Chapitre 5 — Le Chemin de Chapitre 5 — Le Chemin de Traverse
Le matin du départ, Draco Malfoy se réveilla avant même que Dobby ait eu le temps de tirer les rideaux. Ce qui, à ses yeux, constituait déjà un excellent début de journée. Il resta quelque instant allongé sur le dos, les yeux fixés au plafond ouvragé de sa chambre. La lumière du soleil filtrait à travers les lourdes tentures vert sombre, dessinant de longues bandes dorées sur les draps. Au-dehors, les oiseaux s'agitaient dans les jardins du manoir et, quelque part dans les couloirs, un elfe de maison faisait résonner le bruit discret d'une vaisselle que l'on déplaçait.
Aujourd'hui, ils iraient à Londres. Pas pour rendre visite à un ami de son père. Pas pour assister à une réception interminable où les adultes passaient leur temps à parler de choses qu'il n'avait pas le droit de comprendre. Pas davantage pour accompagner sa mère dans une boutique de vêtements moldus qu'elle affectionnait parfois.
Non. Aujourd'hui, il allait acheter ses affaires pour Poudlard. Ses véritables affaires de sorcier.
Draco se redressa brusquement.
— Dobby !
Un petit pop retentit près de la porte. L'elfe apparut, vêtu de sa taie d'oreiller habituelle, ses grandes oreilles tombantes et ses yeux globuleux levés vers le jeune héritier.
— Le jeune maître a appelé Dobby ?
— Oui. Mes vêtements.
— Dobby les a préparés, jeune maître. Ceux que monsieur Malefoy a choisis hier soir.
Draco fronça les sourcils.
— Mon père les a choisis ?
— Oui, jeune maître. Monsieur a demandé que le costume gris soit préparé. Il a dit que le jeune maître devait être présentable.
Draco baissa les yeux sur son pyjama.
— Je suis toujours présentable.
Dobby inclina la tête.
— Bien sûr, jeune maître.
L'elfe n'ajouta rien, mais Draco eut la désagréable impression qu'il venait de retenir un sourire.
— Et cesse de me regarder comme ça.
— Dobby ne regarde pas le jeune maître d'une manière particulière.
— Si.
— Dobby est désolé.
Draco soupira et repoussa ses couvertures.
Il n'allait certainement pas perdre son temps à discuter avec un elfe alors qu'il avait une journée aussi importante devant lui. Une heure plus tard, Draco descendait le grand escalier du manoir.
Il avait revêtu le costume gris clair choisi par son père, une chemise blanche parfaitement repassée et des chaussures noires dont le cuir brillait. Ses cheveux blonds avaient été soigneusement coiffés en arrière, bien qu'une mèche rebelle retombât déjà sur son front.
Narcissa l'attendait dans le vestibule. Elle portait une robe bleu pâle, élégante sans être ostentatoire, et tenait une petite pochette assortie. Ses cheveux blonds étaient relevés en un chignon souple, laissant quelques mèches encadrer son visage. Elle se retourna en entendant ses pas.
— Te voilà enfin.
— Je ne suis pas en retard.
— Je n'ai pas dit le contraire.
Elle s'approcha et arrangea délicatement le col de sa chemise.
— Tu es très élégant.
Draco redressa immédiatement les épaules.
— Je sais.
Narcissa eut un petit sourire.
— Naturellement.
Il observa le vestibule.
— Père n'est pas encore descendu ?
— Il termine un courrier dans son bureau. Il nous rejoindra.
Draco hocha la tête, puis regarda les portes d'entrée.
— Nous allons vraiment acheter toutes mes affaires aujourd'hui ?
— C'est l'idée.
— Même ma baguette ?
— Surtout ta baguette.
Il sentit une excitation nouvelle lui parcourir le ventre.
Depuis des semaines, il imaginait ce moment. Il avait déjà lu plusieurs ouvrages sur les différentes essences de bois, les cœurs de baguettes et les propriétés de certaines associations. Il avait même demandé à Severus si les baguettes avaient réellement une préférence pour leur propriétaire. Le professeur avait répondu qu'il aurait probablement l'occasion de le découvrir par lui-même, avant d'ajouter qu'il serait préférable qu'il évite de prétendre mieux connaître sa future baguette que le fabricant lui-même. Draco avait trouvé cette remarque inutilement désagréable.
— J'espère qu'elle sera en bois de houx, dit-il.
— Pourquoi le houx ?
— Je trouve ce bois intéressant.
— Et si elle ne l'est pas ?
— Alors ce sera une déception.
Narcissa rit doucement.
— Je suis certaine que tu survivras.
Les portes du vestibule s'ouvrirent. Lucius venait d'apparaître. Il portait une longue robe de sorcier noire, fermée par une broche argentée, et tenait sa canne à pommeau de serpent dans une main. Ses cheveux blonds, soigneusement lissés, retombaient sur ses épaules. Il s'arrêta devant eux et posa son regard sur Draco.
— Tu es prêt ?
— Depuis longtemps.
— Je vois.
Lucius observa brièvement sa tenue, puis acquiesça.
— C'est convenable.
Draco ne put s'empêcher de sourire. Chez son père, un compliment n'était jamais distribué sans raison. Même un simple « convenable » avait quelque chose d'une approbation officielle.
Lucius se tourna vers son épouse.
— Nous pouvons partir.
Il tendit son bras à Narcissa, qui y glissa naturellement le sien. Draco se plaça à côté d'eux. Avant qu'ils ne franchissent les portes, Lucius posa une main sur son épaule.
— Une dernière chose.
Draco leva les yeux.
— Oui, père ?
— Aujourd'hui, tu vas découvrir un endroit où tu rencontreras toutes sortes de personnes. Certaines seront dignes de ton attention. D'autres ne le seront pas.
— Je sais.
— Je n'en doute pas. Mais je préfère te le rappeler.
Son père marqua une courte pause.
— N'oublie jamais que tu portes un nom qui a une histoire. Tu n'as pas besoin de le rappeler à chaque personne que tu croises. Les gens qui comptent savent parfaitement ce qu'il représente.
Draco hocha la tête avec sérieux.
— Je ne l'oublierai pas.
Lucius eut un léger mouvement du menton.
— Bien.
Lucius s'approcha de la cheminée du grand salon, où un feu brûlait doucement dans l'âtre de marbre.
— Nous allons utiliser la poudre de cheminette, annonça-t-il.
Draco s'approcha aussitôt.
Il connaissait le principe, bien entendu. Il avait déjà vu ses parents l'utiliser à plusieurs reprises, mais il n'avait encore jamais effectué lui-même un trajet aussi long. Lucius prit une petite boîte posée sur le manteau de la cheminée et l'ouvrit. À l'intérieur reposait une poudre scintillante, d'un vert légèrement lumineux.
— Londres, dit-il en se tournant vers son fils. Tu connais la destination ?
— Le Chemin de Traverse.
