Harry Potter et l'Autre Malfoy — Tome I

Chapitre 13 : CHAPITRE 12 — LES REGARDS LEVÉS

Par NekoGeek

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Le dimanche, Hermione s'assit à côté de Ron au petit déjeuner.

Il repoussa le pot de confiture pour lui faire de la place. Elle posa son livre entre son assiette et celle de Harry, puis sembla se raviser et le rangea dans son sac.

Aucun d'eux ne parla du troll.

C'était le reste de l'école qui s'en chargeait.

Avant la fin du repas, Harry avait appris qu'il avait assommé la créature avec un lavabo, que Ron lui avait cassé une jambe et qu'Hermione l'avait attirée dans un piège. Un garçon de troisième année lui demanda s'il accepterait de raconter la scène devant le miroir de son frère.

— Non.

— Ce serait seulement pour notre famille.

— Alors raconte-la toi-même. Tu as l'air de mieux savoir que moi.

Le garçon partit, vexé.

Hermione attendit qu'il soit assez loin.

— Il aurait fallu garder une trace exacte.

Harry tourna la tête vers elle.

— Pour le professeur McGonagall, précisa-t-elle. Pas pour son miroir.

Ron se servit du thé.

— Je peux t'en faire une. C'était grand, ça puait, on a failli mourir. Fin.

Hermione baissa les yeux vers son assiette.

Ron posa la théière.

— Pardon.

— Non. C'est assez exact.

Elle prit une tranche de pain. Sa main tremblait encore légèrement. Harry fit semblant de regarder autre chose.

Au-dessus des portes, un avis officiel apparut. Le troll avait été maîtrisé. Les déplacements vers les sous-sols reprenaient. Plusieurs accès resteraient fermés pendant la vérification des protections. Les élèves qui souhaitaient parler de l'incident pouvaient s'adresser à leur directeur de maison ou à l'infirmerie.

Le dernier paragraphe rappelait que les récits et les images transmis hors de l'école devaient respecter la vie privée des personnes concernées.

— Ils auraient dû mettre ça avant le petit déjeuner, dit Harry.

Ron hocha la tête.

Hermione regarda longuement la ligne concernant l'infirmerie, puis revint à son pain.

Rogue réunit les premières années de Serpentard après le repas.

Dracena l'observa entrer dans la pièce de travail. Il avançait sans hâte. Pourtant, lorsqu'il contourna le bureau, son pied droit resta une fraction de seconde en arrière, et sa main effleura le dossier d'une chaise.

Il souffrait de quelque chose.

Elle baissa les yeux avant qu'il croise son regard.

— Vos familles recevront un compte rendu de la direction. Si vous choisissez d'écrire de votre côté, vous vous en tiendrez aux faits dont vous avez été témoins.

Draco leva la main.

— Mon père voudra savoir comment la créature est entrée.

— Le vôtre ne sera pas le seul.

— Est-ce qu'on le sait ?

Rogue le regarda un instant.

— Ce que vous devez savoir, monsieur Malfoy, c'est que votre salle commune est de nouveau accessible et que les consignes d'évacuation restent en vigueur.

Dracena entendit la différence entre une réponse et une consigne. Elle avait souvent entendu son père employer la seconde pour éviter la première.

— Nos miroirs seront-ils remis en service cette semaine ? demanda-t-elle.

— Le professeur Flitwick traite les autorisations.

Rogue posa une feuille sur le bureau. Sa main passa près de celle de Dracena, qui s'était avancée pour lire la liste des couloirs interdits.

Le malaise le traversa avec une netteté désagréable.

Il n'en changea ni son geste ni le rythme de sa respiration. La fillette avait de l'encre sur l'ongle du pouce. Un détail banal, précis, auquel il aurait pu donner toute son attention plutôt qu'à cette réaction sans objet.

— Les documents affichés restent au mur, miss Malfoy.

— Je lisais seulement, monsieur.

— Vous lirez après mon départ.

Elle recula.

Rogue poursuivit les consignes, répondit à une question de Nott et quitta la salle sans se retourner.

Dracena attendit qu'il soit sorti pour consulter la feuille. Les fermetures concernaient surtout les passages de service sous la galerie occidentale. Une mention, plus bas, interdisait toujours l'accès à la galerie orientale du troisième niveau.

Elle reconnut l'intitulé du catalogue.

— Tu viens ? demanda Draco.

— Dans une minute.

— Tu vas apprendre la feuille par cœur ?

— Seulement les mots que tu risques d'oublier.

Il lui tira une mèche. Elle lui écarta la main.

Lorsque les autres furent partis, elle copia la référence de l'avis. Elle écrivit aussi la date. Puis elle resta devant son carnet, contrariée par le peu de choses que ces deux lignes lui apprenaient.

