Le dernier chaos

Chapitre 5 : Les âmes contraires

Par la_plume_de_traverse

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Hermione passait une mauvaise nuit. Pourtant le lit était grand et confortable, mais elle ne cessait de se tourner et de se retourner. Elle avait mille raisons d'être bouleversée, pourtant, sa réflexion était concentrée sur un seul évènement insignifiant. Ou plutôt, deux évènements, et les deux concernaient Malefoy : de leur rencontre dans le train, à son coup d'éclat dans la grande salle. Elle ne s'expliquait pas cette idée fixe et se maudissait d'en faire une obsession sans en comprendre la raison. Cet individu l'avait toujours révulsée : sa méchanceté gratuite, sa cruauté, sa lâcheté et son penchant pour les forces du mal, avaient fait de lui l'objet de tout son mépris pendant sept ans. Pourtant aujourd'hui, elle n'avait plus vraiment de raisons de le haïr, et si elle était parfaitement honnête avec elle-même, elle devait bien admettre qu'il lui faisait même de la peine après tous les évènements qu'il avait traversés et l'affliction qui semblait l'accabler.


Avant d'aller se coucher, Ron, Harry et elle s'étaient retrouvés dans la salle commune au coin du feu. Ils avaient parlé pendant deux heures, ils avaient ri, mangé des chocogrenouilles en se remémorant les bons moments passés à Poudlard. Cet instant si précieux avait achevé de convaincre la jeune femme qu'elle avait pris la bonne décision en revenant. C'était à présent certain : cette année, ensemble, ils allaient guérir et devenir plus forts que jamais.


Après plusieurs heures à fixer le plafond, et au moment où l'esprit d'Hermione commençait à trouver le repos, une intense vibration accompagnée d'un son proche du tonnerre se propagea dans la pièce. Elle se redressa dans son lit en hurlant de frayeur. Mais le tremblement cessa soudainement et elle se précipita alors dans le couloir, uniquement vêtue d'une chemise courte en coton. Tout le monde était sorti, comme elle. Harry, qu'elle avait laissé devant sa porte en rejoignant la sienne, était à présent de l'autre côté, tout au bout du couloir. Et Ron, qui hier soir lui avait souhaité bonne nuit en entrant dans la chambre en face de la sienne, se trouvait maintenant cinq emplacements plus loin.


- C'est ça qu'ils appellent un changement de place discret ? Tempêta sa nouvelle voisine de palier avant de retourner dans ses appartements en claquant la porte, suivie par plusieurs autres élèves mécontents.


Hermione s'apprêta à faire de même, lorsqu'elle croisa le regard du nouvel occupant d'en face. Elle blêmit, car Drago Malefoy en personne se tenait dans l'encadrement, torse nu, les mains dans les poches d'un pantalon qui descendait très bas sur les hanches. Et ce fut à cet instant qu'elle prit la pleine mesure de son évolution spectaculaire : le petit garçon agaçant dont elle essayait désespérément de se rappeler à présent avait bel et bien disparu derrière un torse subtilement dessiné, des bras et avant-bras musclés et une stature générale imposante. Elle n'avait également jamais réalisé - ou peut-être cela était-il récent - à quel point il était grand et large d'épaules.


Chassant ces réflexions et tâchant de se reconcentrer, elle se força à relever les yeux et surprit le regard du sorcier qui parcourait ses jambes nues et l'ouverture - dont elle ne prit conscience qu'à cet instant - trop large de sa chemise. Elle resserra alors les pans de son vêtement sur sa poitrine, et constata qu'ils n'étaient plus que tous les deux dans le couloir. Drago s'approcha alors dangereusement de la jeune femme, si bien qu'elle eut tout le loisir de respirer son odeur, un mélange de bois de santal et de menthe fraîche. Il se pencha doucement vers elle et cette soudaine proximité accéléra les battements de son cœur.


- Il est peut-être plus sage que ni toi, ni moi, ne sachions l'emplacement de nos chambres respectives à l'avenir, chuchota-t-il à la sorcière.


Il aurait suffi qu'elle respire un peu plus fort pour que leurs deux corps se touchent, tant l'espace qui les séparait était mince. Et malgré l'émotion violente qu'Hermione ressentait en cet instant, elle s'arracha de sa transe pour tenter de préserver sa dignité. Elle posa alors ses deux mains sur le torse nu du jeune homme et la surprise de ce contact inattendu le fit tressaillir. Elle le repoussa alors fermement sans qu'il n'oppose de résistance :


- Effectivement Malefoy, sinon je pourrais te tuer dans ton sommeil.


