Livre 1 - Les secrets d'un Malfoy

Chapitre 6 : Chapitre 6 — La baguette choisit son maître

Par Larousse28

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Chapitre 6 — La baguette choisit son maître

 

La boutique d'Ollivander se trouvait dans une rue étroite du Chemin de Traverse, légèrement à l'écart de l'agitation. Sa devanture semblait presque oubliée, coincée entre deux bâtiments bien plus imposants. Une vitrine poussiéreuse exposait une unique baguette posée sur un coussin décoloré. Draco s'arrêta devant l'enseigne.

 

Ollivander — Fabricants de baguettes depuis 382 avant J.-C.

 

Il connaissait déjà cette adresse. Il avait lu plusieurs ouvrages sur les baguettes, leurs différentes essences et les propriétés de leurs composants. Il avait même interrogé son parrain à ce sujet, espérant obtenir quelques informations supplémentaires. Mais lire à propos des baguettes et en tenir une entre ses mains étaient deux choses bien différentes.

 

— C'est ici ? demanda-t-il, même s'il connaissait déjà la réponse.

 

Lucius leva les yeux vers l'enseigne.

 

— Depuis plusieurs générations, les Malefoy achètent leurs baguettes chez Ollivander.

 

— Tu as acheté la tienne ici ?

 

— Naturellement.

 

Draco observa son père avec curiosité.

 

— Et tu te souviens de la façon dont tu l'as choisie ?

 

Lucius posa les yeux sur lui.

 

— Ce n'est pas toi qui choisis ta baguette, Draco. C'est elle qui te choisit.

 

— Je sais. Severus me l'a déjà expliqué.

 

— Alors tu sais également qu'il ne sert à rien d'avoir des préférences trop arrêtées.

 

Draco ne répondit pas immédiatement. Il avait pourtant une préférence. Une assez précise, même. Le houx. Il avait trouvé cette essence particulièrement intéressante au fil de ses lectures. Il aimait son symbolisme, sa réputation et les propriétés qu'on lui prêtait. Il n'avait aucune certitude d'en obtenir une, mais l'idée lui plaisait.

 

Narcissa lui adressa un sourire.

 

— Tu pourras toujours demander à monsieur Ollivander ce qu'il en pense.

 

Draco hocha la tête avant de pousser la porte.

Une petite clochette tinta au-dessus de leurs têtes.

 

La boutique était étroite, sombre et remplie de boîtes qui s'empilaient jusqu'au plafond. Il y en avait partout. Sur les étagères, derrière le comptoir, dans les moindres recoins. Draco leva les yeux, impressionné malgré lui par le nombre de baguettes que l'endroit devait contenir.

 

— Bonjour ?

 

Sa voix se perdit dans le silence. Un bruit léger se fit entendre au fond de la boutique.

Puis un homme apparut entre deux rayonnages.

Il était mince, très pâle, et ses yeux clairs semblaient capables de remarquer le moindre détail. Son regard se posa d'abord sur Lucius.

 

— Monsieur Malefoy. Cela faisait longtemps.

 

— Monsieur Ollivander.

 

Les deux hommes échangèrent un salut poli.

Puis le fabricant de baguettes tourna lentement la tête vers Draco.

 

— Et voici donc le jeune Draco.

 

— Draco Malefoy, se présenta-t-il.

 

— Je sais, mon garçon. Je sais

 

Ollivander s'approcha, l'observant avec une attention qui commença à mettre Draco légèrement mal à l'aise.

 

— Onze ans, n'est-ce pas ?

 

— Oui.

 

— Le moment idéal pour trouver sa première baguette.

 

Il sortit un ruban de mesure de sa poche.

 

— Le bras, s'il vous plaît.

 

Draco obéit. Le ruban se mit aussitôt à mesurer son bras, son poignet, ses doigts et la distance entre son coude et son épaule. Il se déplaçait tout seul, sans que personne ne le touche.

 

— Voyons voir…

 

Ollivander nota quelques chiffres sur un petit carnet.

 

— Vous avez déjà une idée du bois que vous aimeriez ?

 

Draco redressa légèrement la tête.

 

— Le houx.

 

Le fabricant releva les yeux.

 

— Le houx ?

 

— Oui. J'ai lu plusieurs choses à son sujet. Il est notamment associé à la protection et à la détermination.

Un sourire discret étira les lèvres d'Ollivander.

 

— Vous vous êtes bien renseigné.

 

— J'aime savoir ce que j'achète.

