Harry Potter et l'Autre Malfoy — Tome I
Chapitre 6 : CHAPITRE 5 — SOUS LE CHOIXPEAU
2431 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 21/10/2026 12:04
Poudlard ne ressemblait à aucun bâtiment que Harry avait jamais vu.
La silhouette du château se dressait au-dessus d'un lac sombre, immense et presque immobile. Les tours semblaient sortir de la falaise plutôt que reposer sur elle. Des centaines de fenêtres dessinaient un réseau de lumières dans la nuit, et la brume accrochée aux berges donnait à l'ensemble une allure irréelle.
Les nouveaux élèves furent dirigés vers de petites embarcations. Harry s'installa avec Ron, Hermione et un garçon au visage inquiet qui tenait un crapaud contre sa poitrine comme un trésor enfin retrouvé.
— Il s'appelle Trevor, expliqua le garçon. Je suis Neville Londubat.
— Enchanté, dit Harry.
Neville baissa les yeux sur l'animal.
— Il ne supporte pas les voyages. Et apparemment, il ne me supporte pas beaucoup non plus.
La barque s'ébranla sans que personne touche aux rames.
Ron s'accrocha au bord.
— J'avais oublié cette partie.
Hermione observa l'eau puis le fond de l'embarcation, manifestement en quête d'une explication technique.
— Il doit y avoir une propulsion enchantée. Ou bien une attraction à distance.
— Ou bien c'est de la magie, proposa Ron.
— Ce n'est pas une explication, répliqua-t-elle. C'est le phénomène à expliquer.
Harry les écoutait à peine. Un reflet doré tremblait sur le lac. Au loin, il entendait les autres enfants parler plus fort pour masquer leur nervosité.
Un peu plus loin, Dracena était assise avec Draco et deux élèves de leur connaissance. Elle gardait les mains sur ses genoux, le dos parfaitement droit. Son frère commentait la taille des tours avec la certitude de quelqu'un dont la famille possédait peut-être un château plus grand.
Harry détourna les yeux avant qu'elle ne remarque qu'il regardait dans leur direction.
Le hall d'entrée était si vaste que les conversations s'y perdirent aussitôt. Un escalier de pierre montait vers des portes sculptées. Des portraits s'animaient au-dessus des visiteurs ; l'un d'eux se plaignit du bruit, un autre répondit que septembre était précisément le mois où il fallait renoncer au silence.
Une femme sévère, aux cheveux sombres retenus en chignon, vint accueillir les nouveaux élèves. Elle se présenta comme le professeur McGonagall et expliqua le rôle des quatre maisons.
Harry comprit qu'il allait être réparti dans l'une d'elles, où il vivrait et travaillerait pendant toute sa scolarité.
À côté de lui, Hermione répétait à voix basse les caractéristiques qu'elle avait apprises dans ses livres. Ron fixait ses chaussures. Neville avait de nouveau perdu la trace de son crapaud, qui s'était heureusement réfugié dans une poche.
Draco observait la porte de la Grande Salle comme on attend l'ouverture d'un salon privé. Dracena semblait beaucoup moins certaine de ce qui allait se produire, mais son visage ne laissait rien voir de cette hésitation.
— J'espère au moins que l'épreuve sera intéressante, murmura-t-elle à son frère.
— Ce sera Serpentard pour nous deux, répondit Draco.
— Tu l'as déjà annoncé sept fois aujourd'hui.
— Tu pourrais montrer un peu plus d'enthousiasme.
— Je réserve mon enthousiasme aux événements qui ont vraiment lieu.
Harry les entendit et se demanda si Dracena éprouvait parfois le besoin de contredire son frère simplement pour vérifier qu'elle le pouvait encore.
Les portes s'ouvrirent.
La Grande Salle était illuminée par des milliers de lumières flottantes. Quatre longues tables occupaient le centre, chargées de couverts et de verres. Au fond, une estrade accueillait les professeurs. Au-dessus de tous s'étendait un plafond où brillait un ciel nocturne plus vaste que celui qu'on apercevait par les fenêtres.
