— Vas-y, Potter ! Tu y es presque !
C’était la semaine des sélections de Quidditch à Poudlard. Et tout le monde savait que Castor Potter, le fils du célèbre Harry Potter, serait le nouvel attrapeur de Gryffondor. C’était une évidence.
Pour tout le monde, mais pas pour Castor. Non pas qu’il n’aime pas le Quidditch – c’était un sorcier de quinze ans, malgré tout –, ni même qu’il ne soit pas bon : il savait se tenir sur un balai et avait grandi en jouant au Quidditch dans le jardin familial, en écoutant les récits de guerre de ses parents, tous deux anciens attrapeurs.
Castor ne voulait pas devenir attrapeur, c’est tout. Il n’avait pas besoin d’une raison.
Percival Spandrel ne voulait rien entendre : il savait repérer un talent, et n’était pas prêt à laisser son prodige lui faire à nouveau faux bond. Cette année, il aurait Potter dans son équipe.
— Plus dans les jambes, n’aie pas peur d’accélérer… Mais non ! Pas comme ça.
Il lui fit signe de revenir, ce que Castor fit, avec grand plaisir. Plaisir de courte durée, interrompu par le sermon du capitaine. Il avait beau protester, rien n’y faisait. Un véritable dialogue de sourds, que tout le château arrivait à entendre.
La vérité, c’est que Castor en avait marre d’être sans cesse comparé à son père. Depuis son arrivée à Gryffondor, la première nuit, il sentait l’ombre de ce dernier peser sur lui partout où il allait. « Tu savais que Harry a remporté la coupe des Trois Sorciers ? », « Harry a découvert la Chambre des Secrets dans ces toilettes », « Harry aimait, plus que tout, les cours de Défense contre les forces du Mal ». Partout, des professeurs aux autres élèves, tous baignés dès leur plus jeune âge dans le récit détaillé de la bataille de Poudlard et de la mort de Vous-Savez-Qui, lui parlaient de son paternel.
Il avait pour habitude d’éviter les fantômes, qui le saluaient immanquablement d’un « Bonjour, Harry ». Il faut dire qu’il était le portrait craché de son père : mêmes cheveux en broussaille, même sourire, même carrure. Seul son regard l’en distinguait : il avait les yeux gris-vert de Dracaena, sa mère.
Donc non, peu importe son talent, il ne deviendrait pas le clone de son père : il n’était pas, ni ne serait, l’attrapeur des Lions de Gryffondor.
— Castor, prononça une voix espiègle, celle d’Améthyste, sa petite amie, j’ai tellement envie de te voir sur un balai ! Tu es tellement beau quand tu voles.
Le jeune homme restait de marbre. Améthyste ne se découragea pas : il lui restait une dernière arme. Elle fit un clin d’œil à Spandrel et chuchota quelque chose à l’oreille de Castor. Il se raidit, vit la détermination dans son regard, et se résigna.
— Bon, d’accord… si personne ne se présente, je serai l’attrapeur de Gryffondor.
Améthyste et Spandrel l’applaudirent, tandis qu’il s’éloignait vers son cours de potions, son préféré. Il se sentait si seul ; si seulement il pouvait compter sur son frère.
Tandis qu’il s’éloignait, Spandrel interrogea son amie.
— Qu’est-ce que tu as bien pu lui dire pour qu’il change d’avis ?
— J’ai dit que s’il ne le faisait pas, j’allais sortir avec son frère.