C'était le dernier cours de techniques de combat avant les vacances de Noël. Hermione s'était à présent entièrement rétablie de son attaque par les mangemorts, et elle avait décidé de rentrer chez ses parents pour les fêtes : elle souhaitait s'assurer du maintien des sortilèges qui avaient rétabli leur mémoire, mais également se couper de tous les évènements qui avaient eu lieu ici et qui la hantaient quotidiennement. De plus, l'attention que les autres élèves lui portaient, un mélange d'admiration et de pitié, la fatiguait.
Le parchemin, qu'elle avait dû relire trois fois pour être bien sûre d'avoir assimilé chaque information, l'avait profondément perturbée. Elle s'était tant accrochée à la culpabilité de la magie dans ses tourments et à sa libération prochaine, que l'idée même d'avoir de vrais sentiments pour Drago, fruits d'une alchimie naturelle et permanente, lui était insupportable. Mais elle savait aussi que leur acharnement à les combattre ne faisait qu'accentuer les effets indésirables du processus ancestral qu'ils avaient enclenché.
Le professeur Charvey apparut enfin, tandis que la jeune femme était encore dans ses réflexions. Elle tâcha de se concentrer, alors même qu'elle sentait les yeux de Drago sur elle. Depuis qu'elle était rentrée dans la salle, elle avait lutté farouchement contre la tentation de l'observer en retour. C'était devenu une habitude depuis leur confrontation dans sa chambre : elle avait besoin d'avoir les idées claires au quotidien et croiser son regard provoquait beaucoup trop de sentiments contradictoires qui embrouillaient ses résolutions, et menaçaient de faire ressortir la malédiction qui les liait. Alors, elle résistait. Difficilement.
A la suite de la lecture de la lettre, elle s'était persuadée que cela ne changerait pas son objectif : elle ne voulait rien avoir à faire avec lui. Elle avait beaucoup trop souffert et s'évertuait à présent à maintenir cette paix intérieure fragile qu'elle avait réussi à retrouver. À ses amis, elle avait uniquement mentionné la possibilité d'une atténuation du sortilège avec le temps et la distance. Cela avait rassuré Ron qui avait besoin d'une issue positive à cette situation. Harry, quant à lui, avait semblé perplexe, mais s'était abstenu de tout commentaire.
- Aujourd'hui, chers amis, proclama le sorcier moustachu en ramenant la jeune femme à la réalité, il ne faudra pas seulement combattre les forces du mal, mais également vos souffrances, vos cauchemars, et vous confronter avec vous-même pour gagner dans cette arène.
Il agita sa baguette dans un geste volontairement théâtral.
- Et pour cela, vous serez... SEULS !
Un épais brouillard descendit alors du plafond pour recouvrir entièrement les élèves. Par instinct, Hermione se baissa, en jetant un dernier regard inquiet à ses amis, avant que la visibilité ne se réduise plus qu'à quelques centimètres seulement tout autour d'elle. Le silence s'abattit en même temps que la lumière diminua pour n'être plus qu'une simple lueur. Lorsque ses yeux s'habituèrent à cette semi-obscurité, elle constata qu'elle était entourée de murs de pierre, avec un plafond bas similaire et un sol glissant. Elle était seule, comme l'avait dit le professeur, et pas un son ne trahissait la présence d'autres étudiants alentour.
Elle s'avança prudemment dans cette salle obscure qui semblait vide, et aperçut un couloir qu'elle emprunta. Le bruit de ses pas résonnait en écho tandis qu'elle s'éclairait de la faible lueur de sa baguette. Elle parcourut ainsi plusieurs mètres, avant d'être confrontée à la possibilité d'emprunter deux autres couloirs.
"Je dois être dans un labyrinthe."
L'angoisse commença à étreindre sa poitrine et son pouls s'accéléra. Lors du tournoi de la coupe de feu, elle avait été particulièrement terrifiée lorsque Harry avait emprunté le labyrinthe végétal. Allait-elle devoir combattre les mêmes monstres que lui ? Elle souffla, tâchant de garder son calme et serra plus fort sa baguette. Un hurlement lointain qui résonna sur les parois du labyrinthe lui provoqua un sursaut. Cette arène était de loin la plus terrifiante de toutes : les autres avaient au moins le mérite d'avoir une bonne visibilité et surtout, ils pouvaient compter les uns sur les autres. La solitude était un facteur de vulnérabilité supplémentaire qui ne lui plaisait pas du tout.
Un autre hurlement, plus proche, se fit entendre. Il fallait qu'elle bouge, être statique n'allait pas l'aider à sortir de là. Elle posa sa main gauche sur la paroi humide et entreprit d'avancer, avec pour seul souci de ne jamais la décoller du mur : ce n'était qu'avec cette méthode qu'elle finirait par s'échapper d'ici. Peut-être qu'avec un peu de chance, elle allait croiser quelqu'un qui l'informerait sur les ennemis à combattre.
Alors qu'elle marchait d'un pas rapide, les lianes lumineuses familières refirent leur apparition : "Drago, pensa-t-elle, il doit avoir des ennuis". Elle accéléra sa progression sans savoir réellement pourquoi, car vraisemblablement le professeur Charvey s'était arrangé pour que les étudiants ne puissent jamais se rencontrer : cela faisait une bonne heure à présent qu'elle déambulait et toujours pas l'ombre d'un allié, ni même d'un être surnaturel venu pour la tuer.
