Le Corbeau. Saison 1 par

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Side Story / Suspense / Action

23 IX Peur

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CHAPITRE IX : PEUR

 

Durant les jours suivants, Pierrick continua à surveiller Radus. Ce dernier ne fit rien de suspect mis à part surveiller avec toujours autant d’insistance la jeune Laura Jiraud. Hans Friedrich parut de plus en plus énerver de l’intérêt que le professeur portait à sa petite amie. Pierrick était sûr que l’adolescent allait bientôt lui demander des explications.

            La piste de Radus ne donnant rien pour le moment, Pierrick se pencha sur l’autre possibilité : le Club de Serpent. Mais tout ce qu’il avait à sa disposition était la liste de membres potentiels établie par François Garde. Cette liste était d’ailleurs assez courte. Elle ne comportait qu’une dizaine d’élèves et un professeur : le maître des potions, Richard Rodès.

            Parmi les élèves, la plupart étaient en dernière année. Pierrick ne les connaissait pas ou peu. Il y avait un membre du club d’Histoire. Un nom lui sauta aux yeux immédiatement : Hans Friedrich. Les documents en runes découverts dans sa chambre traitaient-ils de magie noire ? Il décida d’attendre les résultats des recherches de Franck Vinol pour le cas de cet élève. Mais le chasseur pensa que le voir lié à deux pistes ne devait pas être une simple coïncidence.

            Un autre nom attira l’attention du Corbeau. Celui d’un élève de septième année dont le dossier comportait beaucoup de faits étranges et d’actes de violences. Il avait plusieurs fois utilisés des maléfices sur d’autres élèves ou en avait entraîné dans des actions étranges, genres rituels à la pleine lune, sacrifices d’animaux ou dons de sang à divers démons des Enfers. Malgré tout, il ne fut pas renvoyé car son comportement étrange se doublait d’un don pour les études. Il était considéré comme le meilleur élève de l’Académie depuis un demi-siècle. Pierre Hargus avait d’ailleurs été soutenu plusieurs fois par le professeur Rodès durant ses passages en commission de discipline.

 

            Pierrick chercha Pierre Hargus dans l’école. Il le trouva finalement à la bibliothèque. Sa peau était pâle, presque blafarde. Ses cheveux étaient châtain et courts. Ses yeux bleu très pâle. A première vue, il n’avait pas l’air dangereux. Pas dangereux jusqu’à ce qu’il s’en prenne aux autres. L’expérience avait appris à Pierrick que l’apparence ne signifiait rien.

            Pierrick ne voyait pas quel livre il étudiait avec tant intérêt. Il allait s’approcher  discrètement quand un cri attira son attention et celle de tout le monde dans la bibliothèque.

« Je vous demande de la laisser tranquille ! »

Hans Friedrich faisait face à Thomas Radus. Derrière l’adolescent, Laura Jiraud observait la scène sans savoir si elle devait intervenir ou non. La discussion avait dû commencer depuis déjà un moment.

« Je vous répète que je ne vois pas de quoi vous parlez, dit Radus.

-Vous n’arrêtez pas de la mater ! Pourquoi ? Vous êtes attiré par les élèves ? Les ados vous excitent ?

-Je ne vous permets pas de me parler sur ce ton. »

Malgré les accusations de Friedrich, Radus gardait un calme parfait.

« Je ne fais que constater, continua Friedrich. Vous n’arrêtez pas de la regarder tout le temps. Vous l’emmerdez, et vous m’emmerdez. Vous la gênez.

-Je n’ai pas de temps à perdre avec ces enfantillages. Je suis venu consulté un livre.

-Lequel ? »

Radus ne répondit pas. Visiblement, il n’avait pas prévu cette situation. Friedrich eu un rictus de satisfaction.

« J’avais raison, lança l’élève.

-Je dois y aller. »

Radus tourna les talons et sortit de la bibliothèque sous les regards accusateurs des élèves et professeurs présents. Tout aurait pu s’arrêter la. Mais Friedrich se lança à sa poursuite malgré l’appel de sa petite amie.

            Le jeune homme rattrapa le professeur dans le couloir. Il lui coupa la route et se dressa devant lui.

« Je n’ai pas fini, clama t-il. »

Le couloir était désert. Friedrich voulait faire comprendre à ce professeur qu’il n’avait plus intérêt à s’approcher de sa petite amie. Il sortit sa baguette mais n’eut pas le temps de la pointer sur Radus. Ce dernier cassa la distance tout en désarmant l’élève d’un coup de sabre de main au poignet. Il saisit son bras et le projeta au dessus de son épaule. Une fois l’étudiant au sol, il lança un coup de poing vers son visage, l’arrêtant à quelques millimètres de son nez.

