Harry Potter et l'Autre Malfoy — Tome I

Chapitre 7 : CHAPITRE 6 — LES RÈGLES DU LAC

Par NekoGeek

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L'eau se trouvait de l'autre côté des vitres.

Dracena s'en aperçut seulement lorsque leur préfète posa sa baguette contre une lampe. Une clarté verte gagna le mur, révélant une fenêtre haute et étroite derrière laquelle flottaient des filaments pâles. Ce qu'elle avait pris pour le ciel nocturne était le fond du lac.

Elle s'approcha. Un poisson de la longueur de son avant-bras passa lentement, avec l'air contrarié d'avoir découvert des visiteurs dans son salon.

— Ne frappez pas sur le verre, dit la préfète. Et n'essayez pas de l'ouvrir. Il ne s'ouvre pas.

Un garçon retira aussitôt la main.

La salle commune de Serpentard s'étendait sous des voûtes basses soutenues par des colonnes. Des fauteuils occupaient les renfoncements ; près de la cheminée, trois élèves plus âgés disputaient une partie dont les pièces rampaient sur un plateau d'ardoise. Les flammes éclairaient des visages curieux, quelques sourires et beaucoup de regards qui semblaient mesurer quelque chose.

Au manoir, Dracena connaissait les règles avant d'entrer dans une pièce. Ici, personne ne se leva pour les accueillir.

— Les premières années, avec moi. Je m'appelle Gemma Farley. Vous pouvez m'interroger sur les horaires, les salles, le règlement et les difficultés que vous rencontrez. Pour les disputes, essayez d'abord de vous comporter comme des êtres humains.

— Et si c'est impossible ? demanda Draco.

— Alors vous viendrez m'expliquer pourquoi.

Le sourire de Gemma ne laissait pas entendre qu'elle trouverait cela amusant.

Elle leur montra un panneau fixé entre deux fenêtres. On y voyait les horaires du lendemain, la liste des objets trouvés et une annonce concernant une écharpe qui mordait. Tandis qu'ils regardaient, une ligne apparut au bas du panneau : les premières années devaient se présenter à huit heures quarante dans le hall pour une visite d'orientation.

— Ce tableau reçoit les messages de l'administration. Les modifications sont inscrites en bleu pendant une heure. Vous êtes responsables de les lire.

Draco tira de sa poche un miroir de la taille d'une carte à jouer.

— Nous pouvons recevoir les avis dessus ?

— Seulement si votre appareil accepte le sceau scolaire. Il faut l'enregistrer samedi matin, avec l'autorisation de vos parents.

— Le mien a été fabriqué sur commande.

— Ce sera donc un appareil fabriqué sur commande à enregistrer samedi matin.

Un rire discret partit de derrière un fauteuil. Draco rangea son miroir.

Dracena observa le tableau. Elle aurait apprécié de savoir combien de temps les anciens messages demeuraient consultables, mais un garçon de troisième année les regardait déjà avec l'impatience de quelqu'un dont ils bouchaient la vue. Elle décida d'attendre.

Gemma leur expliqua les heures de fermeture de la salle commune, les sorties du week-end, les exercices d'évacuation. Une porte donnait sur le couloir des garçons ; une autre, sur celui des filles. Le passage qui les séparait menait aux salles d'eau et à une petite pièce de travail où les conversations étaient interdites après vingt et une heures.

— Si vous vous perdez, vous demandez à un préfet ou à un professeur. Pas à Peeves. Jamais à Peeves.

— C'est un élève ? demanda une petite fille brune.

— Non. C'est justement le problème.

Les élèves plus âgés rirent de nouveau, et Dracena éprouva pour la première fois le désagrément d'être de ceux qui ne comprenaient pas.

Le directeur de leur maison arriva alors.

Rogue ne fit aucune entrée spectaculaire. Il franchit la porte, et les conversations cessèrent les unes après les autres, comme des bougies que l'on aurait pincées entre deux doigts. Dracena se redressa sans y penser. Elle l'avait aperçu à plusieurs réceptions, toujours à l'écart, mais jamais il ne lui avait adressé plus de quelques paroles.

