Harry Potter et l'Autre Malfoy — Tome I

Chapitre 8 : CHAPITRE 7 — CE QUI BRÛLE EN SILENCE

Par NekoGeek

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Le vendredi matin, Harry réussit à descendre jusqu'à la Grande Salle sans demander son chemin.

Ron considéra cet exploit comme la preuve qu'ils s'habituaient au château. Hermione leur fit remarquer qu'ils avaient simplement suivi Percy jusqu'au deuxième étage. Ils décidèrent de ne pas tenir compte de cette objection.

Harry avait faim. Il avait surtout dormi sans rêver de Privet Drive, et cette petite victoire lui donnait le sentiment que la journée ne pouvait pas être entièrement mauvaise.

Puis il consulta son emploi du temps.

— Deux heures de potions.

Ron posa sa tartine.

— Avec les Serpentard.

À l'autre table, Draco parlait à Crabbe en montrant un petit objet argenté. Sa sœur lisait un manuel dont elle avait protégé les pages avec deux serviettes pour ne pas y déposer de miettes.

— Elle révise même en mangeant, dit Ron.

Hermione leva les yeux de son propre livre.

— Et alors ?

— Rien. Je décrivais le paysage.

Un battement d'ailes leur évita de poursuivre la discussion. Hedwige descendit vers Harry, passa si près de Ron qu'il dut protéger son verre et déposa un billet sur la table. Harry reconnut immédiatement l'écriture maladroite de Hagrid.

Il les invitait à prendre le thé après les cours. Il avait écrit « si ton ami veut venir » en bas du papier, puis ajouté une flèche parce qu'il ne restait plus de place.

— Il se souvient de moi ? demanda Ron.

— Tu es difficile à confondre.

Harry écrivit qu'ils viendraient à quinze heures. Hedwige lui pinça doucement le doigt avant de repartir.

Il suivit sa silhouette jusqu'aux fenêtres, puis glissa le billet dans sa poche. Quelqu'un l'avait invité à raconter sa semaine. C'était une raison suffisante pour supporter deux heures dans un cachot.

Dracena avait commencé la journée par une tache d'encre sur sa manche.

Elle l'avait faite en essayant d'écrire à son frère, qui se trouvait à trois mètres d'elle, qu'il devait cesser de montrer son miroir à tout le monde avant son enregistrement. Il avait répondu qu'elle était jalouse. Elle avait appuyé sur la plume et la plume avait cédé.

À présent, elle tentait de masquer la tache sous le revers de sa robe.

— Tu aurais dû prendre des manches de rechange, lui dit Draco.

— Tu aurais dû naître muet.

— Mère dit que tu es plus agréable après le petit déjeuner.

Elle referma son livre et se leva.

Le chemin jusqu'à la salle de potions était assez court pour qu'ils arrivent les premiers. Dracena choisit une table d'où elle pouvait voir le tableau sans avoir à regarder par-dessus une tête. Les étagères du fond étaient remplies de bocaux. Dans l'un d'eux, un organe grisâtre se contractait de temps à autre, bien qu'aucun corps ne lui fût attaché.

Elle se força à ne pas le fixer.

— Père dit que Rogue est le meilleur, murmura Draco.

— Alors écoute-le.

— Il l'a connu avant notre naissance.

— Beaucoup de personnes existaient avant notre naissance, Draco.

Elle ne parvint pas à retenir un bref regard vers le bocal.

Les Gryffondor entrèrent en groupe. Potter et Weasley s'installèrent derrière Londubat et Finnigan. Granger choisit la première rangée avec une expression qui donnait l'impression qu'elle attendait la remise d'une médaille.

Dracena sortit sa balance.

C'était un bel objet, précis, muni de poids protégés dans une boîte capitonnée. Elle avait appris à l'utiliser au manoir avec une préceptrice qui lui faisait peser du sel, du riz et des poudres inoffensives. Aujourd'hui, pour la première fois, ce qu'elle mesurerait pourrait servir à autre chose qu'à prouver qu'elle savait compter.

Elle en éprouva une joie si vive qu'elle en oublia Potter.

Rogue entra et ferma la porte.

Le bruit du verrou fit taire jusqu'au dernier raclement de chaise.

Il posa un registre sur son bureau, appela les noms et attendit chaque réponse sans commentaire. Lorsqu'il prononça celui de Harry, sa plume resta une seconde au-dessus de la page.