 

Lucius eut un léger mouvement de tête, comme s'il approuvait cette réponse.

 

— Une qualité que j'essaie de lui inculquer.

 

— C'est fort louable, monsieur Malefoy.

 

Ollivander se détourna pour rejoindre ses étagères.

 

— Toutefois, je crains que vos préférences ne soient pas d'une grande utilité ici. Une baguette ne se choisit pas sur catalogue.

 

Il revint avec une première boîte.

 

— Commençons.

 

Draco sentit son impatience grandir. C'était enfin le moment. Il allait découvrir quelle baguette le choisirait. Ollivander posa la boîte sur le comptoir et souleva délicatement le couvercle.

 

— Bois de bouleau, vingt-cinq centimètres, crin de licorne. Une baguette assez souple. Essayez-la.

 

Draco la prit. Le bois était clair, presque doré sous la lumière de la boutique. Il en apprécia immédiatement l'apparence.

 

— Un simple mouvement du poignet, mon garçon.

 

Draco obéit. Une petite étincelle jaillit de l'extrémité de la baguette, suivie d'un claquement sec. Une pile de boîtes se mit à trembler sur une étagère. Ollivander la lui reprit aussitôt.

 

— Non. Certainement pas.

 

Il reposa la baguette dans son écrin et disparut entre les rayonnages.

 

— Est-ce que cela arrive souvent ? demanda Draco.

 

— Qu'une baguette refuse un sorcier ? répondit Ollivander sans réapparaître. Plus souvent que vous ne le pensez.

 

— Et comment savez-vous qu'elle ne convient pas ?

 

— Oh, on le sait.

 

Le vieil homme revint avec une seconde boîte.

 

— Essayons celle-ci.

 

Les essais se succédèrent. Une baguette en noisetier provoqua une bourrasque qui fit voler plusieurs papiers. Une autre, en châtaignier, produisit une gerbe d'étincelles si vive que Draco dut fermer les yeux. Une troisième ne fit absolument rien, malgré plusieurs mouvements du poignet. À chaque fois, Ollivander reprenait la baguette avec un petit mouvement de tête et repartait dans ses rayonnages. Draco commençait à trouver la situation agaçante.

Il avait imaginé ce moment autrement. Il pensait qu'il suffirait de quelques essais, peut-être trois ou quatre, pour trouver celle qui lui conviendrait. Il n'avait certainement pas prévu de passer une partie de l'après-midi à faire tomber des boîtes et à déclencher des bourrasques dans une boutique poussiéreuse. Lucius, lui, commençait à montrer des signes d'impatience.

 

— Combien de baguettes faut-il encore essayer ?

Ollivander, qui examinait une boîte, ne leva même pas les yeux.

 

— Autant qu'il le faudra.

 

— Mon fils a déjà essayé plusieurs modèles.

 

— Et aucun ne lui convient.

 

— Il serait peut-être préférable de—

 

— Lucius, murmura Narcissa.

 

Elle avait posé une main sur l'avant-bras de son mari.

 

— Laissez-le faire son travail.

 

Lucius lui adressa un regard, puis reporta son attention sur le fabricant. Draco, qui avait suivi l'échange, retint un sourire. Il n'était pas mécontent de voir son père confronté à quelqu'un qui ne semblait pas particulièrement impressionné par son nom. Ollivander revint avec une nouvelle boîte.

 

— Celle-ci devrait nous apprendre quelque chose.

 

Il l'ouvrit.

 

— Bois de frêne, vingt-huit centimètres, plume de phénix.

 

Draco prit la baguette. Elle était plus longue que les précédentes et semblait légèrement plus lourde. Il l'agita. Une lumière bleutée traversa la pièce, puis une petite pluie d'étincelles tomba sur le comptoir. Ollivander observa le phénomène avec intérêt.

 

— Hm.

 

Draco attendit.

 

— Ce n'est pas celle-ci non plus, déclara finalement le fabricant.

 

— Pourquoi ? demanda Draco.

 

— Parce qu'elle ne vous a pas choisi.

 

— Elle vient pourtant de faire quelque chose.

 

— Toutes les baguettes peuvent faire quelque

 chose, jeune homme. Ce n'est pas la question.

 

Draco pinça les lèvres. Il n'aimait pas particulièrement les réponses qui ne lui apprenaient rien. Ollivander referma la boîte.

 

— Vous avez une personnalité assez affirmée, n'est-ce pas ?

 

— Je suppose.

 

— Vous supposez ?

 

— Je sais généralement ce que je veux.

