Le Corbeau. Saison 1

Chapitre 98 : XV Déclaration de Guerre

Catégorie: M

Dernière mise à jour 09/11/2016 21:38

            CHAPITRE XV : DECLARATION DE GUERRE

 

            Suzanne Janis venait d’apprendre la nouvelle. Elle se dirigea rapidement vers la section IRIA. Des hommes de la section AI venaient d’appréhender plusieurs mangemorts du groupe de Malgéus en fuite. Au moins, les hommes d’Albert Chergnieux les avaient ramenés vivants. Suzanne Janis se demandait ce qui allait se passer maintenant.

            Dans le couloir desservant les salles d’interrogatoire, Suzanne Janis retrouva Luc Fabre.

« Ils sont dans quel état ? questionna t-elle.

-Ils vont bien, répondit Fabre. Les hommes de la AI n’ont pas appliqué les directives de Dakus. Et Chergnieux ne leur a fait aucune remontrance.

-Ce qui tendrait à faire penser qu’il n’est pas entièrement du côté de Janus. Comme nous le pensions, il doit ignorer que Riliam est Janus.

-Ou alors, il ne veut simplement pas que les choses changent, lança Chergnieux en s’approchant. Même s’il ne croit pas que le Ministère soit aux mains d’un mage noir. Ce n’est pas dans les habitudes des Chasseurs d’éliminer les cibles quand elles peuvent être capturées vivantes. Je ne l’ai pas oublié.

-Pourquoi sont-ils ici ? cria une voix colérique. »

            A l’autre bout du couloir, Yves Dakus était rouge de colère. Il était accompagné de plusieurs hommes de la section S. Tous des nouveaux imposés par Dakus. Tous des mages noirs en puissance se dit Suzanne.

« Chergnieux ! hurla t-il. J’avais donné des ordres claires : pas de prisonnier.

-Si nous voulons trouver les autres et qu’ils soient jugés légalement, nous devons les arrêter vivants, se défendit Chergnieux.

-Ils ont déjà été jugés et condamnés ! Le Ministre a donné l’ordre de les tuer tous !

-Le Ministre n’a aucun droit pour ordonner la mort de cette façon.

-Nous autres, les Chasseurs, sommes sous les ordres du Ministre. Nous avons pour mission de combattre les mages noirs.

-Les combattre, oui. Mais nous ne sommes pas des assassins.

-Chergnieux, ces paroles pourraient vous valoir votre place. Je vous faisais confiance. »

Dakus se tourna vers ceux qui l’accompagnaient.

« Tuez ces mangemorts. »

            Les complices de Dakus sortirent leurs baguettes et se dirigèrent vers les portes des salles d’interrogatoire.

« Arrêtez ! lança Suzanne. Ceci va à l’encontre de nos lois.

-Les lois vont changer, dit Dakus.

-Peut-être, mais elles n’ont pas encore changé.

-Le Ministre souhaite que nous prenions un peu d’avance. Allez-y.

-Si vous bougez, je vais être obligé d’agir, fit Suzanne en brandissant sa baguette. »

Les complices de Dakus pointèrent également sa baguette vers la chef de la section S. La scène resta figée durant plusieurs instants. Dakus eut un sourire satisfait.

« Suzanne, vous venez de me donner un prétexte pour vous renvoyer.

-Je suis comme Georges, je ne sais pas jouer la comédie, dit-elle. Dîtes leur de reculer.

-Vous êtes seule et ils sont cinq. Je ne vois pas ce que vous pourriez faire.

-Vous voulez que je vous montre ?

-Allez-y, ricana t-il. »

            Un rayon rouge surgit de l’extrémité de la baguette de Suzanne, désarmant un des complices. Un second vint frapper un autre, le stupéfixant. Les complices réagirent, lançant des Stupéfix en direction de la chasseuse. Elle évita les éclairs en plongeant sur le côté, parvenant dans le même temps à en mettre un autre hors de combat. Seulement, un Experliarmus lui fit sauter sa baguette des mains.

            Suzanne était maintenant accroupie sur le sol, totalement à la merci de Dakus et de ses complices.

« Vous étiez une grande chasseuse par le passé Suzanne, dit Dakus visiblement satisfait. Mais le temps passe. Vous n’avez plus vingt ans.

-Toi non plus, lança t-elle. »

D’un geste vif, elle sortit une seconde baguette de sous sa veste. D’un Repulso, elle envoya Dakus percuter un mur. Malheureusement, elle ne put rien faire de plus, de nouveau désarmé. Dakus était étourdi mais resta conscient. Il toisa la femme d’un air mauvais.

« Tu vas regretter d’avoir fait ça, cracha t-il. Arrêtez-la. Je vais m’assurer que tu reçoives un dernier baiser. »

Les complices s’avancèrent mais Luc Fabre s’interposa, la baguette à la main.

« Fabre, voulez-vous partager son sort ? questionna Dakus.

-Suzanne, je crois que le temps est venu, dit calmement Luc. Nous ne pouvons rester plus longtemps sans rien faire. Si nous attendons plus longtemps, serons-nous encore en mesure d’arrêter leur folie ? Janus doit être arrêté.

