Harry Potter et l'Autre Malfoy — Tome I

Chapitre 19 : CHAPITRE 18 — CE QU'ON NE PEUT PAS GARDER

6678 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 21/10/2026 17:28

Hagrid mit longtemps à ouvrir.

Harry entendit d'abord un choc sourd, puis quelque chose qui ressemblait à un juron étouffé. Crockdur aboya une fois. La voix du garde-chasse lui ordonna de se coucher ; le chien gémit avec l'air de trouver la demande déraisonnable.

La porte s'entrouvrit.

— Vous voilà.

La chaleur sortit avant lui.

Ron recula d'un demi-pas.

— Vous faites cuire quoi ?

— Rien. Du thé.

Harry regarda la bouilloire posée sur la table, vide.

Hagrid suivit son regard.

— J'allais en faire.

Il ouvrit davantage et les laissa entrer, puis tira le verrou derrière eux. Les rideaux étaient fermés. Dans l'âtre, un feu énorme faisait trembler l'air ; les vitres luisaient d'humidité malgré la douceur de l'après-midi. Crockdur s'était réfugié derrière une chaise et avait posé sa tête sur le seuil du placard.

Hermione retira sa cape.

— Vous allez avoir un malaise.

— Je supporte bien la chaleur.

Une goutte roula dans sa barbe.

Harry posa son sac près du mur. Sur le fauteuil, un livre ouvert montrait la coupe d'un œuf. Hagrid rabattit une couverture dessus avec le naturel d'un enfant qui cache un biscuit.

— Vous avez trouvé ce que vous cherchiez à la bibliothèque ? demanda Harry.

— À peu près. Asseyez-vous.

Personne ne s'assit.

Ron s'approcha de la cheminée.

— Harry.

Un objet noir reposait au milieu des braises, presque rond, traversé de petites bosses irrégulières. Harry le prit d'abord pour une pierre. Puis il vit l'une des bosses bouger.

— C'est vivant ?

Hagrid passa devant eux.

— Faites pas de gestes brusques.

Hermione ferma les yeux une seconde.

— Hagrid. Dites-moi que ce n'est pas un œuf de dragon.

Le garde-chasse regarda l'âtre avec une tendresse qui rendit toute réponse inutile.

Ils restèrent debout jusqu'à ce que Ron réclame une fenêtre ouverte.

Hagrid consentit à soulever le coin d'un rideau, puis renonça. Il ouvrit le haut de la porte du placard à la place, comme si cela pouvait apporter de l'air frais. Crockdur s'écarta en le regardant avec reproche.

— Où est-ce que vous l'avez trouvé ? demanda Harry.

— Gagné.

— Gagné comment ?

— Aux cartes. Au village.

Hagrid finit par s'asseoir. Le fauteuil gémit sous son poids et le livre glissa à terre. Hermione le ramassa.

La date d'édition était ancienne. Plusieurs passages portaient des annotations à l'encre ; l'une recommandait une méthode de nourrissage qu'une main plus récente avait barrée trois fois.

— Vous avez lu les corrections ?

— Bien sûr. Le vieux mélange, ça se fait plus. J'ai demandé le guide révisé aussi.

Il leur montra le second livre, plus mince, ouvert près de l'évier. Harry éprouva un soulagement disproportionné. Hagrid avait au moins pensé à cela.

Puis l'œuf bougea de nouveau.

— C'était quand ? demanda-t-il.

— Avant-hier soir.

— Et la personne vous l'a donné comme ça ?

— Il fallait gagner la partie.

Ron s'assit sur le bord d'une chaise.

— Charlie dit qu'on ne cède pas un œuf sans papiers. Même aux gens qui savent s'en occuper.

— Il y a des tas de gens qui ont des tas de papiers et qui savent pas reconnaître une créature malade.

— Mais vous avez les papiers ? insista Hermione.

Hagrid ne répondit pas.

Harry regarda ses mains. Elles étaient immenses, couvertes d'éraflures, capables de soulever une malle comme un sac de courses. Il se souvenait de la précaution avec laquelle elles avaient tenu la cage d'Hedwige. Il ne doutait pas que Hagrid puisse aimer un dragon. Le problème était ailleurs, et il ne savait pas comment le dire sans sembler ingrat.

— Qu'est-ce que vous allez faire quand il sera grand ?

— On a le temps.

— Combien ?

Hagrid tira sur sa manche.

— Ça dépend.

Hermione ouvrit le guide à la page marquée.

— Pas beaucoup, à ce que je lis.

Le garde-chasse tendit la main pour récupérer le livre. Elle le lui donna, mais continua :

— Il lui faudra un enclos, un régime adapté, des protections… Vous n'avez pas tout ça.

— Je connais des endroits.

— Ici ?

— Dans la forêt, y a de la place.

Ron leva la tête.

— Et des trucs à manger qui ne seront pas d'accord.

Crockdur se leva comme pour confirmer cette objection et traversa la pièce jusqu'à Harry.

Le garçon lui posa une main sur le crâne.

— Dumbledore est au courant ?

Le silence qui suivit leur apprit davantage que les réponses précédentes.

Hagrid se leva pour remettre une bûche.

— Je vais trouver une solution. Vous êtes venus pour me faire la morale ?

La phrase les prit de court.

— Non, dit Harry.

Il avait envie de dire qu'ils étaient venus parce qu'ils s'inquiétaient, mais cela ressemblait maintenant à une accusation.

