Le Corbeau. Saison 1 par

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Side Story / Suspense / Action

2 II Souvenirs de Chine (partie 1)

Catégorie: M
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CHAPITRE II : SOUVENIRS DE CHINE (Partie 1)

 

Le ministère français de la magie. Un bâtiment où tous les aspects de la vie des sorciers français étaient gérés, un bâtiment caché aux yeux des moldus. L’aile est était occupée par les différents départements d’intervention et d’ordre. Le département de police magique y avait son bureau central et l’unité d’intervention y était basée. Les oubliators, les sorciers chargés de garder l’intégrité du secret de l’existence des sorciers avaient également leurs bureaux ici. Tout le premier étage était occupé par le Département des Chasseurs, les sorciers chargés de poursuivre et d’arrêter les mages noirs.

            Le Département des Chasseurs était divisé en trois sections. La section Action Intervention (AI) était la plus nombreuse. Elle était chargée de l’arrestation des mangemorts. Ces membres étaient des experts en magie de combat, ils travaillaient toujours en équipe de cinq pour minimiser les risques. La deuxième section était la section d’Investigation Recherche Interrogatoire Analyse (IRIA), les sorciers chargés des enquêtes et des interrogatoires. C’était une sorte de police scientifique. La dernière section était la plus secrète, la section S, la section spéciale. Des sorciers d’élite, expert en combat et en filature. Les sorciers de cette section menaient généralement leurs enquêtes seuls, demandant assez régulièrement l’assistance des autres sections.

            La section S était dirigée par Suzanne Janis. Elle fut une excellente chasseuse de terrain par le passé. Aujourd’hui encore, très peu de mages noirs oseraient s’en prendre à elle. Janis savait que Pierrick Chaldo était sûrement son meilleur homme. Mais parfois elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’il ne devrait pas faire ce travail. Il était le plus jeune des membres de la section S. Comme beaucoup, il était entré au Chasseurs par la section AI. Repéré pour sa grande efficacité mais surtout pour son individualisme, il fut muté à la section S. Janis avait renvoyé Chaldo chez lui. Elle se chargeait de faire son rapport à Charles Maldieu.

            Charles Maldieu, le chef du département des Chasseurs. Il était maintenant âgé d’environ une soixantaine d’années mais n’attendais pas la retraite impatiemment. Il ne savait pas comment il allait occuper ses journées après quarante ans d’aventure. Certes il y avait perdu un bras et son corps était couvert de cicatrice, mais il ne regrettait rien si ce n’est qu’une chose : de ne jamais avoir réussi à arrêter Malgéus. Malgéus, celui que certains surnommaient le Voldemort français.

            Quelqu’un frappa à la porte.

« Entrez, dit Maldieu. »

C’était sa secrétaire.

« Madame Janis demande à vous voir, dit-elle.

-Faites la entrer. Suzanne, alors ça y est ? Nous avons Bascœur ?

-Non Charles. Malheureusement mon agent a été obligé de l’éliminer.

-Que s’est-il passé ?

-Il y avait des policiers moldus sur place. Bascœur a semble t-il voulut s’en prendre à eux. Mon agent l’en a empêché.

-Qui était votre agent ?

-Pierrick Chaldo.

-Je vois. Alors ça devait être la meilleure chose à faire. Chaldo n’est pas du genre à tuer pour rien.

-Je préfèrerais qu’il n’est pas à combattre.

-Toujours à vous dire qu’il ne devrait pas faire ce métier.

-Il a beaucoup souffert par le passé. Je ne connais pas les détails mais le faire combattre les mangemorts ne me semble pas la meilleure solution pour le guérir de son passé.

-Peut-on vraiment guérir du passé ? C’est lui qui a demandé à rentrer dans les Chasseurs. Où est-il ?

-Je lui ai ordonné de rentrer se reposer. »

 

            Pierrick était chez lui. Il regardait le feu ronfler dans la cheminée assis dans son fauteuil. Sa maison n’avait quasiment aucune décoration si ce n’est une épée chinoise dans son fourreau posé sur la cheminée. Il n’y avait que quelques meubles et objets fonctionnels. Aucune photo, aucun tableau n’ornait les murs. Un corbeau vint se poser sur l’épaule de Pierrick.

