Le dernier chaos
Hermione était assise en tailleur dans la salle de classe, les cheveux et les vêtements en ordre comme s'il ne s'était jamais rien passé. Et pourtant, à cet instant, elle était sur le point de se relever et de fuir sur des centaines de kilomètres jusqu'à la maison de chez ses parents. A pied s'il le fallait. Car elle ne pourrait jamais plus regarder personne de cette école dans les yeux à présent.
Dieu sait si elle en avait vécu des situations humiliantes depuis qu'elle était revenue ici, certainement plus que dans toute une vie. Mais cet évènement surpassait de très loin tous les autres. Et pour elle, il justifiait à lui seul une retraite stratégique et définitive au fin fond d'une forêt moldue, ou dans une contrée éloignée de toute présence humaine.
Mais alors qu'elle allait esquisser un mouvement :
- Hermione, tu vas bien ? S'enquit Harry.
- Tu avais l'air de sacrément souffrir ! Continua Ron. On a eu peur pour toi !
- Mademoiselle Granger ! S'enthousiasma le Professeur Charvey, qui semblait soulagé. Vous avez eu du mal à résoudre cette énigme, à ce que je vois : vous êtes la dernière à vous éveiller ! Nous étions prêts à venir vous chercher avec vos amis : tous les autres étudiants sont déjà partis déjeuner !
La dernière ? Les autres étudiants ? Elle sonda la pièce pour voir Drago, mais il n'était pas là.
- Ça va Hermione ? Tu es toute pâle, lui demanda Harry, sincèrement inquiet.
Elle acquiesça. Pourtant, elle avait envie de hurler. Une fois passé le soulagement de constater que personne n'avait eu accès à son subconscient, elle avait compris que tout ce qu'elle avait vécu, toutes les belles paroles de l'élève de Serpentard, les instants érotiques passés ensemble... Tout cela n'était qu'une simple illusion... Le vrai Drago avait vraisemblablement résolu sa propre problématique, et était parti...
D'ailleurs, quelle avait été la sienne ? Le fait de pardonner à Malefoy et de céder à ses désirs avaient-ils été la clef de son arène ? Ron la saisit doucement par le bras et l'aida à se relever, tandis que les émotions tourbillonnaient dans la tête de la jeune femme.
- Viens, tu vas aller manger, ça te fera du bien.
Mais une fois attablée dans la grande salle, elle fut incapable d'avaler quoi que ce soit. Une infime partie d'elle-même espérait encore secrètement que ce qu'elle avait vécu n'était pas le fruit de son imagination et elle cherchait désespérément Drago du regard, sans succès.
- J'ai pu voir mon frère Fred et lui parler, racontait Ron en mastiquant son poulet, et j'ai fini par comprendre que je n'avais pas à ressentir cette culpabilité permanente pour ne pas avoir réussi à le sauver. J'ai vraiment trouvé cette arène surprenante et libératrice pour une fois. Et toi Harry ?
- Moi, j'ai dû vivre dans un monde où je n'avais pas vaincu Voldemort. Ce n'était pas beau à voir, je vous assure. Je vous ai cherché durant tout le temps de mon sommeil, mais je ne vous ai jamais trouvés. J'ai fini par le combattre tout seul une deuxième fois.
- Et ? Tu l'as vaincu ?
- Oui. Difficilement mais oui. J'ai réalisé à ce moment-là que ma victoire, la réelle, n'était peut-être pas autant un coup de chance que ce que je pouvais penser. Je suis assez d'accord avec toi sur le côté libérateur. Dans mon cas, je ressens un peu moins mon syndrome de l'imposteur. Qu'est-ce qu'il s'est passé dans ton arène à toi, Hermione ? Qu'est-ce que tu as dû affronter ?
- Malefoy...
La jeune femme ne voulait pas leur mentir, mais elle n'envisageait pas non plus de leur exposer tous les détails. Depuis son réveil, elle se sentait triste et morose. Si ses deux amis avaient trouvé cette épreuve libératrice, c'était loin d'être son cas. Elle avait la désagréable impression d'avoir fait un pas en avant, puis deux en arrière.
- Ah... Décidément celui-là, même dans les cours de techniques de combat, il personnifie le mal...
- Non, Ron... J'ai dû... lui pardonner. C'était ça mon tourment à résoudre.
- Je ne vois pas le problème de lui en vouloir à mort. Il le mérite.
Harry dissimula un sourire en coin :
- La colère et la rancœur n'ont jamais été de bonnes compagnes, Ron. C'est toujours mieux si Hermione peut alléger ses ressentiments envers lui.
- Tant qu'elle ne se jette pas à nouveau sur lui... Maugréa le jeune homme aux cheveux roux pour lui-même, soudain de mauvaise humeur.
Dans la soirée, ils se dirigèrent tous les trois vers le terrain de Quidditch où les attendaient les Aurors. La jeune femme avait enfin intégré le programme magique de surveillance et sécurité que le ministère avait déployé, et ce, malgré les craintes et les réserves de ses amis. La directrice avait, quant à elle, salué avec émotion l'esprit combatif de la sorcière, sans chercher à la dissuader.
Hermione avait rassemblé ses cheveux en une grosse natte lâche et avait revêtu un ensemble noir près du corps pour faciliter son camouflage dans la nuit et ses déplacements. Elle ressentait, malgré l'absence de souvenirs de cette nuit-là, une certaine appréhension à sortir à nouveau de l'enceinte du château.