— On peut vous aider à chercher, proposa Hermione.

— C'est gentil. Mais j'ai pas besoin que tout le château s'en mêle.

Il les regarda l'un après l'autre.

Harry comprit la demande sans qu'elle soit prononcée. Il pensa au géant debout dans la maison des Dursley, à la lettre, au premier cadeau de sa vie qui avait vraiment été choisi pour lui.

— On ne dira rien pour le moment, répondit-il.

Hermione tourna la tête vers lui.

Il ajouta :

— Mais il faut trouver.

Hagrid hocha la tête trop vite. Il avait retenu la première partie.

En remontant vers le château, Hermione marcha si rapidement que Ron dut lui demander de ralentir.

— Tu ne pouvais pas promettre pour nous, dit-elle à Harry.

— J'ai dit pour le moment.

— Il va entendre qu'on gardera le secret.

— Tu voulais qu'on aille directement le dénoncer ?

— Je voulais qu'on l'aide sans lui faire croire que tout va bien.

Harry s'arrêta.

— Je n'ai pas dit que tout allait bien.

Hermione le regarda, puis baissa les yeux vers ses chaussures couvertes de boue.

— Je sais.

Ron tira sur la sangle de son sac.

— Mon frère peut peut-être savoir quoi faire.

— Charlie ? demanda Harry.

— À moins que Percy ait caché une vocation. Je peux lui écrire. Pas pour lui demander comment garder un dragon dans une cabane. Pour savoir où on pourrait l'emmener.

Hermione acquiesça aussitôt.

Harry se retourna vers la fumée qui sortait du toit de Hagrid.

— D'abord, il faut convaincre Hagrid.

— Alors on recommence demain, répondit-elle.

Le lundi douze avril, Hedwige apporta un mot pendant le petit déjeuner.

Hagrid avait écrit trois lignes si inclinées qu'elles semblaient vouloir sortir de la feuille. L'œuf remuait, les premières fentes étaient apparues et ils pouvaient passer après les cours s'ils voulaient voir.

Ron lut par-dessus l'épaule de Harry.

— Après les cours ? Il sera déjà sorti.

— Nous avons botanique dans vingt minutes, dit Hermione.

— Les plantes peuvent attendre vingt minutes.

— Pas le professeur Chourave.

Harry replia le mot.

Derrière Ron, Draco s'était arrêté pour ramasser une plume tombée près du banc. Il se releva avec une lenteur inhabituelle.

Harry glissa le papier dans sa poche.

— À midi, dit-il.

Malfoy regarda sa main, puis son visage.

— Tu as peur que je lise tes invitations, Potter ?

— Je me demande surtout pourquoi elles t'intéressent.

Draco sourit.

— Il faut bien que quelqu'un vérifie ton orthographe.

Il repartit vers la table de Serpentard. Dracena l'attendait près de son assiette.

— Tu as ma plume ?

Il la lui tendit.

— Ils vont chez le garde-chasse à midi.

— Alors nous aurons la bibliothèque pour nous.

— Tu n'es pas curieuse ?

Elle détesta qu'il pose la question avec cette satisfaction.

— De la vie privée de Potter ?

— Tu le regardes chaque fois qu'il fait quelque chose de bizarre.

— Il en fait beaucoup.

Draco sourit davantage.

— Je vais voir.

— Tu as un devoir de potions à terminer.

— Toi aussi.

— Moi, je l'ai commencé.

Il prit une pomme et quitta la table.

Dracena le regarda partir. Elle aurait pu l'accompagner, sous prétexte de l'empêcher de se ridiculiser. Elle y pensa assez longtemps pour s'en agacer, puis ouvrit son livre.

Elle ne passa aucune ligne pendant plusieurs minutes.

Le dragon sortit avant qu'ils aient fini de reprendre leur souffle.

Hagrid avait installé l'œuf sur une plaque de pierre, au milieu de la table. Les fentes dessinaient des îles pâles sur la coquille. À l'intérieur, quelque chose frottait, s'arrêtait, recommençait. Harry retenait sa respiration sans s'en rendre compte.

Une pointe noire apparut.

La coquille se souleva brusquement et un morceau tomba contre la théière. Une aile mouillée se déplia, beaucoup trop grande pour le corps qui essayait de la suivre. Le dragon bascula sur le côté, poussa un cri aigu et se redressa en griffant la pierre.

Ron avait la bouche ouverte.

Hermione aussi.

Pendant quelques secondes, même elle oublia les questions raisonnables.

Le petit animal avait les flancs noirs, un ventre plus clair et une ligne de reliefs durs qui suivait son dos. Ses ailes portaient encore une pellicule brillante. Il tourna vers eux deux yeux orangés, cligna et mordit le premier morceau de coquille à sa portée.

Hagrid se mit à rire.

Ce n'était pas son rire habituel, énorme et chaleureux. Celui-ci était petit, presque incrédule.

— Regardez-moi ça.

Le dragon éternua.

Une gerbe d'étincelles tomba sur la manche de Ron. Il recula si vite que sa chaise heurta le mur.

Hagrid posa aussitôt un linge humide sur le tissu.

— Rien de grave. Faut pas se mettre devant son nez.

— J'étais là avant lui, répondit Ron, la voix plus haute qu'à l'ordinaire.

Harry rit nerveusement. Hermione se leva pour éloigner les livres.