Un passage était fermé depuis août. Il l'était encore après Halloween.

Cela pouvait signifier beaucoup de choses, y compris rien.

Elle souligna cette dernière possibilité, avec assez de force pour marquer la page suivante.

Le lundi, Harry découvrit qu'avoir Hermione pour amie ne rendait pas ses devoirs plus courts.

Cela rendait ses erreurs plus difficiles à ignorer.

— Tu as écrit que la plante produit de la lumière, dit-elle en suivant une ligne du doigt.

— Elle brille.

— Quand on l'éclaire. Ce n'est pas la même chose.

Ron leva les yeux de sa feuille.

— Je l'ai écrit aussi.

Hermione passa son doigt sur la même phrase, chez lui.

— Avec exactement les mêmes mots.

Harry et Ron se regardèrent.

— C'était une bonne phrase, dit Ron.

Elle les fixa, puis prit une feuille vierge.

— On va recommencer cette partie.

Ils travaillèrent près d'une fenêtre de la salle commune. La pluie avait laissé place à un froid sec. Dans le parc, des élèves traversaient les plaques d'ombre en serrant leurs robes contre eux. Harry suivit un instant un groupe qui descendait vers le terrain.

Son premier match aurait lieu samedi.

— Tu n'écoutes plus, dit Hermione.

— Si.

— Alors qu'est-ce que je viens de dire ?

— Que la plante…

Ron lui donna un coup de pied sous la table.

— Elle parlait du titre.

Harry se redressa.

Hermione soupira, mais moins durement qu'il ne l'aurait imaginé quelques jours plus tôt.

— On finit la botanique. Ensuite, tu peux penser au Quidditch.

— Je crois que je pense au Quidditch même quand je ne veux pas.

Elle considéra cette réponse.

— Tu as peur ?

Harry regarda les feuilles étalées devant lui.

Il n'avait pas peur de voler. Il avait peur du moment où tout le monde le regarderait attendre quelque chose qu'il ne verrait pas. Peur que Dubois se soit trompé. Peur que McGonagall regrette l'exception. Peur de descendre de son balai sous les mêmes regards qui l'avaient suivi depuis la gare, mais avec quelque chose de déçu à l'intérieur.

— Un peu, dit-il.

Ron se renversa sur sa chaise.

— Tu as attrapé le Rapeltout alors que tu ne savais même pas décoller dix minutes avant.

— Justement.

Hermione posa sa plume.

— Je peux chercher le règlement. Au moins, tu sauras exactement ce qu'on attend de toi.

Harry sourit.

— Dubois me le répète à chaque entraînement.

— Il y a peut-être des choses qu'il oublie.

Ron éclata de rire.

— Dubois n'oublie pas le Quidditch. Il oublie le reste.

Le mardi soir, Harry rentra de l'entraînement avec les doigts si froids qu'il ne réussit pas à défaire la boucle de son sac.

George avait envoyé un Cognard trop près de lui. Il l'avait évité en plongeant, puis avait passé les cinq minutes suivantes à essayer de retrouver le Vif d'or d'exercice. Dubois lui avait expliqué qu'éviter une balle ne devait pas l'empêcher de regarder le jeu.

Harry n'avait pas demandé avec quels yeux supplémentaires il était censé le faire.

Hermione lui apporta un livre relié de brun.

— Les règles sont au début. L'histoire vient après.

Ron examina la couverture.

— Le Quidditch à travers les âges. Charlie avait celui-là.

— C'est celui de la bibliothèque, précisa Hermione. Il faut le rendre vendredi prochain.

Harry prit le volume. Il sentait le cuir et la poussière, avec un coin de page plié que quelqu'un avait essayé de redresser trop tard.

— Merci.

Il s'assit près du feu. Ron se mit à raconter un match dont son frère lui avait parlé. Hermione demanda pourquoi une équipe continuerait à jouer pendant des heures si elle avait déjà tellement de retard que la capture du Vif d'or ne suffirait plus.

Ron ouvrit la bouche, la referma, puis se lança dans une explication concernant l'honneur d'un club.

Harry tourna les premières pages en les écoutant.

Il découvrit qu'il aimait cette manière d'être ensemble : ne pas avoir besoin de participer à chaque phrase, pouvoir lire pendant que les deux autres se disputaient sur quelque chose qui ne déciderait pas de leur avenir.

Le lendemain, ce fut Draco qui lui rappela que le match approchait.

Ils se croisèrent près du grand escalier. Malfoy regarda le livre sous son bras.

— Tu apprends encore les règles ? Il reste trois jours, Potter.

— Ça devrait suffire pour comprendre quand une faute est une faute.

— Essaie surtout de rester sur ton balai.

Dracena, derrière son frère, parcourut Harry des yeux.

— Tu as l'air de ne pas avoir dormi. Une méthode d'entraînement ?