Puis elle se détourna pour rentrer dans son logement. Mais, dans un geste rapide, le jeune homme lui saisit le poignet pour la retenir. Elle se retourna, agacée et également prête à le frapper pour la deuxième fois de sa vie s'il le fallait. Sauf qu'en le dévisageant à nouveau, elle remarqua que son regard avait changé. Le même voile de tristesse qu'elle avait observé dans le train avait éteint l'étincelle de malice qui scintillait quelques secondes plus tôt dans ses prunelles gris-acier.


- Je... Je suis désolé... Hermione.


La concernée fut prise au dépourvu et ne fut pas certaine de ce qu'elle avait entendu.


- Quoi ?


- Je voudrais... J'aimerais m'excuser.


- Heu... Pour... quoi ? Dit-elle, craignant de ne pas comprendre.


Il était invraisemblable que Drago s'excuse, encore moins de son comportement, et encore moins à ELLE. La jeune sorcière était confuse et se demanda s'il ne s'agissait pas encore d'une stratégie d'intimidation.


- Pour tout, souffla-t-il en relâchant enfin son bras, de t'avoir traitée de sang-de-bourbe, de vous avoir pourri la vie, d'être un vrai imbécile méprisant... souvent.


- Je... Je te remercie, je ne m'attendais pas à ça de ta part mais... merci.


Ils se regardèrent quelques instants, sans savoir quoi dire ou quoi faire, puis Drago fit un mouvement pour retourner dans sa chambre.


- Tu n'as pas l'air d'aller bien, Drago.


En temps normal, jamais elle ne se serait permis de sonder son humeur et encore moins de le lui faire remarquer, lui qui était si fier et qui se donnait tellement de mal pour sauver les apparences en toutes circonstances. Mais ses improbables et déconcertants regrets l'avaient encouragée et sa bonté naturelle avait pris le pas sur sa méfiance vis-à-vis de son ennemi de toujours.


- Non, c'est vrai, murmura-t-il sans prendre la peine de se retourner vers elle.


- Est-ce que... Je peux peut-être t'aider ?


- Personne ne peut m'aider.


Jamais Hermione ne s'était sentie si tiraillée par la situation dans laquelle elle se trouvait. Au plus profond de la nuit, dans ce couloir mal éclairé et face à l'homme qu'elle détestait encore il y a quelques mois, elle se sentait démunie et curieusement accablée par l'aveu de sa souffrance. Elle proposait son aide mais n'avait pas la moindre idée de comment le lui apporter. Et dans l'immédiat, elle s'accorda avec elle-même pour laisser faire son instinct : elle contourna le sorcier pour se planter face à lui, lui sourit, puis le prit dans ses bras.


- Qu'est-ce que... Qu'est-ce que tu fais, Granger ? Interrogea-t-il sans pour autant chercher à se dégager.


- Il paraît que de serrer quelqu'un dans ses bras libère de l'endorphine, la molécule du bonheur.


Il émit un petit rire.


- Même dans cette situation, tu ne peux pas t'empêcher de jouer les intellos.


- Tais-toi Malefoy et profite : je n'offre pas ce privilège à tout le monde.


Il enroula alors enfin ses bras autour d'elle.


- Ce n'est pas parce que je m'excuse que l'on devient ami, j'espère que tu le sais.


- Et ce n'est pas parce que je te prends dans mes bras qu'on arrêtera de s'écharper, tu en es bien conscient ?


Elle l'entendit sourire près de son oreille et il serra un peu plus fort sa prise. Hermione se sentit d'abord apaisée par cette étreinte, puis un autre sentiment commença à picoter sa peau, qui s'échauffait aux endroits en contact avec le garçon. Elle bougea légèrement, mais Drago augmenta la force de son étreinte. Le cœur de la jeune femme s'emballa alors, et sa respiration se fit rapide. Elle sentait également d'autres battements précipités à travers le tissu de sa chemise et le souffle qui caressait son oreille devenait plus fort et tremblant. Elle prit soudain conscience qu'ils étaient tous deux peu habillés et qu'un contact charnel n'avait plus rien d'innocent dans ces tenues et surtout à leurs âges. La fâcheuse et inopinée tension qui montait entre eux deviendrait bientôt difficile à contrôler, et le désir naissant qui commençait à les ronger menaçait de déborder à tout instant dans des comportements répréhensibles.


Ce fut à cet instant, tandis que leur raison respective s'apprêtait à céder face à l'appel de leur corps et que leurs mains s'apprêtaient à trahir des intentions qu'ils tentaient encore de contenir, que le moine gras apparut en traversant un mur du couloir.


- Vous deux, retournez vous coucher !


Les jeunes gens se repoussèrent soudainement loin l'un de l'autre, comme s'ils s'étaient brûlés. Leurs yeux, où se mêlaient la confusion, l'incompréhension et encore un peu de désir, se croisèrent brièvement, avant que chacun prenne brusquement la fuite vers ses quartiers.





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