Hagrid avait déjà préparé un récipient de nourriture selon le guide récent. Il le présenta au petit dragon avec une précaution qui contrastait avec la taille de ses doigts. L'animal attaqua le bord, puis trouva ce qu'il cherchait et se mit à avaler avec un bruit de succion.

— Il a faim, murmura Hagrid.

Harry regardait les pattes minuscules. Les griffes avaient l'air parfaites, finies, comme si le reste du dragon n'avait pas encore reçu l'autorisation de les rejoindre.

Il comprit à cet instant pourquoi Hagrid n'avait pas rendu l'œuf.

Comprendre rendit le problème plus difficile.

Un mouvement passa contre la vitre.

Harry leva les yeux.

Un morceau de visage disparut entre les rideaux.

Il se précipita vers la porte et l'ouvrit. Une silhouette courait déjà vers la pente, les cheveux très clairs sous le soleil.

— Malfoy !

Draco se retourna une seconde.

Harry ne vit pas s'il souriait.

Il n'en eut pas besoin.

Dracena trouva son frère dans le couloir des cachots, essoufflé et rayonnant.

— Qu'est-ce que tu as fait ?

— Rien.

— C'est ta tête de rien.

Il l'entraîna à l'écart, près d'une fenêtre qui donnait sur l'eau trouble du lac.

— Un dragon.

Elle le regarda.

— Quoi ?

— Le garde-chasse a un dragon dans sa maison. Potter était là avec les deux autres. Il vient de sortir de son œuf.

Dracena sentit le froid du mur contre sa main.

— Tu es certain ?

— Il avait des ailes et il crachait des étincelles. Je doute que ce soit une poule.

— Tu as regardé par la fenêtre ?

— Tu préfères parler de la fenêtre ?

Elle se tut.

Un dragon. Le mot occupait tout l'espace entre eux. Elle avait vu des illustrations, un morceau de cuir travaillé, une dent conservée dans une vitrine. Elle n'en avait jamais vu de vivant.

Draco remarqua son expression.

— Tu aurais dû venir.

— Il faut le dire à quelqu'un.

Son sourire disparut.

— Pas encore.

— Pourquoi ?

— Parce que Potter sait que je l'ai vu.

— Et ?

Draco attendit qu'elle comprenne.

Elle comprit. Cela lui déplut davantage qu'elle ne l'aurait cru.

— Tu veux le laisser avoir peur.

— Il n'avait qu'à ne pas cacher un dragon.

— Ce n'est pas lui qui le cache.

— Il est dedans jusqu'au cou.

Des élèves approchaient. Draco s'écarta de la fenêtre.

— Ne dis rien.

Dracena lui attrapa la manche.

— Ça grandit vite.

— Je sais.

— Il y a des gens qui descendent chez Hagrid.

— Il ne va pas le poser sur la pelouse.

Il se dégagea.

— Tu veux toujours savoir les choses avant tout le monde. Pour une fois que je sais quelque chose, tu pourrais me laisser faire.

La phrase atteignit exactement l'endroit qu'il cherchait.

Elle le laissa partir.

Pendant le cours, Rogue lui demanda deux fois de recommencer une mesure. Elle versa trop peu, corrigea trop vite et obtint une préparation plus trouble que celle de Draco.

Il n'en fit pas la remarque.

Ce silence lui donna l'impression pénible qu'il lui accordait une faveur.

Hagrid appela le dragon Norbert.

Il leur annonça le nom le mercredi, avec une fierté inquiète, comme s'ils pouvaient refuser. Norbert était occupé à déchirer une sangle fixée à un pied de table. Il avait déjà gagné plusieurs centimètres et n'appréciait pas qu'on déplace sa nourriture.

— C'est un bon nom, dit Harry.

— Il reconnaît ma voix.

Hagrid l'appela. Le dragon leva la tête, repéra le récipient dans sa main et bondit.

Hermione fit un pas en arrière.

— Il reconnaît surtout le repas.

— Ça commence comme ça.

La manche de Hagrid portait une marque noire. Le bord du rideau aussi. Crockdur avait choisi de vivre dehors.

Ron posa une feuille sur la table.

— J'ai écrit à Charlie. Il faut juste votre accord pour l'envoyer.

Hagrid cessa de sourire.

— J'ai dit que j'allais réfléchir.

— Il pourra réfléchir avec vous.

Le géant regarda la lettre sans la prendre.

Ron l'avait rédigée en classe d'étude, puis recommencée parce que Hermione lui avait fait remarquer qu'il demandait trois choses différentes dans la même phrase. Il expliquait l'œuf, l'éclosion, l'absence de documents et la cabane. Il n'avait pas nommé Hagrid dans la première version. Harry lui avait demandé de le faire : Charlie ne pourrait pas les aider avec la moitié de l'histoire.

— Il ne viendra pas le prendre sans nous répondre, dit Ron.

— Je veux pas qu'on le mette dans une cage quelque part.

Hermione regarda la sangle que Norbert mordait.

Hagrid suivit son regard et rougit sous sa barbe.

— C'est pour éviter qu'il se brûle aux choses qu'il renverse.

— Je sais, répondit-elle. Mais ici, vous allez devoir l'attacher de plus en plus.

Norbert tira sur la lanière. Le pied de la table gémit.

Hagrid lui gratta le dos avec un manche de bois. Le dragon se détourna assez longtemps pour essayer de le mordre.

— Charlie travaille dans une réserve, dit Ron. Il ne va pas lui apprendre à faire des tours. Il va lui apprendre à vivre avec les autres.