— Présent, monsieur, dit Harry.

Rogue leva les yeux.

— Nous l'avions remarqué.

Draco eut un petit rire. Harry fixa le bord de sa table.

Le professeur acheva l'appel, puis saisit un flacon transparent. Il le posa sur un carré de tissu blanc, à côté d'un second flacon apparemment identique.

— L'un de ces liquides réduit une inflammation. L'autre peut en provoquer une qui vous empêchera de tenir votre baguette pendant plusieurs semaines. Leur couleur ne vous permettra pas de les distinguer.

Il laissa le silence s'installer.

— Vous apprendrez ici à ne pas confondre ce que vous croyez voir avec ce que vous avez réellement préparé. Les approximations coûtent plus cher que des points.

Harry regarda les deux flacons. Il était certain qu'une nuance les différenciait, mais chaque fois qu'il se décidait pour l'un, la lumière semblait changer.

— Potter. Que faites-vous avant de travailler avec un ingrédient que vous ne connaissez pas ?

La question paraissait si simple qu'Harry craignit un piège.

— Je lis son nom, monsieur.

— Et s'il est mal étiqueté ?

Harry hésita.

— Je demande au professeur.

— Une excellente solution pour ne jamais acquérir de connaissances personnelles.

Hermione leva la main. Rogue ne la regarda pas.

— Les ouvrages demandés pendant l'été contiennent des descriptions. Vous en avez peut-être remarqué la présence entre les couvertures. Comment reconnaissez-vous une racine impropre à l'usage ?

Harry avait effectivement lu une partie de ses manuels. Il se souvenait de dessins, de précautions contre certaines plantes, d'un chapitre sur la moisissure. Tout cela se mélangea au moment où il voulut répondre.

— Elle peut avoir changé de couleur.

— Peut ?

— Ça dépend de la racine.

— Voilà qui nous avance.

Le rire de Draco fut plus net cette fois.

Harry sentit une chaleur monter dans son cou. Il ne savait pas quelle réponse Rogue attendait, et quelque chose dans le visage du professeur lui faisait croire qu'aucune ne conviendrait.

— Si vous me dites laquelle, je pourrai chercher, dit-il.

— Vous chercherez après le cours. Pour l'instant, vous écouterez.

Il se détourna. Hermione avait toujours la main levée.

— Baissez le bras, miss Granger. Je n'ai pas demandé qu'on m'aide à conduire cette leçon.

Harry regarda Ron. Son ami avait serré les lèvres.

Sur le tableau apparut la liste des ingrédients d'un remède contre les furoncles. Rogue expliqua l'ordre des opérations, les changements de température et les règles à respecter pour refroidir le chaudron. Il souligna deux fois la dernière étape. Harry la copia soigneusement.

Ils travailleraient par deux.

À peine la préparation commencée, la salle se remplit de bruits minuscules : raclements des couteaux, tintements de verre, poudre écrasée dans les mortiers. Une odeur d'herbes sèches se mêla bientôt à celle, plus désagréable, des limaces cornues.

Harry et Ron partagèrent les tâches. Ron connaissait les noms de plusieurs ustensiles ; Harry lisait chaque ligne à haute voix avant qu'ils ne touchent aux ingrédients.

— Il faut les broyer plus finement, dit-il.

Ron contempla le mortier.

— Ce sont des crochets de serpent. Ils avaient prévu de rester solides.

Harry prit le pilon à son tour.

Devant eux, Neville avait aligné toutes ses doses dans l'ordre où il comptait les utiliser. Cette organisation lui donnait l'air un peu moins inquiet. Seamus surveillait la flamme avec une attention presque agressive.

À l'autre rangée, Draco se penchait sur leur chaudron pendant que Dracena vérifiait une masse.

— Elle est correcte, dit-il.

— Le plateau n'est pas arrêté.

— Il ne va pas descendre davantage.

— Alors attends qu'il cesse de bouger et tu auras raison.

Rogue passa derrière eux. Dracena sentit sa présence avant de le voir, et sa main se figea sur la petite cuillère.

— Le poids de la coupelle, miss Malfoy.

Elle baissa les yeux.

Elle l'avait oublié.

La dose qu'elle venait de mesurer paraissait parfaite parce que la balance avait également pesé le récipient. Son estomac se contracta. Elle entendit Draco retenir une remarque et le détesta brièvement pour l'effort même qu'il faisait.

