Harry Potter et l'Autre Malfoy — Tome I

Chapitre 9 : CHAPITRE 8 — UNE PLACE ENTRE LES LIGNES

4044 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 21/10/2026 12:31

Le samedi, Dracena découvrit qu'un objet coûteux pouvait être parfaitement inutile.

Son miroir reposait sur le bureau du professeur Flitwick, entouré de trois appareils plus modestes et d'un réveil que quelqu'un avait apporté sans comprendre la consigne. Une fine bordure d'argent courait autour du verre. Au dos, les initiales D. M. avaient été gravées sous les armoiries familiales.

Flitwick posa sa baguette contre le fermoir. Un petit éclair blanc parcourut le cadre, puis s'éteignit.

— Non, dit-il.

Dracena attendit la suite.

— Le sceau familial refuse l'enregistrement scolaire. Il faudra l'autorisation de l'artisan qui a réalisé la liaison, ou celle du détenteur du sceau principal.

— Mon père, précisa-t-elle.

— Sans doute.

Draco avança le sien.

— Et celui-ci ?

Le professeur répéta le geste. Même éclair, même silence.

— Ils sont appariés au même réseau. C'est une protection assez remarquable, mais elle n'a pas été conçue pour accueillir d'autres administrations.

Draco se redressa, rassuré par le mot « remarquable ».

— Alors nous pouvons les garder tels quels.

— Vous pouvez les conserver dans vos malles. Vous utiliserez les relais de l'école tant que leur usage ici n'aura pas été autorisé.

Dracena regarda la file derrière eux. Un garçon attendait avec une plaque de verre montée dans un cadre de bois rayé. Il avait reçu son autorisation en moins d'une minute.

— Peut-on autoriser seulement la liaison entre nous deux ? demanda-t-elle.

Flitwick releva la tête.

— Pourquoi ?

Elle sentit Draco l'observer.

— Nous sommes dans des dortoirs séparés.

— Oui, dit le professeur avec douceur. C'est le cas de beaucoup de frères et sœurs.

Elle regretta aussitôt sa question.

Flitwick lui rendit l'appareil sans commentaire supplémentaire, mais elle eut l'impression qu'il avait compris quelque chose qu'elle aurait préféré cacher.

Dans le couloir, Draco s'adossa à la fenêtre.

— Je vais écrire à père. Il réglera ça.

Dracena tourna son miroir entre ses doigts.

— Il aurait pu le régler avant notre départ.

— Il ne pouvait pas savoir.

— Il connaissait l'école avant nous.

— Pourquoi tu veux toujours que quelqu'un ait tort ?

Elle ouvrit la bouche, puis la referma.

Il n'avait pas entièrement tort lui-même, ce qui était agaçant.

— Viens, dit-il. Crabbe et Goyle vont voir le terrain de Quidditch.

— J'ai besoin d'un livre.

— Nous avons une malle de livres.

— D'un autre.

Draco la regarda comme si elle venait d'annoncer qu'elle avait besoin d'un deuxième foie.

Ils se séparèrent au pied de l'escalier. Dracena rangea le miroir au fond de son sac, sous son manuel de sortilèges, et prit la direction de la bibliothèque.

Hermione y était arrivée avant l'ouverture.

Elle avait attendu devant les portes, son carnet sur les genoux, en faisant semblant de relire ses notes. Deux élèves de cinquième année lui avaient demandé si elle dormait là. Elle avait répondu non avant de comprendre qu'il s'agissait d'une plaisanterie.

La bibliothèque lui plaisait parce qu'elle obéissait à des règles qu'elle pouvait apprendre.

Les noms se suivaient dans les catalogues. Les références désignaient des rayonnages. Quand un ouvrage était absent, une fiche indiquait qui l'avait emprunté et jusqu'à quand. Il existait des exceptions, bien sûr, des armoires fermées et des livres qui refusaient d'être ouverts avant midi, mais même ces étrangetés avaient une explication quelque part.

Les autres enfants étaient beaucoup plus difficiles à comprendre.

Hermione avait cru qu'aider Ron et Harry leur ferait plaisir. Elle avait cru aussi que les avertir d'une erreur était une forme d'attention. Depuis vendredi, Ron tournait la tête lorsqu'elle approchait, et Harry avait l'air de ne pas la voir.

Elle n'avait pas l'habitude de se sentir stupide sans savoir quelle réponse corriger.

Madame Pince lui permit enfin d'entrer.