— Peut-être qu'il s'entendra pas avec les autres.

Harry leva les yeux vers lui.

Cette fois, Hagrid ne regardait plus le dragon.

— Il pourra apprendre, répondit le garçon.

Un long silence passa.

Puis Hagrid prit la lettre.

Il la lut lentement, avec le doigt sous les lignes, et signa en bas de la page.

Dracena attendit son frère au relais le vendredi soir.

Il devait parler à leur mère. Elle le savait parce qu'il avait demandé trois fois si son col était droit, tout en prétendant ne pas s'en soucier.

— Tu vas lui dire ? demanda-t-il en voyant sa sœur.

— Je ne sais pas.

— Tu ne sais jamais quand ça t'arrange.

Il posa son miroir sur le support. Le cuivre s'éclaira, puis resta sombre. Narcissa n'avait pas encore rejoint le sien.

Dracena croisa les bras.

— Il y a toujours le dragon ?

— Potter descend tous les jours. Je suppose.

— Donc tu ne sais pas.

— Pourquoi tu ne vas pas vérifier toi-même ?

Elle regarda le verre noir. Son propre visage y paraissait plus sévère qu'elle ne l'aurait voulu.

— Parce que je ne veux pas que tu transformes ça en…

— En quoi ?

Elle chercha le mot. Un spectacle. Une vengeance. Une chose qui pourrait devenir grave pendant qu'il s'amusait.

— En quelque chose qui nous retombera dessus.

Draco eut un petit rire sans joie.

— Voilà. C'est de ça que tu as peur.

— Et toi, de quoi tu as peur ? Qu'on s'occupe du dragon avant que Potter ait suffisamment tremblé ?

Le miroir s'éclaira.

Narcissa apparut au milieu de leur silence.

— Bonsoir.

Draco sourit immédiatement. Dracena sentit sa propre expression se recomposer une fraction de seconde plus tard.

Ils parlèrent des cours.

Puis des repas.

Puis des examens.

Narcissa leur demanda s'ils avaient quelque chose à ajouter.

Dracena sentit le regard de son frère sur sa joue.

— Non, mère.

À la fin de l'appel, elle resta devant le miroir vide.

Draco posa une main sur son bras.

— Merci.

Elle se dégagea.

Elle n'aimait pas être remerciée pour cela.

Le dimanche, Norbert mordit Ron.

Le garçon avait tendu trop près du museau le récipient que Hagrid lui demandait de poser. L'animal se retourna d'un coup, peut-être surpris par un bruit, peut-être seulement impatient. Les dents traversèrent la peau entre le pouce et l'index.

Ron cria.

Hagrid lâcha ce qu'il tenait et saisit le manche d'une cuillère pour écarter les mâchoires. Harry renversa une chaise en reculant. Hermione attrapa un torchon propre sur l'étagère.

Tout fut fini en quelques secondes.

Le sang, lui, continua.

— C'est rien, dit Hagrid. Il a eu peur. Faut pas…

— Ça fait mal ! cria Ron.

Le garde-chasse s'arrêta.

Il regarda la main, puis le visage de Ron.

Hermione avait déjà pressé le linge contre la plaie.

— À l'infirmerie. Maintenant.

Ron voulut protester. Il pensait à Hagrid, au dragon, à Malfoy. Cela se voyait dans la façon dont il regardait chacun d'eux avant de baisser les yeux.

— Maintenant, répéta Hermione.

Harry prit le sac de son ami et ouvrit la porte.

Hagrid resta une seconde immobile. Norbert s'était remis à manger, parfaitement indifférent.

— Je viens, dit-il enfin.

Madame Pomfresh ne demanda pas qui avait eu l'idée de garder un dragon dans une maison.

Pas tout de suite.

Elle fit asseoir Ron, examina la morsure, posa deux questions précises auxquelles Hagrid répondit en regardant le sol, puis se mit au travail. Une douleur plus vive traversa le bras du garçon lorsqu'elle appliqua la première potion ; Harry lui tendit l'autre main et Ron la serra si fort qu'il faillit lui faire aussi mal.

— Il restera cette nuit, déclara la guérisseuse.

— Mais mon devoir… commença Ron.

Elle le regarda.

— Survivra probablement.

Elle emmena Hagrid de l'autre côté d'un paravent. Harry n'entendit pas toutes les paroles, seulement quelques mots : déclaration, créature, directeur. Le géant répondit très bas.

Hermione s'assit près du lit. Ses mains tremblaient maintenant que celles de Ron étaient soignées.

— Je suis désolé, murmura-t-il.

— Tu n'as pas à être désolé d'avoir été mordu.

— Pour tout le reste.

Harry regardait le paravent.

Il ressentait une honte étrange, qui ne se laissait pas ranger. Il avait protégé Hagrid. Il avait aussi aidé Hagrid à continuer. Ces deux phrases racontaient les mêmes journées sans leur donner le même sens.

Le garde-chasse reparut avec les yeux rouges.

— La réponse de Charlie est arrivée ce matin, dit-il. J'allais vous la montrer.

Ron se redressa.

— Il peut le prendre ?

— Il a trouvé un centre d'accueil provisoire, en Écosse. Après, ils feront les papiers pour la réserve. Deux soigneurs passent samedi soir. Ils prennent en charge le transport.

Hermione ferma les yeux de soulagement.

— Vous avez prévenu Dumbledore ?