— Je recommence, monsieur.

— Cela paraît préférable.

Rogue poursuivit son inspection. Il n'avait ni souri ni modifié le ton de sa voix. Dracena remit la poudre dans son sachet avec une lenteur excessive.

Elle savait utiliser une balance. Elle le savait réellement. C'était justement pour cela que l'erreur était insupportable.

Draco attendit quelques secondes.

— Je peux préparer la suite.

Elle allait lui répondre qu'elle n'avait pas besoin d'aide. Puis elle regarda les flammes sous le chaudron.

— Oui. Mais lis la température.

Il s'exécuta sans triompher.

De l'autre côté de la salle, Harry s'efforçait de garder ses yeux sur sa propre préparation. Il avait entendu la correction de Rogue et ressenti un instant de satisfaction. Dracena pouvait donc se tromper. Cette découverte le rendait moins seul, bien qu'il n'eût aucune envie de lui accorder la moindre ressemblance avec lui.

Leur potion prit une teinte qui paraissait proche de celle du tableau.

— Ça marche, murmura Ron.

Harry se pencha pour vérifier.

— Il faut encore attendre.

Un tabouret grinça devant eux.

Neville cherchait un espace libre pour poser sa cuillère. Une de ses coupelles glissa, Seamus la rattrapa, et le plateau qu'ils avaient soigneusement organisé pivota d'un quart de tour.

Harry ne vit pas ce qui suivit. Ron venait de lui demander de contrôler la flamme.

Le sifflement les fit sursauter tous les deux.

Il y eut une odeur âcre, un cri, puis le bruit horrible d'un métal qui se pliait. Le fond du chaudron de Neville s'affaissa. Une vapeur verte jaillit au-dessus de la table et du liquide se répandit sur la pierre.

Harry recula si vite qu'il heurta Ron.

— Ne bougez plus !

La voix de Rogue coupa les cris.

Une barrière translucide enferma la flaque avant qu'elle n'atteigne les autres tables. Le professeur écarta Seamus, fit disparaître la vapeur et saisit le poignet de Neville avec une précision brutale. Des plaques rouges gonflaient déjà sur la peau du garçon.

Neville pleurait sans bruit.

— Où sont les piquants ? demanda Rogue.

Il n'attendit pas la réponse. La coupelle vide était devant lui.

— Dans le chaudron. Avant le refroidissement.

— J'ai cru que…

— Vous avez cru.

Harry sentit ses propres doigts se crisper. Neville regardait son bras comme s'il avait cessé de lui appartenir.

Rogue appliqua un linge imbibé sur les parties atteintes, puis fit signe à Seamus.

— Vous l'accompagnez à l'infirmerie. Maintenant. Vous dites exactement ce qui s'est passé et vous ne lui faites rien boire.

Seamus passa le bras valide de Neville autour de ses épaules. La porte se referma derrière eux.

Une élève reniflait à l'autre bout de la salle. Personne ne regardait plus les bocaux.

Rogue se tourna vers Harry.

— Vous étiez juste derrière lui.

— Oui, monsieur.

— Et vous n'avez rien remarqué ?

— Je surveillais notre chaudron.

— Vous aviez pourtant trouvé le temps d'observer la table des Malfoy.

Harry ouvrit la bouche, stupéfait.

— Je n'ai pas vu ce qu'il mettait…

— Deux points de moins pour Gryffondor. Vous apprendrez à faire la différence entre regarder autour de vous et vous réjouir des erreurs des autres.

Ron posa brusquement une main sur le bord de leur table.

Harry sentit quelque chose céder en lui. Ce n'était plus seulement l'humiliation des questions. Rogue lui attribuait une intention qu'il n'avait pas eue, et il n'existait aucun moyen de répondre sans paraître encore plus coupable.

— Mais je…

Ron lui pressa le pied.

Rogue attendit. Harry détourna les yeux le premier.

À la table des Malfoy, Dracena tenait sa cuillère si fort que le manche lui marquait la paume. Elle avait vu Potter regarder lorsqu'elle avait commis son erreur. Elle n'avait pas aimé cela. Mais elle avait également vu que personne, dans la rangée, ne surveillait les ingrédients de Londubat.

— Il n'avait qu'à faire attention, murmura Draco.

Elle ne répondit pas.