— Les tables près des fenêtres sont réservées aux consultations silencieuses. Si vous avez une question, vous venez me trouver. Vous ne criez pas d'un rayon à l'autre.

Hermione promit qu'elle ne crierait pas.

Elle cherchait un ouvrage sur la manière dont les enchantements modifiaient leur environnement. Sa montre s'était arrêtée pendant la nuit, puis remise à l'heure lorsqu'elle l'avait posée sur le rebord intérieur d'une fenêtre. Elle avait noté l'endroit, l'heure et la distance approximative par rapport à la pierre. Elle aurait voulu recommencer l'expérience sans endommager l'appareil que ses parents lui avaient offert.

Après vingt minutes de recherche, elle trouva une référence qui semblait convenir : Introduction aux perturbations magiques, édition révisée.

Le livre reposait dans une armoire basse. Hermione le prit à deux mains et le porta jusqu'à une table.

Elle venait de s'asseoir lorsque Dracena Malfoy apparut de l'autre côté.

— Tu as pris le traité de Fenwick.

Hermione regarda la couverture.

— Il est signé Fenwick et Bell.

— Oui. C'est celui que je cherche.

— Je viens de le prendre.

Dracena attendit. Hermione attendit aussi.

Une page se tourna à une table voisine, beaucoup trop bruyamment.

— J'en ai besoin pour vérifier quelque chose, dit Dracena.

— Moi également.

— Cela ne devrait pas me prendre longtemps.

Hermione posa sa main sur la couverture.

— Tu pourras le consulter quand j'aurai terminé.

Dracena sentit la colère lui monter au visage. Elle n'avait pas l'habitude de se heurter à une réponse aussi simple. Chez elle, un livre qu'elle demandait finissait généralement par apparaître devant elle ; elle n'avait jamais pris le temps d'examiner qui avait dû s'en passer.

— Très bien, dit-elle.

Elle alla chercher une chaise, la tira en face d'Hermione et s'assit.

— Je vais attendre.

Hermione ouvrit le livre avec un soin exagéré.

Pendant plusieurs minutes, elles ne prononcèrent pas un mot.

Dracena observa la montre arrêtée, le carnet rempli d'une écriture serrée et les petits traits qu'Hermione ajoutait dans la marge de ses notes. Tout était ordonné, mais d'une manière différente de la sienne : beaucoup de flèches, de questions, de références croisées. Elle-même aurait réécrit une page aussi encombrée.

Hermione s'arrêta au milieu d'un paragraphe, revint deux lignes en arrière et fronça les sourcils.

Dracena connaissait cette expression. C'était celle qu'elle avait eue devant la notice de son miroir.

— Il distingue les interférences actives et passives, dit-elle finalement.

Hermione leva les yeux.

— Je sais lire.

— Je vois que tu t'arrêtes.

— Parce qu'il emploie « charge » dans deux sens différents.

Dracena se pencha malgré elle.

— Où ?

Hermione hésita, puis tourna légèrement le livre.

Le passage employait effectivement le même mot pour désigner la durée d'un enchantement résiduel et la quantité d'énergie qu'un appareil pouvait conserver. Une note de bas de page précisait que la terminologie avait évolué depuis la première édition.

— C'est mal rédigé, conclut Dracena.

— C'est ce que j'essayais de vérifier.

Elles se regardèrent sans satisfaction.

Dracena sortit son miroir.

— Le mien refuse le sceau de l'école. Je cherche si cela vient de la protection ou de la liaison elle-même.

— Le professeur Flitwick ne te l'a pas dit ?

— Il m'a dit de demander une autorisation.

— Alors il ne faut peut-être pas essayer de la contourner.

— Comprendre n'est pas contourner.

Hermione avait elle-même prononcé quelque chose de très proche moins de trois jours auparavant. Cela l'agaça d'entendre l'argument dans cette bouche.

Elle ramena le livre vers elle.

— Le chapitre sur les liaisons commence page cent douze. Je suis à quarante-six.

— Formidable.

Dracena sortit un parchemin vierge. Elle attendrait.

Harry passa la matinée à ne pas penser au paquet de Hagrid.

Il essaya d'abord de faire son devoir de métamorphose, puis de gagner une partie d'échecs contre Ron, puis d'aider Neville à retrouver une trousse qui se trouvait finalement dans la poche de sa robe. À chaque activité, le même souvenir revenait : Hagrid repliant le journal avant qu'il ait pu finir l'article.

