Le Corbeau. Saison 1 par

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Side Story / Suspense / Action

6 VI Souvenirs de Chine (partie 2)

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CHAPITRE VI : SOUVENIRS DE CHINE (Partie 2)

 

Pierrick rentra chez lui pour prendre une douche et se changer. Lorsqu’il entra dans la cuisine pour grignoter un morceau, le corbeau l’interpella d’un croassement. Pierrick lui donna de la viande crue. Tout en sirotant son café, il repensait à cette nuit. Il n’avait rien trouvé. Le seul renseignement qu’il avait eu était celui de la femme du bar lui apprenant que Névris avait été vu dans la région de Strasbourg. Il avait encore quelques informateurs à voir. Suivant les renseignements qu’il récupérerait, il irait à Strasbourg. Quelque chose cognait à la fenêtre. Un hibou portant une lettre le prévenait de sa présence. Il reconnut immédiatement le hibou de Bobby Jagneau. Pierrick ouvrit la fenêtre et récupéra la missive.

 

Pierrick,

J’ai des renseignements qui pourraient t’intéresser. Vient au plus vite.

 

Bobby.

 

Pierrick ne finit pas son café. Il avait à peine reposé la lettre qu’un claquement de fouet se fit entendre lorsqu’il transplana.

            Chun s’était caché derrière une porte. Elle entendit clairement le claquement identique à ceux qu’elle avait entendu la veille quand étaient apparus les deux autres individus. Aussitôt, la voix de Jagneau se fit entendre.

« Salut Pierrick, tu veux un café ?

-Je n’ai pas le temps, dit la voix morne de Pierrick. Qu’est-ce que tu as à me dire ?

-Moi, rien.

-Tu disais avoir des renseignements.

-J’ai menti.

-Je n’ai pas le temps de jouer à ça. Malgéus cherche quelque chose. Un grimoire. Il faut que je sache lequel et pourquoi.

-Je chercherai.

-Tu m’as fait perdre mon temps.

-Attend. Ce n’est pas moi qui voulais te voir.

-Qui ? »

            Chun poussa la porte et entra dans la cuisine. Pierrick la regarda, à la fois surpris et troublé mais n’en montrant rien. De nouveau des images du passé lui revenaient, des sons, des sensations.

« Comment ? demanda Pierrick.

-Je lui sers d’informateur, avoua Bobby. Elle était sur la piste du tueur de libraire. J’ai eu un tuyau disant qu’un homme avec des infos souhaitait la voir. J’ai découvert après qu’il s’agissait de Bascœur et surtout qu’il était mangemort. Je t’ai donc prévenu sans te dire qu’il y aurait des policiers moldus. J’ai pensé que dans le pire des cas, ils auraient la mémoire effacée. Mais il semble que tu n’es pas voulu lui effacer. Mais je manque à tous mes devoirs ! Pierrick, je te présente le lieutenant de police Chun Yang-Li de la brigade criminelle. Lieutenant, voici Pierrick Chaldo, dit « le Corbeau », membre de la section spéciale des Chasseurs. »

Les yeux noirs de Pierrick plongeait jusqu’au fond des yeux noisette de Chun. Elle sentait qu’il la sondait jusqu’à l’âme mais elle ne s’y opposait pas. Elle sentait toute la peine qui émanait de cet homme. Elle voulait découvrir d’où elle venait. Elle voulait le guérir, sans savoir pourquoi. Elle sentait que quoiqu’il arrive, dorénavant, leurs vies étaient liées à tout jamais.

            Chun se décida à briser ce silence magique. Ce n’était pas ainsi qu’elle apprendrait quelque chose sur cet homme. Elle commença par la question qui lui brûlait le plus les lèvres.

« Pourquoi ne m’avez-vous pas effacé la mémoire ?

-Vos yeux.

-Mes yeux ?

-Votre visage. Votre voix. La force qui émane de vous. Tout me rappelle… »

Pierrick s’interrompit. Dire son nom lui était encore trop douloureux. Depuis bientôt quatre ans, il n’avait osé prononcer son nom ailleurs que dans ses rêves.

 

                        Chine 1978

 

            Le matin était arrivé. Trop vite au goût de Pierrick. Su dormait dans ses bras. Ils s’étaient endormis, épuisés aussi bien physiquement que moralement. Pierrick n’avait que peu dormi. Il s’inquiétait pour sa famille, ses amis, Su. Arriverait-il à protéger la jeune fille ? La seule pensée qu’il puisse lui arriver quelque chose lui était insupportable.

