Harry Potter et l'Autre Malfoy — Tome I

Chapitre 14 : CHAPITRE 13 — CE QUE LES DOSSIERS TAISENT

Par NekoGeek

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Le nom de Nicolas Flamel ne figurait pas à l'endroit où Hermione avait décidé de commencer.

Elle vérifia l'index une deuxième fois, parcourut les entrées voisines puis ferma le volume avec précaution. Il était si lourd que la table vibra malgré elle.

Ron leva la tête.

— Pas là ?

— Pas dans celui-ci.

Il regarda la pile qui restait.

— Tu as pris toute l'étagère ?

— Seulement les biographies générales.

— C'est presque toute l'étagère.

Harry repoussa un recueil consacré aux grands collectionneurs britanniques. Il y avait trouvé un homme qui avait consacré quarante ans à réunir des cuillères capables de mentir sur la température du thé, et une femme dont la collection de portraits avait fini par demander à changer de propriétaire. Aucun Flamel.

Il posa son doigt sur le morceau de parchemin où Hermione avait écrit le nom.

Nicolas. Flamel.

Il avait l'impression désagréable de l'avoir déjà lu.

— Tu es sûr que Hagrid n'a pas dit autre chose ? demanda Ron.

— Sûr.

— Flamelle ? Flammel ?

Hermione retourna une feuille. Elle avait déjà essayé plusieurs orthographes.

Ron se pencha pour regarder, puis renonça à proposer une quatrième possibilité.

Ils étaient venus à la bibliothèque après le déjeuner. Dans le parc, la neige n'avait pas encore tenu, mais le vent poussait contre les vitres une pluie assez froide pour faire apprécier même les fauteuils de madame Pince. Plusieurs élèves travaillaient près du poêle. Un groupe de Serdaigle avait réservé les grandes cartes du fond.

Harry regarda l'horloge.

— On devrait parler à McGonagall.

Hermione releva immédiatement la tête.

Ron se crispa.

— De quoi ?

— De ce qu'on a vu. Pas de ce qu'on croit.

Les mots avaient le son des conseils d'Hermione. Elle sembla le remarquer aussi, mais n'en tira aucun avantage.

— Oui, dit-elle.

Ron regarda tour à tour les deux autres.

— Et si Rogue apprend qu'on l'a accusé ?

Harry pensa à la main qui glissait sur le manche.

— Il n'a pas besoin de ça pour me détester.

McGonagall les reçut le lundi, avant le dîner.

Hermione avait rédigé une liste. Ron lui avait demandé de ne pas écrire le mot accusation en haut. Elle avait répondu qu'elle ne l'avait pas fait.

La professeure les écouta debout près de son bureau. Lorsque Harry décrivit la blessure de Rogue, son visage ne changea presque pas. Lorsqu'Hermione arriva à la flamme bleue, en revanche, elle posa lentement ses lunettes sur la table.

Ron ferma les yeux.

— Vous avez mis le feu aux vêtements d'un professeur.

Hermione devint rouge jusqu'aux oreilles.

— J'ai cru qu'il faisait tomber Harry.

— Vous avez cru.

— Oui, madame.

McGonagall resta silencieuse assez longtemps pour que Harry entende le crépitement de la cheminée.

— J'ai vu Harry suspendu dans le vide, reprit Hermione. Je ne savais pas comment arrêter le balai. J'ai pensé que si j'interrompais la formule…

Sa voix se brisa. Elle se reprit aussitôt, mais Harry vit ses doigts se refermer sur la feuille.

McGonagall remit ses lunettes.

— Le professeur Flitwick examine les circonstances de l'incident. Je lui transmettrai votre description exacte de ce que vous avez vu et fait.

— Vous pensez qu'on se trompe ? demanda Harry.

— Je pense que vous possédez une partie des faits. C'est très différent de posséder une explication complète.

Il baissa les yeux.

— Nous ne sommes pas en train d'ignorer ce qui vous est arrivé, Potter.

La phrase le fit relever la tête.

McGonagall s'était rapprochée. Elle ne paraissait ni indulgente ni impatiente. Seulement très sérieuse.

— Si un adulte vous demande de le suivre dans un endroit isolé, si vous trouvez un message inhabituel ou si votre matériel se comporte de nouveau de manière anormale, vous venez me voir immédiatement. Vous ne cherchez pas à vérifier seuls vos soupçons.

Ron hocha la tête avant même qu'elle ait fini.

Hermione posa sa feuille sur le bureau.

Ils ressortirent quelques minutes plus tard. Elle devrait consacrer une heure du mercredi à revoir les règles de sécurité des charmes de feu avec Flitwick. McGonagall avait refusé d'appeler cela une punition légère.

Dans le couloir, Ron souffla.

— Elle ne nous croit pas.