— Vous avez été répartis à Serpentard, dit-il. Cela ne constitue ni un diplôme ni une dispense de travail.

Son regard passa sur eux.

— Si vous comptez sur les résultats de vos parents pour réussir vos examens, vous apprendrez rapidement les limites de cette méthode.

Dracena sentit Draco se raidir à côté d'elle.

Rogue donna des instructions précises concernant les absences, les accidents et les demandes de rendez-vous. Il n'éleva jamais la voix. Le garçon qui avait voulu ouvrir la fenêtre examinait désormais ses chaussures avec concentration.

— Les incidents survenus dans cette maison ne doivent pas devenir le divertissement du reste du château. Cela ne signifie pas que vous devez les dissimuler à vos professeurs. Si vous ne saisissez pas la différence, demandez-la avant d'agir.

Dracena regarda sa manche. Une minuscule éclaboussure de sauce avait séché près du poignet. Elle replia discrètement le tissu.

Rogue venait de ressentir la même chose que dans la Grande Salle.

La sensation était là, sans image, sans pensée qui la précédât. Une contrariété profonde, physique presque, dont il ne pouvait isoler l'objet. La fillette n'avait rien fait. Elle se tenait parmi les autres nouveaux élèves, trop droite dans une robe encore neuve.

Il poursuivit ses explications avec la même régularité. Il n'accorda à Dracena ni un regard supplémentaire ni une seconde de silence.

Lorsqu'il quitta la pièce, les enfants avaient appris à qui s'adresser en cas de maladie, comment demander une permission et combien coûterait une sortie nocturne non autorisée. Aucun ne soupçonnait que leur directeur avait eu autre chose à penser.

Gemma les conduisit aux dortoirs.

Avant de suivre les filles, Dracena retint son frère par la manche.

— Ton fermoir est ouvert.

— Je sais.

Elle le referma. Draco regardait la porte par laquelle les garçons venaient de disparaître.

— Crabbe dit qu'on entend des bruits dans les murs.

— Crabbe entend des bruits quand il mâche.

— Ce n'est pas ce que je voulais dire.

Elle releva les yeux vers lui. Au manoir, leurs chambres se faisaient face. Depuis qu'ils savaient marcher, ils pouvaient se retrouver en traversant un couloir. Maintenant, une porte inconnue allait se fermer entre eux, dans un château sous lequel se trouvaient des choses que personne ne leur avait décrites.

— On se voit au petit déjeuner, dit-elle.

— Évidemment.

— Garde-moi une place.

Il hocha la tête, satisfait d'avoir une tâche.

Le dortoir des filles comportait cinq lits entourés de rideaux verts. Les malles avaient été déposées au pied des couvertures. Dracena reconnut la sienne à ses ferrures argentées et fut soulagée de retrouver un objet qui lui appartenait.

— Tu prends celui-là ? demanda Pansy Parkinson.

— Ma malle est devant.

— Oui, mais je préférerais être loin de la fenêtre.

Dracena se tourna vers la vitre. L'eau noire s'appuyait contre elle, étrangement silencieuse.

— Alors nous sommes deux.

Pansy lui adressa un sourire qui n'en était pas tout à fait un. Elles s'étaient déjà rencontrées. Leurs mères échangeaient des politesses ; les filles avaient partagé une fois une table de fête et le sentiment qu'il fallait en surveiller chaque parole.

— Je pensais que tu aimais les belles vues.

— J'aime surtout mes affaires à l'endroit où on les a posées.

Une autre fille, Daphne Greengrass, s'assit sans commentaire sur le lit voisin. Une enfant mince aux cheveux coupés au carré, qui s'appelait Tracey Davis, vérifiait que sa malle n'avait pas été ouverte. La dernière, Millicent Bulstrode, tira simplement les rideaux de son lit pour éprouver leur solidité.

Pansy choisit finalement le couchage près de la porte.

