Le Corbeau. Saison 1 par

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Side Story / Suspense / Action

103 XX Rage

Catégorie: M
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            CHAPITRE XX : RAGE

 

            Le choc était toujours aussi rude entre Kylian Névris et Thomas Zimong. Les deux guerriers se rendaient coup pour coup, maléfice pour maléfice. Le combat était aussi bien un duel de sorcellerie qu’une joute d’arts martiaux. Ce que Névris gagnait par la puissance, Thomas le compensait par l’agilité.

« Tu ne peux pas me battre, lança Névris entre deux assauts. Tu es déjà à fond.

-Toi aussi, dit Thomas. Je le sens dans le moindre de tes coups.

-Ça, c’est ce que j’ai voulu te faire croire.

-Tu as beau être fort, être devenu un monstre par l’ingestion de potion de Puissance. Tu as, comme tout le monde, des limites. Plus tu cherches à croire que tu n’en as aucune, plus violent est le choc quand tu découvres que tu les as déjà atteinte.

-Je n’ai aucune limite !

-Alors pourquoi n’est-ce pas toi le maître ? Pourquoi obéis-tu à Janus ? Tu sais très bien qu’il est plus puissant que toi. Tout comme moi je sais, que Pierrick nous bat tous les deux.

-Ce Corbeau de malheur. Lorsque j’en aurais fini avec toi, il sera le prochain. Oh ! Mais c’est vrai ! Il a disparu. Comme le lâche qu’il a toujours été.

-Je ne te l’ais pas dit : je suis venu avec lui. Il est revenu.

-Parfait, sourit Névris. Alors j’ai une raison de plus d’en finir rapidement avec toi. »

L’éclair vert frôla le visage de Thomas qui avait plongé sur le côté. D’une vrille, le dragoniar se rattrapa sur ses pieds. Mais il ne put éviter le coup de pied au visage qui suivait. Le coup fut si puissant qu’il fut propulsé à plusieurs mètres en arrière.

            Encore sonné par le choc, Thomas ne fit qu’entrevoir Névris pointer sa baguette vers lui. Il devina le mot « Avada ». Et dans un éclair de lucidité, il se plaqua au sol pour esquiver l’éclair mortel. Il bondit en avant de sa position ramassée. Le sabre trancha net le poignet armé du mage noir aux yeux violets. Sans lui laisser le temps de soupirer de douleur, Thomas lança son talon pour percuter sa mâchoire et l’envoyer à son tour en arrière.

            La main de Névris gisait sur le sol, tenant toujours la baguette entre ses doigts. Thomas regarda Névris se relever doucement. Ce dernier toisa le jeune professeur d’un regard mauvais. Puis, comme-ci il venait de s’en rendre compte, il leva son moignon sanguinolent pour mieux le regarder. Thomas était sûr de l’avoir vu sourire en examinant sa blessure. De son autre main, il fouilla sous sa cape et en sortit une seconde baguette. Il incanta un sortilège d’attraction pour faire venir sa main tranchée jusqu’à lui. Il la saisit au vol. Il se contenta de récupérer la baguette restée entre les doigts morts avant de la délaisser de nouveau au sol. Il rangea la baguette récupérée dans sa cape. Il pensa enfin à s’occuper de sa blessure en la tapotant légèrement de son artefact. Le moignon cicatrisa en quelques secondes. Thomas ne l’avait pas vu une seule fois sourciller de douleur.

« Tu n’as plus rien d’humain, dit le professeur.

-Humain ! répéta Névris. Qu’est-ce qu’être humain ? Est-ce ressentir de la compassion ou être assailli de sentiments qui nous empêchent d’utiliser pleinement notre potentiel ? Est-ce devoir aimer quelqu’un jusqu’à croire que cette personne est plus importante que soi-même pour soi ? Si c’est ça être humain, alors oui, je ne le suis plus. Je me suis débarrassé de tout cela pour être pleinement libre. Je ne suis plus esclave de mes sentiments et de leurs pulsions. Je sais réellement ce qu’est être libre.

-Tu te trompes.