            Su se réveilla. Elle ne dit pas un mot en s’habillant. Pierrick savait qu’elle pensait à ses parents. La maison de Pierrick était la plus proche. Et le jeune homme supposait que les parents de Su s’étaient rendus chez les Chaldo pour pouvoir ensuite quitter le pays.

            Avançant prudemment, ils mirent une heure pour parcourir le peu de chemin jusqu’à la villa des Chaldo. Pierrick observa attentivement le mur d’enceinte et la porte en bois. Tout semblait normal. Tout était calme. Un peu trop même mais Pierrick n’y fit pas attention. Il prit Su par la main et la tira jusqu’à la porte. Dans le jardin de la villa, il n’y avait pas un bruit. Rien ne bougeait. Pierrick n’osa pas crier pour appeler ses parents. Ils entrèrent dans la maison. Rien. Un silence de mort.

            Ils se dirigèrent vers l’arrière de la maison. Ils ouvrirent la porte donnant sur le parc de la propriété, découvrant la vérité.

            Les parents de Su étaient bien venus chez les Chaldo. Espérant sûrement y retrouver leur fille et pouvoir fuir le pays au plus vite. Seulement, Su et Pierrick étaient absent. Ils ont attendu. Et les soldats sont venus. Leurs corps gisaient sur la pelouse verdoyante. Les yeux dans le vague, Peng était allongé sur le dos, sa baguette encore dans sa main. Liang était face contre terre, protégée par son mari, elle avait tenté de fuir. En vain.

            Su hurla. Ses jambes ne la soutinrent plus et elle s’effondra. Elle était assise et ne lâchait plus les cadavres de ses parents des yeux. Pierrick ne savait pas quoi dire. Il chercha ses propres parents des yeux et les repéra à quelques mètres à peine. Gilles gisant au sol et Françoise en travers sur lui. Pierrick s’approcha des corps. Des larmes inondaient ses yeux. A quoi lui servait d’être sorcier s’il ne pouvait même pas protéger ceux auxquels il tenait.

            Su était maintenant silencieuse. En un effort de volonté énorme, elle détacha les yeux des corps sans vie pour les tourner vers Pierrick. Il lui tournait le dos mais elle devinait les larmes par les tremblements dont il était agité. Flageolante, elle se releva et vint jusqu’à lui. Elle se colla à lui, l’enserrant entre ses bras de porcelaine. Elle posa son oreille sur son dos et écouta son cœur. Le rythme de la vie réchauffa le sien, et lui rappela que leur vie, elle, n’était pas finie. Elle le berça doucement. Vaincu par le chagrin, Pierrick tomba à genoux, entraînant Su avec lui. Elle passa devant lui sans rompre le contact charnel. Elle lui fit poser son oreille sur sa poitrine pour lui faire écouter son cœur à son tour. Pierrick fut surpris par la percussion chaleureuse qui résonnait dans tout son être.

« Tu entends, murmura Su. Tu entends mon cœur. Ça veut dire que nous, nous ne sommes pas morts et que nous devons continuer à vivre. »

            Pierrick releva la tête. Su lui souriait tendrement. Il sentait sa tristesse derrière son sourire radieux mais elle était si éblouissante qu’il ne la vit plus. Oui. Ils devaient continuer à vivre. C’était ce qu’auraient voulu leurs parents. Il approcha son visage pour l’embrasser. Mais son sourire se crispa. Elle relâcha son étreinte malgré ses efforts visibles pour la maintenir. Ses yeux n’exprimaient plus ni réconfort ni chagrin. Ils étaient emplis de détresse, de douleur. Se cambrant, elle s’effondra retenue par les bras de Pierrick. Il ne comprenait pas. Il ne voulait pas comprendre. Un liquide chaud ruisselait sur ses mains, maculant l’herbe d’ocre.

            Absorbé par ses yeux, il n’avait pas perçu la présence des soldats derrière elle. Il n’avait pas entendu la déflagration. Su respirait de plus en plus difficilement.

« Non, souffla t-il. NON ! Ne me laisse pas ! J’ai tant besoin de toi ! »

Ses larmes que le sourire de la jeune fille avait séchées recommençaient à couler. Dans un effort visible, elle leva la main jusqu’à son visage. D’un geste maladroit, elle essuya une perle de tristesse.

« Ne pleurs pas, souria t-elle.

-Je ne veux pas te perdre.

-Je serais toujours avec toi.

-Su.