— J'attendais ton avis pour fermer les yeux.

— Mauvaise organisation. Je ne suis pas disponible toute la nuit.

Ron poussa un bruit méprisant.

Hermione serra la lanière de son sac.

— On a cours.

— Vous avez une escorte maintenant ? demanda Draco.

Harry sentit la colère lui revenir avec une force presque agréable. Elle était plus simple que la peur.

— Elle sait où elle va. Ça nous change de certaines compagnies.

Draco fit un pas vers lui. Dracena lui posa deux doigts sur la manche.

— Laisse. Ils vont nous raconter le troll.

— On ne t'a rien raconté, dit Hermione.

— Tout le monde s'en charge.

Ils se séparèrent sans autre échange.

Dracena continua de marcher à côté de son frère. Potter avait vraiment mauvaise mine. Elle l'avait remarqué avant le livre, avant la plaisanterie de Draco. Elle se demanda ce qui le poussait à accepter de se montrer devant toute l'école avec aussi peu d'expérience.

Le goût de l'attention, probablement.

Pourtant, il avait refusé le miroir du troisième année.

Elle repoussa ce détail. Les contradictions de Potter n'étaient pas un sujet qui méritait son temps.

Elle se rappela quand même la date du match.

Le vendredi, le froid s'installa jusque dans la cour intérieure.

Hermione avait trouvé un charme permettant de conserver une petite flamme dans un récipient. Elle l'avait essayé devant Flitwick, qui avait corrigé la fermeture et insisté pour qu'elle utilise du verre épais. À présent, un pot de confiture vide chauffait lentement leurs doigts posés autour de lui.

Harry lisait une page sur les attrapeurs.

Ron observait le feu bleu.

— On pourrait en mettre un dans nos chaussures.

— Non.

— Tu ne sais même pas comment je voulais faire.

— Si tu veux marcher, il faudra éviter le verre.

Harry sourit sans lever les yeux.

Une ombre tomba sur la page.

— Un ouvrage de bibliothèque sous la bruine. Votre sens du soin reste constant, Potter.

Rogue se tenait devant eux.

Harry referma le livre. Il n'avait pas senti les gouttes minuscules qui commençaient à se déposer sur ses manches.

— Je le rangeais, monsieur.

— Vous le regardiez s'abîmer.

Rogue tendit la main.

Harry hésita. La main ne bougea pas.

Il donna le volume.

Le professeur examina la couverture humide et le glissa sous sa robe.

— Vous viendrez le récupérer lorsque vous aurez trouvé un endroit où le lire sans le détériorer.

Il s'éloigna.

Harry regarda ses pas. Une fois encore, la jambe droite suivit avec un léger retard.

— Il aurait pu nous dire de rentrer, murmura Ron.

Hermione reprit le pot.

— Tu aurais quand même pu faire attention au livre.

Harry la fixa.

— Je n'ai pas dit qu'il avait besoin de le prendre.

Elle éteignit le charme. Sans la flamme, le pot eut l'air tristement ordinaire.

— C'est moi qui l'ai emprunté, ajouta-t-elle. Il faudra le récupérer.

Harry regarda la porte par laquelle Rogue venait de disparaître.

— Je vais lui demander après le dîner.

Ron lui adressa un regard inquiet.

— Tu veux vraiment une deuxième rencontre aujourd'hui ?

— Je veux le livre.

Il voulait aussi cesser de se sentir petit chaque fois que le professeur apparaissait.

La porte de la salle des professeurs était entrouverte.

Harry avait frappé une première fois sans obtenir de réponse. Il allait recommencer lorsqu'il entendit un bruit de verre, puis la voix de Rusard.

— La compresse propre, monsieur ?

Harry s'arrêta, le poing levé.

Par l'ouverture, il vit une chaise déplacée près du feu. Rogue y avait posé son pied droit. Le bas de sa robe était relevé ; un bandage taché entourait sa jambe.

Rusard tenait un plateau.

— Il faudra retourner à l'infirmerie.

— Je n'ai pas besoin de votre diagnostic.

Rogue retira un morceau de tissu. Harry détourna les yeux trop tard. Les marques étaient profondes, parallèles, avec des bords violets.

Une morsure.

Le gardien marmonna quelque chose.

— Essayez donc de surveiller trois gueules à la fois, répondit Rogue.

Harry cessa de respirer.

Le chien.

Sa main heurta le montant de la porte.

Rogue tourna la tête.

— Potter.

Harry recula d'un demi-pas.

— Le livre, monsieur. Vous m'avez dit…

— Il est chez madame Pince. Sortez.

— Oui, monsieur.

Il était déjà dans le couloir lorsque la porte se referma derrière lui.

Il descendit à la bibliothèque, demanda le livre d'une voix qu'il eut du mal à rendre normale et supporta un sermon de madame Pince sur l'humidité. Puis il remonta quatre à quatre.