— Madame Pomfresh va transmettre. Je vais parler au professeur McGonagall.

Il serra sa casquette entre ses mains.

— J'aurais dû le faire avant.

Aucun des trois ne le contredit.

C'était la première fois que Harry laissait un silence aussi dur entre Hagrid et lui. Il eut envie de le remplir aussitôt, puis regarda la main bandée de Ron.

Hagrid se pencha vers le lit.

— J'aurais pas dû te laisser approcher avec le bol. Ni dire que c'était rien. C'était pas rien.

Ron avala sa salive.

— Vous allez le faire partir, alors ?

— Oui.

La voix du géant se brisa sur ce seul mot.

Le château ne sut pas tout.

Il en sut assez.

Dès le lundi, un avis interdit temporairement l'accès aux abords de la cabane. Le texte évoquait une opération concernant une créature magique et demandait de ne pas traverser les balises installées dans le parc. Il ne précisait ni l'espèce ni la cause.

Ce vide fut rempli avant la fin du petit déjeuner.

Un élève de Serdaigle affirma qu'Hagrid avait recueilli un loup-garou. Un troisième année de Poufsouffle parlait d'œufs d'acromentule. Les jumeaux Weasley proposèrent une limace de quatre mètres, puis prétendirent qu'elle était candidate au poste de préfet.

Draco ne riait pas.

Il lisait l'avis fixé près des portes.

— Tu leur as dit, souffla-t-il à sa sœur.

Dracena sentit la colère lui monter aux joues.

— Non.

— Alors pourquoi…

— Parce que les autres ont des yeux et un cerveau.

Elle aurait voulu lui annoncer qu'elle avait parlé, qu'elle avait pris la décision qu'il refusait de prendre. Au lieu de cela, elle devait se défendre de l'avoir fait.

Draco regarda vers la table de Gryffondor. Ron n'était pas à sa place.

Harry surprit son regard.

La façon dont il se leva suffit à faire reculer Dracena d'un pas pour laisser entre eux une distance raisonnable.

— Tu as quelque chose à dire ? demanda Harry.

— Il paraît que Weasley ne sait pas nourrir les animaux.

Le silence se fit autour d'eux.

Harry pensa à la main, au linge rouge, à Ron serrant les dents pendant les soins.

— Tu le savais depuis une semaine.

Draco ouvrit la bouche.

— Tu pouvais prévenir quelqu'un, continua Harry. Mais tu préférais attendre.

— Toi aussi, répondit Dracena.

Harry se tourna vers elle.

— Pardon ?

— Tu le savais aussi. Tu allais là-bas tous les jours. Ne fais pas comme si tu venais de découvrir le problème.

Le visage de Harry changea. Elle vit qu'elle l'avait atteint et éprouva une satisfaction immédiate, avant de penser à sa propre conversation avec Narcissa.

— Et toi ? demanda-t-il.

Elle ne répondit pas assez vite.

Harry eut un rire bref, sans amusement.

— Bien sûr.

— Potter…

— Vous allez bien ensemble, tous les deux.

Il repartit avant qu'elle puisse répondre.

Draco se rapprocha d'elle.

— Merci.

— Arrête de me remercier.

Elle quitta le hall si vite que son frère dut courir quelques pas pour la suivre.

McGonagall reçut Harry, Ron et Hermione le mardi, après la sortie de l'infirmerie.

Ron gardait la main dans une petite attelle et ne pouvait pas fermer complètement ses doigts. Il essayait de cacher cette difficulté en tenant son sac sous le bras.

La professeure avait devant elle la lettre de Charlie et un compte rendu de madame Pomfresh.

— Hagrid m'a expliqué comment vous aviez cherché une solution. La réserve a confirmé qu'un transport serait possible samedi. Vous avez aidé à organiser une prise en charge adaptée. C'est une bonne chose.

Harry releva la tête.

— Mais vous avez attendu, poursuivit-elle. Vous avez manipulé un animal dont aucun de vous ne connaissait les réactions. Et vous avez accepté qu'un adulte vous demande de porter une part de son secret.

— Il ne nous l'a pas vraiment demandé, dit Harry.

McGonagall le regarda.

Il se rappela les rideaux, les trois visages que Hagrid avait regardés l'un après l'autre, sa propre promesse.

— Pas avec ces mots-là, corrigea-t-il.

— Je lui parlerai de sa responsabilité. À vous, je demande de retenir ceci : vous pouvez aimer quelqu'un et refuser de l'aider à faire une erreur.

Hermione baissa les yeux.

Ron regarda sa main.

— Est-ce qu'il va être renvoyé ? demanda Harry.

— Cette question ne vous appartient pas. Ce que je peux vous dire, c'est que le directeur a pris les mesures nécessaires pour protéger les élèves et organiser le départ de l'animal. Vous n'irez plus à la cabane avant la fin de l'opération. Pas même pour rendre service.

Elle marqua une pause.

— En particulier pour rendre service.

Harry acquiesça.

Il pensait que ce serait facile.

Le samedi, Hagrid vint les trouver au déjeuner.

Il avait rasé une partie de sa barbe par accident en essayant d'en retirer une plaque brûlée. Cela se voyait surtout du côté gauche, où des mèches plus courtes formaient une marche. Il avait l'air épuisé.

— Je voulais vous remercier, dit-il.

Ron repoussa son assiette.

— Charlie a répondu encore ?