Dracena ouvrit sa malle. Une odeur de linge propre et de bois ciré en monta. Narcissa avait glissé une petite enveloppe entre les chemises. Dracena la reconnut à l'inclinaison de son prénom et la mit aussitôt dans sa poche, avant que quelqu'un puisse lui demander ce qu'elle contenait.

— Ta mère t'a écrit ? demanda Pansy.

— Elle sait écrire, oui.

Daphne baissa la tête pour dissimuler un sourire.

— La mienne a envoyé une lettre directement au directeur, poursuivit Pansy. À propos des chambres. Elle voulait vérifier certaines choses.

Tracey continuait de défaire sa sangle.

— Quelles choses ? demanda-t-elle.

Pansy haussa les épaules.

— Les habitudes des autres élèves. Les familles. On vit quand même ensemble.

La sangle de Tracey claqua contre le bois.

Dracena sentit venir la phrase suivante avant qu'elle fût prononcée. Elle était fatiguée. Ses pieds lui faisaient mal, un peigne s'était coincé dans le doublage de sa malle et elle n'avait pas envie de passer sa première soirée à entendre répéter les conversations les plus ennuyeuses de son père.

— Si l'une d'entre vous ronfle, dit-elle, je préférerais le savoir immédiatement. Voilà une habitude qui me concerne.

— Je parlais d'autre chose, répondit Pansy.

— J'avais compris.

Le silence dura quelques secondes.

— Je grince des dents, annonça Millicent derrière son rideau. Ma tante dit que c'est affreux.

Daphne éclata de rire. Même Tracey sourit.

La conversation passa aux horaires du lendemain.

Dracena attendit que les autres commencent à se coucher pour tirer ses propres rideaux. Elle alluma la petite lampe fixée à la tête du lit et ouvrit l'enveloppe.

Sa mère n'avait écrit que quelques lignes. Elle lui demandait de manger suffisamment, de ne pas oublier le ruban qui empêchait ses cheveux de tomber dans l'encre et de vérifier que Draco avait bien pris son écharpe. La dernière phrase occupait une ligne séparée : Tu n'as pas à répondre à tout le monde.

Dracena la relut, agacée d'être aussi bien connue.

Elle posa la lettre sous son oreiller. Autour d'elle, le dortoir bruissait de gestes inconnus. Quelqu'un faisait tomber une brosse. Une voix demandait où se trouvait l'interrupteur, et une autre répondait qu'il fallait souffler sur la lampe.

Dracena souffla.

Dans l'obscurité, les proportions de la chambre changèrent. Le lac n'était plus une curiosité de l'autre côté d'une vitre : il devenait une masse dont elle imaginait le poids, juste derrière sa tête. Elle se demanda si Draco dormait déjà.

Elle aurait voulu lui parler, mais son miroir de poche ne fonctionnerait pas ici avant son enregistrement. Au manoir, elle pouvait appeler la chambre d'en face sans même se lever. Ce soir, elle n'avait que le bruit de sa propre respiration.

Elle tourna l'oreiller du côté frais et attendit longtemps le sommeil.

Harry, lui, ouvrit les yeux persuadé d'être en retard.

Une lumière dorée traversait les rideaux de son lit. Il se redressa, chercha la porte de sa petite chambre et découvrit un garçon qui essayait d'enfiler une chaussette en sautillant.

— Tu as entendu ? demanda Ron.

— Quoi ?

— Seamus. Il parle dans son sommeil. Il a menacé de faire cuire un arbitre.

— C'était mon oncle, protesta une voix derrière un rideau. Et je ne dormais pas encore.

Harry se mit à rire avant même de se rappeler où il était.

Le dortoir donnait sur les collines. Il y avait une malle à son nom au pied du lit, une robe propre sur une chaise, et personne ne lui criait de préparer le petit déjeuner. Pendant un moment, il resta assis à savourer cette absence.

Puis Ron lui annonça qu'ils n'avaient que vingt minutes avant la fin du service.

Ils en passèrent douze à chercher l'escalier.