Ron était assis près de la fenêtre. Hermione dessinait un tableau pour leurs devoirs du week-end.

Harry posa le volume devant eux.

— Il a essayé de passer le chien.

Ron se redressa.

— Qui ?

Harry regarda autour de lui, puis se pencha.

— Rogue.

Il raconta la jambe, les trois gueules, la direction que le professeur avait prise pendant l'évacuation.

Hermione ne l'interrompit pas. Lorsqu'il eut fini, elle posa sa plume.

— Il a pu aller vérifier que la porte était fermée.

— Pendant qu'un troll se promenait dans l'école ? demanda Ron.

— Si quelqu'un avait profité de l'alerte…

Elle s'arrêta.

Harry vit qu'elle venait de comprendre ce qu'il essayait de dire.

— Ou s'il avait provoqué l'alerte, murmura-t-il.

Ron fixa la vitre noire.

— Pour que tout le monde regarde ailleurs.

Hermione se frotta le front.

— On ne sait pas comment le troll est entré.

— Lui le sait peut-être, dit Harry.

— Peut-être. Mais ce n'est pas la même chose que de le savoir nous.

Harry se renversa contre son dossier.

Il avait espéré qu'elle trouverait une preuve supplémentaire. À la place, elle séparait les choses, comme elle le faisait avec leurs devoirs, et cela rendait l'histoire moins nette.

Il lui en voulut pendant quelques secondes.

Puis elle ajouta :

— On devrait au moins comprendre ce qu'il y a sous la trappe.

Ron hocha la tête.

Harry reprit le livre de Quidditch. Il ne lut pas une ligne avant de monter se coucher.

Dans le dortoir de Serpentard, Dracena attendait que Pansy cesse de parler de la rencontre du lendemain pour terminer sa lettre.

Elle avait écrit à Narcissa qu'elles avaient toutes rejoint la salle de refuge, que Gemma avait fait l'appel et que les sous-sols avaient été rouverts. Elle avait rayé une phrase concernant les questions auxquelles Rogue n'avait pas répondu.

Son père y aurait vu une invitation à intervenir.

Elle voulait des réponses. Elle n'était pas certaine de vouloir celles qu'il obtiendrait à sa place.

Tracey repliait une écharpe verte.

— Tu viens avec nous demain ?

— Avec Draco.

— On sera dans la même tribune.

— Alors je viendrai avec vous aussi.

Tracey sourit et rangea l'écharpe au pied de son lit.

Dracena regarda sa lettre. Elle ajouta que Potter jouerait pour Gryffondor. Puis elle effaça la phrase d'un trait assez noir pour qu'on ne puisse plus lire les mots.

Narcissa savait déjà que Potter existait.

Il n'était pas nécessaire de lui rappeler chaque semaine.

Le samedi sept novembre, Harry fut incapable de manger plus d'une moitié de tartine.

Ron essaya de lui décrire les attrapeurs de Serpentard des années précédentes. Hermione lui demanda d'arrêter lorsqu'il aborda une chute qui avait nécessité trois jours d'infirmerie.

— C'était pour lui dire que ça arrive même aux bons joueurs.

— Je crois qu'il l'a compris.

Neville lui tendit une pomme pour plus tard. Harry la prit, touché, puis dut la confier à Ron parce qu'il n'avait aucune poche dans sa tenue de match.

Le vestiaire sentait le cuir humide, le bois ciré et une nervosité que Harry commençait à reconnaître chez les autres aussi. Angelina vérifiait ses attaches sans cesse. Alicia faisait tourner sa baguette entre ses doigts. Fred et George plaisantaient un peu plus fort que d'habitude.

Dubois avait disposé sept petites pièces sur un schéma du terrain.

— On ne se précipite pas tous sur le même passage. Katie, si Flint ferme à droite, tu…

— Je passe à gauche, répondit-elle.

— Ou tu remets derrière. Ne lui donne pas ton épaule.

Il se tourna vers Harry.

— Tu gardes de la hauteur au départ. Tu cherches. Si tu vois le Vif, tu y vas. Si tu ne le vois pas, tu continues de chercher.

Harry hocha la tête.

C'était presque rassurant, exprimé ainsi.

George lui tapa doucement le manche du balai.

— Et si une grosse balle noire vient vers toi, tu t'écartes. On s'occupe de la conversation.

Un coup de sifflet retentit dehors.

Les conversations cessèrent.

Harry se leva avec les autres.

Le bruit le frappa avant le froid.

Il n'avait jamais vu les tribunes pleines. Les couleurs bougeaient partout, des écharpes déroulaient des messages au-dessus des rambardes, et une voix amplifiée essayait déjà de parler plus fort que les cris.

