Harry Potter et l'Autre Malfoy — Tome I
Chapitre 23 : CHAPITRE 22 — CE QUI ATTENDAIT DANS LE MIROIR
4312 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 21/10/2026 17:30
Quirrell ne bégayait pas.
Ce fut la première chose que Harry remarqua, avant la baguette pointée vers lui, avant le miroir dressé au fond de la salle, avant même de comprendre que l'homme dont il avait eu pitié depuis des mois le regardait sans la moindre surprise bienveillante.
— Vous auriez dû rester en haut.
Harry s'arrêta à deux pas des flammes.
La chaleur ne le touchait pas encore. Le froid de la potion persistait dans ses jambes, mais il sentait déjà ses doigts retrouver leur température ordinaire.
— Où est Rogue ?
Quirrell eut un mouvement de bouche qui ne devint pas tout à fait un sourire.
— Occupé à chercher un intrus près du portail. Avec beaucoup d'application, j'imagine.
Harry regarda autour de lui.
La salle était plus haute que les précédentes. Deux colonnes soutenaient une voûte basse au centre et plus sombre sur les côtés. Le miroir du Riséd reposait entre elles, sur un socle de pierre. Ses pieds sculptés avaient la même forme, les lettres au sommet du cadre la même façon de se confondre avec les ornements.
Harry sentit un souvenir de Noël lui serrer la poitrine.
Quirrell suivit son regard.
— Vous connaissez cet objet.
Ce n'était pas une question.
Harry serra sa baguette.
Quirrell fit un geste bref.
Le bois lui échappa et alla frapper le sol près du mur. Dans le même mouvement, une corde se referma autour de ses bras et de son torse. Harry recula, trébucha et heurta la pierre du talon.
— Restez là.
Il ne pouvait plus rapprocher ses mains.
Sa baguette était à plusieurs mètres.
Les flammes derrière lui redevenaient chaudes.
— C'est vous, dit-il.
Les deux mots ne lui apprirent rien. Il avait besoin de les entendre pour déplacer dans sa tête toutes les images qui s'étaient accumulées autour du mauvais homme.
Quirrell retourna devant le miroir.
— Vous avez vraiment mis longtemps.
Harry pensa au balai.
À Hermione courant dans la tribune.
Au professeur assis sur le banc, renversé sur le côté lorsqu'elle était passée.
— Le match…
Quirrell ne se retourna pas.
— Une distraction. Je ne pensais pas qu'il faudrait autant de temps pour vous faire lâcher ce manche.
Harry sentit le froid de la potion disparaître d'un seul coup.
— Vous avez essayé de me tuer.
— Oui.
Le mot ne portait aucune colère.
C'était pire.
— Rogue lançait un contre-sort, poursuivit Quirrell. Il a toujours eu un talent irritant pour rester concentré lorsqu'on souhaitait qu'il regarde ailleurs. Votre amie m'a heurté en courant vers lui. Le charme s'est rompu. Ensuite, tout le monde s'est mis à examiner le balai et à parler des protections du terrain.
Harry revit les lèvres de Rogue, sa robe en feu, le souffle court de Hermione lorsqu'elle était revenue.
Chaque fait était à la même place.
L'histoire, elle, avait changé entièrement.
— Il savait ?
— Il soupçonnait. C'est différent. Il voulait me faire parler, me surprendre, trouver une preuve qu'il pourrait présenter à Dumbledore.
Quirrell passa la main derrière le cadre du miroir.
— Et vous lui avez beaucoup facilité la tâche en venant raconter nos conversations.
Harry tira sur les cordes. Elles se resserrèrent.
— Alors pourquoi vous êtes encore ici ?
Le professeur leva enfin les yeux.
— Parce que je travaille ici. Parce que j'ai les mêmes droits de passage que les autres enseignants dans beaucoup de couloirs. Parce qu'on peut être interrogé sur un soupçon sans être immédiatement emprisonné. Et parce que votre directeur a voulu comprendre avant de frapper.
