Le dernier chaos
La soirée qui suivit, dans le salon des huitièmes années, fut très calme. Hermione songeait, presque avec impatience, à la session du lendemain avec l'élève de Serpentard et n'écoutait que d'une oreille distraite les pronostics des garçons sur la prochaine arène du professeur Charvey. Elle était assise en tailleur par terre et caressait Pattenrond, lové sur ses jambes. Le gros chat roux ronronnait en somnolant, bercé par le craquement des bûches dans la cheminée et les conversations alentours.
La porte s'ouvrit sur un nouveau groupe venu se détendre avant l'heure du couvre-feu. Sans se retourner, elle sut que Drago en faisait partie. Elle trouva d'ailleurs cette sensation étrange : elle avait relevé ses cheveux en un chignon négligé et sa nuque, ainsi dégagée, chauffait légèrement.
- On dirait bien que Malefoy a de nouveau le moral, remarqua à voix basse Luna, amusée, qui venait de rejoindre le trio.
Ron répliqua avec humeur :
- Ouais, il va bientôt revenir nous narguer et nous provoquer, j'imagine !
Le sorcier aux cheveux roux n'avait pas encore accepté que ce soit l'élève de Serpentard qui ait joué les héros auprès d'Hermione lors du premier cours des techniques de combat. Fort heureusement, il n'avait rien vu de la scène entre celle-ci et Drago avec les Griffons. Sinon, il y avait fort à parier qu'il aurait passé sa soirée dans sa chambre à ressasser l'évènement, alimentant sa mauvaise humeur et nourrissant des suspicions bien légitimes.
- Je ne pense pas, il a l'air d'être plutôt absorbé par un tout autre objectif, remarqua Harry.
Hermione se retourna alors enfin. Drago, accompagné de Goyle, Nott et surtout, la langoureuse Pansy Parkinson, jouaient au billard en plaisantant. La jeune femme trouvait toujours que Pansy avait une tête de carlin. Cependant, elle avait gagné en courbes voluptueuses durant l'été et le maquillage aguicheur dont elle se tartinait le visage lui permettait de gagner considérablement en sex-appeal. L'étudiante de la maison Serpentard avait, de plus, une grande confiance en elle et un comportement naturellement aguicheur dont elle usait et abusait à cet instant, avec un Malefoy qui semblait y être très réceptif. "Elle est tout ce que je ne suis pas...", songea Hermione, contrariée de se comparer à elle et d'être affectée par ce constat. Elle n'avait pourtant pas pour habitude de complexer vis-à-vis des autres jeunes femmes et elle espéra sincèrement que cela n'avait pas un lien avec l'objet de ses assauts, dont l'attitude intéressée avait provoqué la remarque d'Harry.
- Ils sont toujours collés ces deux-là, constata Neville qui s'était joint à la conversation. Si vous voulez mon avis, le baron sanglant devrait faire des rondes plus régulières entre leurs deux chambres.
Pattenrond s'agita sur les genoux de sa maîtresse et Hermione se rendit alors compte que les caresses, dont elle gratifiait le gros chat, avaient cessé. Elle recommença ses cajoleries tout en reprenant une respiration calme et profonde. Pourquoi était-elle soudain si irritée ? Ce n'était pas comme si elle était jalouse, ce sentiment était à des années-lumière de son caractère. De plus, cela aurait signifié qu'elle nourrissait pour Malefoy une affection particulière, ce qu'elle refusait de concéder. Certes, il n'était plus aussi désagréable qu'il avait pu l'être par le passé, mais il était inconcevable qu'elle s'abandonne à des sentiments plus profonds qu'une simple sympathie à son sujet. Sans compter que, visiblement, l'intérêt du jeune homme se portait sur des critères aux antipodes de ses caractéristiques à elle.
- Heu... Hermione... Il t'arrive quoi ?
Elle rouvrit ses yeux, sans se souvenir du moment où elle les avait fermés. Ron, qui lui avait posé la question, la regardait avec des yeux ronds, ainsi que toutes les personnes présentes. Elle s'était tellement concentrée pour retrouver son calme et chasser ses préoccupations qu'elle avait, l'espace d'un instant, déconnecté son attention de l'instant présent.
- De quoi tu parles ? Demanda-t-elle, avec l'impression étrange que sa voix n'était pas la sienne.
- Tu... scintilles.