Lee Jordan était installé près de McGonagall, qui tenait une feuille de consignes dont il ne paraissait pas pressé de prendre connaissance.

Au sommet de la tribune de Gryffondor, une banderole passa du rouge à l'or.

HARRY, REGARDE DEVANT TOI.

Dean avait dessiné un lion derrière les lettres. Ron agitait un bras. Hermione tenait l'autre extrémité de la banderole avec Neville.

Harry eut un rire bref, presque sans air.

Il regarda devant lui.

Madame Bibine inspecta les joueurs. À côté d'elle, deux anneaux de cuivre dressés au bord de la pelouse émirent un son doux lorsqu'elle leva sa baguette. Les protections de chute étaient vérifiées avant chaque rencontre ; Harry avait assisté à l'essai durant un entraînement, avec un sac de sable qu'elles avaient ralenti avant qu'il touche le sol.

Il aurait préféré se rappeler le sac de sable plutôt que la jambe de Rogue.

Il monta sur son balai.

Le sifflet retentit.

Le sol s'éloigna.

La peur changea aussitôt de forme. Elle devint du vent, du mouvement, quelque chose auquel son corps savait répondre.

En dessous, Angelina récupéra le Souafle. Les joueurs s'écartèrent en une figure que Harry ne reconnut qu'une seconde plus tard : celle que Dubois avait dessinée sur son tableau. Un Cognard passa à sa gauche. George le suivit, batte levée.

Harry monta encore.

Le Vif d'or n'était nulle part.

Il balaya les anneaux, les tribunes, les ombres le long des gradins. Une boucle dorée au poignet d'une élève lui fit perdre trois secondes. Il se promit de ne plus suivre tout ce qui brillait.

La voix de Lee monta jusqu'à lui.

Gryffondor venait de marquer.

Harry chercha Dubois. Le gardien avait déjà repris sa place.

Il fit de même.

Dracena avait les mains froides malgré ses gants.

Draco se penchait tellement au-dessus de la rambarde qu'elle avait cessé de lui demander de reculer. Crabbe criait chaque fois qu'un joueur vert touchait le Souafle. Goyle essayait de suivre les commentaires avec plusieurs secondes de retard.

— Il ne fait rien, dit Draco en désignant Potter.

— Il cherche le Vif.

— Higgs aussi, et il vole.

— Potter vole également. C'est ce qui l'empêche de tomber.

Draco lui lança un regard exaspéré.

Elle reporta les yeux sur le terrain. Potter se déplaçait par longues courbes, sans les grands mouvements inutiles qu'elle lui aurait volontiers reprochés. Il avait l'air différent à cette hauteur : plus concentré, moins occupé à répondre aux gens.

Un éclair passa près de l'épaule d'Adrian Pucey.

Les deux attrapeurs plongèrent.

Dracena se leva avec les autres.

Potter prit de l'avance. Elle le vit se coucher sur son manche, tendre le bras.

Flint traversa sa trajectoire.

Le choc fut assez brutal pour faire tourner le balai rouge sur lui-même.

Draco poussa un cri de satisfaction.

— Bien joué !

Le sifflet de Bibine couvrit la fin.

— C'est une faute, dit Dracena.

— C'était une bonne faute.

— Si tu veux.

Elle regardait Potter se redresser. Il avait perdu le Vif. Higgs aussi.

Draco se rassit, satisfait malgré le penalty.

Dracena resta debout jusqu'à ce que le jeu reprenne.

Harry vérifia deux fois la prise de ses mains.

Son épaule le lançait. Il respira plus lentement, retrouva une trajectoire et essaya de remettre le choc derrière lui.

Le balai eut une secousse.

Il pensa d'abord qu'il avait trop serré les genoux.

Il relâcha sa prise.

Une deuxième secousse lui projeta le ventre contre le manche.

Harry tira vers la gauche. Le balai partit à droite.

La peur revint, entière.

— Fred !

Le vent emporta son cri.

Il chercha Dubois. Il pouvait encore descendre, prévenir quelqu'un, rejoindre le bord du terrain. Il inclina le manche.

Le Nimbus monta.

Harry le sentit résister sous ses mains comme s'il avait sa propre force, indépendante de la sienne. Puis il pivota brutalement. Harry bascula sur le côté et se rattrapa avec les jambes.

Cette fois, quelqu'un cria dans les tribunes.

Madame Bibine siffla.

Les poursuiveurs s'écartèrent. Le Souafle fut retenu dans un cercle de lumière au-dessus du centre du terrain. Fred et George remontaient déjà.

— Harry ! Ne lâche pas !

Il aurait voulu répondre qu'il n'en avait pas l'intention.

Le manche vibrait si fort que ses dents s'entrechoquaient.

Hermione arracha presque les jumelles des mains de Hagrid.