— On pourrait le lire à la bibliothèque, dit-il enfin.

Ron leva les yeux de l'échiquier.

— Le devoir ?

— Le journal.

— Ah.

Une pièce donna un coup de pied au doigt de Harry. Il la reposa.

— Il doit y avoir les anciens numéros.

Ron regarda par la fenêtre. Il faisait beau ; des élèves descendaient vers le terrain de Quidditch.

— Tu veux y aller maintenant ?

— Seulement pour vérifier la date.

Ils savaient tous les deux que la date était déjà vérifiée.

Ron soupira, puis commença à ranger les pièces.

Madame Pince les accueillit avec moins d'enthousiasme que Hagrid. Elle leur indiqua les périodiques d'un geste de la main et ajouta qu'ils n'étaient pas autorisés à découper les articles.

— Pourquoi on ferait ça ? demanda Ron.

— Parce que des élèves le font.

Ils promirent de ne rien découper.

En traversant la salle, Harry aperçut Hermione et Dracena assises à la même table. Un livre ouvert occupait l'espace entre elles. Pendant un instant, il crut qu'elles travaillaient ensemble.

Puis il vit leurs visages.

— On dirait qu'elles gardent un prisonnier, murmura Ron.

Harry étouffa un rire.

Hermione les entendit et releva la tête. Son expression changea aussitôt.

— Vous cherchez quelque chose ?

— Les journaux, répondit Harry.

Dracena posa sa plume.

— Les photographies bougent. Cela devrait vous occuper.

Harry sentit sa bonne humeur disparaître.

— Tu arrives à lire les mots sans regarder les noms de famille ?

— Suffisamment pour savoir où se trouvent les périodiques.

— On nous l'a déjà dit.

Il repartit avec Ron.

Hermione resta un instant tournée vers eux, puis revint à son livre. Dracena s'était attendue à ce qu'elle fasse une remarque sur Potter. Elle n'en fit aucune.

— Tu les apprécies ? demanda-t-elle.

— Cela te regarde ?

— Pas particulièrement.

— Alors nous pouvons continuer à lire.

Dracena reprit sa plume avec une brusquerie qui déposa une goutte d'encre sur son doigt.

Au fond de la salle, Harry trouva le numéro du 5 août dans une reliure épaisse. Celui du 4 contenait le premier compte rendu de l'intrusion. Les informations étaient maigres. L'auteur mentionnait des protections contournées, des vérifications en cours et le refus de Gringotts de communiquer l'identité du propriétaire du coffre.

— Aucun numéro, dit Ron.

Harry tourna la page.

Un article voisin parlait d'un sortilège d'effacement utilisé sur des vidéos moldus. Un autre annonçait une enquête sur de faux miroirs de communication vendus à bas prix. Le monde sorcier avait l'air beaucoup moins paisible lorsqu'on le lisait sous forme de colonnes serrées.

— Là, dit Ron.

Il montrait un encadré ajouté en marge. Le gobelin interrogé avait confirmé que le retrait précédant l'intrusion avait été légal. La banque rejetait toute responsabilité dans le choix de la nouvelle destination du bien.

Harry relut la phrase.

Nouvelle destination.

Hagrid avait rapporté le paquet à Dumbledore. Il n'avait pas dit qu'il l'avait fait, pas exactement ; mais tout, dans sa réponse, semblait conduire au château.

— Quelqu'un l'a déplacé avant qu'on essaie de le voler, murmura Harry.

— Peut-être parce qu'on savait qu'il y aurait une tentative.

— Alors pourquoi les voleurs n'ont-ils pas changé de plan ?

Ron haussa les épaules.

Ils cherchèrent dans les numéros suivants. L'affaire occupa une colonne, puis quelques lignes, avant de disparaître derrière d'autres nouvelles. Il n'y avait ni arrestation ni explication.

Harry prit des notes sur un morceau de parchemin. Ce geste le gêna. Il avait l'impression de s'introduire dans une conversation d'adultes dont il aurait dû rester exclu.

Puis il se rappela les mensonges de sa tante sur ses parents.

Il continua d'écrire.

À la table près de la fenêtre, le livre passa enfin du côté de Dracena.

Elle ne dit pas merci assez vite pour qu'Hermione reste. Celle-ci rangea sa montre et se leva avec son carnet.

— Tu ne le consultes plus ? demanda Dracena.

— J'ai noté ce qu'il me fallait.