Le chemin parcouru la veille avait perdu toute logique. Une tapisserie qu'Harry croyait reconnaître représentait maintenant une chasse au sanglier, alors qu'il aurait juré y avoir vu une femme jouant de la harpe. Ron soutenait qu'ils avaient tourné à gauche après le portrait d'un homme chauve ; le château semblait posséder une collection complète d'hommes chauves.

— Demandez à quelqu'un, conseilla une dame peinte qui les regardait passer pour la troisième fois.

— On vous l'a demandé, répondit Ron.

— Et je vous ai dit que je ne sortais jamais de cette galerie. Quelle idée d'installer les cuisines si loin.

Ils trouvèrent enfin un groupe de Poufsouffle et le suivirent jusqu'à la Grande Salle.

Hermione était déjà attablée devant un emploi du temps couvert d'annotations.

— Vous avez manqué la distribution des plans, leur apprit-elle.

Ron se laissa tomber sur le banc.

— Dis-moi qu'ils ont distribué du pain aussi.

Harry attrapa une tartine. Au-dessus de lui, le plafond reflétait un ciel clair traversé de quelques nuages. Une chouette descendit entre deux chandeliers, laissa tomber un paquet dans les mains d'une élève et repartit avec un morceau de brioche.

À Serpentard, Draco avait gardé une place près de lui. Sa sœur venait de s'asseoir, les cheveux tressés sur une épaule. Elle posa une feuille devant son frère, lui montra quelque chose du doigt et repoussa son verre lorsqu'il faillit le renverser dessus.

Harry détourna les yeux.

Il n'avait aucune raison de gâcher son petit déjeuner en regardant les Malfoy.

— On est quel jour ? demanda-t-il.

— Mercredi, répondit Hermione. Le deux septembre. Les cours commencent cet après-midi, après l'orientation.

Ron gémit.

— Tu pensais avoir une semaine pour récupérer du train ?

— J'espérais au moins finir de manger.

Dans le hall, les nouveaux élèves furent répartis en petits groupes. Harry se retrouva avec Ron, Hermione, Neville et plusieurs Serpentard, parmi lesquels les deux personnes qu'il aurait le plus volontiers laissées sous le lac.

Leur guide, une préfète de Serdaigle, portait une liasse de cartes et une boîte contenant des anneaux de cuivre.

— Prenez chacun une carte. Elle ne montre que les parcours autorisés aux élèves. Elle ne vous suivra pas et ne vous dira pas où vous êtes : il faudra regarder autour de vous.

— Ce n'est pas un plan très pratique, murmura Dean Thomas.

— C'est un plan, répondit la préfète, pas une nourrice.

Elle conduisit le groupe vers une alcôve où reposait un pupitre. Un écran de verre, fixé dans un cadre de chêne, affichait le calendrier scolaire. À côté, un registre attendait sur un plateau de cuir.

— Voici un relais de correspondance. Vous pourrez écrire à vos responsables légaux, demander un rendez-vous et recevoir les avis de l'école. Le courrier personnel passe toujours par les hiboux. Pour les familles moldus, le secrétariat dispose d'un bureau extérieur qui transmet les messages ordinaires.

Hermione leva la main.

— Par courrier électronique ?

— Selon ce qu'elles ont choisi à l'inscription. Elles reçoivent une adresse et un numéro pour les urgences. Vous pouvez aussi réserver un appel le week-end.

Harry regarda le registre. Il imagina Vernon recevant un message de Poudlard sur son téléphone, entre une facture et une publicité pour des tondeuses. Cette pensée le réjouit brièvement.

— Donc Internet fonctionne ici ? demanda Dean.

— Non. Le bureau extérieur n'est pas dans le château. Ces relais utilisent des enchantements, pas une connexion au réseau moldu.

— Pourquoi on ne peut pas installer une antenne plus loin ? demanda Hermione.

— Peut-être que les professeurs ont mieux à faire que de te permettre de regarder des vidéos, dit Draco.

Hermione se retourna.