- Ah ! Voilà nos derniers renforts d'étudiants, s'exclama un vieux sorcier à la peau noire et portant des lunettes à monture épaisse. Je suis Marcus Everdeen, Auror de troisième degré. Je supervise les différentes brigades.
Il avait tendu une main chaleureuse à Hermione tout en se présentant. Elle se sentit tout de suite en confiance avec lui.
- Vous devez être la malheureuse jeune femme qui a été attaquée ? Je dois avouer que je suis admiratif de votre trempe. Je connais beaucoup de très bons sorciers qui auraient eu l'esprit brisé par ce que vous avez vécu et qui n'auraient plus jamais mis un pied dehors.
La jeune femme lui sourit, sans trop savoir s'il la trouvait complètement inconsciente ou exceptionnellement courageuse. Mais elle n'eut pas le loisir de trouver la réponse car Malefoy en personne venait de sortir de l'ombre et s'avançait vers elle. Et il n'avait pas l'air content.
- Mais qu'est-ce que tu fiches ici, Granger ?
Les émotions refoulées de sa promenade crapuleuse dans le labyrinthe de son subcontinent remontèrent brusquement à la surface lorsqu'elle posa les yeux sur lui, et elle fut incapable de lui répondre.
- Fous-lui la paix Malefoy, gronda Ron, tu n'as aucun avis à émettre sur les décisions qu'elle prend.
- C'est vrai. Mais il me semblait que vous, vous étiez ses amis ? Comment avez-vous pu accepter qu'elle participe aux tours de garde ?
Ron enfonça ses mains dans ses poches, mécontent d'être, pour une fois, d'accord avec son ennemi de toujours. Harry tenta de venir en aide à son ami tout en essayant d'apaiser la situation :
- Hermione n'est pas quelqu'un que l'on peut convaincre facilement.
- Pourriez-vous arrêter de parler de moi comme si je n'étais pas là ?
La jeune femme avait retrouvé un peu de contenance et était agacée que les trois jeunes hommes débattent à son sujet devant elle. L'élève de Serpentard se tourna à nouveau vers elle, la troublant avec l'intensité de ses yeux à l'éclat métallique.
- Ça ne t'a pas suffi de te faire massacrer la dernière fois ? Tu veux leur offrir l'opportunité de finir le travail ?
- Rappelle-moi en quoi cela te concerne, Malefoy ?
- Je... C'est moi qui t'ai récupérée, je te rappelle.
- Et je t'en serai éternellement reconnaissante. Mais maintenant, la décision de faire partie de ces patrouilles n'appartient qu'à moi et je ne suis pas du genre à laisser les gens que j'aime risquer leur vie, tandis que moi je suis bien à l'abri à l'école. Ils m'ont prise par surprise la dernière fois, cette fois-ci je suis prête à les affronter.
- Formidable ! S'exclama Marcus en frappant des mains, l'air légèrement mal à l'aise. Nous pouvons donc clore cette discussion passionnante en formant les équipes pour cette nuit. Potter, tu seras avec Ludivine et Gabin comme la dernière fois. Vous survolerez le périmètre Est avec les balais. Weasley avec moi : nous intégrons les brigades du périmètre ouest qui sont déjà en place. Granger...
- Elle sera avec moi. Affirma Drago avec une voix ferme, les bras croisés sur la poitrine et l'air sévère.
- Quoi ?
- Quoi ?
- Quoi ?
Harry, Ron et Hermione se tournèrent vers lui. Harry semblait inquiet, Ron, furieux et Hermione, troublée.
- Nous ferons partie des patrouilles terrestres. Continua l'étudiant sans s'émouvoir des réactions provoquées.
- Heu... C'est moi qui suis censé superviser la répartition, mais... Peu importe. Faisons comme ça. Tous à votre poste ! Conclut le sorcier à lunettes avant d'enfourcher son balai et de partir. Ron mit quelques secondes à le suivre, à contrecœur, et les yeux lançant des éclairs à l'élève de Serpentard.
- Hermione, chuchota Harry pour ne pas être entendu, ça va aller ? Tu veux que je reste avec toi ?
- Ne t'en fais pas pour moi, on se retrouve demain matin.
Et la sorcière du nom de Ludivine et lui s'envolèrent à leur tour dans la direction opposée de Marcus, laissant la jeune femme et Malefoy seuls. Le silence, le froid et la noirceur de la nuit les enveloppèrent brusquement tandis que ni l'un ni l'autre n'osaient entamer le dialogue.
- Où... Où est-ce qu'on doit se rendre pour rejoindre ses patrouilles terrestres ? Finit par demander Hermione.
- Regarde-moi Granger.
Elle leva les yeux vers Drago qui n'avait pas bougé d'un millimètre.
- Il est hors de question que tu te promènes à l'extérieur de Poudlard. Je te ramène à l'intérieur.
- Je te demande pardon ?
- Tu es pardonnée Granger, ironisa le jeune homme en l'attrapant par le bras, mais maintenant on rentre.
- Pour qui te prends-tu, Malefoy ? S'écria-t-elle, furieuse, en se dégageant brusquement. À quel moment as-tu cru que tu avais la moindre légitimité de contester mes choix et le moindre pouvoir de décision sur mes actions ?
Il la saisit alors par la nuque et l'embrassa fougueusement, avec toute l'urgence et le désespoir qu'il ressentait à cet instant.
- Depuis que tu as décidé de ne pas m'arrêter quand je t'ai suppliée, tout à l'heure...