Le professeur passait entre les tables. Elle aurait pu lever la main, dire qu'ils avaient tous regardé leurs chaudrons au même moment. Elle imagina Rogue s'arrêtant devant elle, les autres attendant qu'elle prenne la défense de Potter, Draco racontant la scène à leur père.

Elle baissa les yeux sur sa potion.

— Il faut retirer le feu, dit-elle.

Draco obéit.

Rogue arriva près d'eux. Le malaise revint, inchangé, sans la moindre raison qu'il pût nommer. Il examina la surface de leur préparation, demanda à Draco de prélever l'échantillon et nota quelque chose sur sa feuille. Sa main resta parfaitement stable.

Dracena chercha dans son visage le verdict sur leur travail. Elle n'y trouva rien d'autre que l'attention froide qu'il accordait aux autres chaudrons.

— Acceptable, dit-il.

Elle éprouva un soulagement qui la mit aussitôt en colère contre elle-même.

Harry sortit de la salle avec l'impression que l'air du couloir était trop chaud.

— Il n'avait pas le droit, dit Ron. Neville aurait pu se trouver à l'autre bout de la classe, il aurait trouvé une raison de te punir quand même.

— Il est professeur.

— Ça ne lui donne pas raison.

Hermione marchait près d'eux. Elle serrait son livre contre sa poitrine.

— Vous devriez noter les consignes de sécurité sur une feuille séparée, dit-elle. C'est plus facile à consulter quand…

— Tu crois qu'on lui a demandé de renverser son chaudron ? coupa Ron.

Elle s'arrêta.

— Ce n'est pas ce que j'ai dit.

— Alors ne fais pas comme si on n'avait pas écouté.

Harry aurait pu intervenir. Il savait qu'Hermione essayait probablement d'aider. Mais il était trop en colère pour supporter une nouvelle explication, même raisonnable, même venant de quelqu'un qui n'avait pas ri.

Il continua de marcher avec Ron.

Derrière eux, les Serpentard sortaient à leur tour. Draco commentait les couleurs des potions comme s'il avait personnellement inventé la recette.

— La nôtre était correcte, disait-il. Vous avez vu celle de Weasley ? On aurait dit…

— La nôtre aurait été trop diluée si nous n'avions pas recommencé, répondit Dracena.

— À cause de ta balance.

— De ma mesure. La balance fonctionnait très bien.

Harry se retourna.

— Tu peux aussi lui dire que nous n'avons rien fait à Neville.

Dracena s'immobilisa.

— À qui ?

— À ton professeur. Puisque vous avez le droit de parler, vous.

Le visage de Dracena se ferma.

— Ce n'est pas mon professeur particulier, Potter.

— Vous avez pourtant l'air de bien vous entendre.

— Tu voudrais que je retourne lui expliquer comment noter sa classe ?

— Tu pourrais au moins reconnaître qu'il a été injuste.

Draco se plaça à côté de sa sœur.

— Il a surtout remarqué que tu ne savais rien.

Ron fit un pas en avant. Harry le retint par la manche, sans quitter Dracena des yeux.

Elle avait vu. Il en était certain. Elle avait vu ce qui s'était passé, et elle préférait le regarder se débattre.

— Je n'ai pas choisi ta punition, dit-elle.

— Non. Tu as juste trouvé ça très pratique.

Il repartit avant qu'elle répondît.

Dracena resta quelques secondes dans le couloir. Ce qu'il venait de dire la blessait moins parce que c'était faux que parce que cela touchait une pensée qu'elle n'avait pas souhaité examiner.

Elle n'était pas responsable de Potter. Elle ne lui devait rien.

Elle répéta ces deux phrases intérieurement tandis que Draco l'entraînait vers la salle commune. Elles n'effacèrent pas complètement le souvenir des mains de Londubat.

Le thé chez Hagrid commença par une attaque de chien.

Crockdur jaillit de la maison, posa ses deux pattes sur la poitrine de Ron et entreprit de lui laver le visage avec une ardeur qui rendit toute présentation inutile. Hagrid dut le saisir par le collier.

— Il est content de voir du monde.

— J'avais remarqué, dit Ron en essuyant son oreille.

Harry entra en riant. Il avait besoin de ce rire. La maison sentait le bois brûlé, le thé et une préparation qui cuisait dans un grand récipient près du feu. Des bottes séchaient sous une chaise. Un manteau occupait presque un mur entier.