Il venait de les rejoindre, tassé sur deux places laissées libres par des élèves qui se tenaient debout. Ron fixait Harry, les doigts agrippés à la banderole.

— Le balai est cassé ? demanda-t-il.

Hagrid ne répondit pas immédiatement.

En bas, Bibine essayait d'approcher. Chaque fois qu'elle levait sa baguette, le Nimbus bondissait plus haut. Un trait de lumière partit de la tribune des professeurs. Il effleura Harry sans réussir à l'immobiliser.

— Ça lutte contre les protections, murmura Hagrid.

Hermione tourna les jumelles vers les adultes.

McGonagall s'était levée. Flitwick pointait sa baguette vers le terrain. Dumbledore n'était pas là ; Harry avait remarqué son absence au petit déjeuner et n'y avait pas pensé davantage.

Rogue, lui, restait assis.

Il regardait Harry sans détourner les yeux. Ses lèvres bougeaient.

Hermione sentit les éléments se rejoindre avec une rapidité effrayante : la jambe, le chien, Halloween, les paroles de Harry la veille.

— Ron. Regarde Rogue.

Ron prit les jumelles.

— Il fait quoi ?

— Un sort. Il fait un sort.

Dans les airs, Harry glissa.

Son corps pendit sous le manche. Une main tenait encore. L'autre chercha une prise dans le vide.

Hermione partit.

Ron appela son nom, mais elle était déjà dans l'escalier.

La tribune de Serpentard s'était tue.

Dracena vit George tendre la main vers Potter. Le Nimbus se cabra avant qu'il l'atteigne. Un anneau de cuivre, au bord du terrain, s'alluma d'une lumière blanche qui sembla chercher le balai sans parvenir à le suivre.

— Il fait exprès ? demanda Goyle.

— Non, dit-elle.

Draco ne parlait plus.

Elle lui saisit le bras lorsqu'il se pencha encore davantage. Il ne protesta pas. Sous ses doigts, le tissu de sa manche tremblait légèrement.

Potter tenta de ramener son coude au-dessus du manche. Il échoua.

Dracena sentit son propre bras se crisper.

Elle pensa qu'il fallait regarder ailleurs.

Elle n'y parvint pas.

Hermione traversa une passerelle, descendit quelques marches et se glissa derrière la rangée des professeurs.

Elle avait sorti sa baguette. Elle ne savait pas quel sort interromprait celui de Rogue. Elle ne connaissait pas sa formule. Il lui fallait seulement qu'il cesse de fixer Harry.

Quelqu'un se leva devant elle.

Elle heurta une épaule, perdit l'équilibre et se rattrapa au dossier d'un siège. Quirrell tomba à genoux dans la rangée inférieure, en poussant un cri bref.

— Pardon !

Elle ne s'arrêta pas.

Rogue était à trois places.

Hermione s'accroupit. Le bas de sa robe touchait une poutre. Elle visa le tissu, le cœur si fort qu'elle entendait à peine les cris du terrain.

Elle savait allumer une petite flamme.

Elle savait aussi l'éteindre.

Elle prononça le charme.

Le feu bleu prit au bord de l'ourlet.

Rogue se leva brusquement. Sa concentration se rompit ; il abaissa sa baguette vers le tissu.

Hermione recula derrière le siège. Elle vit la flamme disparaître sous un geste sec. Puis elle regarda le ciel.

Harry avait ramené sa deuxième main sur le manche.

Le balai ne tremblait plus.

Lorsque ses pieds touchèrent le sol, Harry faillit tomber.

Madame Bibine le retint par l'épaule. Il essaya de se dégager pour poser lui-même son balai, mais ses doigts refusèrent de s'ouvrir.

— Regardez-moi, Potter.

Il regardait ses mains.

— Potter.

Il releva la tête.

— Vous respirez trop vite. Lentement.

Autour d'eux, les joueurs atterrissaient. Dubois arriva en même temps que McGonagall. Fred et George restèrent à quelques pas, inhabituellement silencieux.

Flitwick prit le Nimbus dès que Harry put le lâcher. Il passa sa baguette au-dessus du manche, examina les attaches, demanda qu'on lui apporte le registre de l'inspection du matin.

Les tribunes attendaient.

Harry entendit la voix de Lee annoncer que la rencontre était suspendue. Il vit les anneaux de cuivre s'éteindre l'un après l'autre.

— Je peux continuer, dit-il.

Personne ne répondit.

— Je peux.

McGonagall se pencha vers lui.

— Nous déciderons après vous avoir examiné.

Madame Pomfresh était déjà là.

Elle vérifia ses poignets, lui demanda s'il avait reçu un coup à la tête, suivit du doigt une éraflure dans sa paume. Harry répondit à tout. Il n'avait qu'une crainte, maintenant : qu'on l'envoie au château pendant que les autres terminaient à sa place.