— Tout est confirmé. Ils viennent de nuit pour éviter les regards depuis la route. Le transport partira de la cour de service. Il leur faut de la place au-dessus, et les balises du parc gênent le passage avec la nacelle.

Hermione hocha la tête.

— Le professeur McGonagall sera là ?

— Avec le responsable des protections. Je dois mettre Norbert dans sa caisse avant vingt-deux heures. Après, c'est leur affaire.

Harry regarda le visage du géant.

— Vous pourrez lui dire au revoir ?

— Je vais rester jusqu'au départ.

Il sortit quelque chose de sa poche : un petit jouet grossièrement taillé, en bois sombre, avec quatre pattes trop épaisses.

— Je lui avais fait ça. Pour qu'il morde pas tout le reste.

L'un des côtés portait une entaille profonde.

— Ils m'ont dit de pas le laisser dans la caisse. Ça pourrait faire des éclats.

Il le tourna entre ses doigts, puis le rangea.

Harry sentit sa gorge se serrer.

— Il sera bien là-bas.

— Oui. Je sais.

Hagrid les regarda tous les trois.

— Vous aviez raison avant moi. Ça arrive aux adultes aussi.

Ron essaya de sourire.

— Vous nous écrirez quand Charlie donnera des nouvelles ?

— Je viendrai vous les raconter.

Il s'éloigna sans prendre de dessert.

Harry le suivit des yeux jusqu'à la porte.

Il n'avait pas imaginé que faire partir Norbert pourrait ressembler autant à abandonner Hagrid.

À vingt et une heures, Hermione trouva Harry devant le coffre ouvert au pied de son lit.

Elle était restée sur le seuil du dortoir après avoir appelé son nom depuis l'escalier. Ron, assis sur son matelas, tenait la cape d'invisibilité entre deux doigts.

— Je lui ai dit que c'était une mauvaise idée, annonça-t-il.

— Alors pourquoi tu l'as sortie ? demanda Hermione à Harry.

— Pour ne pas être vus.

— Ce n'est pas une réponse.

Il prit la cape.

— On n'approchera pas de Norbert. On restera près du passage couvert. Hagrid sera tout seul avant que les autres arrivent.

— Il nous a dit qu'il serait avec McGonagall.

— Après.

Hermione regarda Ron.

Il leva sa main bandée.

— Moi, j'ai déjà donné.

Harry replia le tissu sur son bras.

— Vous n'êtes pas obligés de venir.

Le silence qui suivit eut quelque chose de honteux. Il savait très bien ce que cette phrase faisait aux autres. Il l'avait prononcée quand même.

Hermione descendit une marche, puis s'arrêta.

— Tu lui as promis de ne plus aller à la cabane.

— Je n'y vais pas. Je vais dans la cour.

— Harry.

Il leva les yeux vers elle.

— Je veux juste qu'il nous voie avant de le laisser partir.

Hermione resta longtemps immobile.

Elle pensait à la manche brûlée, au jouet revenu dans la poche, au regard de Hagrid lorsqu'il avait admis son erreur. Elle pensait aussi à la phrase précise de McGonagall : en particulier pour rendre service.

— On reste derrière le passage couvert, dit-elle enfin. Et s'il y a quelqu'un, on rentre.

Ron soupira.

— Vous avez vraiment écouté tout ce qu'on nous a dit.

Harry ne répondit pas.

Il aurait préféré que Ron plaisante.

Draco attendit que Gemma Farley quitte la salle commune pour ranger son livre.

Dracena l'observait depuis le fauteuil voisin.

Il avait lu la même page pendant vingt minutes.

— Où vas-tu ?

— Me coucher.

Il prit la direction opposée aux dortoirs.

Elle se leva.

— Draco.

— Je reviens.

— Tu vas voir le dragon.

Il se retourna, agacé.

— Toute l'école en parle. Je veux au moins le voir partir.

— Tu l'as déjà vu.

— Pas dans les airs.

Elle baissa les yeux vers sa main. Il tenait le petit cadre offert par leur tante à Noël, capable de conserver quelques images mouvantes avant d'effacer la plus ancienne. Leur mère lui avait dit de le garder dans sa malle tant qu'il n'aurait pas demandé les autorisations nécessaires.

— Tu veux l'enregistrer.

— Une image d'un dragon, ce n'est pas un élève.

— Avec Hagrid à côté.

— Il n'avait qu'à pas en avoir un.

Dracena tendit la main.

— Donne-moi ça.

Il recula.

— Tu n'es pas ma mère.

La phrase claqua plus fort qu'il ne l'avait prévu. Deux élèves tournèrent la tête.

Dracena baissa la voix.

— Tu vas te faire prendre.

— Alors reste ici.

Il sortit.

Elle resta devant le passage, les mains vides.

Elle pouvait appeler Gemma. Dire ce qu'il emportait. Donner l'heure, la cour, son intention. Elle pensa à sa lettre déchirée, à sa mère devant le miroir, à Potter demandant : « Et toi ? »

Puis elle vit son frère disparaître au tournant.

Elle le suivit.

Elle se raconta qu'elle allait le ramener.

La cour de service se trouvait derrière les cuisines, au bout d'un passage voûté qui retenait l'odeur du pain même la nuit.

Harry et Hermione s'arrêtèrent avant la dernière arche. Une bande de lumière ambrée courait sur le sol, d'un mur à l'autre. Au-delà, des lanternes éclairaient un espace dégagé entre les bâtiments. Deux cordes épaisses étaient tendues autour d'un chariot bas.