— Tu pourrais me laisser la référence de la note sur les appareils.

Hermione resta debout.

— Elle est en bas de la page quarante-sept.

— Je pensais à ton autre livre.

— Tu peux chercher dans le catalogue, comme moi.

Elle partit rejoindre les rayonnages.

Dracena fixa le dossier de sa chaise. Elle aurait pu appeler cela de l'impolitesse. Elle aurait pu aussi reconnaître qu'Hermione venait simplement de lui répondre comme elle lui avait parlé.

Elle choisit de lire.

Le chapitre cent douze ne l'aida presque pas. Il décrivait des liaisons anciennes, incompatibles avec les protections de son miroir. Une annexe renvoyait aux archives des modifications apportées aux relais de Poudlard.

Dracena recopia la référence, puis alla la demander à Madame Pince.

La bibliothécaire examina son papier.

— Ce n'est pas un ouvrage en libre consultation. Ce sont des documents administratifs.

— Ils sont cités dans le traité.

— Ce qui ne les rend pas accessibles à tous les lecteurs du traité.

— J'ai seulement besoin des modifications techniques.

— Vous adresserez votre demande au professeur responsable.

Dracena se retint de mentionner son père. Elle avait suffisamment entendu cette phrase dans la bouche de Draco pour connaître l'effet qu'elle produisait sur ceux qui n'avaient aucune raison de lui obéir.

— Pourquoi le catalogue les indique-t-il ?

Madame Pince la regarda au-dessus de ses lunettes.

— Pour que les personnes autorisées sachent qu'ils existent.

Dracena serra sa fiche.

Elle retourna vers les casiers du catalogue. Une rangée entière concernait les bâtiments, les réparations et les anciennes affectations des salles. Sur plusieurs fiches, des rectangles avaient été collés par-dessus les références primitives. Les nouvelles inscriptions étaient plus pâles que les anciennes.

Elle en tira une pour comprendre le classement.

« Galerie orientale, troisième niveau. Relevés de protections. Consultation suspendue. »

Une date récente figurait au bas de la fiche : août 2026.

Dracena pensa à la chaîne qu'elle avait vue pendant l'orientation. Il n'y avait rien d'étonnant à ce que des documents concernant des travaux deviennent temporairement indisponibles. Pourtant, elle n'aimait pas l'absence d'explication.

Elle chercha la fiche suivante.

— Vous les remettez dans le bon ordre, miss Malfoy.

Madame Pince n'avait pas quitté son bureau.

Dracena glissa aussitôt les fiches à leur place.

— Bien sûr.

Elle n'avait découvert aucun secret. Elle avait seulement trouvé une porte fermée dans un catalogue. Cela lui suffisait pour y penser en repartant.

Le dimanche, une lettre de Lucius arriva avant la fin du petit déjeuner.

Draco l'ouvrit avec empressement. Il parcourut la première page, sourit, puis la passa à sa sœur.

Leur père approuvait leur répartition. Il espérait que les cours confirmaient la qualité de leur préparation. Il avait pris connaissance du problème des miroirs et écrirait à l'artisan, mais jugeait regrettable que l'établissement multiplie les formalités au lieu de faire confiance aux dispositifs éprouvés des familles.

Dracena relut le mot « éprouvés ».

Il y avait aussi une phrase sur les fréquentations. Lucius ne citait aucun nom, ce qui lui donnait l'air de donner un conseil général alors qu'il savait parfaitement ce que Draco avait raconté.

— Tu vois, dit son frère. Il s'en occupe.

— Oui.

— Qu'est-ce qu'il y a encore ?

Elle replia la lettre.

— Rien.

Elle n'avait pas envie d'expliquer que le miroir du garçon au cadre rayé fonctionnait déjà. Ni qu'Hermione Granger avait obtenu une réponse utile en lisant une note qu'elle-même avait manquée. Ces faits n'avaient aucun rapport entre eux, mais ils lui donnaient le même sentiment désagréable : la qualité de ses affaires ne la dispensait pas de chercher, et son nom ne lui évitait pas d'attendre.

Pansy arriva avec Daphne.

— Vous avez vu le tableau ? On peut s'inscrire aux activités du mercredi. Il y a un cercle d'histoire des familles.

— Cela ressemble au dîner chez mes parents, dit Dracena.

Pansy s'assit.

— J'y vais. Au moins, on sera entre gens qui comprennent.

— Qui comprennent quoi ? demanda Daphne.