— Exactement. Tu prononceras clairement le nom de la destination, puis tu entreras dans les flammes. Ne baisse pas la tête et surtout, ne change pas d'avis au dernier moment.
— Je ne suis pas un bébé, père.
— Je n'ai jamais prétendu le contraire. Mais je préfère éviter de devoir expliquer à ta mère pourquoi son fils a atterri dans une cheminée à Bristol.
Narcissa lui adressa un regard amusé.
— Lucius…
— Je préfère être prévoyant.
Il tendit une pincée de poudre à Draco.
— Je vais passer en premier. Tu me suivras, puis ta mère.
Draco observa les flammes vertes qui dansaient dans l'âtre. Cette fois, l'aventure commençait véritablement.
Lucius fut le premier à sortir de la cheminée du Chaudron Baveur. Il épousseta machinalement les manches de sa veste, contrarié par les quelques traces de suie qui s'y étaient déposées avant de se décaler pour laisser passer son fils. Draco atterrit à son tour sur le tapis, manquant de trébucher en posant le pied au sol.
— Doucement, mon garçon, remarqua Lucius en lui tendant la main.
— Je vais bien, père.
Il se redressa aussitôt et épousseta sa veste avec une moue contrariée. Narcissa apparut quelques secondes plus tard, parfaitement à l'aise, comme si elle n'avait pas traversé une cheminée quelques instants auparavant.
— Tu devrais faire attention en sortant, Draco, remarqua sa mère en arrangeant une mèche blonde derrière son oreille.
— Je fais attention.
Après avoir salué brièvement le tenancier du Chaudron Baveur, Lucius conduisit sa famille vers la petite cour donnant accès au Chemin de Traverse.
Draco connaissait parfaitement le chemin. Il avait emprunté ce passage à de nombreuses reprises avec ses parents et savait déjà quelles briques son père devait toucher pour ouvrir l'entrée. Il s'approcha néanmoins pour observer le mouvement des briques, toujours aussi impressionnant malgré les années.
Lorsque le passage fut entièrement ouvert, la rue animée du Chemin de Traverse apparut devant eux.
Draco esquissa un sourire.
Draco adorait cet endroit. Il y était venu plusieurs fois avec ses parents, parfois pour accompagner son père dans ses affaires, parfois simplement pour faire quelques achats avec sa mère.
Il y avait toujours quelque chose à observer : les vitrines enchantées, les enseignes qui se balançaient au-dessus des boutiques, les sorciers qui se croisaient dans la rue et les odeurs qui s'échappaient des différentes échoppes.
Il avait notamment une affection particulière pour la boutique de Florian Fortescue. Le glacier connaissait désormais ses parfums préférés et avait même pris l'habitude de lui réserver quelques nouveautés lorsqu'il savait que les Malfoy passeraient dans le quartier. Draco espérait d'ailleurs que sa mère accepterait de s'y arrêter aujourd'hui.
— Tu comptes déjà réclamer une glace ? demanda Narcissa en remarquant son expression.
Draco releva les yeux.
— Je n'ai rien demandé.
— Pas encore, intervint Lucius sans quitter le document qu'il lisait.
— Père !
— Je commence à connaître tes habitudes.
Narcissa sourit.
— Nous verrons si nous avons le temps, mon cœur.
Draco se déclara satisfait de cette réponse, qui n'était pas tout à fait un refus. Il avait surtout hâte de retrouver les boutiques. Il lui restait encore beaucoup de choses à découvrir, et cette fois, il ne serait pas simplement là pour accompagner ses parents. Cette fois, il aurait ses propres achats à faire. Et, surtout, il allait enfin choisir sa baguette.
— Draco.
Il détourna les yeux des ruelles.
— Oui, mère ?
Narcissa avait remarqué son agitation.
— Tu sembles impatient.
— Je le suis.
— Tu devras pourtant apprendre à ne pas montrer chacune de tes émotions.
Draco fronça le nez.
— Pourquoi ?
Lucius, qui relisait tranquillement la liste des fournitures scolaires envoyée par Poudlard, intervint sans lever les yeux.
— Parce que les personnes qui savent ce que tu ressens savent également comment s'en servir.
Draco regarda son père.
— Même les enfants ?
— Surtout les enfants, parfois.
Narcissa tourna légèrement la tête vers son époux.
— Lucius, il va simplement acheter ses fournitures scolaires.
— Et il rencontrera des enfants qui ont été élevés de manières très différentes
.
— Ce qui ne signifie pas qu'ils chercheront tous à lui nuire.
Lucius replia lentement son document.
— Je n'ai pas dit cela, Narcissa.
Le ton n'était pas agressif, mais Draco reconnut cette manière qu'avait son père de clore une discussion sans réellement y mettre fin.
Il se garda de poser davantage de questions.
Il avait déjà compris que ses parents ne voyaient pas toujours le monde de la même façon.
Et, pour être honnête, il n'avait pas particulièrement envie de se retrouver au milieu d'une discussion d'adultes avant même d'avoir acheté sa première plume.
La rue était animée. Des sorciers circulaient dans les deux sens, certains accompagnés de leurs enfants, d'autres portant des paquets qui flottaient derrière eux. Une chouette hululait depuis une cage suspendue au bras d'un homme. Une vitrine exposait des chaudrons qui tournaient lentement sur eux-mêmes. Plus loin, une enseigne grinçante se balançait au-dessus d'une boutique. Des odeurs de cuir, de parchemin, de cire et de nourriture chaude se mélangeaient dans l'air.
Lucius désigna une rue d'un léger mouvement de canne.
— Certains commerces ont changé de propriétaire depuis, mais beaucoup de familles tiennent ces boutiques depuis plusieurs générations.
Draco regarda les enseignes.
— Nous allons commencer par Gringotts, puis acheter tes fournitures dans l'ordre. Si tu te comportes correctement, nous aurons peut-être le temps de nous arrêter dans quelques boutiques supplémentaires. Draco redressa le menton.
— Je me comporte toujours correctement.
Narcissa lui adressa un regard amusé.
— Bien sûr, mon cœur.
Ils s'engagèrent dans la rue. Draco avait à peine fait quelques pas qu'il aperçut une boutique de confiseries, dont la vitrine débordait de boîtes colorées. Il ralentit. Lucius ne ralentit pas.
— Père…
— Non.
— Mais je n'ai encore rien demandé.
— Tu regardais la vitrine.
— J'ai le droit de regarder.
— Absolument.
Draco lança un dernier regard aux confiseries avant de rejoindre ses parents. Narcissa se pencha légèrement vers lui.
— Nous reviendrons peut-être tout à l'heure.
Il lui adressa un sourire reconnaissant. Son père, lui, avait parfaitement entendu.
— À condition que tu ne dépenses pas tout ton argent de poche en sucreries.
— Je ne ferais jamais une chose pareille.
Lucius lui jeta un regard de côté.
— Naturellement.