-Mon cœur est éternel. »

            Son bras retomba légèrement sur la pelouse. Ses yeux se fermèrent, une dernière fois.  Pierrick sentait déjà la chaleur quitter son corps de velours et de porcelaine. Jamais plus il n’entendrait son rire. Jamais plus il ne verrait son sourire. Jamais plus il ne se noierait de plaisir dans ses yeux purs. Jamais plus il ne sentirait la vie irradier de son corps. Tout était fini maintenant.

            Il entendit les soldats chinois se déplacer sur la pelouse. Il déposa délicatement le corps de son Amour. Sans la lâcher des yeux, il se releva. Puis, lentement, son visage se releva. Les soldats en furent figés d’effroi. Son regard, avant si chaleureux était maintenant aussi sombre et froid qu’une nuit d’hiver sans lune. Poussé par sa peur, un soldat pressa la queue de détente de son arme. La balle ne fit que frôler la joue de Pierrick qui ne broncha pas. Il ne sentait même plus le sang qui se mêlait à ses larmes. L’officier hurla l’ordre de faire feu à volonté. Mais Pierrick fut le plus rapide. Il tira sa baguette de sa poche et sans même prononcer la formule, des éclairs verts vinrent frapper les soldats. Les militaires moldus tombaient frappés par le sortilège de la mort.

            Aucun n’en réchappa…

 

            Pierrick arrêta là son récit. Il ne voyait rien d’autre à ajouter. Il se demandait pourquoi il lui en parlait. Pourquoi en parler à cette inconnue ? Elle lui ressemblait tellement. Comme une sœur.

Bobby avait écouté attentivement en silence. Il connaissait maintenant le lourd passé qui avait fait de Pierrick Chaldo, le Corbeau. Il connaissait à peu près la suite. Pierrick fut rapatrier en France et confié à ses grands-parents. Malgré l’amour dont ils l’entouraient, ils ne purent le comprendre et l’aider. Pierrick avait refusé de finir ses études à Beauxbâtons et avait présenté sa candidature au Département des Chasseurs. Ses capacités exceptionnelles furent remarquées et il intégra la section AI. Mais son tempérament solitaire l’orienta rapidement vers la section S. Depuis, il était devenu le chasseur le plus redouté des mangemorts. Pour tous, il était le Corbeau.

Chun ne savait pas quoi dire. Elle était désarmée face à la détresse de Pierrick. Elle voulait l’aider, mais ne savait pas comment. Elle se décida à parler :

« Je… Je suis désolé pour vos parents, vos amis. Et pour Su.

-Pourquoi ? Vous n’y êtes pour rien. J’ai tué les soldats qui s’en étaient pris à eux. Ils n’étaient pas vraiment responsables, mais ma rage m’empêchait de réfléchir.

-Je comprends.

-Vous lui ressemblez beaucoup. Votre visage et vos yeux me la rappellent comme une photo. Même votre voix. »

            Bobby sentait qu’il était de trop. Il prétexta d’avoir un commerce à faire tourner et les laissa seuls dans la cuisine. Chun décida de lui parler du tueur de libraire.

« Je travaillais sur cette affaire également, dit-il. Vu l’absence de lésions sur les corps, nous avons tout de suite pensé à un meurtre par un sorcier. Surtout que trois des cinq victimes étaient des sorciers. La police magique enquêtait mais il y a eu un sixième meurtre dont vous n’avez pas entendu parler normalement. Un libraire tenant un commerce dans une de nos rues secrètes. Un espace où ne circulent que des sorciers. Il était spécialisé en ouvrage de magie noire ce qui a attiré notre attention. Sa boutique a été totalement retournée. Le tueur cherchait quelque chose. Et d’après les dernières découvertes, il ne l’a pas encore trouvé.

-Mais si c’était Bascœur le tueur ?

-C’était lui pour trois d’entre eux. Un examen de sa baguette l’a révélé. Nous ignorons l’identité du ou des assassins des autres mais c’étaient sûrement des mangemorts.

-Je vois. Je ne conclurais jamais officiellement cette affaire. Mais je veux la finir. Laisser moi vous aider.

-Vous ne comprenez pas. Cette affaire a pris des proportions énormes. La sûreté de notre monde est en jeu.

-Je suis sûre que je pourrais vous être utile.

-Vous ne connaissez rien de notre monde.

-J’apprends vite. »

Bobby entra en trombe.

« Pierrick, un hibou pour toi. Ça a l’air urgent. »

 

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