Harry sortit de l'infirmerie le jeudi matin avec un flacon, trois consignes écrites et l'interdiction de monter sur un balai avant la rentrée. Madame Pomfresh avait souligné cette dernière phrase deux fois.
— Même si je me sens parfaitement bien ?
— Surtout. Les élèves qui se sentent parfaitement bien sont ceux qui me fatiguent le plus.
Ron l'attendait dans le couloir. Il portait encore une bande de toile enchantée sous sa chemise, à l'épaule, mais avait retrouvé assez de mobilité pour tenir deux brioches dans une seule main.
— J'ai pensé que tu voudrais quelque chose de meilleur que leur porridge.
Harry prit la brioche du dessus. Elle était écrasée et tiède.
— Tu l'as gardée où ?
— Tu préfères vraiment savoir ?
Ils descendirent lentement. Personne ne les poursuivait ; aucune porte ne leur était interdite sur le chemin de la salle commune. Harry s'arrêta pourtant deux fois, sans motif qu'il aurait pu expliquer. Ron attendit en faisant semblant d'examiner une tapisserie.
Au deuxième palier, le cuivre du relais avait disparu. Il restait un rectangle de pierre plus clair et deux trous soigneusement bouchés.
— Flitwick les fait remplacer, dit Ron. Pour l'instant, il y a toujours quelqu'un près de l'escalier principal. Une vraie personne. Percy trouve ça formidable.
— Percy trouve formidable d'être la vraie personne ?
— Il a fait un tableau de service.
Harry rit. Le rire lui tira un peu les côtes, et Ron s'interrompit aussitôt.
— Ça va.
— Tu dis toujours ça.
— Cette fois, c'est vrai.
Hermione les rejoignit devant le portrait de la Grosse Dame. Elle avait les bras chargés de livres, ce qui aurait pu paraître inquiétant si elle n'avait expliqué qu'elle les rendait.
— Tous ? demanda Ron.
— Ceux-là.
— J'ai eu peur.
Dans la salle commune, quelques conversations s'arrêtèrent. Harry sentit le regard de Dean, celui de Lavande, ceux de deux élèves plus âgés dont il ignorait les noms. Il eut envie de revenir dans le couloir.
Seamus souleva simplement un paquet de cartes.
— On attendait Ron. Il prétend qu'il ne peut pas mélanger à cause de son épaule.
— C'est médical, protesta Ron.
— C'est surtout pratique quand tu perds.
Neville était assis près de la fenêtre. Il leva la main sans sourire tout à fait, puis déplaça son sac pour dégager le fauteuil voisin.
Harry s'y installa.
Personne ne lui demanda comment on tuait un professeur. Personne ne voulut voir sa cicatrice. Les cartes de Seamus tentaient de s'échapper de leur boîte et Dean avait entrepris de dessiner un mécanisme pour les y maintenir. Harry passa une demi-heure à tenir le couvercle pendant que les autres discutaient.
Ce fut une bonne demi-heure.
Les résultats furent distribués le lendemain, après le petit déjeuner.
Hermione regarda son parchemin sans respirer. Harry aurait compris cette réaction si elle avait risqué de redoubler. Comme elle tenait vraisemblablement la meilleure copie de leur promotion, il la trouva un peu excessive.
— Alors ? demanda Ron.
Elle descendit deux fois le long des colonnes.
— Je passe.
— Nous voilà rassurés.
— J'ai perdu des points en vol.
Ron se pencha sur la feuille.
— Tu as perdu des points quelque part ? Il faut prévenir le ministère.
Hermione lui donna un coup de coude, du côté valide. Elle souriait déjà.
Harry avait réussi, lui aussi. Certaines notes lui semblèrent presque étrangères. Il se souvenait de la salle, de sa plume, du bruit des autres élèves ; il avait du mal à croire qu'il avait pu y penser à des dates et à des propriétés de plantes, alors que la soirée du dernier examen semblait maintenant occuper toute l'année.
Neville tenait son résultat de botanique à deux mains.
— Le professeur Chourave a écrit un commentaire, dit-il.
— Quoi ?
Il montra plutôt que de lire. Harry découvrit une écriture ronde qui louait sa précision et son attention aux signes d'affaiblissement des plantes.
— C'est excellent, dit Hermione.
Neville replia le parchemin avec précaution.
— Je vais l'envoyer à ma grand-mère avant le reste.