— Elle a dit qu'elle transmettrait, répondit Hermione.

— Elle n'a pas dit que Rogue…

— Elle ne nous dirait pas ça avant de savoir.

Harry les laissa parler. Une part de lui aurait voulu que McGonagall se lève aussitôt pour aller confronter Rogue. Une autre avait été soulagée de la voir prendre la feuille, la lire et la garder.

Ils n'étaient plus les seuls à savoir ce qu'ils croyaient savoir.

Cela ne suffisait pas à le rassurer tout à fait.

Le lendemain, Flitwick rendit son miroir à Dracena.

L'objet n'avait presque pas changé. Une petite marque de cuivre avait été ajoutée à l'intérieur de la monture, sous le fermoir familial. Elle la remarqua immédiatement.

— Le sceau de l'école, expliqua le professeur. Les deux autorisations peuvent maintenant coexister.

Draco tendit déjà la main vers le sien.

— On peut appeler le manoir ?

— Pendant les horaires prévus, par le relais de la salle commune. Pas depuis vos lits. Et toujours avec l'accord de la personne que vous contactez.

Il les fit essayer.

Le visage de Narcissa apparut après quelques secondes. Elle se trouvait près d'une fenêtre ; derrière elle, une silhouette traversa la pièce en portant des fleurs.

Draco se mit à parler avant que sa mère ait fini de les saluer.

Il raconta le match, le remplacement du balai, la capture contestable. Narcissa l'écouta, puis demanda si Harry Potter avait été blessé.

Dracena vit son frère hésiter.

— Pas vraiment.

— C'est l'essentiel, dit leur mère.

Draco eut l'air de penser qu'il y avait plusieurs autres éléments essentiels.

Flitwick leur indiqua que l'essai avait assez duré. Narcissa les embrassa du regard et disparut.

Draco partit presque en courant pour montrer le miroir aux autres.

Dracena resta devant le bureau.

— Quelque chose ne fonctionne pas ? demanda Flitwick.

— Tout fonctionne. Je voulais savoir si je pouvais consulter les documents qui expliquent les changements des relais.

Le professeur leva les yeux vers elle.

— Ceux que vous avez demandés à madame Pince ?

Elle fut déçue de découvrir qu'il le savait déjà.

— Oui, monsieur.

— Dans quel but ?

La réponse qu'elle avait préparée lui parut soudain trop lisse.

— Je n'aime pas qu'un objet cesse de fonctionner sans comprendre pourquoi.

Flitwick posa le miroir vide sur un carré de feutre.

— C'est un bon point de départ. Ce n'est pas encore une question assez précise pour ouvrir des archives administratives.

Elle serra la lanière de son sac.

— Je voudrais savoir quelles protections empêchaient notre sceau familial de communiquer avec le vôtre.

— Voilà qui est mieux.

Il prit une feuille et écrivit un titre.

— Vous trouverez ceci dans le fonds technique accessible aux élèves. Commencez par les deux premiers chapitres. Si vous avez encore des questions, nous en parlerons.

Dracena regarda le titre. Le livre était ancien. Elle l'avait déjà vu dans un rayon sans le prendre, parce que sa couverture portait une tache de graisse.

— Il explique les systèmes actuels ?

— Il explique pourquoi deux personnes qui possèdent chacune une clé ne peuvent pas nécessairement ouvrir la même porte.

Elle releva les yeux.

Flitwick sourit légèrement.

— Les formes changent plus vite que les problèmes.

Le mercredi, Dracena retrouva Hermione à la bibliothèque.

La Gryffondor travaillait seule, une pile de livres ouverts autour d'elle. L'un d'eux occupait la place dont Dracena avait besoin pour poser son sac.

— Tu comptes recevoir une classe entière ?

Hermione déplaça le volume sans répondre.

Dracena s'assit.

Elle sortit le livre recommandé par Flitwick. Une fine poussière resta sur ses doigts. En face, Hermione comparait deux index, puis inscrivait une croix sur une feuille.

— Tu cherches quoi ?

— Un nom.

— C'est généralement le but d'un index.

Hermione leva les yeux.

— Alors tu n'avais pas besoin de demander.

Dracena ouvrit son livre.

Elles travaillèrent quelques minutes dans une hostilité paisible. La plume d'Hermione grattait vite. Dracena dut relire deux fois une phrase sur les permissions accordées à un objet plutôt qu'à son propriétaire.

Elle n'aimait pas la formule. Elle lui semblait mal écrite.

Puis elle comprit qu'elle n'aimait surtout pas ce qu'elle impliquait : son nom ne suffisait pas à prouver qu'elle avait le droit de faire fonctionner son propre miroir à n'importe quel endroit.

Hermione se leva pour chercher un autre volume. Une feuille glissa de la pile et tomba près du pied de Dracena.