-Ainsi, vous avez choisi de vous opposer à nous, fit Dakus. Grossière erreur. Si vous n’êtes pas avec nous, la seule voie qui s’ouvre à vous est celle menant à la mort et à la disgrâce. »

Suzanne Janis se releva. Fabre attira à lui les baguettes de la chasseuse et lui tendit.

« Il vaut mieux mourir en combattant pour ses convictions, que vivre en les piétinant, dit-elle.

-Vous voulez la guerre, sourit Dakus.

-Comme Janus. »

            Suzanne porta une de ses baguettes à sa gorge.

« Sonorus, incanta t-elle. A tous les Chasseurs, membres de la Police Magique et Oubliators, une nouvelle guerre contre les mages noirs est déclarée en ce jour. Il ne tient qu’à nous de faire en sorte qu’elle ne dure qu’une bataille. Le mage noir que nous devons combattre est Janus, plus connu sous le nom d’Erwan Riliam. »

Suzanne retira la baguette de sa gorge. Dakus la toisait d’un air à la fois amusé et enragé.

« Tu crois vraiment qu’ils vont te croire ? fit-il. Depuis le temps que mon maître est Ministre, il a réussi à infiltrer l’ensemble des services du Ministère.

-Janus aurait dû attendre plus longtemps. Ou continuer à profiter discrètement de son pouvoir. Mais maintenant, il va devoir se battre.

-Vous n’êtes que des cancrelats. Il ne s’abaissera pas à se battre contre vous. Il est un Dieu. Et moi, je suis son messager.

-Dans certaines cultures, on tue le messager qui porte le malheur. »

            Les baguettes se dressèrent d’un coup mais aucun sortilège ne fut envoyé. La tension était montée de plusieurs crans en l’espace d’une demi-seconde. Les chasseurs qui jusque là se contentaient d’observer la scène avaient les mains qui se crispaient près de la poches où se trouvaient leur baguette. Pour le moment, seul Suzanne et Luc pointaient leurs artefacts sur Dakus et ses complices. D’un coup d’œil circulaire, Dakus évalua les forces en présence.

« Je crois que vous êtes seuls, fit-il. Et vous avez signé votre arrêt de mort.

-Viens donc nous donner la mort alors, invita Suzanne.

-Quelqu’un de mon importance ne va pas s’abaisser à ça, dit-il en rangeant sa baguette. »

Dakus tourna les talons et repartit vers son bureau, protégé par ses hommes.

« Tuez-les tous les deux, ordonna t-il. Ainsi que tous ceux qui s’opposeront à notre maître.

-Avada Kedavra. »

L’éclair vert illumina le couloir. Il passa près des visages des mages noirs sans en toucher un seul. Quand il disparut, Yves Dakus s’effondra sans vie. Suzanne et Luc se retournèrent. Albert Chergnieux se tenait la baguette tendu vers l’endroit où se tenait debout et vivant le Bouffeur de cadavre quelques secondes plus tôt.

« La guerre est déclarée, dit-il. »

            Les éclairs fusèrent dans le couloir, les mages noirs furent touchés de tous les côtés sans pouvoir se défendre. Chergnieux donna des ordres à ses hommes présents pour qu’ils assurent un périmètre de sécurité.

« La situation n’est pas à notre avantage, dit Chergnieux. J’espère que vous avez un plan.

-Pas vraiment, dit Suzanne. Notre seule chance est de mettre Janus hors d’état de nuire. Déjà, enfermons dans les salles d’interrogatoire les mangemorts que vous avez capturés. Il faut prévenir Georges.

-Jonas est déjà parti, annonça Franck Vinol en arrivant. J’ai vu les AI se préparer au combat, ainsi que ceux de la section S. Certains des nouveaux imposés par Dakus ont déjà été mis hors combat.

-Bien. Prenons déjà le contrôle de l’aile est rapidement. Ensuite il faudra sûrement batailler pour occuper le reste du ministère. Chergnieux, les AI en pointe avec les éléments de la section S, isolez l’aile est. Luc, avec tes hommes, voit combien d’oubliators sont avec nous. Je m’occupe de la Police Magique. Je prends avec moi deux groupes AI et quelques uns de mes hommes. »

 

            Suzanne Janis descendit au rez-de-chaussée. Luc Fabre et les IRIA passèrent derrière elle pour investirent le Département des Oubliators. Albert Chergnieux et ses hommes se précipitèrent en ambiance tactique vers l’accès menant au hall du ministère. Les deux groupes AI désignés par Chergnieux pour accompagner Suzanne la rejoignirent. Ils étaient commandés par William Urdi. Ils se mirent en position à l’angle de couloir menant au bureau d’accueil de la Police Magique.

« N’intervenez pas sans mon ordre, dit Suzanne. Nous devons d’abord leur laisser une chance.

-Ecouteront-ils ? demanda Urdi.

-Nous ne savons pas s’ils ont été dupes de Janus ou s’ils se sont rangés du côté de leur ancien chef. Si nous attaquons sans leur laisser de chances de choisir, nous ne vaudrons pas plus que les ennemis que nous combattons.