« Le passé, les souvenirs. Je pensais que j’avais laissé tout ça loin derrière moi. Mais ils reviennent toujours. Obsédant, douloureux. »

Le feu continuait à crépiter. Mais Pierrick ne le regardait que par habitude. Ses yeux revoyaient des images du passé, un visage, un sourire. Un rire résonna mélodieusement à ses oreilles. Et une voix lui dit tendrement des mots qu’il n’oublierait jamais car ils étaient gravés à jamais dans son âme.

« Mon cœur est éternel. »

 

Chine 1978

 

            Un couple de chinois d’une quarantaine d’année accompagné d’une très belle jeune fille de 17 ans entra dans une magnifique propriété. Le domestique les guida jusqu’au maître des lieux. C’était un occidental habillé d’une robe de sorcier bleue. Lorsque la famille chinoise arriva, un sourire illumina son visage.

« Peng, Liang, quelle joie de vous voir, fit-il.

-Merci de nous avoir invité mon chère Gilles, remercia Peng.

-Passé une soirée avec des amis, c’est toujours une joie. Bonjour Su.

-Bonjour monsieur Chaldo, salua la jeune fille. Où est Pierrick ?

-Il s’entraîne derrière la maison, tu peux aller le rejoindre si tu veux.

-Merci. »

            Le visage illuminé par un sourire de jeune fille amoureuse, Su se dirigea vers la maison. Gilles la regarda s’éloigner en souriant. Une femme les rejoignit.

« C’est Su que j’ai vu passer ? dit-elle. Oh Bonjour Peng, bonjour Liang.

-Bonjour Françoise, salua Liang. Su est allée rejoindre Pierrick.

-Ah ces deux la, on va finir par les marier !

-Ce sera un jour faste, ajouta Peng. Plus faste que ces derniers jours au ministère.

-Les relations avec le gouvernements sont toujours tendues ? questionna Gilles.

-Plus que jamais. Depuis la prise de pouvoir des maoïstes, les relations avec les moldus ont changé. Avant le gouvernement impérial nous acceptait totalement, nous faisions parti de la culture chinoise. Même depuis la fin de la Révolution Culturelle[1], nous craignons toujours pour les notre. Surtout depuis le massacre des moldus de ce village du sud de l’Angleterre par Vous-savez-qui et ses fidèles, ils prennent ça comme prétexte pour dire que les Sorciers sont dangereux. Nous avons beau leur expliquer que nous ne sommes pas comme eux, que ce n’est qu’un groupe isolé, mais j’ai l’impression qu’ils veulent notre peau à tous.

-Je vois. Je vais renvoyer Françoise et Pierrick en France. Et les rejoindre dés que j’aurai mis mes affaires en ordres ici. Nous aimons tellement ce pays que cela nous brise le cœur.

-Moi je ne peux pas partir. Mon travail est trop important pour notre communauté et sa survie.

-Je sais. Mais si tu veux, je peux emmener Liang et Su avec nous. Je prendrai soin d’elles.

-Je n’osais pas te le demander.

-Ce sera seulement Su, coupa Liang. Tu crois que je vais te laisser ici tout seul.

-C’est pas la peine que j’essaye de te persuader, tu es têtu comme un âne comme dise les français.

-C’est « comme une mule », ria Gilles. Prenons un thé. Ce soir, cessons de nous occuper de tout ça et détendons-nous. »

            Su observait le jeune homme de dix-sept ans qui faisait des série de mouvement de Wu Shu avec force et précision. La sueur perlait sur son front. Il finit son tao[2] et reprit son souffle. La jeune fille s’approcha.

« Tu fais autre chose de tes journée à part t’entraîner ? fit-elle.

-Parfois il m’arrive de penser à une jeune fille charmante, souria t-il. Et de vouloir l’embrasser. »

Il approcha ses lèvres de celle de Su. Il sentait sa chaleur, son parfum. Et sa douce main sur sa bouche.