Elle la ramassa.

Il n'y avait qu'une liste de titres barrés et deux colonnes : consulté, inutile.

— Méthode encourageante, observa-t-elle en la lui rendant.

— Elle évite de recommencer ce qui ne marche pas.

— Tu pourrais l'enseigner à Weasley.

Hermione reprit la feuille.

— Ron a trouvé une collection que je n'avais pas regardée.

— Et elle était utile ?

— Pas encore.

Dracena eut un petit sourire.

Hermione ne le lui rendit pas.

— Tu lis un ouvrage conseillé par un professeur parce que ton premier raisonnement ne suffisait pas. C'est assez proche, tu sais.

Dracena baissa les yeux vers la couverture tachée.

Lorsqu'elle releva la tête, Hermione était déjà partie dans le rayon suivant.

Elle aurait pu lui répondre qu'un conseil demandé ne ressemblait pas à une erreur répétée. Elle trouva même une formulation assez bonne pour la retenir.

Elle ne la poursuivit pas pour la prononcer.

Les premières neiges tinrent le dimanche suivant.

Ron fut le premier à les voir. Il ouvrit les rideaux du dortoir avec une telle brusquerie que Neville se redressa en cherchant sa baguette.

— Dehors !

Ils se pressèrent aux fenêtres.

Le parc avait changé pendant la nuit. Les reliefs étaient devenus simples, les pierres plus sombres, les chemins presque invisibles. Sur le lac, un brouillard bas suivait la surface sans la quitter.

Harry posa la main contre le verre.

Il n'avait pas imaginé Poudlard sous la neige.

Hermione les attendait en bas avec ses gants. Elle prétendit qu'elle avait seulement voulu vérifier si les serres conservaient leur température. Ron lui demanda pourquoi elle avait pris une écharpe aussi longue si elle comptait rester à l'intérieur des serres.

La bataille commença avant qu'elle trouve une réponse.

Harry reçut une boule de neige dans le dos. Il se retourna, certain de voir Ron, et découvrit Neville avec une expression horrifiée de sa propre audace.

Il lui lança une poignée qui se défit en l'air.

Ron se mit à rire.

Pendant une demi-heure, le nom de Flamel n'exista plus. Il n'y eut que le froid sous les manches, les cris, le craquement de la neige tassée et Hermione qui affirmait qu'on n'avait pas le droit de viser le visage avant de toucher Ron exactement sur le nez.

Dracena les aperçut depuis l'allée qui menait à la volière.

Elle portait une lettre à sa mère. Son frère marchait à côté d'elle, occupé à expliquer pourquoi les bottes de l'école étaient inférieures aux siennes.

Potter glissa en reculant. Granger le rattrapa par le bras et tomba avec lui. Weasley se plia en deux, puis reçut une boule de neige derrière l'oreille.

Dracena ralentit sans le vouloir.

Elle n'avait jamais vu Potter rire ainsi. Il ne regardait personne pour vérifier ce qu'on pensait de lui. Ses lunettes étaient de travers et il avait de la neige dans le col.

— Tu regardes quoi ? demanda Draco.

— Leur capacité à transformer une promenade en accident.

Son frère ramassa une poignée de neige.

— On pourrait améliorer le résultat.

Elle lui prit le poignet.

— Avec ta lettre dans la main ?

Il regarda l'enveloppe. Un coin s'était mouillé.

Dracena reprit l'allée.

Derrière eux, Ron cria quelque chose qu'elle ne comprit pas, puis les trois autres éclatèrent de rire.

Elle accéléra.

Le mercredi suivant, Flitwick organisa une séance de consultation pour quatre élèves qui avaient demandé des explications sur les relais.

Dracena fut contrariée de découvrir qu'elle n'était pas la seule à avoir posé une question intéressante.

Il y avait une Serdaigle de deuxième année, un Poufsouffle nommé Owen et Tracey, qui avait demandé si les miroirs utilisés dans l'atelier de sa mère obéissaient aux mêmes règles que ceux du château.

— Tu ne m'avais rien dit, murmura Dracena.

— Je ne savais pas qu'il fallait réserver le sujet.

Elle se tut.

La pièce se trouvait derrière le bureau du professeur. Des armoires basses contenaient des dossiers, chacun retenu par une bande de tissu. Flitwick en avait préparé trois sur une table.

— Ce sont des copies de travail, dit-il. Les noms privés et les détails des protections actives ont été retirés. Vous pouvez prendre des notes. Vous ne faites pas d'empreinte du document avec vos miroirs.

Owen rangea le sien avec une mine embarrassée.

Dracena examina la première feuille.

Elle ne ressemblait pas à ce qu'elle avait imaginé. Il n'y avait ni plan secret, ni liste de formules complexes, mais des cases, des dates, des mentions d'autorisation et plusieurs colonnes remplies par des écritures différentes.

