Harry Potter et l'Autre Malfoy — Tome I
Chapitre 3 : CHAPITRE 2 — DES LETTRES IMPOSSIBLES
2010 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 21/10/2026 12:01
Le lendemain matin, trois nouvelles enveloppes attendaient sur le paillasson.
Elles étaient arrivées malgré la caméra fixée au-dessus de l'entrée. Vernon passa vingt minutes à consulter les enregistrements de la nuit. On y voyait la rue vide, deux voitures qui ralentissaient au carrefour et une voisine promenant son chien. Rien d'autre.
— Une plaisanterie, conclut-il.
Sa voix manquait de conviction.
Pétunia ramassa les lettres avec des gestes secs. Harry remarqua qu'elles portaient toutes son nom, mais des indications différentes : « cuisine », « couloir du premier étage », « près de la porte d'entrée ». Quelqu'un suivait ses déplacements dans la maison.
— Si c'est une plaisanterie, dit-il, pourquoi ne pas me les donner ?
— Parce que tu as assez d'idées ridicules, rétorqua sa tante.
Vernon déchira les enveloppes sans les ouvrir. Harry eut l'impression qu'on déchirait sous ses yeux une possibilité de s'échapper.
Le jour suivant, les lettres apparurent dans la boîte aux lettres, dans une livraison de courses, puis sous la porte du garage. Dudley en retrouva une collée au dos de son fauteuil de jeu et accusa aussitôt Harry de lui avoir fait une mauvaise blague. Son père tenta d'appeler la police, raccrocha avant de décrire les faits, puis installa un verrou supplémentaire sur la porte d'entrée.
Le soir, Harry surprit une conversation dans la cuisine.
— Ils ne peuvent pas revenir comme ça, disait Pétunia.
— Je ne les laisserai pas nous imposer leurs affaires. C'est terminé depuis des années.
— Tu ne comprends pas, Vernon. Ce n'est pas une entreprise qui envoie des publicités.
Harry appuya davantage son oreille contre la porte.
— Alors explique-moi ce que c'est !
Pétunia baissa la voix. Harry n'entendit qu'un mot, presque avalé : « école ».
Une école qui envoyait des chouettes et des enveloppes impossibles à intercepter. Une école dont sa tante semblait terrifiée.
Il retourna dans sa chambre en sentant que l'univers autour de lui avait changé de forme, mais que personne n'avait jugé utile de l'en informer.
Le 2 août, Vernon déclara qu'ils partaient quelques jours.
Dudley accueillit la nouvelle avec enthousiasme. Harry apprit qu'il devait emporter une valise pour tout le monde, sans connaître la destination. Vernon avait désactivé les notifications de ses téléphones, laissé le sien dans le tiroir du bureau, et chargé dans le coffre un vieux GPS indépendant qui n'avait pas besoin de connexion.
— Nous allons prendre l'air, annonça-t-il.
— L'air de quoi ? demanda Dudley.
— Du calme.
Ils quittèrent Privet Drive sous une pluie lourde. Pendant les premières heures, Harry suivit les panneaux depuis la banquette arrière. Ils traversèrent plusieurs villes, évitèrent les autoroutes et s'arrêtèrent deux fois pour changer de véhicule de location. Vernon choisit finalement une maison de pêcheurs dans un village côtier, suffisamment isolée pour que le réseau mobile soit médiocre et que les commerçants ne posent pas trop de questions.
Le problème, découvrit Harry le soir même, était qu'un hibou pouvait se passer de réseau.
Il se posa sur la cheminée extérieure tandis que les Dursley dînaient. Un bruit de griffes remonta par le conduit. Puis une enveloppe glissa sur le sol, juste entre la chaise de Pétunia et les pieds de Harry.
« M. H. Potter, table de la salle à manger, maison du port. »
Dudley poussa un cri. Vernon se leva d'un bond et expédia la lettre au feu.
— Ça suffit !
Harry se leva à son tour.
— C'était à moi !
— Assieds-toi !
— Pourquoi avez-vous peur d'une lettre ?
Vernon posa une main sur le dossier de sa chaise. Ses jointures étaient blanches.
— Parce que certaines choses ne concernent pas les enfants.
Harry avait entendu cette phrase toute sa vie. Elle servait généralement à lui refuser ce dont Dudley disposait sans même le demander.