Soudain, au détour d'un angle rocheux, elle tomba nez à nez avec l'image la plus dérangeante qu'elle n'ait jamais vue : c'était elle, le corps en lévitation strié de nombreuses et profondes entailles sanguinolentes, les yeux révulsés et le teint blafard. Elle était face à son cadavre ! Elle chercha alors en quoi cela pouvait présenter un quelconque danger pour elle, lorsqu'elle aperçut un peu plus loin Drago, à genoux, la tête dans les mains autour desquelles s'enroulaient les liens magiques.
Elle hésita quelques secondes : cela pouvait être un piège, une illusion censée la perturber et la désorienter. Elle finit tout de même par rejoindre l'élève de Serpentard, s'agenouilla auprès de lui et posa une main sur son épaule.
- Drago...
À peine eut-elle prononcé son nom qu'il réagit immédiatement et la bouscula brusquement avant de pointer sa baguette sur elle.
- Qu'es-tu ?
- Je suis... Enfin Drago, tu vois bien que c'est moi, Hermione !
- Tu n'es qu'une illusion : Hermione est... morte !
Sa voix se cassa au moment de prononcer cette sentence. La jeune sorcière se retourna vers son corps flottant et le pointa du doigt :
- C'est ça l'illusion Malefoy, je ne suis pas morte ! Tu m'as ramenée à temps à l'école, je suis vivante !
Et pour le prouver, et aussi pour calmer les tremblements du jeune homme, elle encadra son visage avec ses mains.
- Je suis là Drago, je vais bien.
Il sembla d'abord confus, ses yeux passant simultanément de la dépouille de la jeune sorcière à sa version bien vivante. Mais doucement, il sembla reprendre peu à peu conscience. Il se saisit alors des mains de la jeune femme et la manifestation magique gagna en intensité chez les deux étudiants avant de s'entremêler dans une intensité croissante. Hermione était hypnotisée par ces yeux gris acier qui la fixaient avec intensité. Si son objectif durant ces quelques semaines avait été d'éviter le moindre contact avec lui, elle venait d'échouer lamentablement à cet instant. Et curieusement, cette entorse à ses résolutions ne la culpabilisait pas autant qu'elle l'aurait cru. Le jeune homme approcha son visage du sien, la bouche légèrement entrouverte :
- Granger...
- Il... Il faut qu'on parte, souffla Hermione.
Mais soudain, il regarda derrière elle et ses yeux s'agrandir de surprise. Elle suivit son regard et laissa échapper un cri de stupéfaction. A la place de son cadavre volant se trouvait à présent... ses parents. Ils étaient tous deux côte à côte et se tenaient la main. Leur visage traduisait l'effroi et la colère.
Hermione fit un pas en leur direction, mais le couple se serra l'un à l'autre et recula, terrifié. Ils ne parlaient pas, mais tout dans leur attitude exprimait la terreur.
- Papa, maman... C'est moi, Hermi...
Elle fit un autre pas mais provoqua la même réaction de la part de ses parents. Sans qu'elle ne s'en aperçoive, les larmes ruisselèrent abondement sur ses joues : ils ne la reconnaissaient pas. Pire, ils la craignaient et la haïssaient.
- Souvenez-vous, je suis votre fille... Je vous en prie...
- Granger...
Drago la retenait doucement par le bras alors qu'elle tentait de s'approcher encore, au bord de la rupture psychologique.
- C'est un épouvantard, Granger... Ce n'est pas la réalité.
Elle le savait. Pourtant, elle se brisait de l'intérieur devant cette image cauchemardesque. Le jeune homme l'obligea à reculer et la plaça derrière lui. Instantanément, l'homme et la femme disparurent, mais à la place se dressa une autre silhouette, imposante, portant une longue cape noire avec une capuche dissimulant son visage dans l'ombre. Un bras orné de la marque des mangemorts sortit du tissu sombre pour venir rabattre le textile qui recouvrait sa tête. Le visage de Drago se révéla alors à la faible luminosité des lieux. Il souriait avec cruauté en observant les deux jeunes gens et leva sa baguette vers eux.
- RIDDIKULUS ! Hurla le vrai Malefoy.
Instantanément, l'image se dissipa pour ne former plus qu'un point qui disparut dans une étincelle.
- C'était quoi ça ? Prononça difficilement la jeune femme d'une voix blanche, toujours camouflée derrière le torse massif de l'étudiant.
Il se retourna alors précipitamment vers elle et la saisit par la main.
- Viens avec moi, on doit continuer à progresser.
- Où est-ce qu’on est ?
- Le professeur Charvey a lancé à chacun d'entre nous un sortilège de semi-sommeil. Nous sommes toujours dans la salle, mais nos esprits sont piégés dans une arène individuelle. Nous devons trouver ce qu'il faut combattre ou résoudre pour pouvoir en sortir.
- D'accord, mais si nous sommes chacun piégés dans nos têtes, comment est-ce que tu peux être là devant moi ?
Le jeune homme s'arrêta et pencha la tête de côté :
- Tu te poses encore la question ?
- L'alignement... Évidemment...
Il la dévisagea puis s'éclaircit la gorge comme pour chasser une idée passagère et se retourna pour poursuivre son chemin. Dans cette prison de pierres où ils étaient enfermés tous les deux, Hermione comprit alors qu'ils étaient surtout piégés l'un avec l'autre, dans un monde d'illusions où personne ne pourrait jamais s'introduire. Et les possibilités qu'offrait une telle configuration étaient considérables... et terrifiantes.