Harry s'arrêta malgré lui.
Il avait cru le Chemin de Traverse capable de tout lui montrer. Il comprenait désormais qu'il n'en avait aperçu que l'entrée.
Un vieux chapeau avait été posé sur un tabouret devant les élèves. Il s'anima soudain et prononça quelques vers sur les maisons de Poudlard, le courage, l'étude, l'ambition et la loyauté. Harry n'en retint pas grand-chose. L'idée de porter ce chapeau devant plusieurs centaines d'inconnus lui semblait déjà suffisamment inquiétante.
Les noms commencèrent à être appelés.
Chaque enfant montait sur l'estrade, s'asseyait, puis attendait le verdict du Choixpeau. Les tables applaudissaient. Certains élèves semblaient ravis ; d'autres, plus déconcertés, rejoignaient leur nouvelle maison en serrant les dents.
Hermione Granger fut envoyée à Gryffondor. Elle descendit du tabouret avec le soulagement visible de quelqu'un qui venait de recevoir une bonne note sans connaître les critères de l'examen. Un peu plus tard, Neville Londubat rejoignit la même table, si pressé de quitter l'estrade qu'il faillit emporter le Choixpeau avec lui.
— Malfoy, Dracena.
Son prénom avait précédé celui de Draco. Dracena le savait depuis qu'elle avait vu la liste entre les mains de McGonagall ; elle avait pourtant attendu que son frère fasse un mouvement pour s'avancer à son tour. Maintenant, il restait derrière elle.
Elle monta sur l'estrade sans se retourner et s'assit avec une dignité un peu excessive pour quelqu'un qui allait porter sur la tête un accessoire aussi usé.
Le tissu lui couvrit les yeux.
Voilà un esprit qui aime examiner ses certitudes, murmura une voix qu'elle seule pouvait entendre.
Dracena immobilisa ses mains sur ses genoux.
J'espère que vous examinerez les vôtres avec autant d'application, pensa-t-elle.
Le chapeau sembla presque rire.
De l'ambition, beaucoup. Le goût de comprendre ce que les autres tiennent pour acquis. Mais tu ne te contentes pas de penser en silence : il faudra toujours que tu contestes, même lorsque tu aurais intérêt à te taire.
Cela dépend de ce qu'on me demande d'accepter.
Précisément. Tu as du cran. Gryffondor pourrait te convenir.
Dracena sentit son ventre se contracter.
Gryffondor ?
Le nom évoqua aussitôt une table bruyante, des couleurs étrangères et la place vide qui resterait à côté de Draco. Elle eut envie de relever le bord du chapeau pour le chercher. Elle s'en empêcha.
Je n'ai aucune intention d'y aller.
Tu n'as aucune intention de ressembler à ce que tu t'en imagines, corrigea la voix. Ce n'est pas tout à fait la même chose.
Dracena serra les doigts contre sa robe.
Sous le tissu, les bruits de la salle paraissaient lointains. Combien de temps s'était écoulé ? Son frère devait se demander pourquoi cela durait. Elle aussi, et cette pensée lui déplut davantage.
Je veux aller à Serpentard.
Pour ton frère ?
Dracena revit son visage lorsqu'il lui avait demandé, trois soirs plus tôt, s'ils resteraient ensemble. Elle ne voulait pas commencer leur première nuit au château en lui tournant le dos.
Pas seulement. Je veux apprendre à obtenir ce que je veux. À choisir mes batailles. Je n'ai pas besoin qu'on m'apprenne à me disputer.
Ah, sur ce dernier point, je suis assez de ton avis.
Elle faillit sourire.
Le Choixpeau hésita encore. Dracena attendit, avec la sensation désagréable qu'il regardait derrière chacune de ses réponses, jusque dans les choses qu'elle n'avait pas choisi de lui montrer.