À l'autre bout de la salle, Dracena avait posé son bulletin entre son assiette et la carafe d'eau. Elle connaissait déjà les deux lignes qui l'empêchaient de dépasser Granger au classement général.
En métamorphose, une transformation élégante mais incomplète. En botanique, une justification trop rapide.
Elle revit sa plante, les feuilles pâles, la terre qu'elle avait estimée suffisamment humide sans l'examiner sous la surface. Elle avait compris ce qu'on lui demandait et voulu le montrer avant de finir de regarder.
— Tu fais une tête affreuse pour quelqu'un qui a ces notes, observa Daphne.
— Merci de ton analyse.
— Je t'en prie.
Draco lui prit sa feuille. Elle la récupéra avant qu'il ait eu le temps de la plier.
— Tu n'avais pas besoin de battre tout le monde, dit-il.
— C'est exactement le genre de phrase qu'on prononce quand on n'a pas battu tout le monde.
— Moi, je ne prétends pas le contraire.
Il lui montra son propre bulletin, dont les résultats corrects le satisfaisaient beaucoup plus que les siens ne la satisfaisaient. Elle chercha une remarque, trouva deux possibilités méchantes et n'en utilisa aucune.
— Ton commentaire de potions est bon.
Draco haussa les épaules. Elle le connaissait assez pour voir le plaisir qu'il essayait de cacher.
— Le tien aussi.
Tracey arriva avec Millicent et posa son sac sous le banc.
— J'ai réussi l'épreuve pratique de sortilèges.
— Je sais, dit Dracena. J'étais derrière toi.
— Oui, mais je pensais avoir perdu beaucoup plus de points sur la fin.
— Tu as remis les choses en place avant de partir. Flitwick regarde aussi cela.
Tracey s'assit, soulagée. Dracena fit glisser vers elle la dernière tartine sans cesser de lire son bulletin.
— J'ai aussi quelque chose à te dire, ajouta Dracena.
Tracey releva les yeux, surprise du sérieux de sa voix.
— Je t'ai demandé de m'aider avec les plans. Quand tu m'as dit qu'une porte fermée pouvait l'être pour une raison, je t'ai traitée comme si tu ne comprenais rien.
— Tu m'as surtout répondu que tu le savais déjà.
— Je sais. C'était encore pire.
Tracey réfléchit en pliant le coin de sa serviette.
— J'avais surtout peur que tu ailles là-bas toute seule. Tu n'étais pas obligée de me parler comme à une idiote.
Dracena sentit la réplique habituelle lui venir. Elle l'avala.
— Non.
Tracey ne la remercia pas. Elle poussa simplement vers elle la corbeille de pain, comme auparavant. Dracena eut envie de la contredire sur un point sans importance et décida que ce geste pouvait attendre.
Plus loin, Granger venait de rire à quelque chose que Weasley avait dit. Dracena releva les yeux, rencontra son regard et leva légèrement sa feuille.
Hermione comprit immédiatement.
— L'année prochaine, articula Dracena sans élever la voix.
Granger eut l'audace de sourire.
Dracena décida que la deuxième place n'avait absolument aucun avantage.
Le professeur Rogue l'arrêta devant la porte de la classe de potions, le lundi suivant.
Harry portait une boîte de flacons vides que madame Pomfresh lui avait demandé de déposer dans la réserve. Il aurait préféré la donner à n'importe qui d'autre.
— Ce n'est pas la réserve, Potter.
— Je sais. Elle est fermée.
Rogue prit la boîte, vérifia son contenu et la posa derrière lui. Harry aurait pu partir. Son pied avait déjà commencé à tourner.
— Professeur ?
Le visage pâle demeura immobile.
— On m'a expliqué ce qui s'était passé pendant le match. Avec mon balai.
— J'espère que l'explication était suffisamment simple.
Harry serra les dents. Il s'était préparé à être mal reçu ; cela n'empêchait pas d'être désagréable.
— Je voulais vous remercier.
Un silence passa. Au fond de la salle, un robinet gouttait dans un bassin de pierre.
— Éviter la chute d'un élève entre dans les obligations ordinaires d'un professeur, dit Rogue.
— D'accord.
— En revanche, se croire autorisé à interpréter chaque conversation surprise, à pénétrer dans des lieux interdits et à attribuer des intentions criminelles à ceux qui vous déplaisent ne fait pas partie de vos études.
