Livre 1 - Les secrets d'un Malfoy
Chapitre 2 : Chapitre 2 — Un livre qui connaît son nom
2312 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 08/11/2026 13:00
Chapitre 2 — Un livre qui connaît son nom
Draco passa plusieurs minutes à fixer le journal sans oser tourner la page. Il avait déjà vu des objets enchantés. Le manoir en était rempli. Certains livres changeaient de couverture selon l'humeur de leur propriétaire, d'autres refusaient de s'ouvrir aux personnes qu'ils jugeaient indignes de les consulter. Il possédait même une petite boîte à musique qui jouait toute seule lorsque sa mère entrait dans sa chambre.
La magie n'avait donc rien d'extraordinaire.
Mais un livre qui prétendait être lui ? C'était différent.
Il fronça le nez, puis rapprocha le journal de son visage. L'encre semblait parfaitement sèche. Il passa un doigt au-dessus des mots, sans les toucher, comme s'il s'attendait à les voir disparaître.
— C'est une plaisanterie.
Il le dit à voix haute, pour donner davantage de poids à cette conclusion.
Une plaisanterie de son père, peut-être. Lucius avait parfois des façons particulières de lui enseigner la prudence. Ou bien Severus avait décidé de s'amuser à ses dépens. Cela lui ressemblait assez pour être crédible. Draco pinça les lèvres. Si Severus était responsable, il trouverait le moyen de lui rendre la pareille. Il ne savait pas encore comment, mais il avait toute la journée pour y réfléchir. Il tourna une nouvelle fois la page. Elle était blanche. Il attendit. Rien ne se produisit. Il tapota le papier du bout de l'index, le retourna, examina la reliure et même le petit serpent argenté sur la couverture. Celui-ci ne bougea pas. Il aurait presque préféré qu'il le fasse : au moins, cela aurait constitué une explication. Draco retourna à la première page écrite. « Je suis toi, Draco. »
Il relut la phrase. Puis il prit sa plume sur le bureau et la posa près du journal. Une idée venait de lui venir. Si le livre était enchanté, il devait bien y avoir une manière de le faire réagir.
— Très bien. Puisque tu es moi, tu dois savoir répondre à une question.
Il trempa sa plume dans l'encrier et écrivit soigneusement, juste sous la dernière phrase :
— Quel est le nom de mon premier dragon miniature ?
Il recula, satisfait de lui-même.
C'était une question simple, mais pas une question qu'un inconnu pouvait deviner.
Son premier dragon était un petit modèle de bronze, avec une aile légèrement tordue. Il l'avait appelé Vif-Argent avant de recevoir celui qu'il préférait, le grand dragon vert qui trônait désormais sur son tapis. L'encre de sa question s'étira soudain comme une goutte tombée dans l'eau. Draco se pencha aussitôt. Une réponse apparut, lettre après lettre.
« Vif-Argent. Tu avais quatre ans. Tu as pleuré pendant presque une heure lorsque son aile s'est cassée, avant d'exiger que ton père la répare lui-même. »
Draco sentit son sourire s'effacer.
Il n'avait raconté cette histoire à personne, du moins pas depuis longtemps. Il se souvenait très bien de la scène : le dragon sur le tapis, son aile brisée, et lui qui refusait de laisser l'elfe de maison le toucher.
Son père avait fini par venir. Il avait réparé le jouet avec une précision presque exagérée, puis lui avait expliqué qu'un Malfoy ne devait pas pleurer pour un objet.
Draco baissa les yeux vers le journal.
— Comment tu sais ça ?
Les mots ne répondirent pas. À la place, une ligne nouvelle se forma sous la première.
« Parce que j'y étais. »
Draco recula si brusquement que le pied de sa chaise heurta le tapis. Il jeta un regard vers la porte. Elle était toujours fermée. Le manoir continuait de vivre autour de lui : un bruit de vaisselle lointain, des pas feutrés dans le couloir, le murmure d'un elfe qui passait probablement avec du linge propre. Tout était normal.
C'était précisément ce qui rendait la chose inquiétante. Il aurait pu appeler sa mère. Narcissa saurait quoi faire. Elle connaissait les enchantements, les objets anciens et les habitudes parfois absurdes des familles de sang-pur. Son père, lui, trouverait certainement le responsable. Il n'aimait pas qu'une chose inconnue entre dans sa maison sans son autorisation. Draco posa une main sur la couverture. Mais si le journal disait vrai — et il ne savait pas encore pourquoi il commençait à envisager cette possibilité — alors il ne voulait pas que quelqu'un le lui prenne avant qu'il ait compris ce qu'il était. Il referma le livre et le glissa sous un coussin de son fauteuil. Puis il se leva, lissa son haut et son pantalon, et sonna pour demander son petit déjeuner. Dobby apparut presque aussitôt.
