À la table de la maison Gryffondor, le débat était houleux. Ceux ayant assisté à la leçon du professeur Charvey avaient relaté les évènements aux autres : certains étaient profondément choqués par ses méthodes, tandis que d'autres approuvaient la manière forte de ses apprentissages.
- Je ne suis pas surprise ni heurtée par cette façon d'enseigner, chantonna Luna, un peu rêveuse. Je suis par contre assez perturbée que ce soit Malefoy qui ait joué les héros pour sauver Hermione.
- Comment peut-il ne pas tenir compte de notre vécu ? Fulmina Ginny en massacrant un morceau de pain. La guerre, nous l'avons vécue de près, nous y avons perdu des êtres chers, comment peut-il obliger les huitièmes années à la revivre ?
Harry posa doucement sa main sur celle de la jeune femme en la regardant avec tendresse.
- Personne n'est obligé de suivre ce cours de toute façon. Et je pense que si la directrice a validé sa façon de faire, nous pouvons lui faire confiance, non ?
- Effectivement, Monsieur Potter, j'ai même expressément sollicité le professeur Charvey pour qu'il accepte de nous partager son précieux savoir.
La professeure McGonagall s'était approchée sans bruit, faisant sursauter le petit groupe d'amis, qui se retournèrent avec appréhension. Elle souriait pourtant, et Harry lui rendit son sourire avec chaleur. Pour un peu, il se serait jeté dans ses bras, mais par respect pour elle et sa nouvelle prestigieuse fonction, il s'abstint.
- Comment allez-vous, monsieur Potter ? On m'a dit que vous aviez fui la célébrité tout l'été en vous isolant dans les contrées écossaises avec votre ami Monsieur Weasley ? J'ai dû répondre de votre disparition à des journalistes particulièrement coriaces.
- Je suis désolé, professeure, répondit l'intéressé. Je n'avais pas l'intention de vous rajouter du travail.
La vieille sorcière éclata de rire.
- N'ayez aucune crainte, je me suis bien amusée à les orienter sur de fausses pistes : eux aussi ont dû visiter du pays. Mes enfants, je suis si heureuse de vous revoir après ces drames, s'exclama-t-elle avec émotion en embrassant du regard le petit groupe. J'espère que vous ne regretterez pas cette année supplémentaire, même si certaines options sont discutables, j'en conviens. Mais soyez sûrs que si je vous les ai proposées, c'est que je suis certaine que vous êtes largement capables de relever ces défis et que cette expérience vous rendra plus forts et plus sûrs de vous. À présent, je vous laisse vous restaurer. Si vous ressentez le besoin de venir me parler, j'ai repris le bureau de notre bien-aimé Albus Dumbledore et ma porte sera toujours ouverte pour vous. À condition que cela soit pendant les heures autorisées, ajouta-t-elle avec un clin d'œil avant de s'éclipser.
- Elle rigole, pas vrai ? En huitième année, je croyais qu'il n'y avait plus de couvre-feu ? Se lamenta Neville.
- Tu rêves mon vieux, répondit Ron, morose.
Durant cet échange, Hermione était restée perdue dans ses pensées. Il fallait qu'elle voit Drago, qu'elle comprenne et qu'elle le remercie pour son aide dans la salle de techniques de combat. Et peu importe si elle n'avait, à aucun moment, couru un réel danger. Il fallait qu'elle oublie cet épisode ridicule de câlin et qu'elle règle cette histoire d'ambiguïté entre eux pour enfin se concentrer sur son travail. Le professeur de magie ancienne n'étant toujours pas arrivé à Poudlard, elle mettait à profit ce temps libre pour s'avancer dans cette matière qu'elle découvrait et qui la fascinait.
Au départ de la directrice, elle se leva donc sans informer ses amis de ses intentions, pour se diriger vers les chambres des huitièmes années. L'élève de Serpentard ne s'était pas montré à sa table durant le repas, elle supposa donc qu'il devait être dans sa chambre pour se reposer. Mais au moment où elle traversait la cour, elle entendit quelqu'un l'appeler. Elle se retourna et vit Ron qui courait à sa rencontre.
- J'ai... Je voulais te parler, dit le sorcier aux cheveux roux, essoufflé. Je ne voulais pas le faire devant... les autres.
Hermione le laissa reprendre sa respiration.
- Voilà, heu, j'ai... J'allais t'aider, tout à l'heure, quand... quand tu es tombée, j'espère que tu le sais.
Hermione lui sourit :
- Évidemment, Ron, je le sais. Je ne t'en veux pas du tout. Les conditions n'étaient pas vraiment en notre faveur, je dois bien l'admettre.