La Serdaigle demanda pourquoi certaines cases étaient vides.

— Parce qu'un silence peut être une mesure de sécurité, répondit Flitwick. Il peut aussi être un oubli. Vous ne pouvez pas décider lequel en regardant seulement la case.

Dracena tourna la page.

Un diagramme montrait le passage d'un message depuis le bureau extérieur jusqu'au relais d'une maison. Les appareils moldus s'arrêtaient au bureau ; la suite était enchantée. Elle comprit enfin pourquoi l'absence d'Internet dans le château n'empêchait pas les parents de Granger d'envoyer un courrier électronique.

Elle se sentit agacée de n'y avoir pas pensé seule.

— Et les alarmes ? demanda Owen. Elles passent par les mêmes objets ?

— Certaines, dit le professeur. D'autres utilisent des circuits séparés. Si un tableau tombe en panne, on ne souhaite pas perdre en même temps tous les moyens de prévenir ses occupants.

Tracey suivit une ligne du doigt.

— Comme les fours de l'atelier. La cloche n'est pas branchée sur le même charme que le réglage de chaleur.

Flitwick lui adressa un regard satisfait.

Dracena regarda Tracey, puis le diagramme.

Un savoir qu'elle n'avait jamais considéré comme digne d'intérêt venait d'éclairer la page plus vite que son propre manuel.

Elle tourna le second dossier.

Une date attira son regard : août 2026.

Plus bas, elle reconnut les mots galerie orientale, troisième niveau.

Son cœur accéléra.

Elle lut la ligne entière.

L'affectation du local avait été modifiée. Les autorisations de passage avaient été révisées. La référence de l'annexe technique avait été retirée de la copie.

— Pourquoi une salle change-t-elle d'affectation ? demanda-t-elle.

Flitwick se pencha.

Il lut la ligne sans paraître surpris.

— Pour de nombreuses raisons. Un cours déplacé, un stockage provisoire, des travaux, une décision du directeur.

— Celle-ci a changé avant la rentrée.

— C'est une période pratique pour modifier l'usage d'une pièce.

Elle sentit qu'il répondait exactement à la question, sans lui donner un mot de plus.

— Et les accès ont été restreints.

— C'est ce qu'indique la feuille.

Elle leva les yeux vers lui.

— Vous savez pourquoi ?

— Oui.

La simplicité de la réponse la désarma.

— Mais vous ne me le direz pas.

— Pas aujourd'hui, miss Malfoy. Ce rendez-vous porte sur les communications, pas sur tous les locaux du château.

La Serdaigle releva la tête. Dracena sentit qu'elle venait d'attirer l'attention sur une question qu'elle aurait préféré garder discrète.

Elle revint au diagramme.

Flitwick ne lui retira pas le dossier. Cette absence de geste la vexa presque davantage. Il n'avait aucune raison de craindre ce qu'elle pouvait apprendre dans une copie dont il avait lui-même choisi les pages.

Elle avait enfin ouvert une archive.

Elle se trouvait toujours devant une porte fermée.

À la sortie, Owen resta près du bureau pour demander s'il pouvait appeler sa mère ce week-end.

— Elle a vu une vidéo sur l'école d'un cousin, expliqua-t-il. Pas ici. Une école moldue. Elle croit qu'on devrait pouvoir faire pareil.

Flitwick consulta le registre des communications.

— Nous pouvons organiser un échange par le relais. Elle a les coordonnées du bureau extérieur ?

— Oui. Elle dit que c'est compliqué.

— Ça l'est davantage que ce qu'elle utilise chez elle.

Owen parut soulagé qu'un professeur l'admette.

Dracena attendait Tracey dans le couloir. Elle entendit la suite sans chercher à écouter : la mère qui voulait voir la chambre, les images qu'on ne pouvait pas montrer sans l'accord des autres élèves, le rendez-vous à réserver.

Au manoir, on avait toujours parlé de la discrétion comme d'une qualité évidente.

Elle se demanda ce que cela faisait de confier son enfant à un endroit qu'on ne pouvait pas visiter, dont les photographies changeaient quand on ne les regardait plus et où même les lettres avaient besoin d'un intermédiaire.

Puis elle se rappela l'impatience de Lucius à propos du sceau de son propre miroir.

Il n'aurait pas accepté la moitié des obstacles qu'on demandait à cette femme de comprendre.

Tracey sortit avec ses notes.

— Tu as trouvé ce que tu cherchais ?

— Une partie.

— Pour ton miroir ?

Dracena hésita.

— Oui.

C'était une réponse exacte, d'une manière qui lui rappela désagréablement celles des adultes.

Le soir, Pansy parlait d'Owen dans la salle commune.