— Jeune maître a appelé Dobby ?
— Oui. Et tu vas répondre à une question.
L'elfe se redressa avec une expression inquiète.
— Dobby fera tout ce que jeune maître demande.
— Est-ce que quelqu'un est entré dans ma chambre cette nuit ?
Dobby cligna de ses grands yeux.
— Non, jeune maître. Dobby n'a vu personne.
— Et hier soir ?
— Personne non plus, jeune maître.
Draco observa l'elfe quelques secondes. Il était mauvais menteur. Ses oreilles frémissaient lorsqu'il cachait quelque chose et ses doigts se tortillaient contre son torchon. Pour l'instant, il ne remarquait rien de tout cela.
— Très bien. Apporte-moi du chocolat chaud. Et ne parle pas du livre.
Dobby pencha la tête.
— Quel livre, jeune maître ?
— Aucun. C'est justement ce que tu dois faire : ne parler de rien.
— Oui, jeune maître !
L'elfe disparut. Draco récupéra le journal et le posa dans le tiroir de son bureau, sous ses cahiers de calligraphie. Il hésita, puis ajouta par-dessus un vieux catalogue de balais miniatures.
Personne n'aurait de raison d'aller chercher quelque chose là-dessous. Il s'installa ensuite devant son petit déjeuner avec l'air le plus innocent dont il était capable. Sa mère le rejoignit un peu plus tard. Narcissa portait une robe crème et avait attaché ses cheveux avec un ruban assorti. Elle embrassa le sommet de son crâne avant de s'asseoir en face de lui.
— Tu es bien silencieux ce matin.
— Je réfléchis.
— Voilà qui est nouveau.
Draco leva les yeux vers elle, offensé.
— Je réfléchis souvent.
— Bien sûr, mon cœur.
Elle versa du thé dans sa tasse. Son ton était léger, mais son regard s'attarda un instant sur lui. Narcissa avait cette façon de remarquer les détails sans donner l'impression de surveiller.
Draco se demanda si elle avait vu quelque chose sur son visage.
— Tu as mal dormi ?
— Non.
— Tu as fait un cauchemar ?
— Non plus.
Elle n'insista pas. Elle lui demanda plutôt s'il avait choisi les livres qu'il souhaitait emporter lorsqu'ils iraient acheter ses fournitures pour Poudlard. Draco se lança aussitôt dans une explication détaillée de ses préférences, heureux de retrouver un sujet qu'il maîtrisait. Il parla de ses robes, de sa future baguette et de la possibilité d'avoir un coffre suffisamment grand pour ne pas devoir laisser ses affaires derrière lui. Il demanda également si les premières années avaient le droit d'apporter un balai personnel.
— Nous en discuterons avec ton père, répondit Narcissa.
— Ça veut dire oui ?
— Cela veut dire que nous en discuterons avec ton père.
Draco soupira. Sa mère avait une manière particulièrement agaçante de ne jamais répondre directement lorsqu'elle savait qu'il n'aimerait pas la réponse. Après le petit déjeuner, il retourna dans sa chambre. Il attendit que les pas de sa mère s'éloignent dans le couloir avant de sortir le journal de sa cachette. La page était toujours ouverte à l'endroit où il avait écrit sa question. Sa propre écriture se trouvait au-dessus de la réponse, nette et appliquée.
Il passa le doigt sur son prénom, puis s'assit.
— Si tu es vraiment moi, tu devrais savoir ce que je veux.
Il attendit quelques secondes. Une réponse apparut.
« Tu veux savoir qui tu deviendras. Tu veux savoir si tu seras le meilleur à Poudlard. Tu veux savoir si Père sera fier de toi. »
Draco pinça les lèvres. Ce n'était pas difficile à deviner. N'importe qui ayant passé plus de cinq minutes avec lui aurait pu le comprendre.
— Ce n'est pas une réponse.
Une autre phrase se forma.
« Alors pose une meilleure question. »
Draco détesta immédiatement le ton de cette phrase. Il avait l'impression qu'on lui parlait comme à un enfant impatient. Ce qui était particulièrement insultant venant d'un livre.
— Qu'est-ce qui va m'arriver ?
Cette fois, l'encre mit plus longtemps à apparaître.