Il s'approcha d'un pas.
— Vous auriez préféré qu'il arrête Rogue sur votre parole ?
Harry ne répondit pas.
Quirrell retourna au miroir.
Il avait posé une question juste pour en faire quelque chose de sale.
Harry essaya de réfléchir à ce qu'il pouvait encore faire.
Ses mains étaient prises. Il ne savait pas rompre une corde enchantée. Il ne pouvait pas traverser le feu sans potion, ni retrouver sa baguette sans attirer l'attention.
Il pouvait parler.
Il pouvait regarder.
Il pouvait gagner quelques secondes, puis quelques autres.
— C'était vous, dans la forêt.
La main de Quirrell s'immobilisa contre le cadre.
— Le centaure est arrivé au mauvais moment.
Harry sentit sa gorge se contracter.
La licorne revint devant lui, blanche sur la terre noire.
— Et l'arbre ?
— Une branche fragilisée se brise assez facilement. Je voulais éloigner les adultes de la piste. Vous vous êtes retrouvés du mauvais côté.
Harry pensa à Hermione derrière le feuillage, au cri de Draco, aux mains de Dracena sur le visage de son frère.
Ils auraient pu être écrasés.
Quirrell disait cela comme s'il décrivait un chemin mal choisi.
— Vous saviez qu'on était là.
— J'avais entendu le chariot.
Harry ferma les yeux une seconde.
Il avait imaginé une chose monstrueuse, dans la forêt. Quelque chose qui ne comprenait pas ce qu'étaient les enfants, les familles, les soirées ordinaires.
L'homme devant lui avait corrigé leurs copies.
Il savait exactement.
Quirrell frappa le miroir du bout de sa baguette.
Le verre émit un son clair, sans se fissurer.
— Je vous ai vu sortir de cette pièce après Noël, dit-il. Vous aviez l'air de quitter quelqu'un. Qu'avez-vous regardé ?
Harry ouvrit les yeux.
— Mon reflet.
— Ne me faites pas perdre patience.
Le professeur leva la baguette.
La corde se contracta autour de la poitrine de Harry. Le garçon essaya de reprendre son souffle et n'y parvint qu'à moitié.
Quirrell attendit.
— Mes parents, réussit-il à dire.
La pression se relâcha un peu.
— Voilà. Ce n'était pas difficile.
Harry baissa la tête.
Il aurait voulu pouvoir reprendre ces mots. Ne pas avoir donné ses parents à cet homme, même sous la forme d'une information.
Quirrell revint devant le miroir.
— Moi, je vois ce que je dois accomplir. La Pierre. La récompense. Pourtant, je ne peux pas la prendre.
Il approcha le visage du verre, puis se recula brusquement, irrité.
Harry regarda ses épaules.
Le professeur était nerveux maintenant. Pas comme en classe. Ses gestes devenaient trop courts, sa respiration trop rapide. Il ne jouait plus l'inquiétude : il la cachait mal.
Quelqu'un lui faisait peur.
La pensée traversa Harry avant qu'il ait entendu la voix.
— Cesse de tourner autour.
Le son ne venait d'aucun endroit où Harry pouvait regarder.
Il était faible, presque sans souffle, et pourtant la salle sembla se refermer autour de lui.
Quirrell se raidit.
— J'essaie, maître.
Harry sentit sa cicatrice brûler.
Il chercha une autre porte. Une alcôve. Une forme derrière les colonnes.
Il ne vit rien.
— Tu regardes ce qu'il refuse de te donner, poursuivit la voix. Fais regarder l'enfant.
Quirrell tourna la tête vers Harry.
Pour la première fois, il parut vraiment le découvrir dans la pièce.
— Oui.
Il leva sa baguette.
Les cordes glissèrent jusqu'aux poignets de Harry, laissant ses bras libres mais ses mains encore liées devant lui. Quirrell le prit par le haut de la robe, à distance de son cou, et le poussa vers le miroir.
Harry trébucha contre le socle.