Quelqu'un l'avait vu sortir du bureau de Flitwick. Le récit avait déjà acquis une précision que les faits ne possédaient pas : sa mère avait appelé trois fois, elle voulait installer une antenne sur une tour, elle se plaignait que les hiboux n'aient pas de numéro de suivi.

Dracena posa son livre.

— Tu étais là ?

Pansy tourna la tête.

— Non. Mais…

— Alors elle n'a probablement pas demandé d'antenne.

— C'est la même chose. Ils veulent tous qu'on fasse comme chez eux.

— Qui ? demanda Tracey.

Pansy eut un petit geste de la main.

— Ceux qui découvrent le monde sorcier. On doit tout leur expliquer. C'est épuisant.

Dracena attendit la suite. Elle la vit arriver dans le regard que Pansy jeta vers un groupe d'élèves plus âgés, comme si elle cherchait un appui avant de formuler une opinion empruntée.

— Ma mère dit que certaines familles ne seront jamais vraiment à leur place ici.

— Parce qu'elles ne savent pas envoyer un hibou ? demanda Dracena.

— Tu vois ce que je veux dire.

— De moins en moins.

Draco releva la tête de son jeu de cartes.

Pansy se raidit.

— Granger peut apprendre tous les livres qu'elle veut, elle ne saura jamais ce que nous savons depuis toujours.

Dracena pensa à la plume dans la salle de Flitwick, au diagramme que Tracey avait compris avant elle, à son miroir immobilisé par une permission manquante.

— Alors il serait prudent d'apprendre quelque chose de plus, dit-elle. Parce qu'elle nous rattrape assez vite.

Un silence suivit.

Pansy rougit.

— Tu la défends maintenant ?

— Je n'ai aucune envie de défendre Granger. Elle est insupportable. Ça ne rend pas ton raisonnement meilleur.

Draco reposa ses cartes.

— Dracena…

Elle continua, sans hausser la voix :

— Une famille peut donner une éducation, des livres, des relations, des habitudes. C'est considérable. Si le seul avantage que tu peux nommer est d'être née dedans, tu avoues que tu n'as rien fait du reste.

Un élève plus âgé, près du feu, tourna lentement la tête.

Dracena le vit.

Elle sentit la prudence lui tirer la manche, la même prudence qu'elle avait écoutée en cours de potions. Cette fois, elle ne s'arrêta pas.

— Et une société qui interdit aux nouveaux de lui apprendre quelque chose finit par admirer sa propre poussière. Ce n'est pas une preuve de grandeur.

Pansy resta immobile.

Puis elle se leva.

— Tu parles exactement comme quelqu'un qui sait qu'on ne lui demandera jamais de prouver sa place.

Elle quitta la salle avec Daphne.

Dracena regarda la porte.

Elle avait préparé plusieurs réponses aux arguments de Pansy. Aucune ne convenait tout à fait à celui-ci.

Draco la rejoignit dans la pièce de travail.

— Tu aurais pu dire ça autrement.

— Elle aussi.

— Ce n'est pas la question.

— C'est souvent la question quand tu me fais cette remarque.

Il resta debout derrière la chaise.

— Warrington écoutait.

— Je l'ai vu.

— Il connaît des gens que Père connaît.

Dracena ferma son livre.

— À force, tout le monde finit par connaître quelqu'un que Père connaît. On devrait faire silence pendant sept ans ?

Draco serra la mâchoire.

— Je ne veux pas qu'ils te cherchent des ennuis.

La phrase tomba entre eux, sans la moindre élégance.

Dracena releva les yeux.

Son frère regardait le dossier de la chaise plutôt qu'elle. Il paraissait en colère d'avoir dit quelque chose d'aussi simple.

— Je sais, répondit-elle.

— Non. Tu crois toujours que je veux seulement que tu sois d'accord.

Elle ne trouva pas immédiatement quoi dire.

Draco tira la chaise et s'assit.

— Parfois, je veux juste qu'on nous laisse tranquilles.

Dracena observa ses mains. Il avait une petite coupure près de l'index, probablement causée par le bord d'une carte enchantée.

Elle se rappela leur premier soir, les portes des dortoirs, sa question à propos des bruits dans les murs.

— Je ne dirai pas qu'une idée devient intelligente parce que Pansy l'a entendue chez elle.

— Je ne te demande pas ça.

— Alors qu'est-ce que tu me demandes ?

Il hésita.

— De te souvenir que les gens peuvent te détester même si tu as raison.

Elle resta silencieuse.

Puis elle prit la boîte de pommade posée près des fournitures communes et la lui tendit.

— Ton doigt.

Il regarda la coupure comme s'il venait de la découvrir.

— Ce n'est rien.

— Mets-en quand même.

Il ouvrit la boîte.