Elle baissa la tête et constata que ses mains, et même ses avant-bras, brillaient de la même lueur que lors de l'échange de fluides. Elle écarquilla les yeux de surprise et se releva d'un coup, faisant bondir Pattenrond qui miaula de protestation. Les nuées argentées s'atténuèrent alors, avant de s'éteindre doucement.
Hermione resta immobile, sa poitrine se gonflant et se dégonflant à la vitesse des palpitations de son cœur. Non seulement elle ignorait ce qui s'était passé, mais il fallait en plus qu'elle trouve une fausse explication à donner à une assemblée tout à coup curieuse. Il était hors de question d'avouer qu’elle aidait Malefoy en pratiquant un sortilège qu'elle ne connaissait pas, ni ne maîtrisait a priori. Cela aurait soulevé beaucoup trop de questions et surtout, cela aurait blessé Ron, chose qu'elle souhaitait le moins au monde.
- Ce... Ce n'est rien. J'ai pratiqué de la magie ancienne la semaine dernière à partir d'un manuel. Une sorte de technique de méditation. Je dois être fatiguée et le sortilège a dû se réactiver.
- Tu ne devrais pas expérimenter ce genre de magie sans accompagnement, fit remarquer Luna. Ancienne ne veut pas dire inoffensive. Le professeur doit arriver dans un mois, il saura mieux te guider en toute sécurité.
- Oui... Tu as probablement raison. Je... Excusez-moi, je vais me coucher, répondit la jeune femme un peu précipitamment en prenant son chat dans ses bras.
En quittant le salon sous les regards intrigués des personnes présentes, elle passa devant Drago qui n'avait, lui non plus, rien raté de la scène. Il la regarda partir, les sourcils légèrement froncés, et tout à coup indifférent à Pansy, qui lui murmurait à l'oreille des remarques désobligeantes sur la jeune fille.
Hermione se coucha immédiatement, épuisée et perdue par les évènements de la journée.
Un peu plus tard dans la nuit, elle entendit un coup léger donné à sa porte. Elle se releva et l'ouvrit. Drago se tenait devant elle, un bras posé sur l'encadrement de l'entrée de sa chambre, et toujours torse nu. Dans la pénombre qui accentuait son aspect mystérieux, il était incroyablement séduisant. La jeune femme sentit son corps se tendre, alors que le sorcier s'introduisait sans invitation chez elle et refermait la porte derrière lui.
- Je ne suis pas venu pour parler Granger, murmura-t-il en s'approchant d'elle.
Il caressa sa joue avec une lenteur langoureuse, puis sa main descendit pour effleurer sa gorge, son épaule et parcourir son bras. Ce contact procura des frissons intenses à Hermione qui pouvait ressentir les battements de son cœur résonner dans tout son être. S'il n'était pas venu pour parler, après ce qu'il s'était passé dans le salon, elle redoutait de connaître les motivations réelles de sa visite. Ou peut-être était-elle désireuse, au contraire, qu'il les lui soumette ? Elle ne savait plus ce qu'elle devait penser lorsque le jeune homme se pencha vers elle, et embrassa son cou avec délectation. Elle posa ses mains sur son torse, alors qu'il réitérait ses baisers. Les pulsations au niveau de ses tempes s'accélérèrent. Il fit glisser ses doigts dans les cheveux défaits de la jeune femme et encercla sa nuque, tandis qu'il remontait son visage pour s'aligner avec le sien.
- Je suis venu juste pour ça, lui souffla-t-il dans l'oreille, avant de poser ses lèvres sur les siennes, sans qu'elle émette la moindre protestation, ni entame le moindre mouvement pour l'arrêter.
À cet instant, quelque chose se rompit en Hermione. Un désir incontrôlable la saisie et elle intensifia d'elle-même le baiser en enroulant ses bras autour de Drago. Il caressa alors sa langue avec la sienne, tandis que ses mains se lancèrent dans une exploration du corps de la jeune femme sans aucune retenue. Elle se cambra, désireuse de le sentir contre elle. Il saisit soudain sa cuisse, la releva contre sa hanche et plaqua l'étudiante contre le mur derrière elle. Il initia ensuite un mouvement de bassin qui éveilla en elle, un puissant courant électrique. Tout son corps était au supplice et la tension qui s'intensifiait dans son bas-ventre en était presque douloureuse.
C'est à cet instant, et dans le même état, qu'elle s'éveilla, transpirante, la respiration rapide et le cœur battant à tout rompre. Elle se redressa brusquement sur son lit, affolée : "Oh non..."