Harry sentit la chaleur lui monter au visage.
— Je me suis trompé sur vous.
Rogue le regarda si longtemps que Harry regretta d'avoir ajouté cette phrase.
— Sur ce point, répondit-il enfin.
Il n'y eut ni sourire, ni réconciliation. Rogue lui indiqua la porte d'un mouvement sec du menton.
Dans le couloir, Harry marcha jusqu'au premier escalier avant de desserrer les poings. Il avait remercié un homme qui l'avait sauvé et qui le détestait toujours. Les deux choses tenaient ensemble, si peu commode que cela fût.
Il trouva Hermione dans la cour.
— Alors ?
— Il est toujours insupportable.
— Je te demandais si tu avais rendu les flacons.
— Aussi.
Elle referma son livre pour l'écouter. Cette fois, Harry raconta toute la conversation, y compris sa propre phrase. Hermione ne lui demanda pas de recommencer en mieux.
Dracena avait écrit trois débuts de lettre avant de comprendre qu'elle essayait de produire un texte dans lequel rien ne pourrait lui être reproché.
Cela lui parut soudain une très mauvaise raison d'écrire à sa mère.
Elle froissa la troisième feuille et en prit une autre.
Le dortoir était presque vide. Pansy discutait dans la salle commune, Daphne rangeait sa malle derrière un rideau et Tracey avait emporté ses chaussures chez l'intendant pour faire réparer une boucle. Dans le lac, une ombre longue passa devant la vitre.
Dracena raconta la forêt. Pas la version du rapport, que Narcissa avait déjà reçue. Elle écrivit le moment où Draco avait couru, le cri qu'elle avait poussé, Harry au sol et la décision prise avant même d'avoir eu le temps de lui donner un nom.
Elle resta longtemps devant la dernière ligne.
« J'ai suivi Draco. Je ne sais pas ce que j'aurais fait s'il n'avait pas été mon frère. »
Cette phrase n'était ni brillante ni avantageuse. Elle la laissa.
Daphne tira son rideau.
— Tu écris encore ?
— Tu comptes mes lettres ?
— Non. Je cherche le ruban vert qui était sur mon lit.
Dracena souleva le tas de feuilles inutilisées. Le ruban s'y trouvait.
— Tiens.
— Merci. Tu viens déjeuner ?
— Dans cinq minutes.
Elle ajouta une phrase sur les résultats, une autre sur le retour, puis scella l'enveloppe. Sa mère n'avait pas besoin de savoir que Granger avait obtenu une note supérieure en botanique. Elle le saurait bien assez tôt en lisant le bulletin joint.
Au détour de l'escalier, elle trouva Potter devant une fenêtre ouverte. Il attendait Weasley, dont la voix résonnait à l'étage supérieur. Elle aurait poursuivi son chemin s'il n'avait regardé l'enveloppe, puis son visage, avec cette expression qu'elle détestait : l'air de croire qu'il avait compris quelque chose.
— Un problème ? demanda-t-elle.
— Aucun.
— Alors cesse de me regarder comme ça.
— Comme quoi ?
— Comme si tu attendais que je te doive quelque chose.
Harry se redressa.
— Je ne t'ai rien demandé.
— Tant mieux.
Elle fit un pas, s'arrêta. La colère lui donnait une facilité qu'elle n'avait pas trouvée devant son papier.
— Dans la forêt, j'ai suivi mon frère.
— J'avais remarqué.
— Je le suivrais encore.
Potter la regarda sans répondre immédiatement. Cela l'agaça davantage qu'une réplique.
— Je n'avais pas prévu de courir après lui à ta place, dit-il enfin.
Elle sentit ses joues chauffer.
— Tu ne sais rien de lui.
— Il a passé l'année à essayer de me l'apprendre.
— Tu trouves donc toujours le moyen de te rendre détestable.
— Tu m'as arrêté pour m'expliquer que tu me laisserais encore par terre. Je devais dire merci ?
Les mots la frappèrent plus nettement qu'elle ne l'aurait voulu. Elle ouvrit la bouche, mais Weasley apparut en haut de l'escalier.
— Harry ?
Dracena ramassa toute sa dignité disponible et passa devant lui sans le saluer. Elle avait voulu dire quelque chose de vrai ; elle en avait fait une provocation. Potter lui en avait rendu une autre. Rien, décidément, ne pouvait être simple en sa présence.