— Regardez.
Il ferma les yeux.
— Regardez, Potter.
La baguette pressa son épaule.
Harry ouvrit les yeux.
Il ne vit pas ses parents.
Il se vit lui-même, plus pâle encore que dans son souvenir, avec les cordes aux poignets et la robe tachée de terre. Derrière son reflet, il n'y avait ni Quirrell ni les flammes.
Il pensa à Ron.
À Hermione dans les couloirs.
À la porte ouverte de la galerie, à tout ce qu'elle laisserait passer si la Pierre sortait d'ici.
Son reflet baissa les yeux.
Harry suivit le mouvement.
Une pierre rouge reposait dans la main de l'autre Harry. Elle n'était pas grande. Pas plus impressionnante qu'un morceau de verre sombre poli par l'eau. La lumière semblait pourtant s'y arrêter avant de ressortir, comme si elle devait y traverser une profondeur impossible.
Le reflet referma les doigts.
Puis il glissa la Pierre dans la poche intérieure de sa robe.
Harry sentit un poids tomber contre sa poitrine.
Il faillit bouger.
Ce fut l'effort le plus difficile de sa vie de rester immobile.
— Qu'est-ce que vous voyez ? demanda Quirrell.
Harry regarda son propre visage dans le verre.
Le reflet n'avait plus rien dans les mains.
Il pensa à ce qu'il pouvait dire sans regarder la poche.
— Mes parents.
— Encore ?
— Ils sont derrière moi.
Quirrell se pencha, comme s'il pouvait les apercevoir sous le même angle.
Harry continua, la bouche sèche :
— Ma mère a une main sur mon épaule.
Il connaissait cette image. Il n'avait pas besoin de l'inventer. Le souvenir de Noël lui donna assez de vérité pour tenir son mensonge debout.
Quirrell l'écarta d'un geste brusque.
— Inutile.
Harry recula vers la colonne.
La Pierre pesait contre lui.
Il avait réussi à la trouver.
Il était maintenant beaucoup plus dangereux de la perdre.
De l'autre côté du feu, Hermione retrouva Ron avec les yeux entrouverts.
Il essaya de se relever en la voyant et gémit aussitôt.
— Ne bouge pas.
— Harry ?
Elle s'agenouilla près de lui.
— Il a continué. Je dois te remonter.
Ron ferma les yeux.
Elle lui posa une main sur la joue pour le forcer doucement à la regarder.
— Tu restes avec moi. D'accord ?
— J'essaie.
Elle alla chercher un balai dans la salle des clés. Les petites créatures de métal continuèrent à voler au-dessus d'elle avec une indifférence insupportable. Elle prit aussi celui qu'Harry avait utilisé et le fit glisser jusqu'à l'échiquier.
Ron ne pouvait pas s'asseoir droit.
Hermione essaya de fixer la cape autour de lui pour l'empêcher de tomber, puis renonça : le tissu disparaissait à moitié sous ses mains et elle avait besoin de voir chaque nœud.
Elle utilisa leurs ceintures.
— Ça va tirer sur ton épaule.
— Elle a déjà donné son avis.
Il tenta de sourire.
Hermione sentit ses yeux se remplir et se mit en colère contre les larmes.
Elles attendaient.
Tout attendrait.
Elle prit le manche derrière lui, passa un bras autour de sa taille et souleva le balai à quelques centimètres du sol.
Le premier mouvement les fit basculer.
Elle reposa aussitôt les pieds.
— Je ne suis pas assez bonne pour ça, souffla-t-elle.
Ron ouvrit les yeux.
— Alors ne vole pas haut.
Elle regarda le couloir.
Il avait raison.
Elle n'avait pas besoin de devenir une excellente joueuse de Quidditch. Elle avait besoin de parcourir quelques mètres, puis quelques autres, sans le lâcher.
Elle recommença.
Dans le hall, Gemma trouva Percy qui remontait vers les étages résidentiels.
Ils parlèrent en même temps.