Pansy hésita, puis se tourna vers Draco.

— Tu sais très bien.

Il sourit, flatté d'être pris à témoin.

— Certaines traditions.

Dracena repoussa son assiette.

— Les traditions comprennent-elles la tarte ? Parce que je suis pour celle-ci.

Pansy la regarda froidement.

— Tu fais toujours semblant de ne pas comprendre.

— Non. J'aimerais seulement que vous terminiez vos phrases.

Draco lui donna un léger coup de pied sous la table.

Elle lui rendit la lettre de leur père.

Ce ne fut qu'en sortant qu'il la rattrapa.

— Pourquoi tu les provoques ?

— Parce qu'elles me demandent d'approuver quelque chose qu'elles n'osent même pas dire clairement.

— Tu pourrais juste ne rien dire.

Dracena pensa au cours de potions.

— Oui, répondit-elle. Je sais faire aussi.

Draco ne comprit pas le ton de sa voix. Elle ne lui expliqua pas.

Le lundi apporta un cours de sortilèges partagé entre Gryffondor et Serpentard. Le professeur Flitwick avait regroupé les premières années pour leur présenter les exercices préparatoires qu'ils travailleraient ensuite séparément.

Harry apprit qu'allumer une baguette ne consistait pas à la secouer plus fort lorsqu'elle ne répondait pas.

— La force n'est pas une intention, expliqua Flitwick. Vous pouvez enfoncer un clou avec un marteau. Cela ne fera pas apparaître une lampe.

Ron réussit une petite lueur qui s'éteignit aussitôt. Seamus produisit une étincelle assez vive pour noircir un coin de parchemin. Neville demanda la permission de déplacer son livre hors de portée avant de recommencer.

Hermione obtint une lumière stable.

Dracena aussi, quelques minutes plus tard.

Harry s'en aperçut parce que Draco demanda à tout le monde de regarder. Hermione avait simplement continué de s'exercer ; Dracena, elle, semblait contrariée que son frère la désigne aussi bruyamment.

— C'est bon, dit-elle. Ils ont des yeux.

Harry baissa la tête sur sa baguette. Il ne voulait pas qu'elle voie qu'il essayait depuis dix minutes sans résultat.

— Détendez vos doigts, lui conseilla Flitwick en passant. Vous la tenez comme si elle vous devait de l'argent.

Harry desserra sa prise.

Une lueur faible apparut au bout du bois.

Il cessa presque de respirer. La lumière vacilla, mais resta allumée.

Ron lui donna un coup de coude enthousiaste qui faillit tout faire échouer.

— Tu vois !

Harry sourit. Ce n'était qu'un point pâle, pas de quoi éclairer une chambre. Pourtant, il était à lui. Il l'avait fait apparaître.

À la fin du cours, Flitwick proposa une question supplémentaire : pourquoi certains matériaux conservaient-ils plus longtemps que d'autres les traces d'un enchantement ?

Hermione leva la main.

Dracena aussi.

Le professeur donna d'abord la parole à Hermione. Elle parla de la structure du matériau, de la répétition du sortilège et des perturbations possibles. Dracena attendit qu'elle ait terminé, puis mentionna l'existence de traitements destinés à stabiliser les supports.

— Très bien, dit Flitwick. Deux points pour chaque maison.

Hermione pinça les lèvres.

Dracena le remarqua et se sentit absurdement satisfaite.

— Il reste cependant un piège dans vos deux réponses, poursuivit le professeur. Vous supposez qu'une trace durable est nécessairement une trace fidèle. Nous y reviendrons lorsque vous saurez produire une lumière qui n'éclaire pas seulement vos voisins.

Il congédia la classe avec un petit rire.

Dans le couloir, Hermione marcha à côté de Dracena.

— Tu as trouvé cela dans l'annexe ?

— Oui.

— Je l'avais lue aussi.

— Alors tu aurais pu le dire.

Hermione s'arrêta net.

— Je n'allais pas réciter tout le livre.

— Pour une fois.

Les mots avaient dépassé la pensée de Dracena. Elle entendit le rire de Pansy derrière elle et sut aussitôt que la remarque aurait une suite dont elle n'avait pas besoin.

Hermione serra son carnet.

— Au moins, je ne fais pas semblant d'avoir tout appris chez moi.

Elle s'éloigna.

Dracena aurait voulu répondre qu'elle n'avait jamais dit cela. Mais Pansy riait encore, Draco arrivait, et elle refusa de courir derrière Granger pour se justifier.