À la fenêtre, Harry attendit qu'elle ait disparu.
— Qu'est-ce qu'elle voulait ? demanda Ron.
— Aucune idée.
Ce n'était pas tout à fait vrai. Il avait compris qu'elle avait eu peur pour Draco. Il aurait eu peur pour Ron. Cela ne rendait ni sa manière de parler ni ses exigences plus supportables.
— Viens, dit-il. Hermione nous attend.
Le dernier rendez-vous de Dracena avec Flitwick eut lieu dans la petite salle où elle avait passé tant de mercredis à classer des fiches.
Les boîtes étaient fermées. Un registre neuf attendait sur la table. Elle vérifia les étiquettes une dernière fois, par habitude autant que pour retarder le moment de partir.
— Vous pourrez reprendre ce travail à la rentrée, dit le professeur, si cela vous intéresse toujours.
— Même après ce qui s'est passé ?
— La collection ne va pas se cataloguer seule. Elle essaie, parfois, mais ses décisions sont très contestables.
Il lui montra une fiche où une plume enchantée avait rangé les instruments à vent parmi les appareils de ventilation.
Dracena sourit.
— Il faudra changer l'index.
— Voilà une occupation pour septembre.
Elle posa la fiche.
— Est-ce qu'on sait ce qu'il a changé dans les protections ?
Flitwick cessa de sourire, sans devenir brusque.
— Nous savons certaines choses. D'autres sont encore examinées. Les accès de service et la circulation des messages ne dépendront plus du même dispositif. Et un signal qui ne reçoit pas de réponse humaine déclenchera désormais une alerte ailleurs.
— Pourquoi ne l'avait-on pas fait avant ?
Il prit le temps de répondre.
— Parce que nous avions trop confiance dans des systèmes que nous utilisions depuis longtemps. Et dans la personne qui avait le droit de les approcher.
Dracena pensa aux rapports que son père exigeait, aux sceaux qui rendaient un document incontestable tant que personne ne demandait qui avait tenu le sceau.
— On ne peut pas tout vérifier soi-même.
— Non.
— Alors on finit toujours par croire quelqu'un.
— Oui. Cela ne nous dispense pas de prévoir ce qui arrive lorsqu'il nous trompe.
— Et si quelqu'un a compris une de vos faiblesses parce qu'il a entendu une élève parler de son devoir ? demanda Dracena.
Flitwick posa sa main sur le bord du registre.
— Alors cette élève aura peut-être appris à qui elle donne sa confiance. Mais nous aurons surtout appris qu'une protection ne doit pas dépendre de ce que personne n'en parle jamais.
Elle regarda sa plume. C'était une réponse dont elle ne pouvait ni se glorifier ni se décharger entièrement.
Elle aurait voulu qu'il donne une règle plus précise, quelque chose à apprendre et à appliquer ensuite sans hésitation. Il lui tendit seulement le registre.
— Votre nom, la date et le nombre de boîtes, s'il vous plaît.
Elle signa.
Flitwick inspecta la dernière étagère, puis la remercia pour son travail. Il ne lui parla ni de Potter ni de courage. Dracena éprouva un soulagement inattendu à être félicitée pour ces fiches auxquelles elle avait réellement consacré des heures.
Dans la salle commune, Tracey l'attendait avec la loupe de son anniversaire.
— Tu l'avais laissée sur la table.
Dracena la prit.
— Je sais.
— Elle allait finir dans la malle de Pansy. Elle pensait qu'elle appartenait à l'école.
— Elle pense beaucoup de choses quand elles l'arrangent.
Tracey rit et se pencha pour fermer son sac. La couture latérale avait été reprise avec du fil d'une couleur légèrement différente.
Dracena remarqua qu'elle aurait vu cette couture avant le visage de Tracey, en septembre. Elle la voyait encore. Elle savait seulement, à présent, à qui appartenait le sac.
— Tu m'écriras ? demanda-t-elle.
Tracey leva les yeux.
— Tu réponds aux lettres ?
— Lorsqu'elles méritent une réponse.
— Je raconterai quelque chose d'assez important, alors. Un bouton recousu, peut-être.
Dracena eut un sourire malgré elle.
— Ne deviens pas insolente.
— Je fréquente de mauvaises personnes.
Le banquet de fin d'année eut lieu le vendredi vingt-cinq juin.