Sa tentative de plaisanterie pour adoucir les tourments du sorcier ne fut pas très efficace car son visage semblait toujours aussi soucieux.
- Non, je... C'est moi qui aurais dû te sauver, finit-il par lâcher, en colère. Pas ce prétentieux de Malefoy. Je ne comprends même pas pourquoi il t'a aidé d'ailleurs, lui qui dit à qui veut l'entendre qu'il est un sang-pur et qu'il vaut mieux que les enfants de Moldus...
La jeune femme croisa les bras en penchant légèrement la tête.
- Serais-tu vexé que Malefoy ait été plus rapide que toi ? Le taquina-t-elle.
Mais encore une fois, son stratagème pour alléger la discussion fut un échec. Elle tentait surtout de donner le change, elle qui ne comprenait pas non plus pourquoi Drago - et pour la deuxième fois d'ailleurs après sa chute dans le train - était venu à son secours. Le personnage n'était pourtant pas réputé pour son courage et son altruisme. Aurait-il changé à ce point ?
- Je ne suis pas... vexé ! J'ai eu peur, tu comprends ?
- Je comprends Ron, mais...
- Non, tu ne comprends pas, gémit-il, la voix tremblante. J'ai cru te perdre. Je sais bien, c'était une illusion, mais à ce moment-là je l'ignorais et si tu étais vraiment tombée... Je serais devenu fou, je ne peux pas te perdre Hermione.
La sorcière n'avait pas réalisé ni la situation vue de l'extérieur, ni la force des sentiments de son ami. Elle resta silencieuse face à la détresse de Ron qui n'osait pas la regarder dans les yeux et qui tapait rageusement du pied les petits cailloux au sol.
- Je sais que... C'est compliqué pour toi, ça l'est aussi pour moi. Enfin non, ça n'est pas compliqué pour moi, je sais que je... je ressens... des choses pour toi. Tu le sais. Je ne veux pas te brusquer ou gâcher notre amitié, mais... Ce genre d'incident n'aide pas à garder tout ça pour moi tu sais ?
- Ron...
- Tu sais, je respire ici, pourtant c'est là que Fred est... parti. Mais chez moi, mes parents, mes frères et même Ginny, ils sont tous... tellement affectés. Je n'y arrivais pas cet été, à respirer, je veux dire. Partir avec Harry m'a fait beaucoup de bien. Et ici, avec toi, avec les autres, je sens que je commence enfin à avancer, à guérir. Je suis content finalement de faire cette dernière année... avec toi. Et avec Harry.
- Moi aussi je suis heureuse de faire cette année avec toi et Harry, répondit Hermione avec tendresse tout en lui prenant la main. Avec le recul, j'avais peur de revenir, mais en fin de compte, c'était la meilleure chose à faire pour tourner la page. Je suis consciente que... nous deux c'est un peu flou. Mais si j'ai bien une certitude, c'est l'amour que j'ai pour toi, peu importe ce qu'il signifie ou en quoi il va ou pas évoluer.
Le jeune homme hocha la tête tout en continuant de concentrer son attention sur ces fameux cailloux qui semblaient cristalliser toute sa frustration et son malaise d'avoir une conversation à cœur ouvert avec celle qui occupait toutes ses pensées. Il aurait aimé que les choses soient plus simples et fluides, et son cœur déjà bien meurtri, continuait de souffrir de se tenir aux côtés de l'objet de ses sentiments contrariés.
Hermione culpabilisait de ne pouvoir répondre favorablement à l'affection de son ami. Mais cela aurait été mentir que de prétendre ressentir la même chose que lui. Elle devait d'abord faire le point dans sa tête avant d'envisager quoi que ce soit, avec qui que ce soit. Et surtout finir brillamment ces études pour prétendre à la carrière qu'elle souhaitait, ce qui était sa priorité absolue. "Sauf lorsque mes pensées sont parasitées par d'agaçantes futilités de midinettes..." Songea-t-elle, amère.
Pour clôturer cet échange laborieux et initier une tentative d'apaisement avec Ron, Hermione enroula ses bras autour du jeune homme qui répondit à son étreinte avec tendresse, le nez dans ses boucles aux parfums si familiers de pêche.
Ce fut à cet instant - car l'univers semblait étonnement taquin avec la sorcière - que Drago Malefoy apparut. Il s'arrêta net, fronça les sourcils et continua son chemin avec une apparente indifférence, sans que les deux amis n'aient eu conscience de sa présence.