« Avant, va prendre une douche, s’il te plait. »

            Après une bonne douche, Pierrick rejoignit sa petite amie dans le jardin. Et cette fois elle ne se fit pas prié pour l’embrasser tendrement. Ils s’installèrent sur un carré de pelouse tranquille où ils avaient l’habitude de s’allonger pour regarder le ciel, rien que tous les deux. L’un contre l’autre, ils pensaient que rien ne pouvait leur arriver. Mais Pierrick savait que ce temps était peut-être fini.

« Mon père veut que ma mère et moi retournions en France, dit-il. Il pense que nous ne sommes plus en sécurité en Chine.

-Quoi ? fit Su en se redressant. Mais…

-Je lui ai dit que je n’avais pas peur et que je ne voulais pas partir. Mais il ne veut pas me laisser le choix. »

Su s’assit, tournant le dos à Pierrick. Des larmes coulaient sur ses joues.

« Alors tu vas partir, dit-elle. Tu vas me laisser seule ici.

-Mon père sait que je ne veux pas te quitter. Il y avait pensé avant même que je lui dise. C’est pourquoi il veut proposer à ton père de vous emmener toi et ta mère avec nous. »

Su se retourna, ses yeux étaient encore rouge de larmes mais un sourire magnifique éclairait son visage.

« Tu veux dire qu’on restera ensemble ?

-Oui. Je ne compte pas partir sans toi. Je ne peux pas imaginer la vie sans toi. »

Elle l’étreignit avec fougue, l’embrassant amoureusement.

« Wo ài ni.

-Moi aussi je t’aime. »

Ils restèrent enlacés durant un long moment. Cet instant était le leur.

            Le dîner fut détendu et se passa dans la bonne humeur. Les rires éclataient sous la voûte étoilée porté par le doux vent d’été. La soirée passa trop vite au goût du jeune couple. Il savait qu’ils se retrouveraient vite, le lendemain, une fête avait lieu dans la ville voisin. Ils avaient prévu d’y aller ensemble depuis déjà plusieurs mois. Le père de Su n’était pas rassuré à l’idée de laisser sa fille y aller dans le contexte actuel. Mais sachant qu’elle quitterait bientôt la Chine, il accepta.

            Au ministère chinois de la magie, l’atmosphère était tendue. Peng commençait à s’y habituer, depuis plusieurs mois la situation s’aggravait crescendo. Il suffirait d’une étincelle pour mettre le feu au poudre. Cette étincelle viendrait t-elle des mangemorts ou du gouvernement moldu ? La communauté magique chinoise pouvait se vanter de n’avoir que très peu de mangemorts, pour la plupart déjà arrêtés et emprisonnés à vie. Le ministère avait déjà mis en avant ce fait plusieurs fois devant les autorités moldues mais ces dernières semblaient faire la sourde oreille. Que préparait donc le gouvernement communiste ? Peng avait peur pour sa famille. Heureusement, bientôt sa fille serait loin de tout ça. Il savait qu’il pouvait avoir confiance en Gilles Chaldo. Ils étaient rapidement devenus amis quand le sorcier français fut détaché au bureau de représentation français, l’équivalent de l’ambassade de France chez les moldus. C’était il y a quinze ans. Peng avait été chargé à l’époque de l’accueil de la famille Chaldo et de les aider à s’installer. Les familles étaient restées en relation, grâce surtout à l’amitié qui s’était forgée entre leurs jeunes enfants. Cette amitié s’était transformée en Amour pour la plus grande joie des deux couples de parents. Peng désirait que Su reste avec Pierrick, il savait ce jeune homme capable de faire n’importe quoi pour protéger sa fille. Aujourd’hui sa seule crainte était de savoir s’il pourrait assisté à leur mariage un jour. Il ne savait pas s’il reverrait sa fille après qu’elle soit partie pour la France. Mais au moins elle serait en sécurité. C’était ça l’important.