 

Le fabricant le regarda quelques secondes.

 

— C'est bien ce que je pensais.

 

Il s'éloigna une nouvelle fois. Narcissa s'approcha de son fils.

 

— Tu te débrouilles très bien.

 

— Je n'ai encore rien trouvé.

 

— Ce n'est pas une compétition, Draco.

 

— Je sais.

 

Il baissa les yeux vers ses mains.

 

— J'espérais simplement que ce serait plus simple.

 

Narcissa remit doucement en place une mèche blonde qui lui tombait sur le front.

 

— Certaines choses importantes demandent un peu de patience.

 

Draco allait répondre lorsque le fabricant de baguettes reparut. Cette fois, il tenait une boîte plus étroite que les précédentes. Il la posa devant Draco avec une attention particulière.

 

— Essayons autre chose.

 

Il ouvrit le couvercle. À l'intérieur reposait une baguette d'un brun assez sombre, dont le bois présentait de légères irrégularités. Elle était élégante sans être particulièrement décorée.

Draco la regarda.

 

— De quel bois s'agit-il ?

 

— Aubépine.

 

Draco releva les yeux.

 

— Aubépine ?

 

— Oui. Dix pouces. Crin de licorne.

 

Ollivander prit la baguette et la lui tendit.

 

— Elle est légèrement souple. Prenez-la.

 

Draco la saisit. Quelque chose changea immédiatement. Il ne sut pas comment l'expliquer. Ce n'était pas une sensation de chaleur, ni une décharge magique. Ses doigts se refermèrent simplement autour du bois avec une aisance qu'il n'avait ressentie avec aucune des précédentes. Il baissa les yeux. La baguette semblait parfaitement adaptée à sa main.

 

— Essayez, murmura Ollivander.

 

Draco leva le bras. Il effectua un mouvement léger. Une lumière argentée jaillit de l'extrémité de la baguette. Elle traversa la boutique dans un mouvement gracieux, illuminant les étagères et les innombrables boîtes qui les recouvraient. Quelques poussières s'élevèrent dans l'air, brillant un instant comme de minuscules étoiles.

Puis tout retomba dans le silence. Draco resta immobile. Il regarda la baguette, puis Ollivander.

 

— C'est…

 

Il ne termina pas sa phrase. Il ne trouvait pas les mots. Narcissa avait un sourire émerveillé. Même Lucius semblait avoir oublié son impatience. Ollivander, lui, observait Draco avec une satisfaction discrète.

 

— Voilà.

 

Il s'approcha pour examiner la baguette.

 

— Aubépine. Dix pouces. Crin de licorne. Une combinaison intéressante.

 

— Pourquoi celle-ci ? demanda Draco.

 

Le vieil homme inclina légèrement la tête.

 

— Vous aimeriez que je vous donne une réponse simple ?

 

— Ce serait préférable.

 

Ollivander eut un petit rire.

 

— Les baguettes en aubépine sont particulièrement complexes. Elles peuvent être associées à des sorciers capables d'une grande magie, mais elles ne sont pas toujours faciles à comprendre. Elles peuvent être aussi contradictoires que ceux qui les possèdent.

 

Draco observa le bois.

 

— Contradictoires ?

 

— Elles ont parfois une manière bien à elles de répondre à leur propriétaire. Certaines semblent même mieux fonctionner entre les mains d'un sorcier qui traverse une période de changement ou de conflit intérieur.

 

Draco fronça les sourcils.

 

— Je ne traverse aucun conflit intérieur.

 

— Je n'en doute pas, répondit Ollivander avec un sourire énigmatique.

 

Lucius s'avança.

 

— Et le crin de licorne ?

 

— Il produit une magie régulière et fidèle. Les baguettes qui en contiennent sont généralement constantes et difficiles à détourner vers les forces les plus sombres. Elles sont également très loyales envers leur premier propriétaire.

 

— Une qualité appréciable, commenta Lucius.

 

— Sans aucun doute.

 

Draco fit tourner doucement la baguette entre ses doigts. Il avait passé des semaines à imaginer ce moment. Il avait lu, comparé, posé des questions et même décidé du bois qu'il souhaitait obtenir. Et pourtant, il se retrouvait avec une baguette qu'il n'avait pas envisagée.

Il aurait pu être déçu. Il ne l'était pas.

 

— Elle me plaît, déclara-t-il finalement.

 

— C'est l'essentiel, mon garçon.

 

Ollivander prit les mesures une dernière fois, puis referma la boîte.