— J'essaie de comprendre le fonctionnement.

— Cela ne change pas beaucoup la qualité de la question, observa Dracena. Une antenne ne règle pas le problème d'un appareil qui cesse lui-même de fonctionner.

Elle avait parlé sans lever la voix. Harry sentit pourtant Hermione se raidir à côté de lui.

— Alors explique le problème de l'appareil.

— Les enchantements anciens interfèrent avec ses composants.

— Lesquels ? Et à partir de quelle intensité ?

Dracena ouvrit la bouche, puis s'arrêta.

La préfète intervint avant qu'elle eût trouvé une réponse.

— Voilà des questions à poser en atelier, quand vous aurez appris à distinguer une perturbation d'un sortilège dirigé. Ici, nous évitons surtout que vos batteries chauffent, que vos appareils cessent de répondre et que vous diffusiez des images d'autres élèves sans leur autorisation.

— On peut diffuser des images avec un miroir, dit Dracena.

— Oui. C'est pourquoi les mêmes règles s'appliquent aux miroirs. Vous trouverez la charte près du tableau de votre maison.

Harry eut la satisfaction de voir que Dracena n'avait pas eu le dernier mot.

La préfète distribua les anneaux de cuivre.

— Posez-en un sur le registre, donnez votre nom et attendez qu'il refroidisse. Il servira de sceau personnel sur les relais scolaires. Ne le prêtez pas. Si vous le perdez, vous venez nous voir.

Les élèves s'avancèrent à tour de rôle. Le registre inscrivait les noms sans plume. Quand Harry posa son anneau, une chaleur légère lui traversa les doigts et une ligne apparut dans un bleu pâle : Harry James Potter, Gryffondor, première année.

Derrière lui, quelqu'un chuchota.

Il retira trop vite la main. L'anneau tomba sur le plateau avec un bruit clair.

— Il faut attendre, dit Dracena.

— Je sais.

— Visiblement pas.

Harry ramassa le cuivre, brûlant encore.

La préfète lui demanda de recommencer. Des élèves de quatrième année s'étaient arrêtés à l'entrée de l'alcôve. L'un d'eux le regardait sans discrétion ; une fille se pencha vers son camarade pour lui souffler quelque chose.

Harry aurait voulu disparaître dans le mur.

— C'est lui ? demanda le garçon.

— Oui, répondit Harry avant que quelqu'un d'autre le fasse. C'est moi. Et j'essaie de remplir un formulaire.

La préfète renvoya les curieux vers leur salle de cours. Ron s'installa entre Harry et l'entrée. Pour la première fois depuis son arrivée, Harry comprit que Poudlard pouvait être un endroit où il n'était plus seul, sans être pour autant un endroit où on le laisserait tranquille.

Dracena attendit son tour derrière Hermione. Le registre venait d'afficher le nom de celle-ci lorsqu'elle lui demanda :

— Tu possèdes un de ces téléphones ?

— Oui.

— Et tu sais comment il fonctionne ?

Hermione tourna vers elle un visage méfiant.

— Pas entièrement. C'est justement pour ça que je pose des questions.

La réponse déplut à Dracena parce qu'elle était raisonnable.

— Mon père en a fait apporter un, dit-elle. La batterie ne chauffait pas. L'écran se figeait près de certaines portes.

— Donc ce n'est pas nécessairement la même chose partout.

— Je n'ai pas dit le contraire.

— Tu as dit « les enchantements anciens » comme si cela expliquait tout.

La préfète appela Dracena. Elle posa l'anneau un peu trop fermement sur le registre.

Le cuivre mit une éternité à refroidir.

Ils passèrent le reste de la matinée à découvrir des lieux que Harry était certain d'oublier avant le soir. La bibliothèque, dont les portes lui parurent assez hautes pour laisser entrer Hagrid ; l'infirmerie, où une femme à l'air énergique expliqua qu'un accident de potion ne devait jamais attendre la fin d'un cours ; les serres, visibles depuis une galerie ouverte sur le parc.