            Le ministère chinois de la magie avait eu peur par le passé quand le révolutionnaire Mao Ze-Dong lança la révolution culturelle en 1966. Les traditions millénaires de ce qui fut l’Empire du Milieu étaient menacées de destruction totale. Jusqu’à la mort du dictateur en 1976, la communauté des sorciers vécut avec un couperet au dessus de la tête. Heureusement, la Révolution se dégonfla et les chinois se tournèrent de nouveau vers leurs traditions ancestrales. Du moins en partie. Le nouveau chef du parti communiste chinois, Deng Xiaoping, semblait vouloir coupé avec la partie culturelle de la Révolution. Mais il considérait l’existence même du ministère de la magie comme un contre-pouvoir. Certains sorciers pensaient qu’il cherchait une excuse pour pouvoir massacrer la communauté magique chinoise.

            Peng arriva à son bureau. Il était au Bureau de Relation Moldue. La journée se passa dans la même ambiance tendue qui s’était depuis longtemps installé. Mais à la fin de la journée, alors que Peng s’apprêtait à rentrer chez lui, un jeune homme d’à peine vingt-cinq ans se porta à sa rencontre, l’air paniqué.

« Monsieur Xiao, dit-il entre deux respirations. C’est terrible !

-Calme toi Feng et dit moi ce qu’il se passe.

-Il y a eu une attaque, à Pékin.

-Quoi ?

-Nous ignorons qui l’a commise mais c’est un sorcier, c’est sûr. Sûrement un mangemort. Il y a des victimes, trente morts il semblerait, que des moldus.

-Va me chercher un hibou, le plus rapide.

-Oui monsieur mais…

-Quoi ?

-Les moldus viennent d’annoncer au ministre qu’ils coupaient toutes relations entre nous et eux. Ils disent qu’ils en ont assez. Le ministre pense qu’ils veulent se débarrasser de nous. Qu’allons-nous faire monsieur ?

-Nous n’avons qu’une chose à faire, lança un homme en robe ouvragé en entrant.

-Hao, fit Peng.

-Nous devons nous cacher, continua t-il. Voir fuir le pays. Peng tu ne peux plus rien faire. Ce n’est qu’une question d’heure avant que le gouvernement moldu ne nous déclare la guerre.

-Nous sommes chinois !

-Pour eux nous ne sommes qu’une relique du passé impérial. Ils veulent se débarrasser de nous en le cachant aux yeux du monde. Ce pays ne veut plus de nous, alors autant partir. Va t-en, sauve ta famille. Tu as tes amis français, je suis sûre qu’ils t’aideront.

-Ils me l’ont déjà proposé, Su doit partir bientôt.

-Liang et toi devez partir aussi, et aujourd’hui.

-Mais je dois rester, tenter de sauver les notre.

-Il n’y a plus rien à sauver. Maintenant il faut sauver nos vies. Je vais annoncer la dissolution du ministère et exhorter les notre à fuir. C’est la fin du ministère chinois de la magie. Ma famille est entrain de partir. Part.

-Et toi ?

-Je reste, jusqu’à la fin. Je le dois.

-Mais…

-Je suis le ministre de la magie, je suis le seul qui n’est pas le droit de fuir. J’espère juste être le seul sorcier qu’ils tueront, mais j’en doute.

-Hao.

-Adieu mon ami, que ta vie soit encore longue et heureuse. »

            Le ministre sortit, laissant Peng et Feng seul. Le jeune homme paraissait abasourdi. Il ne savait pas quoi faire.

« Feng, tu as entendu ce qu’a dit le ministre. Va t-en tout de suite.

-Adieu monsieur. »

            Tout était donc fini. Peng regarda son bureau une dernière fois. Le monde devenait-il fou ? Maintenant, seule sa famille importait. Il devait faire vite. Su devait déjà être sur le point de partir pour la fête avec Pierrick, si elle n’était pas déjà partie. Il fallait fuir ce soir. Il savait pour où. Gilles était vraiment un ami cher.

            Pierrick se rendit chez les Xiao. Il tenait à cette soirée. Ce serait sûrement sa dernière en Chine. Son père avait tout prévu pour leur retour le lendemain. Il aimait ce pays. La France, il ne la connaissait que par ses parents. Il se sentait plus chinois que français. Tous ses amis étaient là. Il avait suivi toute sa scolarité à l’Institut Céleste, l’équivalent chinois de Hogwart ou de Beauxbâtons. Mais il était heureux de ne pas être séparé de Su. Il n’aurait jamais accepté de partir sans elle. Il l’aimait trop. Il en était tombé amoureux à l’age de huit ans. Elle avait toujours été très gentille et très belle.