— Alors peut-être que quelqu'un devrait enfin me dire ce qui me concerne, moi.
Sa tante porta une main à sa bouche. Vernon resta immobile, comme surpris que Harry ait osé lui répondre.
Le garçon remonta dans la petite chambre qui lui avait été attribuée sous les combles. Il y trouva une fenêtre ouvrant sur la mer, un matelas étroit et un interrupteur qui ne fonctionnait pas toujours.
À travers le verre, il aperçut une lumière minuscule se déplacer dans le ciel. Trop basse pour être une étoile, trop silencieuse pour un drone.
Elle s'approcha. Une chouette blanche passa devant la fenêtre, le fixa et disparut.
Harry eut envie de rire.
— Je ne sais pas qui vous êtes, murmura-t-il, mais vous êtes sacrément obstinés.
Quelqu'un frappa à la porte d'entrée si fort que toute la maison sembla reculer d'un centimètre.
En bas, Vernon lança un juron. Un second coup retentit, suivi d'une voix énorme :
— Bonsoir ! Désolé d'vous déranger, mais vous avez un courrier en retard !
Harry dévala l'escalier.
Dans l'encadrement de la porte se tenait un homme immense, les épaules presque trop larges pour passer. Ses cheveux et sa barbe formaient une masse noire d'où émergeaient deux yeux étonnamment doux. Il portait un manteau détrempé, des bottes pleines de sable et une vieille sacoche de cuir.
Vernon paraissait soudain beaucoup plus petit.
— Vous êtes entré sur une propriété privée !
— Possible, répondit l'homme. C'est justement pour ça que j'ai frappé.
Son regard passa par-dessus l'épaule de Vernon et s'arrêta sur Harry.
Le visage immense s'éclaira.
— Eh ben, te voilà. Bon anniversaire en retard, Harry.
Harry ne sut que répondre. Personne, chez les Dursley, n'avait mentionné son anniversaire le 31 juillet. Dudley avait pourtant reçu un gâteau pour célébrer son millième abonné.
— Vous me connaissez ?
— Un peu. Je suis Rubeus Hagrid. Je travaille à Poudlard.
Le nom sembla électriser Pétunia.
— Non, dit-elle. Non, vous n'allez pas recommencer.
Hagrid posa sur la table une enveloppe intacte. Le sceau de cire représentait quatre animaux entourant un grand H.
— Si vous aviez laissé le garçon ouvrir la première, j'aurais pu rester chez moi à préparer la rentrée.
Harry regarda son oncle, puis la lettre. Cette fois, il la prit avant que quiconque puisse intervenir.
À l'intérieur se trouvait une convocation officielle, rédigée dans une langue étonnamment administrative pour un document livré par une chouette. Elle annonçait son admission à l'École de sorcellerie de Poudlard pour l'année 2026-2027. Une liste de matériel suivait. Les cours commenceraient le 1er septembre.
Harry relut la première ligne.
— Sorcellerie ?
Hagrid hocha la tête.
— C'est ça.
— Il y a une erreur.
— Pas la moindre.
— Je ne sais pas faire de magie.
— C'est pour ça qu'il y a une école.
Vernon fit un pas en avant.
— Ce garçon ne partira nulle part. Il a une vie normale ici.
Hagrid tourna lentement la tête et contempla la pièce : les sacs de voyage luxueux de Dudley, le téléphone dernier modèle abandonné sur le canapé, et Harry debout dans un tee-shirt trop petit, tenant l'une des seules lettres qu'on lui eût jamais adressées.
— Normale, répéta-t-il.
Ce mot, dans sa bouche, ne ressemblait pas à un compliment.
Il fit asseoir Harry près de la fenêtre et lui raconta patiemment l'existence du monde sorcier. Il lui parla de Poudlard, des maisons, des baguettes, des sortilèges et de parents qui avaient été de remarquables sorciers. Il lui apprit qu'ils n'étaient pas morts dans un accident de voiture, comme les Dursley l'avaient toujours affirmé.
— On les a tués, dit Hagrid.
Harry regarda la fenêtre. La nuit lui renvoyait un reflet pâle de son visage, avec les cheveux qui tombaient sur son front. Il attendit que la phrase cesse de sembler étrangère.
— Qui ?
Hagrid hésita avant de prononcer le nom de Voldemort. Pétunia ferma les yeux. Vernon voulut intervenir, mais le géant leva une main sans même le regarder.