-Un seul mot de vous, même un geste, et je lance l’assaut. »

            Suzanne Janis s’avança seule. Elle ne démontrait aucune tension. La main tenant sa baguette ne tremblait pas. L’agent de la Police Magique qui s’occupait de l’accueil la regarda s’approcher avec méfiance. La peur le paralysait et il ne pensa même pas à se saisir de sa baguette.

« Je veux entrer et voir Dara, dit-elle simplement.

-Euh… oui…bien sûr, bafouilla t-il. Je l’appelle tout de suite madame Janis. »

L’agent pris sa baguette et tapota une feuille de papier posée sur son bureau. Des mots se griffonnèrent d’eux-mêmes puis la feuille se plia pour prendre la forme d’un avion et s’envola, passant par un trou dans le mur.

 

            Samuel Dara attendait que Dakus le contacte pour lui dire que les opposants à leur maître étaient morts. Il avait entendu la voix magiquement amplifiée de Suzanne Janis appelé à la guerre. Ses chefs de services étaient tout de suite venus le voir. Il les avait renvoyés au travail en leur disant que les véritables ennemis étaient ceux qui s’opposaient au Ministre. Mais il n’en fut pas rassuré pour autant. Il n’ignorait pas que beaucoup des hommes de la Police Magique continuaient à nourrir des incertitudes vis-à-vis de sa nomination à ce poste. Pour beaucoup, il était un mangemort condamné avant tout. Peu importe. Tous ceux qui mettaient en doute son autorité mourraient.

            Une note de service entra par le trou prévu à cet effet. Etait-ce enfin le message de Dakus pour l’informer de la mort de Janis ? Fébrilement, il attrapa l’avion de papier au vol et le déplia. Son cœur manqua un battement : Suzanne Janis demandait à le voir. Maudit Bouffeur de cadavre. Il avait échoué. Il devait être prisonnier des Chasseurs maintenant. Au mieux, il était mort.

            Samuel Dara se leva et sortit de son bureau sa baguette à la main. Il interpela plusieurs hommes en leur ordonnant de le suivre. Lorsqu’il arriva au bureau d’accueil, Suzanne Janis se tenait debout, les bras le long du corps de façon détendu. Dara lui lança un regard acide.

« Ainsi vous êtes encore libre, fit-il.

-N’es-tu pas plus étonné de me voir vivante ? questionna Suzanne.

-Depuis quand on se tutoie ?

-Depuis que je t’ai arrêté pour activité terroriste. Tu te souviens, Dara.

-C’est le passé. Maintenant, je suis le chef de la Police Magique, mandaté par le Ministre de la Magie.

-Erwan Riliam est un mage noir. En tant que tel, il doit être arrêté.

-Pour quel motif ?

-Coup d’état et magie noire.

-Une élection n’est pas un coup d’état.

-Si, quand on tente de s’attribuer un pouvoir supérieur au peuple.

-C’est une trahison. La sédition est un crime Suzanne Janis.

-La magie noire aussi. Tu es bien placé pour le savoir Samuel Dara.

-Arrêtez-la, ordonna t-il aux agents l’accompagnant.

-Je ne vous conseille pas de bouger, fit-elle en levant sa main libre. »

            Aussitôt, du bout du couloir, des hommes en tenue de combat noire s’approchèrent appuyés par d’autres. En haut de leurs manches, l’insigne de la section AI s’animait. Les agents de la Police Magique eurent un mouvement de recul. Ils savaient que ces hommes étaient des experts en combat. Ils n’avaient aucune chance. Seule l’Unité d’Intervention de la Police Magique pouvait rivaliser avec eux.

            Samuel Dara parut ulcéré.

« Bande de lâches ! s’écria t-il. Tous ceux qui refusent de m’obéir seront considérés comme des traîtres et en subiront les conséquences !

-Dans une guerre, les traîtres sont punis de mort, lança Gaël Defour en se détachant des autres. Vous avez perdu Dara. Nous sommes tous prêts à nous battre, mais pas pour vous ou Riliam. Pour le peuple que nous avons juré de défendre. »

Le visage rougi par la colère, Dara se mit à appeler :

« Farde ! Dicour ! Ferrenti ! »

Mais en vain, personne ne répondit.

« Les amis que vous avez amené avec vous en prenant ce poste ont été mis hors de combat, renseigna Defour. Vous avez perdu. »

Dara voulut lever sa baguette mais William Urdi fut plus rapide que lui et le désarma d’un Experliarmus.

            Gaël Defour ordonna à deux agents de la Police Magique d’enfermer Dara dans une cellule. Il se tourna ensuite vers Suzanne Janis.

« La Police Magique est à vos ordres madame Janis, dit-il. »

 

            L’aile est du Ministère était, désormais, sous le contrôle des Chasseurs. Suzanne Janis rejoignit Luc Fabre (accompagné des Oubliators) et Albert Chergnieux. Ils avaient érigé un muret pour contrer une éventuelle attaque venant du hall. De la position légèrement en retrait où ils étaient, les trois chefs de section des Chasseurs virent s’avancer les mages noirs de Janus. Et à leur tête, Erwan « Janus » Riliam lui-même.

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