Elle rangea sa baguette.

Deux points chacune. Cela aurait dû lui suffire.

Le mercredi soir, Harry monta à la tour d'astronomie en regrettant déjà son lit.

Les marches paraissaient interminables. Ron bâillait derrière lui. Neville tenait son télescope comme un objet qui attendait l'occasion de se jeter dans le vide.

La nuit était claire et froide. Les étoiles semblaient plus nombreuses qu'à Privet Drive, où les lampadaires effaçaient la moitié du ciel. Le professeur leur indiqua les premières constellations, puis leur demanda de les reporter sur une carte.

Harry se pencha sur l'oculaire.

Il n'avait jamais imaginé qu'une leçon puisse se dérouler à cette heure, au-dessus d'un lac noir, avec le vent qui soulevait ses cheveux et un ciel entier à apprendre. Il cherchait la bonne étoile lorsqu'il aperçut une lumière bouger beaucoup plus bas.

Dans une galerie du château, quelqu'un avançait avec une lampe.

Harry suivit le déplacement. La silhouette s'arrêta devant une porte, resta immobile quelques instants et disparut. Il ne put reconnaître ni le visage ni les vêtements.

— Tu regardes où ? demanda Ron.

— Là-bas.

Ron se pencha, mais la galerie était déjà vide.

— C'est probablement un professeur.

— Oui.

Harry revint à son télescope. Depuis la visite chez Hagrid, chaque porte lui paraissait susceptible de cacher quelque chose. Il se rendit compte que cela pouvait finir par lui faire manquer ce qui se trouvait réellement devant lui.

— Potter, dit le professeur, votre constellation comporte une fenêtre.

Plusieurs élèves rirent. Harry effaça précipitamment son dernier point.

Sous le lac, Dracena était encore réveillée.

Les Serpentard n'avaient pas leur cours d'astronomie cette nuit-là. Elle aurait dû dormir. À la place, elle essayait de terminer une réponse à Narcissa sans mentionner la moindre difficulté.

Pansy dormait déjà. Millicent grinçait effectivement des dents, par courtes séquences qui avaient quelque chose d'un meuble qu'on déplaçait.

Dracena abandonna la lettre et sortit la fiche qu'elle avait recopiée à la bibliothèque.

Consultation suspendue.

Elle l'avait gardée parce qu'elle pensait demander au professeur Flitwick si un ouvrage plus accessible remplaçait les archives. Mais ce soir, la formule lui rappelait surtout le miroir inutilisable, les portes dont les préfets possédaient les mots de passe et les adultes qui répondaient « plus tard » chaque fois qu'une question devenait précise.

Elle n'aimait pas dépendre d'une permission.

Cela ne lui donnait pas pour autant les moyens de s'en passer.

Elle rangea la fiche dans son livre, souffla sur sa lampe et entendit Tracey bouger dans le lit voisin.

— Dracena ?

— Quoi ?

— Tu sais si on a le droit d'envoyer du courrier le matin avant le petit déjeuner ?

— Je crois.

Un silence.

— Je peux venir avec toi demain ? demanda Tracey.

Dracena pensa à répondre qu'elle connaissait certainement le chemin. Elle entendit la petite respiration inquiète dans l'obscurité et ne le fit pas.

— Si tu es prête à sept heures vingt.

— D'accord. Merci.

Dracena se tourna vers la vitre invisible.

Elle avait parlé d'un ton sec, presque désagréable. Tracey lui avait tout de même dit merci.

Les gens étaient décidément plus difficiles à classer que les familles.

Le lendemain, une annonce attendait les Gryffondor au tableau de leur salle commune.

Harry la lut deux fois.

Leur premier cours de vol aurait lieu à quinze heures, sur la pelouse près du terrain. Les Serpentard partageraient la séance.

Ron regarda son visage.

— Tu vas aimer voler.

— Je n'ai jamais essayé.

— Justement.

Harry pensa à Draco, qui racontait depuis une semaine les performances de son balai personnel, puis à Dracena, qui n'aurait certainement pas besoin d'aide pour comprendre de quel côté monter.

Il avait appris à éclairer une pointe de bois. Cet après-midi, on lui demanderait de confier son corps entier à un manche.

— Tu crois qu'on peut tomber de très haut ? demanda-t-il.

Ron réfléchit une seconde de trop.

— Au début, sûrement pas.

Harry aurait préféré qu'il réponde plus vite.


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