La caisse reposait dessus.

Elle était plus grande que Harry ne l'avait imaginé.

Hagrid se tenait à côté, les bras ballants. Un homme en manteau de travail examinait une serrure. McGonagall parlait près de la porte opposée avec une femme qui portait des gants jusqu'aux coudes.

— Ils sont déjà là, murmura Hermione. On rentre.

Harry regarda Hagrid.

Le géant avait posé une main à plat contre le bois.

— Attends.

Norbert cogna de l'intérieur. La caisse vibra ; l'homme recula, puis ajusta une sangle. Hagrid dit quelque chose que Harry n'entendit pas.

Le garçon aurait voulu lever la main, simplement. Montrer qu'ils étaient là. Mais ils étaient sous la cape et il comprit, avec un retard humiliant, qu'être caché empêchait précisément le geste pour lequel il était venu.

Hermione lui toucha le bras.

Un bruit de pas résonna derrière eux.

Ils se plaquèrent contre le mur.

Draco apparut à l'entrée du passage, son cadre serré contre la poitrine. Dracena le suivait de près.

— Ça suffit, chuchotait-elle.

— Moins fort.

— Donne-le-moi.

Draco avança jusqu'à l'arche.

Harry sentit Hermione se raidir contre lui.

Une seconde plus tard, le cadre émit un petit déclic.

La bande ambrée s'éclaira brusquement.

L'homme près de la caisse releva la tête.

— Arrêtez cet appareil.

Draco recula, surpris. Dracena lui saisit le poignet. Il voulut dégager sa main et le cadre lui échappa.

Il rebondit sur le sol, glissa au-delà de la ligne.

Draco se pencha aussitôt pour le récupérer.

— Non ! lança Dracena.

La lumière vira au blanc.

Dans la caisse, Norbert poussa un cri strident. Le chariot trembla sous le choc. L'une de ses petites roues, mal immobilisée sur le pavé, tourna et l'ensemble avança d'une dizaine de centimètres avant que la sangle de retenue ne se tende.

Ce mouvement minuscule suffit.

Draco, déjà penché, se redressa en reculant vers la corde. Son talon la heurta. Il bascula en cherchant un appui qui n'existait pas.

Harry lâcha le bord de la cape et attrapa sa manche.

Dracena saisit l'autre bras.

Ils le tirèrent tous les deux vers le passage au moment où McGonagall levait sa baguette. Le chariot s'immobilisa complètement. Une seconde lumière, bleue celle-là, courut autour de la caisse et les cris de Norbert s'assourdirent.

— Personne ne bouge.

La voix de la professeure emplit la cour.

Harry avait un genou sur le sol. La cape pendait à son épaule. Hermione apparut derrière lui, le visage livide.

Draco regardait la caisse.

Dracena lui tenait encore le bras, si fort qu'il finit par essayer de desserrer ses doigts.

— Tu me fais mal.

Elle le lâcha aussitôt.

Puis elle leva les yeux vers Harry.

Il n'avait pas l'air fier. Il avait l'air furieux, et elle était furieuse aussi, sans savoir lequel d'entre eux elle voulait accuser en premier.

McGonagall traversa la cour.

— Dans le passage. Tous les quatre. Maintenant.

Ils ne dirent pas au revoir à Norbert.

Ils entendirent le départ.

Les soigneurs achevèrent de fixer la caisse sous une armature de transport. Les cordages produisirent un claquement sourd, puis la voix de la femme donna des consignes brèves. Une vibration traversa les pierres, suivie du bruit d'ailes qui n'étaient pas celles du dragon : les pans enchantés de la nacelle battaient lentement pour la stabiliser.

Harry aperçut une ombre monter entre les toits.

Hagrid resta dans la cour jusqu'à ce qu'elle disparaisse.

McGonagall avait confié la surveillance des élèves à Rusard, arrivé en tenant Neville par l'épaule.

Harry le regarda, stupéfait.

— Neville ?

— Je vous ai vus partir, murmura-t-il. Ron m'a dit de rester. Mais j'ai entendu Malfoy parler du cadre dans l'escalier et j'ai pensé…

Rusard resserra sa prise.

— Vous aurez le temps d'expliquer vos pensées.

Neville baissa la tête.

Hermione ferma les yeux.

Harry sentit le poids de la cape roulée dans ses mains. Elle lui paraissait maintenant beaucoup trop visible.

Hagrid vint jusqu'à l'arche.

— Harry…

McGonagall le rejoignit.

— Pas ce soir.

Il regarda les cinq enfants, puis le cadre posé sur la table près du mur. Son visage se défit.

— Je leur avais dit de pas…

— Je sais, Hagrid.

Elle le dit sans dureté.

Le géant hocha la tête et repartit vers le parc.

Harry n'avait jamais vu ses épaules paraître aussi basses.

Dans le bureau, McGonagall posa le petit cadre devant Draco.

Le verre était blanc.

— Les protections empêchent l'enregistrement dans une zone de transfert. Vous aviez été avertis de ne pas approcher. Vous avez tenté de franchir la limite pour récupérer un objet.

— Je ne savais pas que ça ferait…

— C'est précisément pour cela que les limites existent, monsieur Malfoy.

Draco se tut.

Elle se tourna vers Dracena.

— Vous saviez où allait votre frère.

— J'essayais de le ramener.

— Avez-vous prévenu votre préfète ?