 

— Vous devriez en prendre grand soin. Les baguettes ne sont pas de simples instruments. Elles apprennent à connaître leur propriétaire, tout comme leur propriétaire apprend à les connaître.

 

Draco glissa la baguette dans son écrin.

 

— Je m'en souviendrai.

 

Lucius sortit sa bourse.

 

— Combien vous dois-je ?

 

— Sept Gallions.

 

Le paiement fut effectué rapidement. Ollivander compta les pièces avant de les ranger dans un tiroir. Puis il reporta son attention sur Draco.

 

— Une dernière chose.

 

Le garçon se retourna.

 

— Oui ?

 

Le fabricant de baguettes le dévisagea de ses yeux pâles.

 

— Ne soyez pas trop déçu si votre baguette ne fait pas toujours exactement ce que vous attendez d'elle. Les relations entre un sorcier et sa baguette ne sont pas toujours simples.

 

— Je pensais que vous veniez de dire qu'elle me convenait.

 

— Elle vous convient. Cela ne signifie pas que vous vous comprendrez toujours.

 

Draco n'eut pas le temps de répondre. Lucius posa une main sur son épaule.

 

— Nous devons poursuivre nos achats.

 

Ollivander inclina la tête.

 

— Bonne journée, monsieur Malfoy. Et bonne chance à vous, jeune Draco.

 

— Merci.

 

Draco sortit de la boutique avec la boîte serrée contre lui. Une fois dans la rue, il ne put s'empêcher de la regarder encore. Il avait enfin sa baguette.

 

Le reste des achats lui parut presque secondaire.

Lucius vérifia les derniers articles de la liste tandis que Narcissa s'assurait que tout était correctement emballé. Draco les suivait, mais son attention revenait sans cesse à la boîte rangée dans son sac. Il avait envie de l'ouvrir.

De la tenir de nouveau. De voir si la magie réagirait de la même façon.

 

— Tu vas finir par user la boîte avant même d'avoir commencé les cours, remarqua Narcissa.

 

Draco leva les yeux.

 

— Je ne fais rien.

 

— Tu la regardes depuis que nous sommes sortis de chez Ollivander.

 

— C'est ma baguette.

 

— Je sais, mon cœur.

 

Elle sourit.

 

— Tu as le droit d'être impatient.

 

Lucius, qui venait de terminer de vérifier la liste, se tourna vers eux.

 

— Nous avons terminé.

 

Draco releva immédiatement la tête.

 

— Nous rentrons ?

 

— Oui.

 

Il ne chercha même pas à cacher son soulagement.

 

Le retour au manoir se fit par le réseau de cheminette du Chaudron Baveur.

Lorsqu'ils arrivèrent dans le grand salon, Draco posa soigneusement son sac sur une table.

Il n'avait qu'une envie : monter dans sa chambre.

 

— Puis-je aller essayer ma baguette ?

 

Lucius retira ses gants.

 

— Dans le jardin.

 

— Tres bien.

 

— Et uniquement des sortilèges que tu connais. Je ne veux pas retrouver une fenêtre brisée ou un arbre en flammes.

 

Draco eut une expression offensée.

 

— Je ne suis pas stupide, père.

 

— Je n'ai pas dit le contraire. Mais tu es enthousiaste, et l'enthousiasme conduit parfois à des erreurs.

 

Narcissa étouffa un petit rire.

 

— Laisse-le profiter de sa première baguette, Lucius.

 

— Je le laisse faire. Je lui rappelle simplement de rester prudent.

 

Draco récupéra son sac.

 

— Merci, mère.

 

Il déposa un baiser sur sa joue avant de quitter la pièce. Il monta rapidement les escaliers et traversa le couloir jusqu'à sa chambre.

Il posa son sac sur son bureau, sortit la boîte d'Ollivander et l'ouvrit avec précaution. La baguette reposait à l'intérieur. Draco la prit.

Il la fit tourner entre ses doigts, observant les nuances du bois d'aubépine. Elle était moins impressionnante en apparence que certaines des baguettes qu'il avait essayées. Pas de poignée ouvragée, pas de gravures, pas de pierre précieuse. Pourtant, il avait l'impression qu'elle avait toujours été destinée à sa main.

Il se dirigea vers la fenêtre et regarda le jardin.

Il ne pouvait pas encore lancer de véritables sortilèges, mais Ollivander lui avait permis d'en tester quelques-uns. Il se souvenait notamment de la lumière argentée qui avait traversé la boutique. Il leva le bras. Un mouvement du poignet suffit à faire apparaître une petite lueur au bout de la baguette. Draco sourit. Il recommença. Cette fois, la lumière fut plus vive.