Gringotts était encore plus impressionnante de près. La banque dominait une partie de la rue avec son imposante façade blanche. De hautes colonnes encadraient l'entrée, et les portes de bronze semblaient avoir été conçues pour rappeler à chaque visiteur qu'il entrait dans un lieu où l'argent, les contrats et les vieilles fortunes étaient traités avec le plus grand sérieux.
Draco leva la tête.
— C'est ici que nous gardons notre argent ?
— Une partie, répondit Lucius.
— Pourquoi une partie seulement ?
— Parce qu'il existe plusieurs manières de gérer une fortune, Draco.
Lucius posa sa main dans son dos pour le guider vers l'entrée.
— Et parce qu'un héritier doit apprendre à comprendre la valeur de ce qu'il possède, plutôt que de se contenter de savoir qu'il le possède.
Draco ne répondit pas immédiatement.
Il observa les gobelins derrière leurs comptoirs.
Leurs petits yeux noirs suivaient les visiteurs avec une attention presque désagréable. L'un d'eux écrivait dans un grand registre, tandis qu'un autre comptait des pièces d'or sans jamais lever la tête. Draco se rapprocha instinctivement de sa mère. Lucius le remarqua.
— Ils ne vont pas te manger.
— Je n'ai pas dit qu'ils allaient le faire.
— Alors cesse de les fixer comme s'ils allaient te sauter dessus.
Narcissa étouffa un rire.
Ils furent accueillis par un gobelin qui s'inclina légèrement devant Lucius.
— Monsieur Malfoy.
— Griphook.
Le gobelin leva les yeux vers Draco.
— Et voici votre fils.
— Draco.
— Un plaisir de vous rencontrer, jeune monsieur.
Draco inclina la tête, reproduisant le geste de son père.
— Bonjour.
Le gobelin les conduisit vers un comptoir plus discret. Lucius échangea quelques mots avec lui, puis sortit un document de sa poche intérieure. Draco ne parvenait pas à lire ce qui était écrit dessus.
— Il est temps qu'il voie comment les choses sont organisées, dit Lucius.
Griphook observa Draco quelques secondes.
— Vous souhaitez donc lui montrer les coffres familiaux ?
— Pas aujourd'hui. Nous avons d'autres affaires à régler.
Lucius posa une petite bourse sur le comptoir.
— Je souhaite que mon fils dispose d'une somme raisonnable pour ses premières dépenses à Poudlard.
Le gobelin ouvrit la bourse et vérifia son contenu.
Draco regarda les pièces d'or avec fascination.
Il en avait déjà vu, bien sûr, mais jamais autant réunies devant lui.
— Ce sera suffisant, monsieur.
— Je n'en doute pas.
Lucius récupéra la bourse et la tendit à Draco.
— Tiens.
Draco la prit avec précaution. Elle était plus lourde qu'il ne l'avait imaginé.
— C'est tout à moi ?
— C'est ton argent de poche pour l'année scolaire.
— Tout ça ?
— Ne me force pas à regretter ma générosité.
Draco referma aussitôt ses doigts autour de la bourse.
— Merci, père.
Lucius eut un léger sourire.
— Ne me remercie pas encore. Tu devras apprendre à le gérer.
Draco glissa soigneusement la bourse dans la poche intérieure de sa veste. Il venait de recevoir son premier véritable argent de sorcier.
Et il avait bien l'intention de ne pas le gaspiller.
En quittant Gringotts, Draco remarqua deux garçons qui se tenaient devant la boutique voisine. L'un d'eux avait les cheveux noirs et une expression particulièrement sérieuse. Il portait une robe sombre et semblait écouter distraitement une femme qui lui parlait.
L'autre, un peu plus petit, observait les passants avec une curiosité manifeste.
Draco ne leur accorda d'abord qu'un regard.
Il avait d'autres choses à faire.
— Draco, dit Narcissa. Viens.
Il rejoignit ses parents, mais ne put s'empêcher de regarder une nouvelle fois dans leur direction.
La femme venait de se retourner. Elle était grande, élégante, et portait une robe d'un violet profond. À côté d'elle, le garçon aux cheveux noirs avait les mains dans les poches.
— Narcissa ? La voix féminine était assurée.
Narcissa se retourna et son visage s'éclaira légèrement.
— Madame Zabini.
La femme s'approcha, un sourire poli aux lèvres.
— Quelle surprise. Je ne savais pas que vous viendriez aujourd'hui.
— Nous sommes venus acheter les fournitures de Draco. Et vous ?
— La même chose. Blaise entre à Poudlard cette année.
Le garçon aux cheveux noirs leva les yeux.
— Blaise, voici Narcissa Malfoy. Tu la connais de nom, j'imagine.
Il inclina poliment la tête.
— Madame Malfoy.
— Bonjour, Blaise.
Narcissa posa une main légère sur l'épaule de son fils.
— Et voici Draco.
Les deux garçons se regardèrent. Draco observa Blaise avec attention. Il semblait à peu près de son âge. Ses cheveux noirs étaient soigneusement coiffés, ses vêtements impeccables, et il avait cette manière de se tenir qui indiquait qu'il n'était pas particulièrement impressionné par les gens autour de lui.
Draco décida immédiatement qu'il était peut-être intéressant.
— Tu entres à Poudlard cette année ? demanda-t-il.
— Oui.
— Tu sais déjà dans quelle maison tu seras ?
Blaise haussa légèrement un sourcil.
— Non. Je suppose que le Choixpeau s'en chargera.
Draco plissa les yeux. Il n'avait pas tort.
— Tu espères être à Serpentard ?
— Je ne vois pas pourquoi je voudrais être ailleurs.
Draco sourit.
— Moi non plus.
Madame Zabini échangea un regard amusé avec Narcissa.
— Je vois que les présentations se passent bien.
Blaise, lui, continuait d'observer Draco.
— Tu as déjà acheté tes livres ?
— Pas encore. Nous allons commencer aujourd'hui et toi ?
— Moi non plus.
— Alors tu vas sûrement nous croiser dans les boutiques.
— Probablement.
Le ton de Blaise était calme, presque indifférent.
Draco ne savait pas encore s'il l'appréciait.
Mais il n'avait pas non plus décidé de ne pas l'apprécier. C'était déjà un progrès. Lucius, qui avait jusque-là laissé les garçons discuter, s'adressa à Madame Zabini.
— Votre fils semble avoir déjà une idée de la maison qui lui conviendrait.
— Il a toujours eu des opinions bien arrêtées, répondit-elle.
— Cela peut être une qualité, à condition de savoir quand les défendre.
Lucius posa brièvement la main sur l'épaule de Draco.
— N'est-ce pas ?
Draco acquiesça. Blaise ne dit rien, mais son regard passa de Lucius à Draco. Il avait manifestement remarqué le geste. Les deux familles échangèrent encore quelques politesses avant de se séparer.
— À bientôt, Narcissa.