Ils restèrent quelques minutes sans parler.

À la fin de novembre, Harry avait appris trois choses sur Nicolas Flamel.

Son nom n'apparaissait dans aucun des ouvrages qu'ils avaient consultés. Hagrid ne répondrait plus à la moindre question qui contenait les mots coffre, chien ou directeur. Et Hermione pouvait consacrer un temps remarquable à prouver qu'un livre ne leur serait d'aucune utilité.

Ron proposa de chercher parmi les fabricants de serrures.

— Il fait peut-être des coffres. Ou des trappes. Vous pensez toujours aux gens célèbres.

Hermione nota l'idée.

Ron eut l'air si surpris qu'Harry se mit à rire.

Ils explorèrent donc un catalogue de fournisseurs, puis un annuaire professionnel beaucoup trop récent pour contenir autre chose que des adresses de boutiques. Harry retrouva le nom de la librairie du Chemin de Traverse et passa quelques minutes à se rappeler sa première journée avec Hagrid.

Le paquet.

La baguette.

Les cheveux dorés de Dracena au milieu des robes épinglées.

Il repoussa ce dernier souvenir avec irritation.

Au même moment, Hermione sortit de son sac une enveloppe aux bords rigides.

— Mes parents m'ont envoyé des photos.

Ron se pencha.

Les personnes ne bougeaient pas.

Il attendit encore quelques secondes avant de se rappeler que c'était normal.

Hermione sourit.

— Ma mère a imprimé celle-ci depuis son téléphone. C'est notre jardin.

On y voyait un rectangle de pelouse, une table et un massif de fleurs fanées. Harry regarda plus longtemps la porte vitrée derrière la table. Il imagina une maison dans laquelle Hermione pouvait entrer sans qu'on lui demande immédiatement ce qu'elle avait fait de mal.

— Ils ont lu ma lettre sur Halloween, dit-elle.

Ron cessa de regarder la photographie.

— Ils veulent que tu rentres ?

— Ils ont voulu parler à McGonagall. Elle leur a écrit. Puis j'ai eu un appel au bureau des relais.

Hermione rangea une mèche derrière son oreille.

— Ma mère m'a demandé trois fois si j'étais certaine de vouloir rester.

— Et tu es certaine ? demanda Harry.

Elle le regarda comme si la réponse aurait dû être évidente. Puis son expression changea.

— Oui. Mais j'ai eu peur. Je crois qu'il fallait que je lui dise les deux choses.

Ron baissa les yeux vers le catalogue.

— Ma mère aurait envoyé une lettre qui crie.

— Elle peut faire ça ? demanda Hermione.

— Tu n'as pas envie de savoir.

Harry sourit, puis reprit les photographies qu'elle lui tendait. Il les manipula par les bords, avec plus de soin que le livre sous la bruine.

Hermione sortit une dernière feuille de l'enveloppe. Ce n'était pas une photographie, mais une impression couverte de petits caractères.

— J'ai aussi demandé à mon père de chercher le nom sur Internet. Sans lui parler du reste.

Ron se pencha de nouveau.

— Et ?

— Il existe un Nicolas Flamel dans les livres d'histoire moldus. Un Français du Moyen Âge. On lui attribue des histoires d'alchimie, mais les notices le donnent mort depuis des siècles.

Harry prit la feuille. Il y avait une reproduction de maison ancienne, un titre et plusieurs adresses de sites imprimées en dessous.

— Hagrid parlait de quelqu'un qui travaille avec Dumbledore.

— Je sais, dit Hermione. C'est pour ça que je pense à un homonyme. Ou à quelqu'un de la même famille.

— Dumbledore est vieux, observa Ron.

— Pas à ce point.

Elle le dit avec assurance, puis regarda de nouveau la feuille.

Harry pensa aux portraits qui parlaient et au fantôme qu'il avait croisé avant le déjeuner. Depuis septembre, il avait appris à ne plus éliminer une idée uniquement parce qu'elle lui paraissait impossible.

— On devrait la garder quand même.

Hermione hocha la tête.

Elle glissa l'impression derrière leurs notes, sans la mettre dans la colonne des pistes écartées. La recherche leur avait donné une réponse ; ils ne savaient pas encore si c'était la bonne.

Les décorations de Noël commencèrent à apparaître au début de décembre.

D'abord une guirlande au-dessus d'une porte. Puis une branche de sapin dans l'embrasure d'une fenêtre, avec un petit oiseau de verre qui tournait la tête quand on passait. Hagrid fit entrer les premiers arbres une semaine plus tard. L'un d'eux refusa de franchir le hall jusqu'à ce que Flitwick replie deux de ses branches.

Les registres de vacances circulèrent dans les maisons.

Harry inscrivit son nom parmi ceux qui resteraient.