Ton nom ne décide pas à ma place, reprit-il. Et cette maison ne t'obligera pas à donner raison à tous ceux qui le portent. Il faudra t'en souvenir.
Je m'en souviendrai.
Alors… SERPENTARD !
Le dernier mot éclata dans toute la salle.
Dracena retira le chapeau avant que McGonagall ait besoin de l'aider. Elle descendit de l'estrade, réajusta ses cheveux et passa devant son frère. Il la regardait avec un soulagement si visible qu'elle détourna les yeux pour ne pas le lui faire remarquer.
À la table verte et argent, une élève plus âgée lui indiqua une place. Dracena s'assit et laissa un espace libre à côté d'elle.
— Malfoy, Draco.
Cette fois, elle suivit chaque pas de son frère jusqu'au tabouret.
Le Choixpeau effleura ses cheveux.
— SERPENTARD !
Draco se leva avec une satisfaction à peine dissimulée et rejoignit la table qui l'acclamait. Il s'installa dans l'espace qu'elle lui avait réservé.
— Je te l'avais dit, déclara-t-il.
— Quel soulagement. Le monde aurait eu du mal à se remettre de ton erreur.
Il lui donna un petit coup de coude.
— Pourquoi il a mis si longtemps, avec toi ?
Dracena lissa un pli de sa manche.
— Nous avions des choses à discuter.
— Quelles choses ?
Elle tourna les yeux vers le tabouret, où le Choixpeau attendait déjà l'élève suivant.
— Tu ne voudrais pas que je dévoile une conversation privée.
Draco haussa les épaules. Il avait obtenu ce qu'il voulait ; pour le moment, cela lui suffisait.
Dracena ne lui parla pas de Gryffondor.
À la table des professeurs, un homme vêtu de noir suivait la cérémonie d'un regard difficile à interpréter.
Severus Rogue avait déjà vu défiler plusieurs promotions d'élèves. Il connaissait les noms que les grandes familles faisaient entrer à Poudlard, leurs ressemblances physiques et leurs habitudes. Il connaissait Lucius Malfoy depuis assez longtemps pour ne pas être surpris de retrouver ses enfants dans la même maison.
Son regard s'arrêta sur Dracena.
Et ressentit, sans le moindre avertissement, une impression désagréable.
Ce n'était pas de la peur. Pas exactement. Ni de l'aversion, ni une intuition précise. Plutôt le sentiment qu'un détail essentiel lui échappait alors même qu'il le regardait en face.
Rogue n'eut pas un mouvement. Son visage resta fermé, son dos droit. Il reporta immédiatement son attention sur l'élève suivant.
Ce genre de sensation n'avait aucun sens.
Il la rangea parmi les impressions auxquelles un esprit discipliné ne devait pas accorder d'importance.
Pourtant, quelques secondes plus tard, le malaise était toujours là.
Harry n'en sut rien. Il était occupé à redouter que le Choixpeau lui attribue la maison de Draco.
Lorsqu'on appela son nom, un murmure parcourut l'assistance.
Harry se sentit devenir brûlant. Il monta sur l'estrade, s'assit et attendit que le tissu retombe sur son front.
La voix qu'il entendit ensuite semblait examiner des possibilités qu'il n'avait jamais envisagées. On lui parla de courage, de facultés inexploitées, d'une intelligence parfois étouffée par le doute et d'une ambition qu'il ne reconnaissait pas en lui-même.
Harry pensa immédiatement à la table de Serpentard.
Il y revit Draco, son sourire assuré et sa façon de mépriser Ron. Dracena se tenait près de lui, très droite, comme si même les bancs de la Grande Salle devaient mériter qu'elle s'y assoie.
Pas là, pensa Harry.
Il ne savait pas encore ce qu'il voulait devenir. Mais il savait déjà qu'il ne voulait pas passer sept années à devoir écouter les deux Malfoy du matin au soir.
Le chapeau sembla comprendre.
— GRYFFONDOR !