— À bientôt.
Draco suivit ses parents, puis se retourna une dernière fois. Blaise était déjà reparti vers sa mère. Le garçon aux cheveux noirs ne lui avait pas paru particulièrement chaleureux.
Mais Draco n'avait pas besoin que tout le monde soit chaleureux. Il avait simplement besoin de gens intéressants. Et Blaise Zabini pourrait peut-être en faire partie. La boutique suivante était celle de Fleury et Bott. Dès que la porte s'ouvrit, une odeur de vieux papier et de cuir ancien enveloppa Draco. Il s'arrêta sur le seuil. Des étagères montaient jusqu'au plafond. Certaines étaient si hautes qu'une petite échelle enchantée se déplaçait le long des rayonnages pour permettre aux clients d'atteindre les livres. Des ouvrages épais reposaient sur des présentoirs, tandis que d'autres semblaient remuer légèrement dans leurs reliures. Draco avança lentement.
— Magnifique…
Lucius se plaça à côté de lui.
— Tu devrais t'y habituer. Tu passeras beaucoup de temps entouré de livres à Poudlard.
— Je n'ai aucun problème avec ça.
— J'en suis heureux.
Une vendeuse s'approcha.
— Bonjour, monsieur Malefoy. Je peux vous aider ?
— Nous venons acheter les manuels de première année.
— Bien sûr. La liste, s'il vous plaît.
Narcissa lui tendit le parchemin reçu quelques semaines plus tôt.
La vendeuse le parcourut.
— Très bien. Je vais vous préparer cela.
Elle disparut entre les rayonnages.
Draco profita de l'attente pour examiner les livres exposés. Il en prit un sur les créatures magiques, lut quelques lignes, puis le reposa avec précaution.
— Père, est-ce que nous pourrons acheter d'autres ouvrages en plus de ceux de la liste ?
— Cela dépendra de ce que tu souhaites lire.
— Il y a un livre sur les dragons.
— Tu en possèdes déjà plusieurs.
— Celui-ci parle des dragons hongrois à pointes.
Lucius tourna la tête vers lui.
— Tu as déjà lu celui que Severus t'a offert ?
Draco hésita.
— Pas entièrement.
— Alors commence par le terminer.
Draco soupira.
— Mais celui-là a l'air beaucoup plus intéressant.
— Ce qui ne signifie pas que tu dois accumuler des livres sans les lire.
Narcissa acquiesça.
— Nous pouvons peut-être le prendre pour son anniversaire de rentrée.
Lucius observa son épouse.
— Si tu souhaites lui faire ce cadeau, je n'y vois aucun inconvénient.
Draco retrouva immédiatement le sourire.
— Merci, mère !
La vendeuse revint avec une pile de livres qu'elle posa sur le comptoir. Draco s'approcha aussitôt.
Il y avait les manuels de métamorphose, de botanique, de potions, d'histoire de la magie, de défense contre les forces du mal et d'astronomie. Il lut les titres un par un.
Son regard s'arrêta sur le manuel de potions.
— C'est celui de première année ?
— Oui, jeune monsieur.
Il l'ouvrit. Les pages étaient couvertes de recettes, de schémas et d'explications détaillées. Certaines illustrations montraient des plantes coupées en deux, d'autres des chaudrons dont le contenu changeait de couleur selon les ingrédients utilisés.
— Severus dit que les potions demandent beaucoup de précision.
Lucius hocha la tête.
— Il a raison.
— Il m'a dit que la plupart des erreurs viennent des élèves qui pensent pouvoir improviser.
— Ce qui est également vrai.
Draco referma le livre.
— Je ne ferai pas d'erreur.
Lucius le regarda.
— Tu en feras.
Draco se raidit.
— Non.
— Si. Comme tout le monde.
— Pas beaucoup.
— Voilà une ambition plus raisonnable.
Narcissa posa une main sur le bras de son fils.
— Ton père ne dit pas que tu ne seras pas bon en potions.
Lucius reprit, d'un ton plus posé :
— Je dis simplement qu'il ne suffit pas d'être intelligent pour réussir. Il faudra travailler, écouter et accepter les corrections.
Draco baissa les yeux vers le livre.
— D'accord.
— Et si Severus te dit que tu as mal fait quelque chose, tu ne passeras pas le cours à lui expliquer pourquoi tu penses avoir raison.
Draco releva aussitôt la tête.
— Mais s'il a tort ?
Lucius eut un sourire presque imperceptible.
— Alors tu trouveras une manière intelligente de le lui démontrer.
Narcissa secoua la tête.
— Je sens que Severus va passer une excellente année.
Draco, lui, avait déjà recommencé à feuilleter son manuel. Il avait hâte de commencer.
Et, surtout, il avait hâte de montrer à Severus qu'il pouvait être un excellent élève. La vendeuse emballa les livres dans un grand paquet.
Lucius sortit de sa poche un élégant sac en cuir noir, aux fermoirs argentés. Il l'ouvrit et y rangea les paquets les uns après les autres. Malgré leur nombre, le sac ne semblait pas se remplir.
Draco observa la scène avec intérêt.
— Il est enchanté ?
— Naturellement. Son contenu est bien plus important que sa taille ne le laisse penser.
— Je pourrais en avoir un ?
Lucius referma le fermoir.
— Tu en auras probablement besoin lorsque tu seras suffisamment grand pour voyager seul. Pour le moment, celui-ci fera parfaitement l'affaire. Nous avons encore plusieurs boutiques à visiter.
Draco regarda une dernière fois les rayonnages.
Il avait déjà envie de revenir. Mais, en sortant, il aperçut quelque chose qui lui fit oublier les livres.
Un petit groupe de sorciers s'était rassemblé un peu plus loin. Un homme roux, vêtu d'une robe qui semblait avoir connu des jours meilleurs, discutait avec un autre sorcier. À côté de lui se tenaient plusieurs enfants.
Draco ne savait pas encore qui ils étaient.
Mais il remarqua immédiatement les cheveux roux. Son père aussi. Le visage de Lucius changea à peine. Pourtant, Draco remarqua que les doigts de son père s'étaient légèrement resserrés autour de la poignée de sa canne. Son expression, elle aussi, venait de perdre une partie de son amusement.
— Eh bien, murmura Lucius.
Narcissa suivit son regard. Son expression se fit plus réservée.
— Lucius…
— Arthur Weasley.
Le nom fut prononcé avec une froideur qui ne ressemblait en rien à celle qu'il avait employée quelques minutes plus tôt avec Madame Zabini.
Draco regarda son père. Il connaissait le nom des Weasley. Il avait déjà entendu Lucius en parler, toujours avec le même mépris.
Mais il n'avait jamais rencontré Arthur Weasley.
L'homme roux venait de se retourner. Et son regard croisa celui de Lucius.
— Malfoy.
Lucius inclina légèrement la tête.
— Weasley.