Il le fit vite, avant que quelqu'un lui demande s'il était sûr. La plume eut à peine le temps de sécher que Ron venait déjà lire par-dessus son épaule.

— Je reste aussi.

Harry leva la tête.

— Vraiment ?

— Mes parents vont voir Charlie. Percy reste, les jumeaux aussi. Ça leur évitera de mettre le feu à une chambre en Roumanie.

Harry regarda la ligne suivante.

Il aurait pu dire quelque chose de plus précis que « d'accord ». Ron sembla comprendre quand même.

Hermione partirait.

Elle leur promit une liste d'ouvrages qu'ils pourraient consulter pendant les vacances. Ron lui demanda si elle leur en voulait de quelque chose. Elle répondit qu'elle ne leur demandait pas de tous les lire avant Noël.

— Seulement avant ton retour ? demanda Harry.

Elle lui adressa un sourire dont il n'aurait pas imaginé l'existence en septembre.

— Ce serait un bon début.

Dracena reçut une lettre de Lucius le même jour.

Elle reconnut son écriture avant d'ouvrir le pli. Les phrases avaient cette régularité qui donnait même aux formules affectueuses l'air d'une décision déjà prise.

Il confirmait leur retour au manoir. Il attendait un compte rendu de leurs résultats. Plusieurs invités passeraient pendant les fêtes ; les enfants devraient se montrer disponibles et convenablement préparés.

Le dernier paragraphe ne citait pas Pansy.

Il évoquait seulement la nécessité de ne pas confondre l'indépendance d'esprit avec le plaisir de contredire publiquement des familles alliées.

Dracena relut la phrase trois fois.

Quelqu'un avait parlé.

Elle n'en fut pas surprise. Elle fut contrariée de l'être si peu.

Draco arriva pendant qu'elle repliait la lettre.

— Il t'a écrit ?

— Oui.

— Il m'a demandé de veiller à ce que tu ne te disputes pas avec tout le monde.

Elle le fixa.

— Il t'a demandé quoi ?

Draco leva une main.

— Je sais. Je sais très bien.

Elle sentit la colère lui monter au visage.

— Tu n'es pas mon surveillant.

— Je sais !

Leurs voix avaient attiré deux regards. Dracena les remarqua et baissa la sienne.

— Qu'est-ce que tu vas lui répondre ?

Draco tira une feuille de son sac.

— Que nous préparons les devoirs de vacances et que tu as eu une bonne note en sortilèges.

Elle resta silencieuse.

— C'est vrai, ajouta-t-il.

— Ce n'est pas ce qu'il t'a demandé.

Il lui adressa un regard familier, presque insolent.

— Tu n'es pas la seule à savoir répondre à côté.

Dracena baissa les yeux pour cacher son sourire.

Elle ne le remercia pas tout de suite. Plus tard, elle lui apporta le livre qu'il cherchait pour son devoir et le posa ouvert à la bonne page.

Il ne fit aucun commentaire.

Le dernier vendredi avant le départ, la bibliothèque se vida plus tôt que d'habitude.

Harry et Ron avaient renoncé à un ouvrage consacré aux inventeurs de chaudrons. Hermione classait leurs notes pour leur laisser celles qui pourraient servir. À quelques tables de là, Dracena attendait que madame Pince revienne avec un formulaire.

Elle voulait consulter après les vacances les anciennes affectations des salles, dans la mesure où les documents étaient accessibles aux élèves. Flitwick lui avait dit d'écrire une demande précise. Elle l'avait fait.

Madame Pince revint avec une feuille dont la moitié inférieure était déjà remplie.

— Il manque l'objet exact de votre recherche.

— Il est écrit ici.

— Vous avez écrit « comprendre les changements récents ». Ce n'est pas un objet exact.

Dracena sentit la lassitude remplacer sa colère habituelle.

— Les modifications des communications dans la galerie orientale.

La bibliothécaire la regarda au-dessus de ses lunettes.

— Cette documentation reste indisponible.

— Toute la documentation ? Même ancienne ?

— Les dossiers de cette galerie sont regroupés pendant les travaux de classement.

— Jusqu'à quand ?

— Jusqu'à ce que le responsable du fonds ait terminé.

Dracena reprit le formulaire.

Elle était venue avec une question meilleure que la précédente. Elle repartait avec la même réponse.

Près de la porte, Potter attendait Weasley, qui avait laissé tomber plusieurs feuilles. Il regarda le formulaire dans sa main.

— Ils refusent aussi les livres aux Malfoy ?

Elle s'arrêta.

— Seulement les questions intéressantes. Tu devrais être tranquille.

Il serra la mâchoire.

— Tu ne peux pas répondre normalement une fois ?

— Tu viens de me parler pour te moquer.

Il ne trouva pas de réponse immédiate.