 

— Pas mal

.

Il se retourna. Lucius se tenait dans l'encadrement de la porte. Draco abaissa aussitôt le bras

.

— Je croyais que tu étais dans le salon.

 

— J'y étais.

 

Lucius s'approcha pour examiner la baguette.

 

— L'aubépine.

 

— Oui.

 

— Ce n'est pas le bois que tu souhaitais.

 

Draco baissa un instant les yeux.

 

— Non.

 

— Et tu es déçu ?

 

Il réfléchit avant de répondre

.

— Pas vraiment. Je crois qu'elle me plaît.

 

Lucius tendit la main.

 

— Puis-je ?

 

Draco hésita une fraction de seconde, puis lui donna la baguette.

 

Son père l'examina avec attention, sans tenter de la faire fonctionner.

 

— Une baguette ne doit pas être choisie pour ce qu'elle représente aux yeux des autres. Elle doit te convenir.

 

Il la lui rendit.

 

— Tu as eu raison de ne pas insister pour obtenir le bois que tu voulais.

 

Draco fronça légèrement les sourcils.

 

— Je n'aurais pas pu l'obtenir si elle ne m'avait pas choisi.

 

— C'est exact.

 

Lucius marqua une pause.

 

— Mais tu aurais pu te montrer déçu. Tu ne l'as pas fait.

 

Draco observa son père, surpris par cette remarque.

 

— Ce n'est qu'une baguette.

 

— Non, Draco. C'est l'un des premiers objets que tu posséderas et qui ne dépendra que de toi. Tu devrais en comprendre l'importance.

 

Il posa brièvement une main sur l'épaule de son fils.

 

— Apprends à la maîtriser. Et ne laisse jamais quelqu'un te convaincre que tu as besoin d'une autre baguette pour être un grand sorcier.

 

Draco hocha la tête.

 

— Je ne le ferai pas.

 

Lucius sembla satisfait.

 

— Bien. Nous parlerons de tes premiers exercices avec Severus avant la rentrée.

 

Il se dirigea vers la porte, puis s'arrêta.

 

— Et Draco ?

 

— Oui ?

 

— Félicitations pour ta baguette.

 

Le garçon sourit.

 

— Merci, père.

 

Lucius quitta la chambre. Draco resta quelques secondes immobile, la baguette entre les doigts.

Puis il se tourna de nouveau vers la fenêtre.

 

Le soir était tombé sur le manoir lorsque Draco retrouva enfin sa chambre après le dîner.

Il avait passé une partie de l'après-midi à observer sa baguette, à relire quelques passages de ses livres et à imaginer les cours qu'il suivrait à Poudlard. Il avait également repensé au garçon rencontré chez Madame Guipure. Harry. Il ne savait pas pourquoi ce garçon lui revenait à l'esprit. Peut-être parce qu'il lui avait répondu sans la moindre hésitation. Ou parce qu'il avait défendu cet homme immense avec une sincérité que Draco n'avait pas l'habitude de rencontrer. Il se demandait dans quelle maison il serait envoyé. Probablement pas Serpentard. Il écarta cette pensée et posa sa baguette sur son bureau. Son regard s'arrêta alors sur le tiroir. Le journal. Il l'avait presque oublié au milieu de l'agitation de la journée.

Draco le sortit et le posa devant lui. Il hésita un instant avant d'ouvrir la couverture.

 

— J'ai ma baguette.

 

L'encre apparut après quelques secondes.

 

« Enfin. »

 

Draco eut un petit sourire.

 

— Tu pourrais au moins faire semblant d'être impressionné.

 

« Je suis impressionné. »

 

— Tu mens très mal.

 

« Je suis surtout soulagé que tu aies cessé de parler de houx. »

 

Draco fronça les sourcils.

 

— Je voulais une baguette en houx.

 

« Je sais. »

 

— Et j'ai eu de l'aubépine.

 

« Je sais aussi. »

 

Il observa la page.

 

— Comment peux-tu le savoir ?

 

Une petite pause. Puis les mots apparurent.

 

« Parce que je me souviens de cette journée. »

 

Draco s'assit lentement sur sa chaise.

 

— Tu te souviens de ma baguette ?

 

« Bien sûr. »

 

— De celle que j'ai choisie aujourd'hui ?

 

« De celle qui t'a choisi. »

 

Draco regarda le bois posé près du journal.