Un sourire lent apparut sur ses lèvres.
— Je vois que certaines choses ne changent pas. Toujours aussi… fidèle à tes habitudes.
Arthur fronça les sourcils.
— Et toi, toujours aussi agréable.
Narcissa ferma brièvement les yeux. Draco sentit immédiatement que la journée venait de prendre une tournure bien plus intéressante.
Arthur Weasley fut le premier à détourner les yeux. Pas par politesse. Plutôt parce qu'il semblait avoir décidé qu'accorder davantage d'attention à Lucius Malfoy risquait de gâcher le reste de sa matinée.
— Je ne savais pas que vous veniez aujourd'hui, dit-il finalement en s'adressant à Narcissa.
— Nous avions quelques achats à effectuer pour Draco, répondit-elle avec une courtoisie parfaite.
Arthur baissa brièvement les yeux vers le garçon.
— Ah. Tu entres à Poudlard cette année ?
Draco redressa légèrement les épaules.
— Oui, monsieur.
Lucius tourna la tête vers son fils. Il ne s'attendait visiblement pas à ce que Draco réponde aussi poliment.
— Il fera sa rentrée en septembre, précisa Narcissa.
— C'est une belle étape, commenta Arthur. Tu dois être impatient.
— Beaucoup, monsieur.
Un silence suivit. Lucius fit légèrement tourner sa canne entre ses doigts.
— Je suis certain que les professeurs sauront apprécier les élèves qui ont reçu une éducation convenable.
Arthur eut un petit rire sans joie.
— Je n'en doute pas. Même si je pense qu'un enfant peut apprendre beaucoup de choses sans que ses parents lui expliquent constamment combien ils sont importants.
Narcissa inspira discrètement. Draco, lui, leva les yeux vers son père. Il connaissait ce ton. Il l'avait déjà entendu lors de certains dîners, lorsque Lucius évoquait des personnes qu'il jugeait indignes de leur position. Mais il ne l'avait encore jamais vu échanger directement avec quelqu'un qui semblait parfaitement décidé à ne pas se laisser impressionner.
— Voilà une philosophie intéressante, Weasley, répondit Lucius. Bien qu'elle ne soit probablement pas celle que je choisirais pour mon fils.
— Je n'en attendais pas moins de toi.
Une voix masculine intervint alors derrière Arthur.
— Papa, est-ce qu'on peut continuer ?
Draco tourna la tête.
Deux garçons roux se tenaient quelques pas derrière l'homme. Ils se ressemblaient tellement qu'il était difficile de les distinguer au premier regard. Ils avaient à peu près son âge, peut-être un peu plus, et portaient des expressions qui semblaient partager la même envie de rire.
À côté d'eux se tenait un garçon plus âgé, aux cheveux roux également, qui tenait plusieurs livres contre sa poitrine.
Arthur ferma brièvement les yeux.
— Oui, Percy. Nous avons presque terminé.
— Nous avons surtout terminé depuis cinq minutes, marmonna l'un des jumeaux.
— George, murmura l'autre.
— Fred, tu n'es pas obligé de me rappeler mon prénom.
Draco observa les deux garçons. Il venait de comprendre. Des jumeaux. Il avait entendu parler des enfants Weasley, bien entendu. Son père avait déjà évoqué leur famille à plusieurs reprises, généralement avec un mépris assez peu dissimulé. Il savait qu'ils étaient nombreux, mais il n'avait jamais vraiment cherché à retenir leurs prénoms. Lucius, en revanche, semblait parfaitement les connaître.
— Je vois que vous avez amené toute votre petite famille, Weasley.
Arthur posa une main sur l'épaule de Percy.
— Pas toute. Molly est partie avec Ron chercher ses robes et quelques fournitures.
— Quel dommage, répondit Lucius sans la moindre sincérité.
Fred échangea un regard avec George.
— Tu crois qu'il est toujours aussi joyeux ?
— Je pense que c'est sa manière naturelle de sourire.
Draco baissa légèrement la tête pour dissimuler le sourire qui venait de lui échapper. Lucius tourna lentement les yeux vers les deux garçons.
— Et voici donc les jumeaux.
— Fred, monsieur, précisa l'un.
— George, ajouta l'autre.
— Nous sommes enchantés de faire votre connaissance.
— Même si nous ne pouvons pas dire que le sentiment soit entièrement partagé, murmura George.
— George, intervint Percy d'un ton réprobateur.
— Quoi ? J'ai dit bonjour.
Arthur leur adressa un regard sévère.
— Tous les deux, un peu de tenue.
Les jumeaux se turent, mais leurs expressions ne changèrent guère. Draco les regardait avec une curiosité grandissante. Ils n'avaient absolument rien à voir avec les enfants qu'il avait l'habitude de côtoyer lors des réceptions de ses parents. Ils ne semblaient pas particulièrement impressionnés par Lucius. Pire encore, ils avaient l'air de trouver la situation amusante.
— Et vous êtes ? demanda Fred en se tournant vers lui.
Draco releva le menton.
— Draco Malfoy.
— Ah.
George hocha la tête avec un sérieux exagéré.
— Malfoy.
— Le fils de monsieur Malfoy, précisa Fred.
— Merci, Fred. Nous avions remarqué la ressemblance.
Draco fronça légèrement les sourcils.
— Vous êtes toujours aussi bavards ?
Fred sourit.
— Seulement quand nous avons quelque chose à dire.
— Ce qui arrive assez souvent,
- malheureusement, ajouta Percy.
Cette fois, Draco ne put retenir un petit rire.
Lucius posa brièvement les yeux sur lui.
Pas un regard de reproche, mais suffisamment pour lui rappeler qu'il était censé garder une certaine réserve. Draco se reprit.
— Et vous êtes Percy, c'est bien cela ?
Le garçon plus âgé sembla légèrement surpris.
— Oui. Percy Weasley. Je suis en troisième année à Poudlard
.
— Serpentard ? demanda Draco.
Percy eut un mouvement de recul presque imperceptible.
— Gryffondor.
Draco acquiesça.
— Je vois.
— Et toi, tu espères aller où ?
— Serpentard, naturellement.
Fred et George échangèrent un regard.
— Naturellement, répétèrent-ils presque simultanément.
Percy soupira.
— Vous allez encore commencer…
— Nous n'avons rien dit, Percy.
— Exactement, ajouta George. Nous sommes parfaitement innocents.
Draco les observa tour à tour.
Il ne savait pas encore quoi penser d'eux.
Ils étaient bruyants, insolents et semblaient incapables de rester sérieux plus de quelques secondes. Pourtant, il devait reconnaître qu'ils avaient quelque chose d'assez divertissant.
Lucius, lui, n'était manifestement pas du même avis.
— Il est rassurant de constater que certaines familles ne semblent toujours pas accorder beaucoup d'importance à l'éducation de leurs enfants.
Arthur se raidit.