Dracena regarda le bord du bureau.

— Non.

— Vous avez donc choisi de le suivre et de régler cela seule.

Le mot choisi resta dans la pièce.

McGonagall demanda à Neville de raconter ce qu'il avait fait. Il expliqua le départ de Harry et Hermione, l'intention de prévenir Harry, le mauvais couloir, Rusard. Sa voix se brisa au milieu d'une phrase, mais la professeure le laissa finir.

Puis elle regarda les deux derniers.

Harry ne tenta pas de parler de la cabane, de la cour ou de la différence entre les deux.

— Vous nous aviez dit de ne pas venir, dit-il.

— Oui.

— Je voulais voir Hagrid.

— Et vous, miss Granger ?

Hermione avait les mains croisées si serrées que ses phalanges étaient blanches.

— J'aurais dû rester. Ou vous prévenir qu'il voulait sortir.

— Vous auriez surtout dû refuser de participer.

Harry voulut intervenir. Hermione secoua légèrement la tête sans le regarder.

McGonagall prit une feuille.

Elle retira trente points à chacun d'eux pour la sortie après le couvre-feu et la présence dans un secteur fermé. Elle ajouta vingt points pour Draco, qui avait tenté l'enregistrement et franchi la balise. Il ouvrit la bouche en entendant le total perdu par Serpentard ; sa sœur lui lança un regard qui le fit renoncer.

— Vous aurez également une retenue. J'en fixerai les modalités avec vos directeurs de maison. L'appareil restera confisqué jusqu'à ce que vos parents aient répondu. La cape, Potter, sera déposée dans mon bureau chaque soir jusqu'à nouvel ordre.

Harry hocha la tête.

Il la posa sur le bois.

La main de son père avait peut-être fait le même geste un jour. Cette pensée lui fit plus mal que la perte des points.

McGonagall attendit qu'ils se lèvent.

— Un dernier point. Tirer votre camarade hors de la trajectoire de la caisse était le bon geste. Cela n'efface pas les décisions qui vous ont tous conduits là.

Harry ne regarda pas Draco.

Dracena non plus.

Rogue les attendait au bas de l'escalier des cachots.

Draco commença immédiatement :

— Professeur, Potter était sous une cape et…

— Le professeur McGonagall m'a donné son compte rendu.

Le garçon s'arrêta.

Rogue les observa l'un après l'autre. Le malaise familier le traversa lorsqu'il posa les yeux sur Dracena, aussi brusque et inexplicable que les fois précédentes. Son expression ne changea pas. Il poursuivit sur le même ton :

— Vous avez offert à votre maison une perte de points considérable et à vos camarades un sujet de conversation dont ils se passeront difficilement. Vous expliquerez votre conduite par écrit demain matin.

— Tous les deux ? demanda Draco.

— Vous êtes deux devant moi.

Dracena garda les yeux levés.

— Oui, monsieur.

Rogue leur indiqua le passage.

Ils marchèrent côte à côte jusqu'à l'entrée de la salle commune. Derrière le mur, des voix riaient encore. Les sabliers n'avaient pas attendu leur retour pour annoncer le résultat de la soirée.

Draco s'arrêta.

— Tu n'étais pas obligée de venir.

Elle le regarda.

— Je sais.

Il chercha une autre phrase.

— Tu aurais pu me laisser.

La colère de Dracena revint d'un seul coup, si forte qu'elle sentit ses yeux la piquer.

— C'est ça, ton idée ? Que je te laisse tomber pour te montrer que j'avais raison ?

— Ce n'est pas ce que j'ai dit.

— Alors ne le dis pas comme ça.

Il baissa les yeux vers sa manche froissée.

Les marques des doigts de Harry avaient disparu. Celles de Dracena aussi.

— J'ai cru que la caisse venait sur moi, murmura-t-il.

Elle regarda son frère. Il ne jouait plus à être vexé. Il revoyait le mouvement du chariot, le bois, le bruit venu de l'intérieur.

— Elle s'est arrêtée.

— Je sais.

Elle lui arrangea le col d'un geste brusque.

— Ne refais pas ça.

Il ne répondit pas.

Ils entrèrent ensemble.

Ron était réveillé quand Harry revint.

Il s'assit sur son lit en voyant Neville derrière lui.

— Vous êtes tous pris ?

Harry acquiesça.

Ron regarda leurs mains vides.

— Et Norbert ?

— Parti.

Le soulagement passa sur son visage avant qu'il puisse le cacher.

Neville gagna son lit sans parler. Harry l'appela.

— Je suis désolé.

Neville s'arrêta, une main sur le rideau.

— Je voulais juste te prévenir.

— Je sais.

— Tu aurais pu me dire de ne pas venir.

Harry pensa à Ron, qui l'avait dit. À Hermione, qui l'avait dit avant de changer d'avis. À McGonagall, qui l'avait dit sans ambiguïté.

— Tu aurais dû les écouter, répondit-il doucement. Moi aussi.

Neville hocha la tête. Il tira le rideau sans le fermer tout à fait.

Harry s'assit sur son propre lit.

Ron ne lui demanda pas de raconter la cape, les points ou les Malfoy. Il resta un moment près de lui, puis posa sur sa couverture un biscuit conservé du dîner.

Harry le prit.

Il n'avait plus envie de croire qu'une bonne intention rendait le reste plus simple.

Dehors, la nuit ne portait plus aucun bruit de dragon.


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