Vingt minutes passèrent.

Le Nimbus fut écarté pour un examen complet. Flitwick échangea quelques phrases basses avec Bibine. Harry ne distingua que « aucune rupture » et « intervention extérieure ».

On lui apporta un balai de réserve, plus lourd, dont le manche portait plusieurs marques de réparation.

McGonagall le regarda dans les yeux.

— Vous pouvez vous retirer. Il n'y aura aucune sanction, ni pour vous ni pour l'équipe.

Harry fixa le balai.

Son corps lui disait de rester par terre. Une partie de lui était encore suspendue au-dessus du terrain, les doigts en train de glisser.

Il regarda Fred. Le jumeau ne plaisanta pas.

— On reste près de toi au départ, dit-il simplement.

Harry prit le balai.

— Je veux essayer.

McGonagall attendit encore un instant avant d'acquiescer.

Le second décollage fut plus difficile que le premier.

Harry sentit chaque mouvement du manche. Une rafale suffit à lui nouer le ventre. Il resta bas, puis gagna quelques mètres. Bibine volait près de la ligne centrale, attentive. Les protections avaient été réactivées, et Flitwick était resté au bord du terrain.

Harry obligea ses yeux à quitter ses mains.

Le Vif d'or avait été remis en jeu.

Il chercha.

La voix de Lee reprit, plus prudente. Gryffondor attaqua. Serpentard récupéra le Souafle. Les passes se succédèrent, et peu à peu le terrain redevint un terrain au lieu d'un espace dans lequel Harry avait failli tomber.

Il passa près de la tribune verte.

Malfoy était debout, sa sœur à côté de lui. Harry ne distingua pas leurs expressions. Il fut certain qu'ils espéraient le voir échouer.

La pensée lui rendit un peu de colère.

Puis il vit l'or.

Très bas, près d'une traverse de bois.

Il plongea.

Le balai de réserve répondit avec retard. Harry corrigea sa trajectoire, trop fort d'abord, puis moins. Higgs l'avait vu. Il arrivait par la droite.

Le Vif longea la rambarde, remonta soudain et passa devant le visage de Harry.

Il ouvrit la main.

Ses doigts ne rencontrèrent qu'une aile.

Il se redressa pour le suivre. Le balai heurta une motte en bordure du terrain. Harry bascula, lâcha le manche et sentit quelque chose de dur lui frapper les lèvres.

Il roula sur l'herbe.

Pendant deux secondes, il ne put plus respirer.

Puis il toussa.

La petite boule dorée tomba dans sa paume, ses ailes battant contre ses doigts.

Harry resta assis, stupéfait.

Madame Bibine atterrit à côté de lui.

Il leva la main.

Le sifflet annonça la fin du match.

Ron le retrouva près de l'entrée des vestiaires.

Il lui passa un bras autour des épaules avec assez de force pour lui faire mal, puis le lâcha aussitôt en se rappelant sa joue et son bras.

— Tu l'as avalé !

— Pas complètement.

— Ça compte quand même ? demanda Dean, qui arrivait derrière eux.

— Apparemment, dit Harry.

Hermione resta un instant à quelques pas. Elle avait les joues rouges et les cheveux défaits.

— Ça va ? lui demanda Harry.

Elle hocha la tête trop vite.

Hagrid les rejoignit avant qu'elle réponde davantage. Il regarda Harry longuement, comme s'il voulait vérifier lui-même qu'il était entier.

— Venez chez moi. J'ai du thé. Et vous allez vous asseoir.

— Je dois rendre le balai, dit Harry.

— Je m'en occupe, répondit Dubois derrière lui.

Le capitaine prit le manche, puis hésita.

— Bien joué, Harry.

Il regarda les traces sur l'herbe.

— Mais je crois qu'on travaillera encore les atterrissages.

Harry sourit enfin.

Ils durent attendre d'être dans la cabane pour qu'Hermione raconte ce qu'elle avait fait.

Ron se tourna vers elle, stupéfait.

— Tu as mis le feu à Rogue ?

— Au bas de sa robe. Et il l'a éteint tout de suite.

— Tu as mis le feu à Rogue.

Elle posa ses mains à plat sur ses genoux.

— Il regardait Harry. Il prononçait une formule. Dès que je l'ai interrompu, le balai s'est arrêté.

Harry se souvenait seulement du moment où le manche avait cessé de vibrer. Le ciel était revenu à sa place ; ses doigts avaient retrouvé une force qu'il croyait perdue.

Il regarda Hermione.

— Merci.

Elle baissa les yeux.

Hagrid posa la théière trop fort.

— Attendez. Vous accusez le professeur Rogue de quoi, exactement ?

Ils parlèrent tous à la fois.