-Si je me souviens bien d’un livre que j’ai lu, ton peuple est pareil. Il y a longtemps, vous n’aviez aucun sentiment. Vous vous contentiez de copuler pour vous reproduire sans chercher la chaleur des émotions. Mais vous vous êtes affaiblis au contact des Humains. Vous avez cherché à leur ressembler. Voila pourquoi vous êtes au bord de l’extinction maintenant. Si vous étiez restés les dragons que vous étiez par le passé, les Dragoniars n’auraient pas été massacrés par les moldus.

-Tu te trompes sur nous. Nous étions faibles parce que, justement, nous ne pouvions pas ressentir d’émotions. Les Humains nous ont appris ce qui était réellement important dans une vie. Mes parents se sont aimés contre la volonté de leurs familles respectives. Et je suis né de cet Amour. Et maintenant, je comprends ce que c’est d’aimé, comme mon père a aimé ma mère. Je suis dragoniar. Et je suis sorcier. Mais avant tout, je suis humain. J’ai des sentiments, des émotions. J’aime une douce fleur à l’âme pure. Et c’est pour protéger le monde dans lequel elle vivra que je me bat et suis prêt à mourir. C’est ça, ma force. »

            Les yeux de Thomas brillèrent d’un éclat doré plus que jamais. Il passa sa main gauche sur le plat de la lame de son sabre, la recouvrant d’un manteau de flammes. Loin de se démonter, Kylian Névris leva sa baguette pour parer à toute éventualité. Le professeur tendit sa main libre vers lui, lançant un éclair rouge. Névris leva un bouclier mais l’éclair ne le percuta pas, retombant au sol juste devant ses pieds. Thomas tira sur sa main comme-ci l’éclair était une corde rougeoyante. Il se projeta ainsi en avant pour venir frapper le bouclier d’un coup de sabre enflammé. Les coups de sabre s’enchaînèrent, lâchant des étincelles flamboyantes à chaque choc. Du visage de Thomas Zimong, Névris ne voyait plus que les yeux dorés, les pupilles réduites à des fentes reptiliennes.

            Névris savait que malgré toute sa puissance, il ne pourrait tenir longtemps sous de tels assauts. Il devait réagir. Il baissa son bouclier d’un coup, esquivant un coup de sabre en pivotant, contre-attaquant dans le même temps d’un coup de genou à la pommette. Il enchaîna du même pied d’un direct au corps et allait lancer un maléfice quand le sabre de feu vint lui labourer le visage de bas en haut. Du sang jaillit. Névris recula. Le sillon partait du menton jusqu’au front, son œil gauche n’était plus qu’un tas de gelée sanguinolente coulant sur sa joue. Sa respiration se fit saccadée. Il regarda de son œil valide le sang couler sur le sol. Il avait mal. La douleur lui envahissait l’esprit comme un brasier dans son cerveau.

            Névris hurla. Il avait vraiment l’air d’un dément. Il vint directement au contact, frappant au visage de Thomas de son moignon, enchaînant d’un coup de pied aux côtes. D’un Repulso, il envoya le professeur de nouveau contre un mur. Une lame d’ombre surgi de l’extrémité de la baguette et vint perforer la poitrine de Thomas. Ce dernier cracha du sang en lâchant son arme.

            Le visage de Névris s’approcha de celui de Thomas.

« Ce dernier sursaut était inutile, dit calmement le mage noir. Je te l’avais dit : tu ne peux pas me battre. Tu vas mourir ici. Plus jamais tu ne reverras ta douce fleur. »

L’image fugace de Marion passa devant les yeux de Thomas. Il frappa d’un coup de genou au corps mais il manquait de force et Névris le calma d’un coup de coude au menton.

« Meurs donc, humain, cracha Névris.

-Lashlabask ! s’écria une autre voix. »

Névris vola en arrière, retombant quand même sur ses pieds. Il se tourna vers le nouvel arrivant et reconnut Jonas Marus.

« Encore toi, dit avec lassitude Névris. J’aurai dû te tuer quand j’en avais l’occasion. Experliarmus. »

La baguette de Jonas sauta de sa main. Déjà, Névris levait sa baguette pour lui lancer un autre maléfice que Jonas devinait comme plus fatal.

« Avada Kedavra ! »

L’éclair vert illumina la pièce. Jonas avait gardé les yeux ouverts mais il ne s’attendait pas à ça. Névris se retourna. Allongé face au sol, Suzanne Janis maintenait pointé sa baguette sur le mage noir aux yeux violets. Plus aucune expression ne marquait son visage et il s’effondra.