Puis la préfète le prit par le bras.
— Les relais ne répondent plus. Pas seulement les nôtres.
Percy regarda le cuivre près de la porte.
Il venait d'essayer celui de Gryffondor.
— Il faut prévenir Flitwick.
— Je le cherche.
Seamus descendit l'escalier en courant.
Il tenait une lettre froissée.
— Harry est parti. Ron et Hermione aussi. Neville…
Il s'arrêta pour respirer.
Percy lui prit la feuille.
— Qu'est-ce qu'il y a avec Neville ?
— Ils l'ont immobilisé. Je l'ai réveillé avec la formule. Il veut voir McGonagall.
Le visage de Percy changea à la lecture des premières lignes.
Il ne reprocha pas à Seamus de courir.
— Reste avec lui. Ne les suivez pas. Gemma, viens.
Ils traversèrent le hall jusqu'à une petite porte que les élèves n'utilisaient jamais. Derrière, une cloche de métal pendait au bout d'une poignée de bois.
Percy tira trois fois.
Le son n'était ni élégant ni magique.
Il fut entendu.
— Il ment.
La voix fit arrêter Quirrell au milieu de son mouvement.
Harry sentit la Pierre devenir brûlante, bien qu'elle n'ait pas changé de température.
— Il a quelque chose, ajouta la voix.
Quirrell regarda les poches de sa robe.
Harry recula encore d'un pas.
— Donnez-la-moi.
— Je n'ai rien.
Le professeur leva sa baguette.
Harry pensa qu'il allait mourir avant d'avoir même essayé de courir.
— Attends, dit la voix.
Quirrell s'immobilisa.
Un silence passa.
Puis :
— Je veux qu'il me voie.
Le professeur parut chercher une objection et n'osa pas la formuler. Il leva lentement les mains vers son turban.
Harry cessa de regarder la baguette.
Il regarda le tissu se défaire.
Une bande tomba, puis une autre. Le crâne de Quirrell apparut, pâle sous la lumière. Le professeur se tourna.
Harry sentit ses jambes se vider de leur force.
Le visage était là où aucun visage ne devait se trouver.
Il ne ressemblait pas à un masque posé sur une tête. La peau en faisait partie, étirée autour d'yeux rouges trop attentifs et d'une bouche mince qui bougea avant que Harry ait pu détourner le regard.
— Tu m'as coûté beaucoup de temps.
La cicatrice lança si violemment que Harry se mordit l'intérieur de la joue.
Il savait le nom.
Il le savait avant que le visage le prononce.
Il avait cru que savoir l'aiderait.
— Voldemort, souffla-t-il.
La bouche s'étira.
— Au moins, tu n'emploies pas les petits détours de ceux qui ont peur de leurs propres mots.
Harry recula jusqu'à toucher la colonne.
Il n'avait aucune réponse à donner. Sa peur n'était pas dans le nom. Elle était dans cette présence qui connaissait son visage depuis avant ses souvenirs.
Voldemort le regarda avec une curiosité froide.
— Ils t'ont caché, puis ils t'ont fait venir ici. Et tu as fini par apporter ce que je cherchais.
Harry secoua la tête.
— Vous ne l'aurez pas.
— Tu n'as même pas compris ce que tu tiens.
— Je sais ce que vous voulez en faire.
Le visage changea légèrement.
Harry sentit Quirrell respirer de l'autre côté du crâne. Deux présences, un seul corps. L'une attendait. L'autre tremblait.
— Tu as vu ton professeur dans la forêt, dit Voldemort. Il m'a maintenu parmi les vivants. Pour cela, il lui a fallu accepter certaines choses.
Harry regarda les mains de Quirrell.
Elles étaient propres maintenant.
Il en eut la nausée.
— La licorne n'avait rien fait.
— Elle possédait quelque chose dont j'avais besoin.
La réponse fut si simple que Harry ne trouva rien à lui opposer. Elle contenait toute l'horreur sans avoir besoin de la défendre.