Hagrid leur demanda de reprendre depuis le début. Alors Harry raconta Halloween, la jambe blessée, les mots entendus derrière la porte. Ron ajouta le regard de Rogue pendant le match. Hermione précisa ce qu'elle avait vu avec les jumelles.

Le visage de Hagrid se ferma peu à peu.

— Rogue travaille ici. Dumbledore lui fait confiance.

— Ça ne veut pas dire qu'il ne peut rien faire, répondit Ron.

— Ça veut dire qu'avant d'accuser un professeur de vouloir tuer un élève, on réfléchit.

Le mot tuer resta dans la pièce.

Harry regarda la tasse que Hagrid venait de lui donner. Il n'avait pas formulé la chose ainsi. Il avait pensé au balai, à la chute, à quelqu'un qui voulait le faire tomber. Le mot de Hagrid réunissait tout cela d'une manière qu'il ne pouvait plus écarter.

Hermione se pencha.

— Alors expliquez-nous le chien.

Hagrid ferma les yeux.

— Vous êtes allés près de Touffu.

Ron oublia presque sa colère.

— Touffu ?

— Il s'appelle comme ça.

— C'est votre chien ? demanda Harry.

Hagrid se redressa, visiblement partagé entre la fierté et le regret d'avoir parlé.

— Dumbledore me l'a emprunté. C'est tout ce que vous avez besoin de savoir.

Harry pensa au petit paquet dans la poche du manteau.

— Pour protéger ce que vous avez pris à Gringotts.

Hagrid ne répondit pas.

Le feu craqua derrière lui.

— Quelqu'un a essayé de le voler avant la rentrée, poursuivit Harry. Si Rogue cherche à passer le chien…

— Vous ne savez pas ce qu'il cherchait à faire. Et cette affaire concerne Dumbledore et Nicolas Flamel, pas trois enfants qui feraient mieux de finir leur thé.

Il s'arrêta.

Les trois enfants aussi.

Hermione fut la première à reprendre sa tasse. Harry vit qu'elle s'efforçait de ne pas regarder Ron.

Hagrid poussa un long soupir.

— Oubliez ce nom.

Ron regarda son thé avec beaucoup d'application.

— Quel nom ?

Hagrid le fixa.

— Tu sais très bien lequel.

Harry posa ses deux mains autour de la tasse. Elles ne tremblaient presque plus.

Nicolas Flamel.

Pour la première fois, ce qu'il y avait sous la trappe possédait autre chose qu'un numéro de coffre et une taille approximative.

À Serpentard, la défaite était déjà devenue une affaire de règlement.

Flint affirmait que la capture n'aurait pas dû être validée. Un élève soutenait que le match aurait dû être arrêté définitivement. Un autre demandait pourquoi Potter avait eu droit à un balai de remplacement alors qu'il avait commencé avec un Nimbus de l'école.

Dracena écouta quelques minutes, puis partit vers la pièce de travail.

Draco la suivit.

— Tu as vu sa chute ? Il a gagné parce qu'il est tombé.

— Il a gagné parce qu'il avait le Vif à la fin.

— Dans la bouche.

— Je n'ai pas dit que c'était élégant.

Draco s'assit face à elle.

Il remuait les doigts comme s'il avait encore froid.

— Il a eu de la chance que son balai s'arrête.

Dracena posa son sac.

— Oui.

Son frère regarda la porte pour vérifier qu'ils étaient seuls.

— Je croyais qu'il allait tomber.

Elle pensa à sa manche sous ses doigts.

— Moi aussi.

Il baissa la tête, puis se redressa presque aussitôt.

— Enfin, il aurait mieux fait de ne pas jouer. Tout ça parce qu'il faut toujours lui donner ce qu'on ne donne pas aux autres.

Dracena ouvrit son carnet.

— Tu peux trouver son privilège injuste sans avoir envie qu'il se tue.

Draco la fixa.

— Je n'ai pas dit que j'en avais envie.

Elle releva les yeux.

C'était vrai.

Il avait crié après la faute de Flint. Il avait souhaité voir Potter humilié. Mais lorsque le balai s'était retourné, il s'était tu comme les autres.

— Non, dit-elle. Tu ne l'as pas dit.

Il sembla surpris qu'elle le reconnaisse.

Elle tira de son sac la lettre inachevée à leur mère. Une grande rature barrait toujours la dernière ligne.

Draco pencha la tête.

— Qu'est-ce que tu as effacé ?

— Une phrase inutile.

Il n'insista pas.

Pendant qu'il se levait, Dracena ajouta quelques mots sur le match, sans raconter ce qu'elle avait éprouvé dans la tribune. Elle avait froid, avait-elle écrit. Le jeu avait été interrompu par un problème de balai. Les professeurs examinaient le matériel.

Elle relut.

Les phrases étaient exactes.

Elles ne racontaient presque rien.





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