            Il se souvenait du jour où il lui avait avoué ses sentiments. Il n’avait que douze ans. Alors qu’il s’entraînait dans la forêt qui jouxtait la villa de ses parents, il se blessa en trébuchant. Sa tête avait percuté un tronc violement. Su qui l’observait, vint  immédiatement l’aider. D’un coup de baguette, elle le soigna. Il resta tout de même une bonne heure, étourdi par le choc. Il ne se rendit pas compte de ce qu’il disait. Et en voulant simplement la remercier :

« Xiçxie[3]. Je sais pourquoi je suis amoureux de toi. »

Su ne parlait que très peu français mais elle comprit le mot « amoureux », et vit que les yeux du garçon ne mentait pas. Remarqua t-il qu’il lui avait avoué son plus grand secret ? Il ne put le dire, la jeune fille l’avait embrassé pour ne pas lui laisser le temps de se raviser. Ils étaient ensuite rentrés main dans la main.

            Su avait rendue ces cinq années merveilleuses. Et ce soir, elle serait une fois de plus la plus belle pour lui. Elle était vraiment magnifique dans sa robe blanche satinée traditionnelle brodée de motifs de fleurs. Elle était coiffée de deux chignons, dégageant son visage souriant tel un poème d’Amour. A chaque fois qu’il la voyait ainsi, Pierrick se croyait dans un rêve. Une fois de plus, il ne put balbutier le moindre mot jusqu’à ce que, telle une princesse, Su l’éveilla d’un baiser.

« Oh, bonsoir, fit-il distraitement.

-Bonsoir, souria t-elle. »

Liang riait légèrement.

« Pierrick, dit-elle. Il va falloir t-y habituer un jour. Rentrez avant minuit, vous partez tôt demain.

-Oui maman. »

            Les deux amoureux s’étaient éloignés rapidement. Le village n’était pas loin. Lorsqu’ils arrivèrent, les villageois dansaient déjà. Les feux d’artifices explosaient en l’air, prenant les formes les plus diverses, piochant dans la mythologie chinoise. Des dragons de feu multicolores ondulaient au dessus de leur tête, s’attaquant aux autres créatures qui pourtant ne faisaient que planer paisiblement. Ce village, était un des rares villages chinois habités uniquement par des sorciers. Loin des yeux des moldus, les habitants s’en donnaient à cœur joie pour effectuer les plus grandes prouesses magiques. Su et Pierrick dansèrent, rirent avec leurs amis. Certains ne purent s’empêcher de pleurer en apprenant qu’ils allaient partir. Mais tous leur souhaitèrent bonne chance et de vivre heureux.

            Dans la liesse générale, personne ne remarqua les ombres qui se faufilaient aux abords du village. C’étaient des soldats de l’armée populaire chinoise. Ils encerclaient le village, attendant un signal qui viendrait d’ici quelques secondes ou quelques minutes.

« C’est pour le bien de la Chine prolétaire, pensait chaque soldat. »

Pierrick faisait  tourner Su en une pirouette. Lorsqu’il l’arrêta, ce fut pour l’embrasser tendrement. Il perçut une présence derrière la jeune fille. Il ouvrit les yeux et vit le fusil pointé sur eux.

« PROTEGO ! cria t-il en sortant sa baguette au moment ou une détonation résonna. »

Les coups de feu firent taire la musique et les chants, les remplaçant par des hurlements d’effroi. Le sortilège du bouclier de Pierrick avait arrêté la balle in extremis. Il poussa Su derrière un mur tout en mettant le soldat hors combat d’un stupéfix. Il se mit également à couvert. Il regarda autour de lui. Des soldats moldus arrivaient de partout. Les sorciers se défendaient à coup de sortilège mais plusieurs tombèrent ensanglantés. Pierrick vit deux de ses amis s’effondrer alors qu’ils tentaient de s’enfuir, tirés lâchement dans le dos. Certains villageois parvinrent à fuir en transplanant ou en courant. C’était l’enfer qui leur tombait dessus.

