future Auror ?

— Ministre de la magie, rectifia la jeune fille.

Montrose ne souriait pas, contrairement à son collègue, mais percevait les ambitions de la sorcière. Elles n’étaient pas à prendre à la légère. De plus, il avait entrevu un phénomène non visible dans l’historique de la baguette. Un pouvoir d’une grande ampleur.

Sebastian da Oliveira, Izabella Marchado, Jorge da Silva et Linda Ribeiro confirmèrent les dires de la princesse et soulignèrent la modestie de leurs actions en regard de la fantastique chevauchée de leur idole. Montrose posa enfin une question, comme s’il tenait à attirer l’attention sur le détail.

— Vous êtes bien cinq élèves natifs du Portugal, en tout, en troisième année ?

Leur porte-parole confirma. Hercule nota que le petit pays avait résisté à l’appel des Suprémacistes. La France et l’Italie avaient subi une érosion proportionnelle à leurs effectifs. Par contre, la Hollande et l’Espagne avaient succombé aux tenants du Sang-Pur. En intégralité. La Belgique comptait six élèves. Parmi eux, Lucie Cadoret, Evelyne Hénon, Elias Willems, Joop de Vries et Hercule s’opposaient à Rosier. Roland Clervois avait cédé aux sirènes de la ségrégation, contre toute attente.

L’interrogatoire des Français eut enfin lieu. Outre Laurine, Jacques, Katarina, Ysandre et Eugénie, défilèrent Adèle Fenouillas, si douée en Arts magiques, Christian Hainaut, à l’accent ch'ti prononcé et Sophie Saint-Martin.

L’Auror transpira à grosses gouttes en tentant d’investir l’esprit de Shin et il sua tout autant pour percer les protections d’Hercule, butant sur l’image d’un Éruptif le chargeant et le repoussant sans cesse. Le petit Belge maîtrisait le processus. Obtenir des informations dans l’esprit du Cracmol fut plus aisé. Montrose le considéra et lui dit :

— C’était courageux. Très.

— Merci, m’sieur l’Auror.

— Toi… dit-il en se tournant vers le petit Belge. J’aimerais savoir pourquoi ta baguette n’a lancé aucun sort.

— Elle n’est d’aucune utilité pour le combat.

— Hum… Quel fut ton rôle, alors ?

— Anticiper, organiser, réagir.

— Un rôle de chef ?

— Non.

— Un joker ? Comme dans les jeux de cartes moldus ?

— Pourquoi pas !

— Hum…

— Votre action éclatante et celle des Aurors a permis la capture de quatre assaillants, reprit de Grandamour. Quatre criminels ont été éliminés et retrouvés. Leur identification est en cours. Trois corps ont disparu dont celui désarçonné par le professeur Laflèche et mademoiselle de Laranjeira ainsi que celui qui s’est fracassé contre la paroi. Nous estimons que six ou sept individus ont réussi à prendre la fuite. Nous vous tiendrons au courant, Madame. Votre plainte sera déposée au Tribunal Administragique, dès ce soir.

— Dès que les fausses victimes du chaudron explosif seront sur pied, elles seront renvoyées dans leurs foyers. Mesure de sécurité conservatoire. Toutes les sorties de l’Académie, prévues jusqu’à la fin de l’année, seront encadrées par dix enseignants minimum et les élèves sont autorisés à faire usage de leurs baguettes. Que le ministère ne s’étonne pas du durcissement de mon discours et de mes méthodes.

— Bien, Madame.

— Concernant les trois élèves accomplissant un stage à l’hôpital en avril…

— Des Aurors seront en charge de leur sécurité, assura Montrose en se redressant, signifiant que la réunion était achevée.

Le temps d’une fraction de seconde, Hercule put apercevoir la baguette de l’Auror. Bois rouge fraise, avec des traits plus clairs. Cabochon en améthyste. 30 centimètres, environ. L’homme rabattit sa veste pour masquer la création. Ce n’était pas l’ouvrage de Cosme Acajor, ni le sien. Le bois était du Chakte Pok, il en était certain à 99 %. Il poussait de l’Amérique centrale au Brésil. L’Auror était originaire de l’arc antillais ou, hypothèse plus vraisemblable, de Guyane. Il avait suivi son enseignement dans la pyramide de Castelobruxo, dissimulée au cœur de l’Amazonie. Le garçon s’approcha de l’homme rangeant ses parchemins et lui dit, sans l’assistance de sa traductrice, ayant souvent échangé en portugais avec Umbelina :

— Varínha mágica muito bonita. 2

— Obrigado, senhor Especialista. 3

— Comment avez-vous trouvé mon Éruptif ?

— Efficace et vindicatif.

Prenant le Belge par surprise, l’homme se pencha vers lui et murmura à l’oreille :

— Mon copain Dessuture te fait dire d’être prudent. Il tient à te voir en stage. Les Aurors ne sont pas les seuls à surveiller tes exploits.

— Soyez assuré que je redouble de vigilance. Mais la guerre…

— … semble inévitable.

Un voile de tristesse glissa sur ses traits et il marmonna :

— L’avenir s’assombrit.

Il libéra Hercule et dit à son collègue :

— Au fait ! Il y a eu un gros mensonge, au milieu de tous ces témoignages. Tu l’as détecté ?

— Je n’en ai pas la moindre idée. Qui a menti ?

— La directrice n’a pas transplané en utilisant son pouvoir prédictif.

— Qui a récupéré la Suissesse ?

— Hum… J’utilise mon « joker » et je réserve ma réponse.

Les membres du Gerbera enrageaient. Hercule avait été témoin de l’ingestion volontaire de la fiole contaminée au Glairustule juvénile mais son témoignage ne suffisait pas pour exclure tous les supporters de Rosier qui avaient opté pour la contamination. Les fioles avaient été anéanties à coup de sortilèges. Il aurait suffi d’une seule, avec les empreintes d’un élève, pour entraîner une accusation collective. La bonne nouvelle, c’est que les crétins ayant fait exploser le chaudron, confinés à l’infirmerie, seraient renvoyés dans leurs familles en attendant une radiation pure et simple des effectifs. La mauvaise nouvelle, c’est que le nombre de devoirs, notés et exigés par les professeurs, allait lui aussi exploser pour grever les moyennes des étudiants concernés.

À ce jeu-là, Farges-Lacaze et de Valmy avaient le plus à perdre. Le Belge choisit d’abandonner ses camarades en pleine séance de supputation et de se rendre à la Cabane Enchantée. Il vérifia son courrier et découvrit un paquet aux dimensions généreuses. Il le retira du logement ; le colis pesait bien cinq ou six kilogrammes. Impatient, il déballa sur place et comprit la raison du poids. Il y avait trois barres de titane, autant en tungstène et 50 grammes d’osmium en poudre. Il s’empressa d’aller stocker les métaux dans sa chambre et se rendit à la bibliothèque pour glaner des renseignements sur la manière d’obtenir des alliages. Il fit chou blanc. Il se rabattit sur l’antre de Johannes Gutenberg. Le fantôme érudit lui indiqua les ouvrages scientifiques les plus récents et le laissa en prendre connaissance. Le Belge se décomposa à vue d’œil.



1 L’Aïkido sera créé en 1925, à partir d’un principe philosophique où le combat cesse dès lors qu’il commence. C’est la raison pour laquelle il n’existe pas de compétitions mondiales d’aïkido.

2 Très belle baguette magique.

3 Merci, monsieur le spécialiste.




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