Il expliqua qu'un mage noir avait imposé la terreur à une partie de leur monde. Que James et Lily Potter s'étaient opposés à lui. Qu'il les avait retrouvés le 31 octobre 2016, alors que Harry n'avait qu'un an.
— Il a essayé de te tuer aussi.
Harry porta la main à son front.
— C'est pour ça ?
— Oui.
— Mais il n'a pas réussi.
— Non. Et personne ne sait exactement pourquoi. Après cette nuit-là, il a disparu. Sa puissance s'est effondrée. Des familles entières ont pu sortir de chez elles sans avoir peur de ce qui les attendait.
Hagrid parlait lentement, avec des silences entre les phrases. Harry aurait préféré qu'il raconte moins de choses à la fois. Ses parents avaient maintenant des noms, des visages qu'il ne connaissait pas, un ennemi et une dernière nuit. Il ne savait pas où poser tout cela.
— Il reviendra ? demanda-t-il.
— Je sais pas, répondit Hagrid. Certains pensent qu'il est mort. D'autres sont moins sûrs. Mais tu ne seras pas seul à Poudlard. Le professeur Dumbledore veillera sur toi.
Harry baissa la main.
— Pourquoi moi ?
— J'aimerais pouvoir te répondre.
Le géant avait l'air sincèrement malheureux de ne pas le pouvoir. Harry regarda sa lettre. Quelques minutes auparavant, il avait découvert une école ; maintenant, il découvrait que des inconnus connaissaient le pire événement de sa vie alors que lui-même l'avait ignoré.
— Les gens savent ?
— Beaucoup ont entendu ton nom. Pour eux, tu représentes la fin de ces années-là.
Harry n'avait pas envie de représenter quoi que ce soit. Il aurait voulu une photographie de ses parents, et quelqu'un qui se souvienne du bruit de leur rire.
Harry resta longtemps silencieux après cette révélation.
— Ils ne sont vraiment plus là ? demanda-t-il enfin.
Hagrid secoua la tête.
— Non, Harry.
Une vague frappa la digue au-dehors.
— Et pourquoi est-ce que… pourquoi on m'a raconté autre chose ?
Hagrid choisit ses mots. Il connaissait la peur et le ressentiment des Dursley ; il ignorait comment expliquer à un enfant qu'on lui avait caché jusqu'à la manière dont ses parents étaient morts.
— Parce que certaines personnes préfèrent mentir plutôt que d'admettre qu'elles ont peur de ce qu'elles ne comprennent pas.
Pétunia se raidit à l'autre bout de la pièce.
Harry fixa la lettre sur ses genoux. Le papier ne ressemblait pas à une plaisanterie. Sa main tremblait légèrement lorsqu'il posa un doigt sur le sceau.
— Et là-bas… il y aura d'autres enfants comme moi ?
— Des tas.
— Des enfants qui ne savent rien non plus ?
— Certains connaissent déjà beaucoup de choses. D'autres vont tout découvrir, comme toi. Ça n'a jamais empêché personne d'apprendre.
Harry pensa à son école primaire, aux couloirs où les amis de Dudley l'attendaient et aux déjeuners passés à chercher une table libre.
— Ils ne me connaissent pas, dit-il.
Hagrid sourit avec une légère tristesse.
— Pas encore.
Cette nuit-là, Harry dormit peu. Sa valise était prête au pied du lit. Les Dursley s'étaient enfermés dans leur chambre après une dernière discussion étouffée. Hagrid, trop grand pour le canapé, avait fini par s'installer dans un fauteuil près de la fenêtre.
Harry examina encore une fois la liste des fournitures. Parmi les objets demandés figuraient une baguette magique, un chaudron, des livres spécialisés et une robe noire de travail. Une note ajoutait que les téléphones, tablettes et autres appareils électroniques pouvaient subir des dysfonctionnements dans les espaces fortement enchantés de l'établissement.
Il effleura cette dernière phrase.
Pour une fois, ne pas avoir de téléphone n'allait peut-être pas le désavantager.
Avant de fermer les yeux, il relut le nom de l'école à voix basse.
— Poudlard.
Le mot lui parut à la fois étrange et familier. Comme celui d'un endroit qu'on n'avait jamais visité, mais où l'on avait toujours été attendu.