Il pensa aux noms dans les livres d'histoire. Aux visages qu'il n'avait jamais vus.
— Mes parents aussi ? demanda-t-il.
Voldemort se tut une seconde.
— Ils se sont placés entre moi et mon but.
Harry sentit sa peur rencontrer quelque chose de plus dur.
— J'étais un bébé.
— Oui.
Cette fois, le mot eut la netteté d'une porte fermée.
Voldemort ne cherchait pas à lui faire croire qu'il avait eu tort d'avoir peur. Il lui montrait qu'il ne trouvait aucune raison de s'en soucier.
— Écoute-moi, reprit le visage. Tu peux sortir vivant de cette salle. La Pierre ne te rendra pas tes parents. Elle ne te donnera rien que tu saches utiliser. Remets-la et pars.
Harry pensa à la petite salle de Noël, au miroir qui lui avait donné pendant quelques nuits l'impression d'avoir retrouvé une famille.
Il aurait voulu que sa mère soit derrière lui maintenant.
Pas dans un reflet.
Une vraie main sur son épaule.
La douleur de ce désir lui traversa la poitrine si vivement qu'il eut l'impression de comprendre le miroir une seconde fois.
Il n'y avait personne derrière lui.
Il devait répondre quand même.
— Vous me laisserez partir ?
Voldemort sembla attendre une victoire.
— Si tu m'obéis.
Harry regarda le bois de sa baguette, loin près du mur.
Puis le sol entre la colonne et le miroir.
— Vous avez dit ça à ma mère ?
La bouche se contracta.
Quirrell fit un petit mouvement, comme s'il avait entendu une erreur.
Voldemort reprit d'une voix plus basse :
— Ta mère a eu une occasion de s'écarter.
Harry sentit son souffle s'arrêter.
— Elle ne l'a pas fait, poursuivit le visage. C'était son choix.
Une partie de Harry voulut s'accrocher à ces mots parce qu'ils parlaient d'elle. Une autre comprit que Voldemort les utilisait pour lui faire porter quelque chose.
— C'est vous qui l'avez tuée.
Il ne cria pas.
Il n'en avait plus assez d'air.
Mais cette phrase-là était à lui.
Le visage cessa de sourire.
Quirrell se retourna d'un coup.
Il tendit la main vers la robe de Harry.
Le garçon pivota contre la colonne. Les doigts du professeur rencontrèrent son poignet nu.
Quirrell cria.
Il le lâcha si vite que Harry perdit l'équilibre et tomba sur le côté.
La corde qui liait ses poignets se desserra pendant une fraction de seconde, juste assez pour qu'il puisse écarter les mains.
Harry regarda Quirrell.
Le professeur tenait ses doigts devant lui. Des plaques rouges apparaissaient sur la peau, comme une brûlure qu'on regarderait se former.
— Qu'avez-vous fait ?
Harry ne savait pas.
La cicatrice lui faisait si mal qu'il voyait le bord de la pièce se dédoubler.
Voldemort ordonna quelque chose derrière la tête de Quirrell. Le professeur leva sa baguette.
Harry roula vers le socle du miroir.
Le sort frappa la colonne à l'endroit où sa poitrine se trouvait un instant auparavant. Un éclat de pierre lui coupa la joue.
Il rampa derrière le pied sculpté.
La Pierre était toujours dans sa poche.
Quirrell contourna le miroir. Harry vit ses chaussures, puis ses genoux. Il tira de toutes ses forces sur la corde et sentit une boucle glisser au-dessus de son pouce.
Il libéra une main.
Le professeur se pencha.
Harry attrapa son poignet.
Le cri recommença.
Cette fois, il comprit quelque chose, sans comprendre pourquoi.
Le contact faisait mal à l'autre.
Il n'était pas invincible. Il était à terre, désarmé, presque aveuglé par sa cicatrice. Mais il pouvait empêcher cette main de le tenir.
Il serra.
Quirrell essaya de se dégager, le frappa de son bras libre et le projeta contre le socle. Harry lâcha sous le choc.