Les tentures portaient encore les quatre couleurs lorsque les élèves entrèrent. Au-dessus des tables, le ciel enchanté était d'un bleu pâle que traversaient de longues bandes de nuages. Harry s'assit entre Ron et Hermione ; Neville prit place en face, assez loin du bord pour ne pas accrocher la nappe avec son coude.
Harry avait imaginé qu'il penserait à Quirrell en voyant la table des professeurs. Il y pensa. Puis Ron renversa de la sauce sur sa manche, Hermione voulut lui passer une serviette et Seamus affirma que le pichet s'était déplacé tout seul. Le dîner continua autour du vide.
Dumbledore attendit que les assiettes aient disparu pour se lever.
Il parla des examens, des élèves qui quittaient l'école et de ceux qui découvriraient bientôt des métiers encore difficiles à imaginer. Il remercia le personnel, les familles et les élèves qui avaient aidé leurs camarades au cours des dernières semaines.
Puis son ton changea.
— Cette année a également mis au jour des défaillances dont les adultes de cette école ont la responsabilité. Les dispositions prises seront expliquées à vos familles avant la rentrée. Vous n'avez pas à assurer votre propre sécurité en remplaçant ceux qui sont chargés de la garantir.
Harry baissa les yeux vers ses mains.
— Cela ne signifie pas que les choix que vous faites les uns pour les autres soient sans valeur, poursuivit Dumbledore. Il nous reste quelques points à attribuer avant de connaître le résultat de la coupe des maisons.
Un mouvement parcourut la salle. Dracena vit Draco se redresser et consulta aussitôt les sabliers visibles près de la porte.
Poufsouffle comptait trois cent quatre-vingt-dix-huit points ; Serdaigle, quatre cent quarante-deux. Serpentard en avait quatre cent cinquante et un. Gryffondor n'en avait que trois cent quarante.
Ils avaient enfin repris l'avantage au cours des dernières semaines. Draco suivit son regard et lui adressa un sourire prudent.
— À Ronald Weasley, dit Dumbledore, quarante points pour avoir mis une remarquable capacité de réflexion au service de ses amis, dans des circonstances où il aurait été bien plus facile de ne penser qu'à soi.
Ron devint rouge jusqu'aux oreilles. Fred frappa sur la table et George essaya de se lever avant que Percy le retienne par sa robe.
— À Hermione Granger, quarante points pour son discernement et pour avoir poursuivi ses efforts afin de ramener un camarade blessé jusqu'aux secours.
Hermione regarda obstinément le bord de son assiette vide. Harry l'applaudit si fort qu'elle finit par lui donner un petit coup de pied sous la table.
— À Harry Potter, trente points pour avoir résisté à la violence et refusé de livrer à un adversaire ce qui aurait permis de mettre d'autres vies en danger.
Harry entendit son nom repris par des voix. Il aurait voulu que l'on puisse applaudir cette phrase sans le regarder. Ron lui posa brièvement la main sur l'épaule.
À Serpentard, les conversations devinrent plus rapides. Dracena avait déjà fait le calcul. Quatre cent cinquante. Un point derrière eux.
— À Gemma Farley, cinq points pour avoir insisté afin d'obtenir une réponse lorsque les moyens habituels de communication ont cessé de fonctionner correctement.
Gemma inclina la tête, surprise. Pansy applaudit avec une vigueur nouvelle. Dracena joignit les mains, les sépara, recommença. Elle savait comment la scène s'était passée. Elle savait aussi que c'était Gemma qui avait quitté la salle commune, trouvé Percy et cherché un professeur. Sa propre remarque n'avait pas fait tout le chemin à sa place.
— Enfin, dix points à Neville Londubat.
Neville leva les yeux si brusquement que Harry crut qu'il allait se blesser.
— Pour avoir défendu ce qu'il croyait juste face à ses propres amis, puis contribué à leur porter secours alors même qu'il avait des raisons d'être en colère contre eux.
Il y eut un bref silence, le temps de comprendre.
Puis Gryffondor éclata.
Hermione pleurait en applaudissant. Neville regardait tour à tour Harry, Ron et la table des professeurs, comme s'il attendait qu'on corrige une erreur de nom. Harry se pencha par-dessus la table pour lui serrer le bras.
Les tentures changèrent. Le rouge et l'or montèrent jusqu'au plafond. Quatre cent soixante points contre quatre cent cinquante-six : Hermione le répéta à Ron, qui n'avait apparemment plus la moindre capacité de calcul.