Le soulagement le traversa si vivement qu'il faillit oublier de descendre du tabouret. À la table de Gryffondor, les jumeaux Weasley applaudirent avec énergie. Des élèves plus âgés lui firent de la place. Harry sentit des mains lui taper amicalement dans le dos et comprit qu'il souriait comme un idiot.
À Serpentard, Draco leva les yeux au ciel.
— Évidemment. Potter devait finir avec les plus bruyants.
— Tu dois être déçu, répondit Dracena. Tu avais tellement travaillé ton discours pour le convaincre de nous rejoindre.
— Tu vas me le rappeler combien de temps ?
— Je n'ai pas encore décidé.
Les derniers noms furent appelés. Lorsque Ron rejoignit enfin Gryffondor, Harry se décala aussitôt pour lui faire une place. Son ami s'assit en soufflant, comme s'il venait de terminer une course. Hermione et Neville étaient déjà installés un peu plus loin.
Le banquet commença.
Harry regarda apparaître sur les tables des plats fumants, des fruits, des pains, des viandes et des légumes. Pour une fois, personne ne lui disait d'attendre que les autres se soient servis. Ron lui recommanda les pommes de terre. Hermione lui conseilla de ne pas se contenter de ce qui lui paraissait familier. Il eut l'impression d'avoir connu ses deux voisins toute sa vie.
L'atmosphère changea lorsque le directeur se leva.
Albus Dumbledore était un homme âgé, dont les yeux semblaient pétiller derrière des lunettes en demi-lune. Il souhaita la bienvenue aux nouveaux élèves, rappela quelques interdictions et annonça que plusieurs lieux du château resteraient inaccessibles pour des raisons de sécurité.
Harry remarqua que les élèves plus âgés semblaient écouter certaines consignes d'une seule oreille.
Une fois le repas terminé, les préfets rassemblèrent les premières années. Des escaliers bifurquaient sur des paliers inattendus. Des portraits protestaient si on les réveillait. Harry découvrit qu'un couloir apparemment vide pouvait soudain s'emplir de chants parce qu'une armure avait décidé de célébrer la rentrée.
Il marchait avec Ron lorsque Draco et Dracena apparurent à l'autre bout d'une galerie. Leurs préfets les guidaient vers un escalier descendant, en direction des cachots.
Draco adressa à Harry un sourire triomphant, comme si le fait de dormir sous terre représentait une victoire personnelle.
Dracena, elle, s'arrêta un instant à côté d'une fenêtre.
— Potter.
Harry soupira.
— Quoi ?
— Gryffondor. Cela te ressemble.
— Je suppose que ce n'est pas un compliment.
— Pas entièrement.
Elle désigna d'un regard les élèves de sa maison, qui disparaissaient déjà dans l'escalier.
— Au moins, nous n'aurons pas à partager notre salle commune.
— C'est la meilleure nouvelle de ma journée, répondit Harry.
— Comme quoi, il est possible de nous entendre sur un sujet.
Elle esquissa un sourire et rejoignit son frère.
Ron la regarda partir.
— Tu as remarqué qu'elle ne peut pas s'empêcher de revenir nous parler ?
— Elle aime simplement avoir le dernier mot.
— Alors laisse-la l'avoir.
Harry contempla l'escalier vide.
— Hors de question.
Ils reprirent leur chemin vers la tour de Gryffondor.
Dehors, le lac avait retrouvé son calme. Les tours découpaient leurs silhouettes dans le ciel d'automne, et la lumière des fenêtres tremblait sur les berges.
Harry ne connaissait encore presque rien de Poudlard. Il ignorait quels secrets se cachaient derrière ses portes, quelles amitiés allaient le soutenir et quels dangers l'attendaient.
Il savait seulement qu'il appartenait enfin à quelque part.
Et qu'un garçon nommé Draco Malfoy, accompagné de sa sœur décidément insupportable, semblait bien décidé à compliquer sa vie scolaire.
Harry resserra la prise sur la lanière de son sac.
Sept années promettaient d'être longues.