Elle en éprouva une satisfaction brève et nette.

Puis Weasley se redressa, ses notes en désordre. Granger sortit derrière lui avec une pile de volumes. Potter lui prit spontanément les deux plus gros.

Dracena regarda le geste.

Il n'avait pas demandé si les livres étaient à lui. Il n'avait pas fait de remarque sur le poids. Granger ne l'avait pas remercié comme on remercie un domestique ou un camarade exceptionnellement serviable ; elle avait simplement gardé le reste et repris sa phrase.

Dracena détourna les yeux.

— Bonnes vacances, lança Granger, avec une politesse manifestement décidée à l'avance.

— À toi aussi.

Potter ne dit rien.

Dracena ne lui souhaita rien non plus.

Elle descendit l'escalier, son formulaire plié dans la main, en essayant de se rappeler à quel moment exactement cette année avait cessé de ressembler à celle qu'elle avait prévue.

Le samedi matin, les malles encombrèrent les couloirs.

Draco avait oublié un gant. Dracena le trouva dans la poche d'un manteau qu'il affirmait ne pas avoir utilisé. Tracey cherchait sa brosse ; Millicent essayait de fermer une malle sur une paire de chaussures qui refusait de disparaître sous le couvercle.

Pendant dix minutes, elles cessèrent toutes de s'inquiéter de la dignité de leur famille.

Dracena aida Tracey à attacher la sangle de son sac.

— Tu rentres loin ?

— Près de Manchester. Ma mère finit tard aujourd'hui. C'est mon oncle qui vient.

— Et l'atelier ?

Tracey releva les yeux.

— Quoi, l'atelier ?

— Celui où elle travaille. Vous en avez parlé chez Flitwick.

— Elle répare des objets enchantés. Des petits, surtout. Des réveils, des plaques chauffantes, des serrures. Parfois des miroirs.

Dracena regarda le sien, rangé dans son étui.

Elle avait imaginé un atelier de couture.

— Tu y vas pendant les vacances ?

— Oui. Je trie les pièces. Pourquoi ?

— Pour savoir.

Tracey la considéra un instant, puis sourit.

— Je te raconterai.

Dracena hocha la tête.

Cela lui parut une promesse assez étrange pour qu'elle la garde en mémoire.

Dans le hall, Draco l'attendait près de leurs bagages. Elle le rejoignit et referma sa cape. À travers les portes ouvertes, le parc brillait sous une neige fraîche.

Elle avait glissé ses notes sur les relais au fond de sa malle, entre un manuel et une robe pliée. Le formulaire refusé se trouvait à l'intérieur du carnet. Elle ne voulait pas le laisser ici, ni le montrer au manoir.

Draco lui tendit son gant.

— Tu allais l'oublier.

Elle le regarda, puis regarda sa propre main nue.

— Je vérifiais si tu étais attentif.

— Naturellement.

Ils sortirent ensemble.

Harry accompagna Hermione jusqu'aux marches du hall.

Ron portait son sac, en affirmant qu'il pesait autant qu'un troll de petite taille. Elle lui expliqua qu'elle avait laissé plusieurs livres dans son dortoir, ce qui ne le rassura pas.

Dehors, les élèves se rassemblaient avant le départ. Harry aperçut les jumeaux Malfoy près d'une malle noire aux ferrures brillantes. Dracena remontait son gant ; Draco disait quelque chose qui la fit lever les yeux au ciel.

Harry détourna la tête avant qu'ils le voient.

Hermione récupéra son sac.

— Vous m'écrivez si vous trouvez quelque chose.

— Même si on trouve seulement le dessert ? demanda Ron.

— Surtout si tu trouves une réponse dans un livre.

Elle hésita, puis leur adressa un sourire moins assuré.

— Bon Noël.

— Bon Noël, Hermione, dit Harry.

Ron répéta la formule. Ils la regardèrent descendre les marches et rejoindre les autres.

Le hall se vida progressivement.

Le bruit des malles s'éloigna, puis celui des voix. Quelqu'un referma une porte latérale. Le château parut grandir autour d'eux.

Ron s'étira.

— On fait quoi ?

Harry regarda le grand escalier, les guirlandes, le haut sapin près de l'estrade de pierre.

Il était resté.

Personne ne lui demanderait de quitter la pièce parce qu'il encombrait. Il n'aurait pas à regarder des cadeaux qu'il n'avait pas le droit de toucher. Il pourrait passer la matinée près du feu, si cela lui plaisait.

— Une partie d'échecs ?

Ron sourit.

— Tu vas encore perdre.

— Probablement.

Ils remontèrent vers la salle commune.

Derrière eux, une branche de sapin bougea dans le courant d'air. Le petit oiseau de verre tourna la tête vers la porte fermée, puis se remit à chanter.





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