Draco repoussa son verre.
— Évidemment.
Dracena avait la mâchoire serrée.
— Quatre points, dit-elle.
— Potter trouve toujours un moyen.
Elle ne répondit pas. Elle avait vu Potter applaudir Londubat avant même de regarder les sabliers. Cela l'agaçait de ne pas pouvoir lui attribuer cette victoire comme une manœuvre supplémentaire.
Pansy parlait d'injustice. Draco l'écoutait avec un empressement qui promettait une longue soirée.
Dracena se leva lorsque les autres Serpentard commencèrent à quitter la salle. En passant devant la table des professeurs, elle redressa le menton. Elle était capable de perdre avec tenue. Cela ne l'obligeait nullement à trouver la défaite agréable.
Il fallut près d'une heure à Harry pour fermer sa malle le lendemain.
En septembre, ses affaires neuves y étaient entrées facilement. À présent, des parchemins, des boîtes vides, un gant isolé et les objets que Ron lui avait prêtés formaient des couches inexplicables. L'album de Hagrid resta à part, enveloppé dans son pull le plus doux.
Neville retrouva la seconde chaussette que Harry cherchait dans sa propre malle : il avait simplement confondu deux tas de linge en rangeant le dortoir. Seamus affirma qu'une école raisonnable aurait enseigné le rangement magique dès la première semaine.
— Tu aurais perdu ton cours, répondit Dean.
Ils descendirent ensemble. Harry s'arrêta sur la dernière marche et regarda les lits défaits, les rideaux rouges, le morceau de ciel entre les vitres.
— Tu viens ? demanda Ron.
Harry hocha la tête.
La salle commune avait perdu son désordre habituel. Quelqu'un ramassait les dernières cartes sous un fauteuil. Hermione vérifia une nouvelle fois qu'elle avait toutes ses affaires, puis oublia son écharpe sur le dossier d'une chaise. Ron la lui tendit sans commentaire, ce qui demanda visiblement un grand effort.
Au-dehors, l'air sentait l'herbe chaude. Les élèves avançaient en groupes vers le départ, les voix plus hautes que d'habitude. Hagrid leur fit signe près de l'allée.
Il serra Harry avec assez de précaution pour montrer qu'il avait parlé à madame Pomfresh.
— Tu m'écriras.
— Oui.
— Même si c'est juste pour dire que ça va.
Harry promit encore. Hagrid voulut ajouter quelque chose, se frotta le nez et leur rappela de ne rien oublier dans le train.
Dracena arriva derrière eux avec Draco. Le cadre d'enregistrement confisqué était revenu dans sa boîte, scellée, accompagnée d'une lettre destinée à Lucius. Draco le portait avec une raideur qui n'avait rien de triomphant.
Harry le vit et décida de ne pas faire de remarque.
Draco trouva cela suspect.
— Quoi ?
— Rien.
— Essaie de ne pas faire perdre une centaine de points à ta maison l'an prochain, Potter. Ce sera moins compliqué pour tout le monde.
— Tu comptes faire mieux de ton côté ? demanda Hermione.
Dracena lui adressa un regard froid.
— Granger, tu pourrais laisser quelqu'un d'autre répondre une fois dans ta vie.
— Quand vous poserez une question intéressante.
Ron éclata de rire. Draco tira sa malle avec tant de force qu'une roue heurta sa cheville. Dracena poursuivit son chemin à côté de lui, furieuse contre les trois Gryffondor et, plus secrètement, contre la roue qui avait ruiné leur départ.
Dans le train, Harry posa la cage d'Hedwige près de la fenêtre. La chouette l'observa d'un air offensé par la quantité de bagages autour d'elle.
Hermione prit une place en face de Ron. Neville passa demander s'ils avaient vu Trevor, le retrouva dans la poche de son propre manteau et resta quelques minutes. La locomotive s'ébranla pendant que Ron expliquait pour la troisième fois un déplacement du cavalier.
Harry regarda le château jusqu'à ce que le dernier angle d'une tour disparaisse derrière les arbres.
Il éprouva une envie violente de faire arrêter le train.
Puis Hermione lui demanda s'il voulait partager les biscuits qu'elle venait d'ouvrir. Il se retourna vers elle. Ron avait déjà pris celui qui contenait le plus de chocolat.
Harry tendit la main.