            Radus le lâcha et se recula sans le quitter des yeux. Il jeta un regard à Laura Jiraud qui avait suivi son petit ami et observait la scène avec inquiétude. Elle n’osa s’accroupir à côté de lui que quand le professeur se tourna pour continuer son chemin. Il s’arrêta. Et sans se retourner lança :

« Xua[1]. »

Lorsqu’il eut disparu à l’angle du couloir, Hans Friedrich se tourna vers sa petite amie.

« Qu’est-ce qu’il a dit ?

-Je…Je ne sais pas, répondit la jeune fille. Je n’ai pas compris. Retournons à la bibli. »

Le jeune couple repartit en direction de la bibliothèque. Descendant de la tête d’une statue qui lui servait de perchoir, un oiseau noir se posa sur le sol. Une seconde plus tard, à sa place se trouvait Pierrick. Il regarda dans la direction de la bibliothèque, puis dans celle prise par Radus.

« Apprends. »

 

            Le soir, Pierrick raconta la scène à Chun.

« Il a dit xua, répèta Chun. Comment connaît-il le chinois ?

-Gaston Jiraud était en Chine. Je sens qu’il y a un lien. Mais je ne vois pas lequel. Radus ne devait être qu’un petit garçon à cette époque. Et puis il n’a pas le type asiatique.

-Je ne comprends rien non plus.

-Ce qui m’a le plus surpris ce n’est pas qu’il parle chinois. C’est sa technique. Je connais ce style, pour la simple raison que je l’ai pratiqué.

-Qui te l’a enseigné ?

-Je ne me souviens plus. J’étais jeune. Enfant, j’avais de gros problème de mémoire. je crois me souvenir que c’était une femme. Mais son visage m’échappe et son nom aussi. Il ne me reste qu’une chose à faire.

-Quoi ?

-Je dois fouiller dans les appartements de Radus. Ce soir.

-Je vais avec toi.

-Non. C’est trop dangereux. Si Radus est le tueur alors je vais sûrement devoir me battre pour l’arrêter. Je ne pourrais pas te protéger.

-Je sais me défendre.

-Ce n’est pas un simple criminel auquel on a affaire. C’est un sorcier, un mangemort.

-Aurais-tu préféré que je ne t’accompagne pas pour cette mission ?

-Oui, j’aurais préféré. Ce n’est pas ta place ici. »

Chun ne répondit rien durant de longues secondes. Le silence était pesant.

« Ma place… Je sais très bien où est ma place. Mais je me demande si j’y serais réellement un jour. »

            Elle n’avait pas crié mais c’était tout comme. Elle n’ajouta rien et s’enferma dans sa chambre. Elle s’allongea sur son lit. Une larme ruissela sur sa joue.

« Pourquoi tu ne comprends pas ? murmura t-elle pour elle-même. Ma place c’est avec toi. C’est près de toi. Pourquoi me repousses-tu ? »

 

            Pierrick ne chercha pas à consoler Chun. Il avait à faire. Et surtout il ne savait pas quoi faire vis-à-vis d’elle. Elle comptait beaucoup à ses yeux. Plus qu’il ne l’aurait jamais espéré. Il savait que la jeune femme n’attendait qu’une parole, qu’un geste de sa part. Mais oserait-il le faire ? La vie était ironique. Les individus pleins de contrariétés. Pierrick ne connaissait pas la peur au combat. Il n’a jamais eu peur en affrontant les mangemorts, y compris Malgéus. Mais devant elle, la peur emplissait son cœur et son esprit. Il avait peur de la perdre, peur qu’elle souffre à cause de lui, peur qu’un jour un mage noir s’en prenne à elle, peur qu’elle meurt. Mais par-dessus tout, il avait peur de lui avouer ses sentiments, cet amour qui fleurissait dans son âme. Peur de ne pouvoir lui apporter le bonheur qu’elle mérite. Et tout simplement, peur d’être heureux après tant d’années obscures. Il était habitué au malheur, à la souffrance, à la solitude et à la mort. Chun représentait le bonheur, l’apaisement et la vie.

            Avait-il seulement droit à ça ?