            Pierrick vit le canon du fusil passer l’angle du mur. Il l’attrapa à pleine main et projeta le soldat au sol, l’assommant d’un coup de pied à la mâchoire.

« Levicorpus ! »

Les compagnons du premier s’envolèrent, repoussés dans les arbres par une force invisible. Un soldat qui avait échappé au sortilège voulut lui planter sa baïonnette dans les côtes. Le jeune sorcier esquiva la lame en pivotant tout en contrant d’un coup de genou sauté à la pommette. Le soldat vacilla mais resta debout. Pierrick le mit KO d’un coup de pied retourné circulaire en plein crâne. Il prit la main de Su, paralysée par la peur, et la tira vers l’extérieur du village. Il regardait souvent derrière eux pour s’assurer que personne ne les suivait et dû plusieurs fois stupéfixer des soldats.

            Ils coururent durant au moins un quart d’heure sans s’arrêter, mettant un maximum de distance entre eux et les soldats. Pierrick pouvait encore courir durant un long moment mais Su fatiguait. Ils s’étaient enfuis à l’opposé de chez eux mais ils connaissaient tout de même bien ce coin. Ils savaient que non loin se trouvait un grenier à riz suffisamment éloigné des chemins pour que les soldats ne les trouvent pas. Pierrick s’assura que la voie était libre avant d’y faire entrer la jeune fille apeurée.

            Su tremblait et sanglotait. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. La soirée avait si bien commencé. Après avoir bloqué la porte à l’aide du sortilège de collaporta, Pierrick vint auprès d’elle. Ils s’assirent dans la paille de riz. Su se blottit dans les bras de Pierrick. Il ne l’avait jamais sentie trembler autant.

« Chhh. Ça ira, nous sommes en sécurité ici.

-Tu sais bien que non, dit-elle, la peur faisant trembler sa voix. Mon père disait que ça pouvait arriver. Mes parents ! Vite ! Il faut les prévenir !

-Attend ! Je suis sûr qu’ils vont bien. Ton père devait être sûrement au courant avant l’attaque et a dû se mettre à l’abri avec ta mère. Il doit être entrain de nous chercher. Je suis sûr qu’il va bien.

-Tu as sûrement raison. Il a sûrement prévenu également tes parents. Qu’allons-nous faire ?

-Nous allons attendre que le jour se lève. Puis nous irons chez toi, c’est le plus près. En attendant repose-toi, essaye de dormir. Je veille.

-Je ne sais pas si j’arriverai à fermer l’œil. »

Le bruit d’une brindille craquant à l’extérieur attira l’attention du jeune homme. Abandonnant un instant Su, il se plaqua contre le mur de bois et regarda dehors par un interstice. Il n’y avait rien. C’était sûrement un animal.

« C’est bon, souffla t-il. Il n’y a rien. »

Il se tourna de nouveau vers la jeune fille et resta figé par la surprise, comme stupéfixé. La jeune chinoise enlevait sa robe de satin, dévoilant un corps de porcelaine pure. Sa peau était si pâle que personne n’aurait pu dire où s’arrêtait le satin de sa robe blanche et où commençait le velours de sa peau.

« Su, finit par réussir à balbutier le jeune homme.

-On ne sait pas ce qui peut arriver demain. Cette soirée a commencé comme un rêve, et s’est finie en cauchemar.

-Je te protègerai.

-Je sais. Mais je n’arriverai pas à dormir. Viens près de moi. Je ne veux pas que tu t’éloignes de moi cette nuit. »

La jeune fille pleurait. Pierrick vint essuyé ses larmes et l’embrassé tendrement. Ils s’allongèrent dans la paille. Leurs corps ne voulaient plus se séparer.

 



[1] 1966-1976 (selon l’historiographie chinoise, les historiens occidentaux l’estiment terminée en 1969).

[2] Formes codifiés. Equivalent des katas du Karaté.

[3] Merci.

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