Les Chroniques de Dracaena et Harry - I. La chute des Gémaux

Chapitre 4 : Le match de Quidditch

1152 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 20/10/2026 14:44

Au son des tambours et des cors, les élèves entonnaient leurs chants de supporters. Les « Allez Gryffondor » marqués par des timbales graves faisaient écho aux « Serpentard, Serpentard, Serpentard va vous bouffer tout cru » scandés depuis les tribunes d’en face ; au capharnaüm s’ajoutaient les insultes que les préfets peinaient à tempérer, les cornemusettes enchantées, tambourins transplanants et autres machines à cacophonie. La directrice McGonagall se leva et, d’un coup de baguette, réduisit le stade au silence.

Dans le couloir d’honneur, ni Castor ni Pollux ne prêtaient attention à ce qu’elle disait. Leur esprit était envahi par le battement de leur cœur et le mouvement de leurs boyaux noués. Pollux, habitué à cette sensation, frappa la tête de son frère d’un coup de balai.

— Apprends à respirer.

Puis il fit la démonstration, comptant dans sa tête les secondes passées, reniflant l’odeur de la sève et du bois de construction du stade, les tissus moisis des tentures et la sueur de ses coéquipiers.

Castor l’imita. Son trac ne disparut pas, mais il semblait soudain ne plus être prisonnier des battements sourds de son cœur.

Il prit une dernière grande inspiration, puis expira en ouvrant les yeux. Le sifflet de Madame Weasley retentit, les joueurs enfourchèrent leurs balais et décollèrent. Les sens aux aguets, Castor eut l’impression de voler pour la première fois, bien qu’il fût le seul à le remarquer.

Les jumeaux avaient grandi baignés de Quidditch. Leurs parents avaient été attrapeurs, et plutôt bons ; ils en discutaient tout le temps, commentant les tactiques des équipes lors des championnats, débattant sans cesse de la qualité des balais récents. Harry s’était occupé pendant un temps, au Bureau des Aurors, de la sécurité de grandes rencontres sportives. Ainsi, pendant plusieurs saisons, sa famille avait pris l’habitude de la vie des stades.

Ce n’était donc pas entièrement par instinct pur que Castor quadrillait l’arène en cercles concentriques à la recherche du Vif d’or, balayant le terrain de haut en bas, et d’est en ouest.

— COGNARD ! lança l’un des batteurs de Gryffondor en plongeant devant Castor et en frappant la masse d’acier qui fonçait sur eux.

— Fais attention, Potter, dit-il avant de foncer protéger un autre joueur.

Un peu sonné et déconcentré, Castor aperçut au loin Pollux qui discutait avec l’un des batteurs de Serpentard, celui-là même d’où était parti le Cognard.

Son sang bouillait. Le Vif d’or passa juste devant lui avant de disparaître aussi vite qu’il était apparu. Sans ça, il serait allé corriger son jumeau.

Pour Pollux, cette rencontre n’était qu’une énième répétition d’une chorégraphie qu’il connaissait par cœur. Il volait en étoile, scrutant le terrain à la recherche du Vif d’or et surveillant les joueurs, analysant leurs tactiques. Il avait décidé de ménager son frère, autant par instinct fraternel que par désir de le voir se débrouiller sur un balai. Mais voyant que Gryffondor avait déjà marqué trois buts, le frère charitable disparut au profit du frère rival. Les lions avaient eu leur répit ; maintenant, ils allaient être étouffés par les pythons.

Le gardien frappa le Souafle, qui atterrit dans les mains d’une des poursuiveuses. Elle zigzagua entre les silhouettes rouge et or de ses adversaires ; voyant qu’ils la pourchassaient, elle fit volte-face et monta en flèche pour passer le Souafle en profondeur, vers son coéquipier. La manœuvre portait ses fruits, et Serpentard égalisa rapidement le score.

Percival était furieux et demanda une pause à l’arbitre, ce qui lui fut accordé. Les joueurs des deux camps se rassemblèrent près de leurs anneaux.

— Les gars, Serpentard nous domine. Arrêtez de réagir à tout ce qu’ils font. On va changer de tactique.

Castor n’écoutait qu’à moitié. Cela ne le concernait pas réellement, tant qu’il attrapait le Vif d’or. Il scruta les alentours et, voyant son frère pousser un cri de guerre avec son équipe, il ressentit un nouveau pincement au cœur. Il se souvenait qu’avant, c’était ensemble qu’ils improvisaient ce genre de chant de motivation.

Le match reprit, et Gryffondor prenait l’avantage. Les poursuiveurs avançaient en rase-mottes, investissant les flancs du terrain. Profitant de leur formation serrée pour bénéficier de l’effet d’aspiration, ils surprirent leurs adversaires par leur dynamisme.

Castor continuait de patrouiller le terrain quand son frère apparut à ses côtés.

— Alors, chaton, qui est-ce que tu espères impressionner en volant comme un hippogriffe sans tête ?

Pas de réponse. Pollux sourit : il savait qu’il était rentré dans la tête de son frère. Le poisson avait mordu, il ne restait plus qu’à ramener la ligne.

— Tu as raison, tu sais. Je n’aurais pas dû l’appeler Sang-de-Bourbe, ça ne se fait pas. Je vais aller m’excuser. Et ne t’inquiète pas : après ton humiliation, j’attendrai un peu avant de sortir avec elle. Je te laisserai peut-être même regarder.

Castor se mordit les lèvres. Il monta alors en chandelle, tant pour s’éloigner de son frère que pour retrouver le Vif d’or. Voyant qu’il le distançait, il se retourna pour le dévisager.

— Alors, frangin, tu as encore mouillé ton pantalon ? Ou n’as-tu enfin plus peur du vide ?

Par une incroyable ironie du sort, le Vif d’or apparut entre Castor et son frère, montant vers le soleil : la course était lancée. Ni l’un ni l’autre ne remarquèrent que le stade était devenu minuscule sous leurs pieds, ni que l’air devenait plus fin. Presque collés l’un à l’autre, ils ne remarquèrent pas non plus que le Vif d’or avait viré de bord.

Ou peut-être que si : avant de virer, Pollux tapota l’épaule de son frère et mima un baiser baveux.

Cette moquerie fut accueillie par un coup de poing à la figure. Puis par Castor, qui s’était élancé de tout son poids sur son frère… oubliant qu’ils étaient en l’air.

Privés de leurs balais, ils virevoltèrent en direction du sol à une vitesse alarmante. Leur chute ne fut freinée que par une dizaine de sorts d’amortissement œuvrant de concert.

La dernière chose que Pollux vit avant le noir fut le visage paniqué de Castor à côté de lui, dans une figure impossible à décrire.

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