            Jonas récupéra sa baguette et s’approcha du cadavre de Névris. Enfin, sa folie avait cessé. D’un regard il s’assura que Suzanne allait bien. Elle lui fit signe d’aller s’occuper de Thomas. Ce dernier s’était écroulé au sol en lâchant des flots de sang. Jonas déchira son vêtement pour pouvoir évalué la blessure. Il était transpercé de par en par. Jonas appliqua sa baguette sur le trou. Une pâle lueur s’illumina. Lorsqu’elle cessa, le trou était refermé mais une trace subsistait.

« T’as gagné un séjour à Gardevie, sourit-il.

-Je préfère ça à un voyage éternel, parvint à rire Thomas douloureusement.

-Je vais vous y emmener tous les deux tout de suite. »

            Suzanne regardait le cadavre de Névris. Elle l’avait fait. Elle avait enfin vengé sa sœur. Maintenant, elle pouvait espérer être un jour en paix avec elle-même.

 

            Pierrick Chaldo parvint à voler en esquivant allègrement les maléfices jusqu’à un palier desservant des cages d’ascenseur. Le Corbeau resta un moment à observer, perché sur une lampe. Un croassement l’attira. Bran se trouvait non-loin de lui. Mais son cri avait attiré l’attention des mages noirs. Bran parvint à esquiver les maléfices. Il fit cercle au dessus de leur tête. Pierrick s’envola pour le rejoindre. Les mages noirs ne savaient plus où donner de la tête. Les deux oiseaux se croisaient, plongeaient, remontaient, en un ballet improvisé. Ce faisant, ils parvinrent à obliger plusieurs ennemis à se tirer les uns sur les autres. Il n’en restait plus que deux quand les deux corbeaux plongèrent vers le même. Ce dernier lança divers maléfices sans parvenir à en toucher un seul. Et au dernier moment, l’un des oiseaux se transforma en homme, lui percutant le crâne d’un coup de genou. A peine les pieds au sol, Pierrick stupéfixa le dernier.

            Bran vint se poser sur son épaule.

« Merci mon ami, murmura Pierrick. Mais je dois m’occuper de la suite seul. »

Le corbeau croassa et repartit dans les couloirs. Pierrick s’avança vers un ascenseur et y entra. Il sélectionna le bureau du Ministre de la Magie. L’ascenseur se mit tout de suite en mouvement.

            Pierrick s’attendait à trouver de la résistance en arrivant devant le bureau du Ministre mais au contraire, il n’y avait personne. Les bruits de la bataille qui se jouait quelques étages plus bas ne lui parvenaient plus. A croire qu’il était entré dans un tombeau. Peut-être le sien. Peut-être celui de son ennemi. Rien ni personne ne saurait le dire. Seul le combat donnerait la réponse. Comme quoi, l’Histoire ne cessait de se répéter. De tout temps les Hommes se sont battus entre eux. Les plus importants changements, les pages primordiales de l’Histoire des Hommes, qu’ils soient Sorciers ou Moldus, se sont écrits dans le sang et la violence. Et ce sera toujours ainsi. Quoiqu’on en dise et quoiqu’on fasse.

            La porte donnant sur le secrétariat du Ministre était double et massive. Comme pour impressionner quiconque souhaitait la passer. C’était un vestige du tout premier Ministère français de la Magie, installé secrètement au sein du château d’un Duc de la noblesse française également sorcier. Le premier gouvernement magique français avait été créé, comme beaucoup d’autres, à l’époque de l’avènement du Moyen-âge. Une époque où les Moldus et les Sorciers se retrouvèrent séparés par une toute nouvelle force morale et politique qui haranguait les foules en prêchant la souveraineté d’un Dieu sans aucune preuve tangible de son existence : le Christianisme. L’existence de cette secte religieuse n’aurait pas dérangé les Sorciers si elle ne s’était pas lancé dans une chasse contre les peuples magiques, les forçant à se cacher. Un argument que reprennent les plus extrémistes des Sorciers dans leur slogan anti-moldu, né-moldu et métissage sorcier-moldu.