— Mes enfants n'ont pas besoin d'être habillés de soie pour apprendre à se comporter correctement.
— Je n'en doute pas. Mais certaines choses s'acquièrent difficilement lorsqu'on ne les possède pas dès le départ.
Le visage d'Arthur se ferma.
— Tu sais, Malefoy, ce n'est pas parce que tu as de l'argent que tu es meilleur que les autres.
Lucius eut un sourire froid.
— Je n'ai jamais prétendu que l'argent rendait meilleur.
Il baissa légèrement les yeux vers les vêtements des garçons.
— Il permet simplement d'éviter certaines situations embarrassantes.
Narcissa posa une main discrète sur le bras de son époux.
— Lucius.
Ce dernier ne la regarda pas. Draco, en revanche, remarqua son geste. Il connaissait cette manière qu'avait sa mère d'intervenir. Elle ne cherchait pas nécessairement à contredire son père. Elle lui rappelait simplement qu'il n'était pas toujours utile de poursuivre une dispute.
Arthur sembla décider qu'il avait suffisamment entendu.
— Nous allons y aller.
Il posa une main sur l'épaule de Percy.
— Allez, les garçons.
— Au revoir, monsieur Malefoy, lança Percy.
— Au revoir, répondit Lucius avec une froideur polie.
Fred s'arrêta néanmoins à la hauteur de Draco.
— Bonne chance pour Poudlard, Malfoy.
George ajouta :
— Essaie de ne pas trop écouter ton père. Ça pourrait te faire du bien.
Draco ouvrit la bouche, mais les deux garçons avaient déjà rejoint Arthur. Il les suivit du regard.
— Ils sont étranges, murmura-t-il.
— Ce sont des Weasley, répondit Lucius.
Draco tourna la tête vers lui.
— C'est censé expliquer quelque chose ?
Narcissa étouffa un rire.
Lucius, lui, observa son fils quelques secondes.
— Tu as trouvé ces garçons amusants ?
Draco hésita.
— Un peu.
— Je vois.
Son père reprit sa marche sans ajouter quoi que ce soit. Narcissa attendit qu'ils aient pris quelques pas d'avance avant de se pencher légèrement vers Draco.
— Tu n'as pas besoin de trouver désagréable chaque personne que ton père n'apprécie pas.
Draco leva les yeux vers elle.
— Je sais.
— Vraiment ?
Il réfléchit.
— Les jumeaux étaient impolis.
— Ils l'étaient.
— Mais ils étaient drôles.
Narcissa sourit.
— Voilà une distinction intéressante. Elle lui ébouriffa légèrement les cheveux.
— Garde-la.
Draco se dépêcha de remettre sa mèche en place.
— Mère !
Elle rit doucement avant de rejoindre Lucius.
La boutique suivante était celle de Madame Guipure.
Draco n'avait pas particulièrement envie d'y entrer. Les vêtements ne l'intéressaient pas autant que les livres ou les objets enchantés, mais il savait que les robes de Poudlard devaient être ajustées avant la rentrée. La clochette tinta lorsqu'ils franchirent la porte. Une sorcière aux cheveux gris releva immédiatement la tête derrière son comptoir.
- Bonjour, Madame Guipure.
— Et voici donc votre fils !
Elle contourna le comptoir et s'approcha de Draco.
— Comme il a grandi ! La dernière fois que je vous ai vu, vous étiez encore assez petit pour tenir dans les bras de votre mère.
Draco se redressa.
— Je ne suis plus un bébé.
La couturière éclata de rire.
— Je n'en doute pas, mon garçon.
Elle sortit un mètre ruban enchanté qui se mit immédiatement à flotter autour de lui.
Draco regarda l'objet avec intérêt.
— Il mesure tout seul ?
— Naturellement. Il est bien plus efficace que moi pour les premières mesures.
Le ruban passa autour de ses épaules, de sa taille et de ses bras. Lucius observa la scène.
— Nous souhaitons plusieurs robes de bonne qualité. Il aura également besoin d'une tenue pour les cérémonies et les occasions particulières.
— Je m'en occupe.
Madame Guipure prit quelques notes.
— Et pour les couleurs ?
— Les robes réglementaires seront celles de Poudlard, répondit Lucius. Pour le reste, je vous laisse voir avec Narcissa.
Draco leva les yeux.
— Père, est-ce que je peux choisir ?
Lucius tourna la tête.
— Tu peux donner ton avis.
— Ce n'est pas exactement la même chose.
Narcissa sourit.
— Nous trouverons un compromis, mon cœur.
Draco accepta cette réponse.
Pendant que Madame Guipure préparait les tissus, il remarqua son père qui discutait avec un autre client. Il s'agissait d'un homme qu'il avait déjà vu au manoir, sans parvenir à se souvenir de son nom.
Les adultes avaient cette fâcheuse habitude de considérer que les enfants devaient connaître tout le monde simplement parce qu'ils avaient été présentés une fois à l'âge de cinq ans.
Il reporta son attention sur sa mère.
— Mère ?
— Oui ?
— Est-ce que tu connais les Weasley depuis longtemps ?
Narcissa releva les yeux. Elle ne sembla pas particulièrement surprise par la question.
— Depuis de nombreuses années. Nous avons fréquenté les mêmes cercles pendant longtemps, même si ton père et Arthur n'ont jamais entretenu de bonnes relations.
— Pourquoi ?
Elle prit quelques secondes avant de répondre.
— Ton père et Arthur ont des idées très différentes sur le monde des sorciers. Et ils ne font pas beaucoup d'efforts pour le cacher.
— Père dit souvent qu'ils sont irresponsables.
— Ton père a une opinion assez arrêtée sur cette famille.
— Et toi ?
Narcissa observa son fils.
— Je pense que les Weasley sont une famille nombreuse, bruyante et probablement beaucoup trop occupée pour s'ennuyer. Draco eut un sourire.
— C'est vrai.
— Mais cela ne signifie pas que tu dois les juger uniquement à travers les opinions de ton père.
Draco resta silencieux.
Il repensa à Percy, qui semblait beaucoup plus sérieux que ses frères, puis aux jumeaux qui n'avaient manifestement aucune difficulté à provoquer son père.
— Je crois que je préfère les jumeaux.
Narcissa eut un rire discret.
— Je m'en doutais.
À cet instant, Lucius les rejoignit. Il avait terminé sa conversation avec l'autre client et semblait quelque peu préoccupé.
— Narcissa, nous devons passer à l'Allée des Embrumes.
Son épouse tourna la tête vers lui.
— Maintenant ?
— Je viens d'apprendre que notre rendez-vous ne peut pas être repoussé. Cela ne devrait pas prendre longtemps.
Narcissa observa leur fils, toujours occupé par ses essayages.
— Et Draco ?
— Il peut nous attendre ici. Madame Guipure n'a presque plus rien à terminer.
Lucius se tourna vers la couturière.
— Cela ne vous dérange pas de le garder quelques minutes ?