 

            Le soir, Chun refusa de descendre dîner, prétextant qu’elle n’avait pas faim. Pierrick ne souhaitait pas manger. Il jeta simplement un coup d’œil dans la grande salle pour s’assurer de la présence de Radus. Le professeur de défense contre les forces du mal était attablé et mangeait tranquillement. A l’autre bout de la salle, Hans Friedrich et Laura Jiraud mangeaient ensemble sans lancer le moindre regard à Radus. L’adolescent semblait encore sous le coup de la colère. La jeune fille, elle, semblait troublée. Et juste au moment où Pierrick allait continuer son chemin, il la surprit entrain à lever les yeux vers le jeune professeur. Son regard exprimait l’interrogation. Quelle question pouvait-elle bien se poser sur le professeur Radus ?

            Pierrick se dirigea vers l’appartement de Radus. Y entrer fut facile pour le chasseur. L’appartement était plus petit que celui qu’occupait Pierrick et Chun, il était fait pour un seul locataire. A part le mobilier fourni par l’Académie, la décoration était inexistante. Comme si le professeur ne comptait pas rester longtemps. Pierrick entra dans le bureau. A première vue, il n’y avait rien de spécial. Une pile de devoir à corriger attendait à côté d’une plume et d’une règle. Quelque chose frappa tout de suite Pierrick : le peu de livre. Il n’y avait que les livres de classe officiels. La fouille de la pièce fut rapide car la plupart des tiroirs étaient vides et les autres ne contenaient que des tas de copies déjà corrigées.

            Pierrick décida de passer à la chambre. A l’instar du reste de l’appartement, l’impression de ne pas vouloir rester longtemps ressortait. Les vêtements de Radus étaient en majorité encore rangés dans une malle. Le Corbeau commença par la. Et rapidement il trouva des documents en chinois. Maîtrisant parfaitement cette langue, Pierrick n’eut aucun mal à déchiffrer les documents. La plupart traitaient d’alchimie chinoise. Pierrick se souvenait avoir vu ces sujets en cours à l’Institut Céleste. D’autres documents attirèrent plus l’attention du chasseur, il était sûr de les avoir déjà vu, de les avoir tenu dans ses mains étant enfant. Ces documents traitaient des principes fondamentaux du premier style de Wu Shu qu’avait étudié Pierrick en arrivant en Chine : le Ngam Lung Quan, le poing du dragon obscur. Il se souvenait maintenant. Ce style mêlait arts martiaux et magie de combat. Mais les simples sorciers ne pouvaient l’utiliser totalement. Pierrick le savait sans se souvenir pourquoi. La technique qu’avait utilisé Radus sur Friedrich appartenait à ce style. Ce style de combat ne fut jamais enseigné hors de Chine, c’était la preuve que Radus y avait séjournée. Mais qui le lui avait enseigné ?

            Il trouva la réponse à ses questions en continuant sa fouille de la malle. Une vieille photo abîmée par le temps mais toujours animé montrait un jeune garçon de quatorze ans souriant en posant à côté d’un magnifique femme asiatique âgée d’environ trente-cinq ans. L’adolescent et la femme semblaient très liés, se tenant par la taille et les épaules. L’adolescent n’avait pas le type asiatique et Pierrick reconnut Thomas Radus malgré ses cheveux longs de couleur châtain clair. Pierrick en était sûr, il connaissait cette femme. Et ce fut comme un éclair, il se souvint. Son nom lui échappait encore mais il en était sûr, c’était elle qui lui avait enseigné le Ngam Lung Quan. Peut-être même avait-il déjà rencontré l’adolescent de la photo. Ce qui voudrait dire qu’il avait rencontré Radus dans sa jeunesse. Etait-ce possible ?

            Il continua la fouille de la chambre et découvrit dans un des placards une tenue noire comme celle qu’il mettait pour les opérations anti-mage noir, une tenue de ye xing ke. Radus était donc cette silhouette qu’il avait aperçue le soir de sa première excursion nocturne dans les couloirs de l’Académie. Il devait sûrement surveiller Laura Jiraud ce soir là. Rien n’expliquait encore l’intérêt de Radus pour l’adolescente. A côté de la tenue, se trouvait un sabre chinois. Pierrick ne put s’empêcher de le prendre pour mieux l’examiner. Il l’avait déjà vu et même déjà manié par le passé. Il le savait. Il le reposa à sa place.

 

            Pierrick ne trouverait rien de plus ici. Il s’assura visuellement que tout était bien rangé comme quand il était entré et se dirigea vers la porte. Au moment où il tendit la main vers la poignée, il perçut le cliquetis de la clé dans le verrou...



[1] Prononcez « chua ».

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