Hagrid avait dégagé une partie de la table pour eux. À côté de trois tasses, il avait disposé des gâteaux dont la surface paraissait assez solide pour servir de matériau de construction.

— Alors, cette première semaine ?

Ron regarda Harry.

— Longue, dit celui-ci.

Hagrid attendit. Il ne remplissait pas chaque silence, et Harry lui en fut reconnaissant.

Ils parlèrent des escaliers, des cours et de Peeves, qui avait versé de l'eau dans le sac d'un préfet en affirmant qu'il arrosait ses devoirs. Ron raconta le cours de métamorphose. Harry décrivit l'oiseau sorti du bol.

Puis Hagrid demanda ce qu'ils avaient fait le matin.

Le récit de la leçon de potions sortit d'un seul coup. Harry s'efforça d'être exact. Il expliqua les questions, la préparation de Neville, les points retirés. Ron ajouta les rires de Malfoy.

Hagrid fronça les sourcils.

— Neville va bien ?

— On l'a vu à midi, répondit Harry. Il avait encore une sorte de crème sur le bras. Il disait que ça ne faisait presque plus mal.

— Madame Pomfresh connaît son affaire.

— Ce n'est pas ça, dit Harry. Rogue me déteste.

Hagrid se pencha pour remettre du bois dans le feu.

— Il est dur avec beaucoup d'élèves.

— Il ne pose pas les questions de la même façon aux autres.

Le bois craqua. Crockdur posa son museau sur le genou de Ron.

— Certains professeurs sont difficiles à comprendre, finit par dire Hagrid. Ça veut pas dire que tu dois renoncer à apprendre ce qu'ils enseignent.

Harry regarda sa tasse. Ce n'était pas une réponse.

— Il connaissait mes parents ?

Hagrid resta un instant immobile.

— Il était à l'école à leur époque.

— Et il les aimait bien ?

— Harry…

— Vous voyez. Vous ne voulez pas me le dire.

Hagrid s'assit enfin. La chaise protesta sous son poids.

— Je veux pas te raconter à moitié des histoires qui concernent d'autres gens. Tes parents avaient des amis. Ils avaient aussi des gens avec qui ils s'entendaient pas. Comme tout le monde. Mais tu n'as pas à porter leurs disputes à onze ans.

Harry releva les yeux.

— Alors pourquoi j'ai l'impression que c'est ce qui se passe ?

Hagrid n'eut pas de réponse immédiate. Cela, au moins, paraissait honnête.

Ron brisa un morceau de gâteau. Le bruit fut si net que tous les trois baissèrent les yeux sur l'assiette.

— Très bon, dit-il prudemment.

Hagrid se détendit.

— Je les ai peut-être laissés un peu longtemps.

— Ils se conservent sûrement bien, répondit Ron.

La conversation passa à Charlie Weasley. Hagrid voulut savoir dans quelle réserve de dragons il travaillait, s'il avait écrit récemment et si les bêtes supportaient bien les changements de saison. Ron en savait moins qu'il ne l'aurait souhaité, mais Hagrid semblait heureux de chaque détail.

Harry promena son regard sur la pièce.

Un petit miroir était suspendu près de la porte, couvert d'un torchon. Il demanda à quoi il servait.

— Aux messages de service. Quand y a un animal échappé, une barrière à vérifier, ce genre de choses.

— Pourquoi vous l'avez couvert ?

— Parce que le garde-chasse d'Ilvermorny oublie le décalage horaire.

Harry sourit. Son regard descendit vers une pile de papiers près de la théière. Une photographie animée occupait le haut d'une page : des portes massives, des silhouettes en uniforme, un gobelin qui tendait la main devant l'objectif.

Il reconnut Gringotts.

— Il s'est passé quelque chose à la banque ?

Hagrid cessa de verser le thé.

Ron se pencha.

— Ah oui. Papa en a parlé cet été. Quelqu'un a essayé d'entrer dans un coffre.

Harry tira légèrement la page. C'était une édition de la Gazette datée du 5 août. L'article concernait une intrusion survenue le 3. Les responsables de la banque assuraient qu'aucun bien n'avait été dérobé. Le coffre visé avait été vidé quelques heures auparavant, dans le cadre d'un retrait autorisé.

— Le trois août, dit Harry.

Hagrid posa la théière.

— C'est ce qu'ils écrivent.

— C'est le jour où nous y sommes allés.