— Pas du tout, Monsieur Malfoy. Votre fils est entre de bonnes mains.
Lucius s'approcha de Draco.
— Nous devons nous absenter. Tu resteras ici jusqu'à notre retour.
— Combien de temps ?
— Quelques minutes.
— Je peux venir avec vous.
— Non. Cette affaire ne te concerne pas.
Le ton de son père ne laissait aucune place à la discussion.
Draco soupira discrètement.
— Très bien.
Narcissa s'approcha et arrangea une dernière fois le col de sa chemise.
— Nous reviendrons vite, mon cœur. Profite-en pour terminer tes essayages tranquillement.
— Je peux aussi bien attendre sans essayer de nouvelles robes.
— Je n'en doute pas.
Elle lui déposa un baiser sur le front avant de rejoindre Lucius. La porte se referma derrière eux. Draco observa un instant la rue à travers la vitrine, puis retourna près du miroir. Il n'avait pas particulièrement envie de rester seul dans une boutique de vêtements, mais il n'avait pas vraiment le choix. Madame Guipure disparut quelques instants dans l'arrière-boutique.
La clochette tinta de nouveau.
— Bonjour ! lança une voix depuis l'entrée.
Draco tourna légèrement la tête. Un garçon venait d'entrer, accompagné d'un homme gigantesque. Ce dernier avait une barbe épaisse et des cheveux longs et hirsutes. Il était si grand qu'il semblait presque trop imposant pour la boutique. Le garçon, lui, était beaucoup plus petit. Il avait des cheveux noirs en bataille et portait des lunettes rondes.
Il paraissait à peu près avoir l'âge de Draco.
— Bonjour, jeune homme ! s'exclama Madame Guipure en revenant. Vous venez pour vos robes de Poudlard ?
— Oui, répondit le garçon.
— Parfait. Venez donc par ici.
Elle lui indiqua un tabouret près de celui que Draco venait de quitter. Le garçon s'installa, visiblement peu habitué à ce genre de boutique.
Draco le regarda quelques secondes.
— Tu entres aussi à Poudlard ?
Le garçon tourna la tête vers lui.
— Oui.
— En première année ?
— Oui. Et toi ?
— Moi aussi.
Un silence passa. Draco n'était pas particulièrement doué pour engager la conversation avec des inconnus, mais il n'avait pas non plus envie de rester à observer le plafond.
— Tu connais déjà quelqu'un là-bas ?
— Non. Enfin, pas vraiment.
— Tu as des frères et sœurs ?
— Non.
Draco haussa légèrement les sourcils.
— Moi non plus.
Le garçon eut un petit sourire.
— C'est étrange, hein ? De devoir aller dans une école où l'on ne connaît personne.
— Pas vraiment. C'est justement le but d'une école.
L'inconnu rit doucement. Madame Guipure passa le mètre ruban autour de ses épaules.
— Et comment vous appelez-vous, jeune homme ?
— Harry.
Draco retint le prénom sans y accorder davantage d'importance.
— Harry, répéta-t-il. Moi, c'est Draco.
— Enchanté.
— De même.
L'homme gigantesque s'approcha légèrement.
— Alors, Harry, tu vas bientôt avoir tes robes !
— Oui, Hagrid.
Draco observa l'homme avec curiosité.
— C'est votre père ?
Harry secoua la tête.
— Non. C'est Hagrid. Il travaille à Poudlard.
— Ah.
Draco observa l'homme de la tête aux pieds. Sa barbe était particulièrement imposante, ses vêtements semblaient avoir connu des jours meilleurs et il tenait dans ses mains un parapluie rose assez étrange. Il haussa légèrement un sourcil.
— Il travaille vraiment dans une école ?
Harry fronça les sourcils.
— Oui. Pourquoi ?
Draco désigna discrètement l'homme du regard.
— Je ne sais pas. J'imagine simplement que Poudlard a des critères de recrutement assez… particuliers.
Harry suivit son regard avant de comprendre.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Eh bien, regarde-le. Il est immense, il a une barbe qui pourrait abriter une famille entière de souris et je ne suis même pas certain que ses vêtements aient été repassés depuis plusieurs années.
Draco avait prononcé ces mots avec un sérieux presque parfait. Harry ne rit pas.
— Il est très gentil, pourtant.
Draco tourna les yeux vers lui.
— Je n'ai pas dit le contraire.
— Tu viens quand même de te moquer de lui.
— J'ai simplement fait une observation.
Harry sembla hésiter, puis répondit :
— Tu ne le connais même pas.
Draco soutint son regard quelques secondes.
— Et toi, tu sembles le connaître suffisamment pour prendre sa défense.
— Parce qu'il m'a beaucoup aidé.
Cette fois, Draco ne trouva rien à répondre immédiatement. Il observa de nouveau Hagrid, qui discutait tranquillement avec Madame Guipure, puis haussa les épaules.
— Dans ce cas, tu as probablement raison de l'apprécier.
Ce n'était pas une excuse. Pas même une véritable concession. Mais il avait cessé de faire des commentaires. Harry, lui, ne semblait pas entièrement convaincu. Il reporta son attention sur Madame Guipure, tout en jetant de temps à autre un regard à Draco. Le garçon n'avait pas l'air particulièrement méchant, mais il avait cette manière de parler des autres comme s'il se trouvait naturellement au-dessus d'eux. Harry n'aimait pas beaucoup cela. Draco, de son côté, ne remarqua pas vraiment le changement dans son attitude. Il était déjà passé à autre chose.
— Tu sais déjà dans quelle maison tu veux aller ?
— Je ne sais pas. Je ne connais pas encore très bien les maisons.
— Tu devrais te renseigner avant la rentrée.
— Je vais essayer. Et toi ? Tu as une préférence ?
— Serpentard.
La réponse était venue sans hésitation.
— Pourquoi ?
Draco sembla surpris par la question.
— Parce que c'est la maison de ma famille. Et parce qu'elle correspond à ce que j'attends de Poudlard.
— C'est comment, Serpentard ?
— Je ne peux pas vraiment te le dire. Je n'y suis pas encore.
Harry sourit.
— C'est vrai.
Draco observa les vêtements que Madame Guipure préparait pour lui.
Harry semblait sincèrement curieux. Il ne posait pas ses questions pour se moquer ou provoquer. C'était assez inhabituel pour que Draco le remarque.
— Tu as déjà acheté tes affaires ? demanda-t-il.
— Une partie. Hagrid m'accompagne aujourd'hui.
Draco hocha la tête.
— Tu as de la chance. Mes parents ont prévu toute une journée de courses. Je crois qu'ils ont davantage de patience que moi.
— Tu n'aimes pas faire les magasins ?
— Pas particulièrement. Les librairies sont beaucoup plus intéressantes.
— Tu aimes lire ?
— Oui. Les potions, les créatures magiques… et surtout les dragons.