            La porte s’ouvrit sans difficulté. Baguette à la main et prêt à s’en servir, Pierrick pénétra dans le bureau de la secrétaire du Ministre. Cette pièce servait aussi de salle d’attente pour les visiteurs ayant rendez-vous avec le Ministre. D’un rapide coup d’œil circulaire, Pierrick vérifia qu’il était bien seul. La seconde porte, celle donnant sur le bureau ministérielle, était plus modeste mais plus ouvragée. Par habitude, Pierrick vérifia qu’aucun piège d’aucune sorte n’en interdise l’accès. Rien. A croire que Janus ne s’attendait pas à ce que quelqu’un parvienne jusqu’ici.

            Pierrick ouvrit la porte et entra. Seules les lueurs des chandeliers vacillaient. Le bureau était vide. Du moins à première vue. Pierrick s’avança, tous ses sens en éveil. Mais toujours rien ni personne.

« Il n’est pas là, lança une voix. »

Pierrick tendit sa baguette dans la direction d’où venait la voix. Il n’y avait personne, du moins en trois dimensions. L’observant d’un regard neutre, les premiers dirigeants de la France magique semblaient le jauger.

« Où est-il ? questionna Pierrick.

-De mon temps, les jeunes étaient polis et disaient « s’il vous plait monsieur le Ministre », fit un des portraits.

-Je n’ai pas le temps pour ce genre de banalités.

-Voila pourquoi la société sorcière est en déclin, plus aucune politesse ni sens du respect envers leurs aînés.

-Gastinius, veuillez cesser s’il vous plait, tempéra un autre tableau. Les temps ont changé. Le respect existe toujours, mais sous une autre forme extérieure. Mais il est vrai que si les Sorciers actuels nous écoutaient plus…

-Je ne suis pas là pour parler de ça, coupa Pierrick. Je suis ici pour combattre un ennemi. Si vous ne savez pas où il est, taisez-vous. »

L’ordre du Corbeau mit en colère les anciens Ministres qui protestèrent bruyamment. Pour les faire taire, Pierrick dut faire retentir une détonation. Tant pis pour la discrétion, de toute façon, ces piailleurs l’avaient déjà fait certainement repérer.

« Cessez de me casser les oreilles, dit-il calmement. Vous n’êtes que des reliques du passé. Vous croyez être encore utile à la société sorcière moderne, mais vous vous trompez. Ce monde n’a plus besoin de vos conseils. Ce que vous avez fait par le passé, nous devrons toujours nous en souvenir. Mais juste pour ne pas répéter vos erreurs. Ce monde a changé sans vous. »

La majorité des tableaux ne semblaient pas d’accord avec le discours du Corbeau. Mais l’un d’eux s’adressa au chasseur :

« Ne faîtes pas attention à eux jeune homme, ils ont vieilli en oubliant qu’ils ont eux-mêmes été à l’origine de changements dans notre monde. Certains d’entre eux sont mêmes du côté de Janus. L’avenir de notre monde dépend de votre combat. Quel que soit le résultat, il influencera ce monde.

-Je n’ai pas envi de changer ce monde, dit le Corbeau. Ma mission est juste de le protéger.

-Alors passez derrière le bureau et tirez le chandelier à droite, il y a un passage menant au Département Secret. Janus s’y trouve. »

            Pierrick passa derrière le bureau et tira le chandelier indiqué par le portrait. Le mur s’ouvrit, libérant l’accès à un escalier descendant dans les profondeurs du Ministère. Il n’avait pas fait trois pas que le passage se refermait.

« Pourquoi l’avoir aidé Julius ? lança un tableau. Cet homme n’est même pas…

-Humain ? finit Julius. Je le trouve plus humain que la plupart des gens que j’ai rencontrés. Ce qui va se passer maintenant n’est plus de notre ressort. A vrai dire, cela fait des siècles que nous n’avons plus à influencer cette société. Sur ce point, il a parfaitement raison.

-Janus est le seul qui puisse corriger les erreurs que nous avons commises en cachant notre existence au monde alors que nous aurions dû en prendre le contrôle, lança un autre.

-Nous verrons, reprit Julius. Ce n’est plus à nous de décider.

-Pour qui êtes-vous Julius ? questionna un troisième sur un ton aimable. Gladius ou Janus ?

-Ni l’un ni l’autre. Si je dois choisir, disons que je suis pour Pierrick Chaldo. »

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