Il revit les rails, le froid et la main de Hagrid refermée sur le petit paquet retiré du coffre secondaire. Il avait presque oublié cet objet, noyé parmi les découvertes de sa première journée. Une mission pour l'école, avait dit Hagrid. Rien qu'il eût besoin de comprendre.

Le souvenir reprit soudain des contours précis.

— C'était ce coffre-là ?

Ron tourna la tête vers lui.

Hagrid replia le journal.

— Les gobelins ne communiquent pas les numéros.

— Mais vous le savez.

— Je sais que personne n'a été blessé. Et que certaines choses ne se discutent pas autour d'une tasse de thé.

Le ton n'était pas sévère. C'était pourtant une porte qui se fermait.

Harry retira la main.

Il connaissait les adultes qui refusaient de lui expliquer des choses. Chez les Dursley, cela signifiait généralement qu'on voulait l'empêcher de poser d'autres questions. Ici, Hagrid paraissait inquiet pour une tout autre raison, et cette différence rendait le silence plus intéressant encore.

— Vous avez laissé le paquet à Poudlard ? demanda-t-il.

Hagrid soupira.

— Je t'ai accompagné faire tes courses, Harry. Pour le reste, le professeur Dumbledore m'avait confié un travail. Et je l'ai fait. C'est tout ce que je peux te dire.

Ron regarda la fenêtre, comme s'il venait d'y découvrir quelque chose de passionnant.

Harry hocha la tête. Il ne voulait pas gâcher cette visite. Il ne voulait surtout pas ressembler à quelqu'un qui venait boire le thé pour fouiller les affaires de son hôte.

Ils restèrent encore un moment. Hagrid leur montra une cage vide destinée à un animal blessé et leur demanda de prévenir immédiatement un adulte s'ils apercevaient une créature inhabituelle près des serres. Il leur donna deux gâteaux supplémentaires au moment du départ.

Dans le parc, Ron attendit que la maison soit assez loin.

— Quel paquet ?

Harry lui raconta le coffre, le papier brun et la lettre de Dumbledore.

Le vent soulevait l'herbe le long du sentier. Au-dessus d'eux, les fenêtres du château reflétaient le soleil de l'après-midi.

— Quelqu'un a voulu prendre ce qu'Hagrid venait de retirer, conclut Ron.

— Peut-être.

— Tu crois qu'ils savaient qu'il le retirait ?

Harry n'y avait pas pensé. Il s'arrêta.

— Ou qu'ils ne le savaient pas assez tôt.

Ils reprirent leur marche, plus lentement.

Le château leur parut immense. Harry chercha du regard le troisième étage, mais il était incapable de reconnaître, depuis le parc, la fenêtre du couloir interdit.

Il ne possédait qu'une date, un souvenir et une question qu'Hagrid avait refusé de laisser ouverte. Ce n'était pas assez pour comprendre quoi que ce soit.

C'était assez pour ne plus réussir à penser à autre chose.

Ce soir-là, Dracena trouva Draco dans la pièce de travail, occupé à écrire à leur père.

Il posa immédiatement la main sur son parchemin.

— Quoi ?

— Rien. Je cherche mon manuel.

Il était sous le coude de son frère. Elle le récupéra et aperçut malgré elle quelques mots : Potter, incapable, professeur Rogue.

— Tu racontes le cours ?

— Père aime savoir comment ça se passe.

— Tu lui as dit que Londubat avait été blessé ?

Draco haussa les épaules.

— Il va bien.

Dracena resta debout près de la table.

— Ce n'est pas la même chose.

— Tu vas encore me dire que je suis méchant ?

— Je vais te dire que raconter seulement ce qui t'arrange finit par te faire croire que rien d'autre n'est arrivé.

Il la regarda, vexé.

— Tu aurais préféré que Rogue te retire les points ?

— Non.

La réponse était sortie trop vite.

Draco replongea dans sa lettre, satisfait. Dracena prit son livre et partit s'asseoir près de la fenêtre.

Elle avait voulu que Potter cesse de la regarder comme s'il attendait quelque chose d'elle. Elle aurait voulu aussi que Rogue ne lui donne pas l'occasion de se sentir lâche. C'était une pensée déplaisante, et elle la repoussa en ouvrant le chapitre suivant.

Au bout de quelques lignes, elle s'aperçut qu'elle tenait son manuel à l'envers.

Elle le retourna avant que quelqu'un le voie.

 




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