Les yeux de Harry s'illuminèrent légèrement.
— Les dragons existent vraiment ?
Draco le regarda, presque amusé.
— Évidemment.
— Je n'en ai jamais vu.
— Moi non plus. Mais j'aimerais beaucoup en voir un.
Madame Guipure les interrompit pour ajuster une nouvelle robe sur les épaules de Draco.
Harry se tourna vers le grand miroir.
— Tu as l'air de bien connaître le monde magique.
— Mes parents m'en parlent depuis que je suis petit.
Draco ne développa pas davantage. Il ne savait pas grand-chose de ce garçon, mais la conversation était plutôt agréable. De l'autre côté de la boutique, Hagrid consulta l'heure.
— Allez, Harry. Nous devons encore faire quelques achats.
— J'arrive !
Harry descendit du tabouret et récupéra ses affaires.
— Au revoir, Draco.
— À bientôt, peut-être.
Le garçon lui adressa un sourire avant de rejoindre Hagrid. La clochette tinta une dernière fois lorsqu'ils sortirent. Draco retourna devant le miroir.
Il n'avait aucune idée de qui était Harry. Il ignorait son nom de famille, sa famille, son histoire. Et rien, dans leur conversation, ne lui avait laissé penser que ce garçon pouvait être quelqu'un d'important. Pour lui, Harry n'était qu'un futur élève de Poudlard. Quelques minutes plus tard, Lucius et Narcissa reparurent dans la boutique.
— Tout va bien ? demanda Narcissa en rejoignant son fils.
— Oui. J'ai discuté avec un garçon de première année.
— Ah ? Et comment s'appelle-t-il ?
— Harry.
— Il était sympathique ?
Draco haussa les épaules.
— Oui. Il ne connaît pas grand-chose au monde magique, mais il est plutôt gentil.
Lucius ajusta sa manche.
— Tu auras tout le loisir de faire connaissance avec tes camarades à Poudlard.
— Je sais, Père.
Madame Guipure leur remit les dernières informations concernant les robes et les délais de livraison. Lucius régla la commande, puis Narcissa prit le bras de son fils.
— Bien. Nous avons encore plusieurs boutiques à visiter.
Draco soupira.
— Je m'en doutais.
Sa mère rit doucement tandis qu'ils quittaient la boutique. Il ne se retourna pas. Il ne savait pas encore que le garçon avec lequel il venait de discuter porterait bientôt un nom que toute la communauté magique connaissait.
Et Harry, de son côté, n'avait aucune raison de se souvenir particulièrement du nom de Draco Malfoy.
Lorsqu'ils ressortirent de la boutique, le soleil était déjà plus haut dans le ciel.
Draco commençait à ressentir une légère fatigue. Il avait pourtant encore plusieurs boutiques à visiter, et il n'avait pas oublié sa promesse de réclamer une glace à Florian Fortescue.
Il se tourna vers sa mère.
— Nous avons encore beaucoup de choses à acheter ?
— Quelques-unes.
— Combien ?
Lucius consulta sa montre.
— La boutique d'animaux, l'apothicaire et Ollivander.
Draco s'immobilisa.
— Ollivander ?
Son père hocha la tête.
— Oui.
Un sourire immense apparut sur le visage du garçon.
— Maintenant ?
— Après avoir terminé le reste de tes achats.
Draco soupira.
— Mais nous aurions pu commencer par là.
— Et passer le reste de la journée avec une baguette dans les mains en oubliant tout le reste ? Certainement pas.
Narcissa rit.
— Je trouve que vous vous liguez contre moi.
Lucius posa une main sur son épaule.
— Tu apprendras que tes parents ne sont pas toujours là pour satisfaire chacune de tes envies.
— Je sais.
— J'en suis heureux
Ils reprirent leur chemin.
Draco observa les vitrines défiler autour de lui.
Il avait rencontré Blaise Zabini, découvert les premières fournitures de Poudlard, croisé Arthur Weasley et ses trois fils, et obtenu de sa mère la promesse d'une glace. La journée était déjà bien plus intéressante qu'il ne l'avait imaginé. Mais il restait une chose. Sa baguette.
Et, pour la première fois depuis qu'il avait commencé à préparer sa rentrée, Draco ressentait une véritable impatience.
Plus tard, lorsqu'ils s'arrêtèrent devant la boutique de Florian Fortescue, Draco avait retrouvé toute son énergie. La clochette tinta à peine qu'une voix chaleureuse s'éleva derrière le comptoir.
— Mais regardez qui voilà !
Florian Fortescue apparut avec son sourire habituel.
— Le jeune monsieur Malefoy !
— Bonjour, monsieur Fortescue !
— Tu viens encore vérifier si j'ai de nouvelles saveurs ?
Draco prit un air parfaitement innocent.
— Pas du tout.
Lucius leva les yeux au ciel.
— Il vient réclamer une glace.
— Père !
Le glacier éclata de rire.
— Alors, tu as de la chance. J'ai justement préparé quelque chose de nouveau.
Draco s'approcha immédiatement du comptoir.
— Quoi ?
— Une glace à la poire et au caramel, avec quelques éclats de noisette.
Le garçon ouvrit de grands yeux.
— Je peux goûter ?
Narcissa sortit déjà sa bourse.
— Une petite portion, Florian.
— Naturellement, madame Malefoy.
Draco s'installa à une petite table près de la vitrine. Il goûta la première cuillerée. Puis la deuxième. Et enfin, il déclara avec le sérieux d'un critique gastronomique :
— Elle est excellente.
Florian posa une main sur son cœur.
— Quel soulagement. J'attendais ton verdict avec impatience.
Lucius s'assit en face de son fils.
— Je suppose que nous avons enfin terminé ?
— Pas encore, père.
Lucius arqua un sourcil.
— Ah ?
Draco sourit.
— Il reste ma baguette.
Son père secoua légèrement la tête.
— Je crois que nous n'allons pas y échapper.
Narcissa regarda son fils avec tendresse.
— Non, mon chère. Certainement pas.
Draco termina sa glace, puis se leva.
Il ignorait encore ce qui l'attendait dans la boutique d'Ollivander. Il ignorait quelle baguette le choisirait. Et il ignorait surtout que, dans quelques semaines, il monterait à bord du Poudlard Express. Qu'il y retrouverait peut-être le garçon aux cheveux noirs qu'il avait rencontré chez Madame Guipure, sans savoir qu'il s'agissait de Harry Potter. Qu'il y rencontrerait également un garçon aux cheveux roux.
Un garçon qui ne l'apprécierait pas avant même de lui avoir véritablement adressé la parole, en partie parce que ses frères lui auraient déjà raconté leur rencontre avec les Malfoy.
Mais pour l'instant, Draco n'avait aucune raison de penser à eux. Il avait onze ans, une rentrée à préparer et une baguette à trouver. Et cela lui semblait largement suffisant pour une seule journée.
Fin du chapitre 5