L'air sortit de ses poumons.
— Ne le touche pas ! ordonna la voix de Voldemort.
Harry aurait voulu rire de l'entendre donner cet ordre.
Il n'arrivait même pas à respirer.
Au-dessus de lui, Hermione atteignit la pièce du Filet du Diable avec Ron appuyé contre son épaule.
Elle avait avancé le balai au ras du sol. Elle s'était arrêtée trois fois pour vérifier qu'il répondait encore. Il avait parlé de ses frères, puis demandé où étaient ses chaussures, qu'il portait toujours. Cela l'avait effrayée davantage que ses plaintes.
La corde pendait au-delà des plantes.
Hermione releva sa flamme bleue.
Les tiges reculèrent, mais elle ne pouvait pas tenir le sort, le balai et Ron en même temps.
Elle posa le garçon sur une zone de pierre, près du mur.
— Je reviens tout de suite.
Il saisit sa manche.
— Pas seul.
Elle s'arrêta.
— Je ne pars pas. Je prépare le passage.
Elle fixa sa baguette entre deux pierres pour maintenir la lumière dans la bonne direction, puis tira le second balai jusqu'à la corde. Le chien remuait au-dessus. La flûte lui paraissait absurdement petite dans sa poche.
Un bruit de pas retentit en haut.
Hermione se figea.
— Qui est là ?
Une lumière descendit dans le trou.
— Miss Granger ?
McGonagall.
Hermione sentit ses jambes trembler si fort qu'elle dut poser une main contre le mur.
— Ron est blessé. Harry a continué. Il y a des flammes et quelqu'un a changé les instructions et…
— Regardez-moi. Je vais descendre.
La voix de la professeure avait pris une netteté qui coupa les phrases inutiles.
— Vous êtes blessée ?
— Non. Je ne crois pas.
— Bien. Éloignez-vous de la verticale.
Une lumière blanche repoussa les plantes. McGonagall descendit sans utiliser la corde, lentement, comme portée par un escalier invisible. Un autre professeur apparut derrière elle.
Hermione reconnut Flitwick.
Elle se mit à pleurer avant d'avoir décidé qu'elle en avait le temps.
Quirrell n'essayait plus de parler.
Il lançait des sorts courts pour obliger Harry à sortir de derrière le miroir. Le verre ne se brisait pas ; les ornements du cadre renvoyaient certaines lumières, en absorbaient d'autres. Le socle vibrait sous les chocs.
Harry ne savait pas combien de temps cette protection durerait.
Il aperçut sa baguette entre les pieds de Quirrell.
Trop loin.
Il se pencha, ramassa un morceau de pierre et le lança vers le côté opposé. Le professeur tourna la tête juste assez pour qu'il tente de passer.
Le sort suivant le frappa à l'épaule.
Harry tomba à plat ventre.
Sa main glissa sur la dalle jusqu'au bois de sa baguette. Il le saisit au moment où Quirrell lui écrasait l'avant-bras avec le pied.
La douleur le fit crier.
— La poche, dit Voldemort. Déchire la poche.
Quirrell pointa sa baguette vers la robe.
Harry serra les doigts sur le bois qu'il venait de récupérer.
Il lança le premier sort qui lui vint, celui qu'ils avaient répété sur des objets trop légers dans une salle ensoleillée.
La formule sortit mal.
Un éclat du socle s'éleva quand même et heurta le genou de Quirrell.
Le professeur recula en jurant.
Harry roula, se releva à moitié et s'agrippa à son bras nu au-dessous de la manche.
Il ne cherchait plus à lui faire mal.
Il cherchait à l'empêcher de finir le geste.
La brûlure de sa cicatrice devint immense.
Quirrell se débattit. Il frappa le dos de Harry, tira sur ses doigts, essaya de le faire lâcher en tournant le poignet. Le garçon sentit la peau de l'autre changer sous sa paume et eut envie de retirer sa main.