Au troisième étage, la préfète les fit traverser rapidement un palier.

Une chaîne barrait le couloir de droite. Au-dessus d'elle, des lettres rouges indiquaient une fermeture sur décision du directeur. Deux petits disques de cuivre étaient fixés dans la pierre, à hauteur d'épaule.

Neville se colla au mur opposé.

— Ce sont des alarmes ? demanda Hermione.

— Ce sont des limites à ne pas franchir, répondit la préfète. Le professeur Dumbledore vous en a parlé hier.

Draco se pencha pour regarder au-delà de la chaîne.

Dracena lui saisit le dos de la robe et le tira en arrière.

— Tu as entendu.

— Je regarde.

— Essaie de regarder en marchant.

Harry les dépassa. Un courant d'air froid venait du couloir condamné. Il sentait la pierre humide et quelque chose de plus lourd qu'il ne parvint pas à identifier.

— Des travaux, probablement, murmura Ron.

— Ils n'auraient pas besoin de tout ça pour des travaux, répondit Hermione.

Harry aurait voulu observer plus longtemps les disques de cuivre, mais leur guide les pressait déjà d'avancer.

L'après-midi, le professeur McGonagall transforma un bol de porcelaine en oiseau, le laissa faire deux fois le tour de la classe puis lui rendit sa forme initiale avant qu'il ne heurte une fenêtre. Harry oublia aussitôt les chaînes, les formulaires et les Malfoy.

Il y avait eu un oiseau. Un vrai, avec des plumes qui avaient déplacé l'air près de son visage.

Une heure plus tard, sa propre allumette n'avait toujours rien d'une aiguille.

— La précision du geste ne suffira pas si vous pensez à autre chose, rappela McGonagall.

Harry recommença. Il s'efforça d'imaginer le métal, le poids, la pointe, tout ce qu'on leur avait demandé de distinguer. L'allumette resta obstinément du bois.

À deux tables de là, Hermione poussa une petite exclamation. Une extrémité de la sienne brillait.

Ron examina son résultat avec découragement.

— La mienne a raccourci.

— Tu l'as cassée avec ta manche, dit Harry.

— C'est déjà une transformation.

McGonagall leur lança un regard. Ils se remirent au travail.

Le soir, Harry avait les doigts tachés, une page de devoirs et la conviction étrange d'avoir passé une bonne journée. Il n'avait réussi presque aucun exercice, s'était trompé de galerie trois fois et avait découvert que certains élèves souhaitaient lui serrer la main sans même se présenter.

Pourtant, lorsqu'il ouvrit son manuel dans la salle commune, personne ne lui demanda de l'éteindre, de le ranger ou de se rendre utile ailleurs.

Ron s'assit près de lui avec une assiette récupérée au dîner.

— Tu veux la dernière ?

Il tendait une petite tarte aux pommes, un peu écrasée par le transport.

Harry la partagea en deux.

Très loin sous leurs pieds, Dracena trempait sa plume dans l'encre. Elle avait commencé une lettre à sa mère. Elle y avait écrit que la Répartition s'était bien passée, que Draco mangeait trop vite et que les fenêtres donnaient sur le lac.

Puis elle s'était arrêtée.

Elle ne voulait pas raconter qu'elle avait eu peur dans le noir. Elle ne voulait pas non plus demander le nom des composants d'un téléphone : son père pouvait lire la lettre, et elle refusait qu'il sache qu'une fille rencontrée le matin même l'avait mise en difficulté.

Elle traça finalement une phrase à propos des cours.

À côté d'elle, Draco cherchait dans son sac un rouleau de parchemin qui dépassait de sa poche. Elle le regarda faire pendant quelques secondes, puis le lui tendit sans commentaire.

— Merci, dit-il.

De l'autre côté de la vitre, une grande ombre passa devant la lumière.

Dracena serra les doigts sur sa plume. Draco ne l'avait pas vue. Elle hésita, puis rapprocha légèrement sa chaise de la sienne.

Le parchemin resta vide sous la dernière phrase.





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