 

— Ollivander a dit quelque chose de semblable.

 

« Ollivander dit beaucoup de choses. Certaines sont plus importantes que d'autres. »

 

— Il a parlé de l'aubépine. Il a dit que c'était un bois complexe.

 

« Il n'a pas tort. »

 

— Il a aussi dit que les baguettes en aubépine pouvaient être difficiles à comprendre.

 

« C'est possible. »

 

Draco leva les yeux au ciel.

 

— Tu pourrais faire un effort pour répondre normalement.

 

« Je pourrais. »

 

— Alors fais-le.

 

« Non. »

 

Draco resta quelques secondes à fixer la page.

 

— Tu es particulièrement agaçant.

 

« Tu me l'as déjà dit. »

 

— Et je continuerai.

 

« Je n'en doute pas. »

 

Un sourire involontaire étira les lèvres du garçon.

Il reprit sa baguette et la posa à côté du journal.

 

— Est-ce que tu avais la même ?

 

L'encre mit quelques secondes à apparaître.

 

« Oui. »

 

Draco se redressa.

 

— Tu avais une baguette en aubépine ?

 

« Oui. Dix pouces. Crin de licorne. »

 

Il regarda la sienne.

 

— C'est exactement la même.

 

« Je sais. »

 

Draco observa la page avec davantage d'attention.

 

— Alors tu peux me dire comment elle fonctionne ?

 

« Elle fonctionne comme une baguette. »

 

— Ce n'est pas drôle.

 

« Je ne cherchais pas à l'être. »

 

— Est-ce que tu l'aimais ?

 

Cette fois, le silence fut plus long. Draco attendit, la plume posée entre ses doigts. Enfin, l'encre se mit à couler.

 

« Elle m'a accompagné pendant des années. »

 

— Ce n'est toujours pas une réponse.

 

« C'est une réponse honnête. »

 

Draco fronça les sourcils.

 

— Tu l'as perdue ?

 

La page resta blanche.

 

— Tu l'as cassée ?

 

Toujours rien.

 

Il posa sa plume.

 

— Tu ne veux vraiment rien me dire sur ton avenir.

 

« Je voudrais pouvoir te raconter certaines choses. »

 

Draco releva les yeux.

 

Cette réponse était différente des précédentes.

 

— Alors pourquoi tu ne le fais pas ?

 

L'encre apparut lentement.

 

« Parce que certaines vérités ne changent pas seulement ce que tu sais. Elles changent aussi la manière dont tu regardes les gens qui t'entourent. »

 

Draco resta silencieux. Il pensa à son père, à sa mère, à Severus. À toutes les personnes qui faisaient partie de sa vie et dont le journal refusait parfois de parler.

 

— Est-ce que cette baguette a un rapport avec l'une de ces vérités ?

 

La réponse ne vint pas immédiatement.

 

Puis : « Pas encore. »

 

Draco relut les deux mots.

 

— Pas encore ?

 

« Tu comprendras plus tard. »

 

Il soupira.

 

— Évidemment.

 

« Tu devrais dormir. »

 

— Je ne suis pas fatigué.

 

« Tu as passé la journée à marcher, à essayer des vêtements et à faire tomber des boîtes chez Ollivander. »

 

Draco fronça les sourcils.

 

— Comment sais-tu pour les boîtes ?

 

« Je me souviens. »

 

Le garçon secoua la tête.

 

Il ne savait toujours pas comment ce journal fonctionnait. Il ne savait pas pourquoi son futur lui-même pouvait lui écrire, ni pourquoi certaines réponses semblaient lui coûter autant.

Mais il savait une chose : il ne renoncerait pas à poser ses questions. Il referma le journal et le rangea dans son tiroir. Puis il prit sa baguette une dernière fois. L'aubépine. Dix pouces. Crin de licorne. Il avait passé des semaines à imaginer une autre baguette, et pourtant, celle-ci lui semblait déjà familière.

 

Il la posa soigneusement dans son écrin.

Dans quelques semaines, il serait à Poudlard.

Il y apprendrait la magie, rencontrerait de nouveaux élèves et découvrirait enfin ce que signifiait être un véritable sorcier.

Il ignorait encore tout de ce qui l'attendait.

Mais, pour la première fois, il avait quelque chose qui lui permettrait d'affronter cet avenir.

Sa propre baguette.

Et, quelque part dans un tiroir de son bureau, un journal qui semblait déjà connaître la suite.

 

Fin du chapitre 6

 




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