S'il la retirait, la baguette se lèverait.
Il resta accroché.
Il pensa à la première fois où il avait tenu un balai.
Aux mains de Ron sur le manche de son jeu d'échecs.
À Hermione disant son nom, quelque part derrière un rideau de feu.
Puis les pensées cessèrent d'être des phrases.
La salle s'ouvrit dans une lumière nouvelle.
Harry ne sut pas d'où elle venait.
Il entendit une voix, peut-être son nom, peut-être seulement un son qu'il voulait reconnaître. La pression sur son dos disparut. Quelqu'un prit son épaule et une force sépara ses doigts du bras qu'il retenait.
Il crut avoir perdu.
Il voulut serrer plus fort.
Il n'avait plus de force.
Une présence le traversa, glaciale, si proche qu'il eut l'impression qu'on tirait une ombre hors de sa poitrine. Sa cicatrice brûla une dernière fois.
Puis il ne sentit plus rien.
Dracena ne vit ni la lumière ni le miroir.
Elle était assise dans la salle commune de Serpentard, à côté de son frère, lorsque Gemma revint leur annoncer que les appels familiaux étaient suspendus et que personne ne sortirait avant le lendemain.
— Pourquoi ? demanda Pansy.
— Une urgence est en cours.
— Quelle urgence ?
Gemma la regarda.
— Je vous ai donné les informations dont vous avez besoin pour cette nuit.
Dracena reconnut la différence entre cette phrase et un mensonge. Elle ne l'aima pas davantage.
Draco se rapprocha d'elle.
— C'est la chose de la forêt ?
Il avait parlé si bas qu'elle seule l'entendit.
— Je ne sais pas.
— Elle est entrée ?
Dracena regarda le passage fermé.
Elle aurait voulu dire non avec assez de conviction pour qu'il puisse la croire. Elle pensa à la licorne, à la silhouette, à la marque rouge qui avait traversé le ciel entre les arbres.
— Il y a des professeurs partout, répondit-elle.
C'était la seule chose qu'elle pouvait lui donner.
Il hocha la tête.
Un peu plus tard, Tracey s'assit de l'autre côté de Dracena. Elle ne lui posa pas de question. Elle apporta simplement trois tasses de chocolat qu'elle avait obtenues des cuisines avant la fermeture du passage.
Draco prit la sienne avec les deux mains.
Au bout d'un moment, il demanda :
— Tu sais si Potter est dans sa salle commune ?
Dracena tourna la tête vers lui.
— Non.
Il regarda sa tasse.
— Il est toujours là où il ne devrait pas être.
Pour une fois, elle n'entendit aucun triomphe dans sa voix.
Dans le couloir de l'infirmerie, Hermione attendait pieds nus.
Elle ne se souvenait pas d'avoir perdu une chaussure. L'autre avait été retirée parce que la semelle s'était décollée au passage du feu. On lui avait donné une couverture et un verre d'eau. Elle gardait le verre entre ses mains sans boire. La couverture avait glissé de ses épaules, mais elle ne songeait pas à la remonter.
Ron dormait derrière la porte.
Madame Pomfresh avait dit qu'il était stable.
Stable était un mot qu'Hermione connaissait. Elle le répétait intérieurement comme une formule qu'il fallait maintenir.
Des pas se firent entendre.
Elle se leva.
Dumbledore apparut au tournant avec Harry dans les bras.
Le garçon ne bougeait pas.
Hermione porta la main à sa bouche.
— Il respire, dit le directeur avant qu'elle puisse poser la question.
Elle s'écarta de la porte.
Le professeur McGonagall suivait, le visage plus pâle qu'elle ne l'avait jamais vu. Une trace noire couvrait le bas de sa manche.
Dumbledore entra dans l'infirmerie.
La porte se referma.
Hermione resta debout avec la couverture autour des épaules.
Elle avait cru qu'une fois les adultes arrivés, elle cesserait d'avoir peur.
Elle attendit quand même qu'on lui dise encore qu'il respirait.