« Beaucoup de choses. Certaines seront merveilleuses. D'autres seront de ta faute. »
Draco se redressa.
— De ma faute ?
Le journal resta silencieux. Il attendit encore, puis écrivit plus fort qu'il ne l'aurait voulu :
— Qu'est-ce que j'ai fait ?
Les mots apparurent lentement, comme si la personne qui écrivait hésitait à les choisir.
« Tu as fait des choses dont tu n'es pas fier. Tu as aussi laissé d'autres personnes décider à ta place. Et tu as passé trop de temps à croire qu'admettre une erreur était la même chose que perdre. »
Draco relut le passage. Il ne comprenait pas.
Il n'avait encore rien fait. Il était un enfant, il allait bientôt entrer à Poudlard et il avait l'intention d'y être excellent. Il n'avait pas besoin qu'un livre lui explique qu'il risquait de commettre des erreurs.
— Je ne laisse personne décider à ma place.
La réponse fut presque immédiate.
« Pas encore. »
Il referma le journal d'un geste sec. Cette fois, il était vexé. Pas effrayé. Certainement pas effrayé.
Il était vexé qu'un objet se permette de lui parler ainsi, et plus encore qu'il semble connaître des choses qu'il n'avait pas encore vécues. Un coup discret fut frappé à la porte.
— Draco ?
La voix de Lucius. Le garçon sursauta. Il glissa le journal sous son coussin, se leva et alla ouvrir.
Son père se tenait dans le couloir, impeccable dans sa robe de chambre sombre, une lettre à la main.
— Tu n'es pas encore habillé ?
— Je vais le faire.
— Il est presque onze heures.
Draco baissa les yeux vers sa chemise de nuit.
Il n'avait pas vu le temps passer.
— Je lisais.
Lucius regarda la pièce derrière lui. Son regard passa sur le lit, le bureau, les jouets soigneusement rangés et s'arrêta une fraction de seconde sur le coussin légèrement déplacé.
— Quoi donc ?
Draco sentit son ventre se contracter. Il détestait cela. Il n'aimait pas avoir l'impression de cacher quelque chose à son père.
— Un livre.
.
— Lequel ?
Il aurait suffi de dire la vérité. Il aurait suffi de prendre le journal et de le montrer. Pourtant, il pensa à la phrase : « Tu as aussi laissé d'autres personnes décider à ta place. »
Il ne voulait pas que son père décide quoi faire de ce livre avant qu'il ait obtenu des réponses.
— Un livre sur les dragons.
Lucius l'observa un instant. Draco soutint son regard, en prenant soin de ne pas baisser le menton.
— Très bien. Habille-toi et rejoins-nous au salon. J'aimerais que tu me montres tes exercices de calligraphie.
— Maintenant ?
— À moins que tu n'aies prévu de les terminer l'année prochaine.
— Je vais m'habiller.
Lucius posa brièvement une main sur son épaule. Le geste était sobre, presque absent, mais Draco y était habitué. Son père n'était pas un homme qui multipliait les marques d'affection. Lorsqu'il en donnait une, même discrète, Draco en gardait le souvenir.
— Je compte sur toi, dit Lucius.
— Je sais, père.
Lucius s'éloigna. Draco referma la porte et resta un instant immobile. Il regarda le coussin. Puis le tiroir du bureau. Il finit par prendre le journal et le glisser tout au fond de son coffre à jouets, sous une couverture pliée. Ce n'était pas l'endroit le plus sûr, mais il ne pouvait pas le garder sur lui toute la journée. Avant de quitter la chambre, il revint pourtant vers le bureau. Il ouvrit le journal une dernière fois. Une phrase attendait sur la page blanche.
« Ne laisse pas cette première journée te convaincre que tu dois me faire confiance. Tu as le droit de douter de moi. Mais ne me jette pas. »
Draco resta silencieux. Il n'aimait pas recevoir des ordres. Encore moins d'un livre. Il aurait pu le jeter dans la cheminée, appeler Dobby et demander qu'on le fasse disparaître. Il aurait pu le porter à son père et le laisser régler le problème. Au lieu de cela, il referma doucement la couverture.
— Je ne t'ai pas promis de te garder.
Le journal ne répondit pas. Draco le rangea dans le coffre, puis quitta sa chambre pour rejoindre son père. Il avait désormais deux préoccupations : devenir le meilleur élève de Poudlard et découvrir ce que lui cachait ce fichu journal. La première lui paraissait beaucoup plus simple.
Fin du chapitre 2.