Chapitre 7 — Le quai des départs
Le 1er septembre arriva plus vite que Draco ne l'aurait souhaité. Depuis plusieurs jours, le manoir Malfoy s'était transformé en un lieu de préparatifs. Les malles avaient été vérifiées, les uniformes soigneusement pliés et les dernières fournitures rangées dans les bagages.
Narcissa avait insisté pour contrôler elle-même chaque détail, tandis que Lucius s'était assuré que rien ne manquerait à son fils durant les prochains mois. Draco, lui, avait surtout passé une partie de la veille à vérifier sa baguette. Elle reposait désormais dans son étui, posé sur le bureau de sa chambre. Le bois d'aubépine lui était encore légèrement étranger. Il avait pris l'habitude de la sortir régulièrement, de la faire tourner entre ses doigts et d'observer les fines nuances de son bois. Ce n'était pas le houx qu'il avait espéré obtenir. Il avait fini par accepter cette idée, même si une petite part de lui continuait de considérer que le destin aurait pu faire un choix plus satisfaisant. Il ignorait encore que la baguette qu'il avait tant désirée avait trouvé son propriétaire quelques semaines auparavant.
Et que ce propriétaire serait justement l'une des personnes qu'il retrouverait aujourd'hui.
Dans sa chambre, Draco termina de fermer sa malle avant de se tourner vers son bureau.
Son regard s'arrêta sur le tiroir où reposait le journal. Il hésita quelques secondes, puis s'en approcha. Le cuir sombre était toujours aussi abîmé. Les pages semblaient ordinaires, à première vue, mais Draco avait depuis longtemps cessé de considérer cet objet comme un simple carnet. Il l'ouvrit.
— C'est aujourd'hui.
L'encre apparut lentement.
« Je m'en doute. »
Draco fronça les sourcils.
— Tu pourrais faire semblant d'être un peu plus enthousiaste.
« Je pourrais. »
— Tu es particulièrement agaçant.
« Tu n'as encore rien vu. »
Draco eut un petit sourire malgré lui. Il s'assit sur le bord de son lit, le journal posé sur ses genoux.
— Est-ce que tu te souviens de ton premier jour à Poudlard ?
La réponse mit quelques secondes à apparaître.
« Oui. »
— Et alors ?
« J'étais nerveux. »
Draco releva les yeux.
— Toi ? Tu étais nerveux à ce point ?
« Ne prends pas cet air étonné. Tu l'es toi-même depuis plusieurs jours. Je pense que tu es assez bien placé pour savoir ce que ça fait. »
Draco fronça le nez.
— Je ne suis pas nerveux.
« Naturellement. Tu vérifies ta malle trois fois par jour depuis une semaine et tu as passé hier soir à relire ton emploi du temps. »
— Je préfère être préparé.
« C'est exactement ce que je me disais à ton âge. »
Draco fixa la page.
— Tu pourrais au moins essayer de me rassurer.
« Tu n'as pas besoin d'être rassuré. Tu as simplement besoin de vivre cette journée. »
Il resta silencieux quelques secondes.
— Tu étais comment, en arrivant là-bas ?
« Curieux. Impatient. Un peu inquiet, aussi. »
— Et ça s'est bien passé ?
« Tu verras. »
Draco baissa les yeux vers la page. Il aurait aimé obtenir une réponse plus précise, mais il commençait à comprendre que le journal avait une fâcheuse tendance à esquiver les questions dès qu'elles concernaient des souvenirs importants. Il tapota la plume contre le bord du livre, réfléchissant un instant.
— Tu as un conseil ?
L'encre se déplaça.
« Ne cherche pas à tout contrôler. »
Draco grimaça.
— Ce n'est pas un conseil très utile.
« Alors en voici un autre : essaie de ne pas transformer chaque désaccord en affrontement. »
Il resta silencieux.
— Tu parles de quelqu'un en particulier ?
La réponse tarda davantage cette fois.
« Peut-être. »
Draco plissa les yeux.
— C'est encore à propos du garçon de Madame Guipure ?
« Tu pourrais commencer par lui laisser une chance. »
— Je lui ai parlé quelques minutes et c'est déjà une chance.
« Et tu as déjà décidé de ce qu'il valait. »
— Il n'était pas particulièrement agréable.
« Tu ne l'étais pas non plus. »
Draco referma brusquement le journal.
— Tu deviens franchement insupportable.
Il le glissa dans sa poche, puis vérifia une dernière fois que sa baguette était bien rangée dans son étui. Il n'avait aucune intention de se laisser dicter sa conduite par un livre. Même par un livre qui connaissait son avenir et qui est techniquement lui même dans un hypothétique futur.
— Draco !
La voix de Narcissa résonna depuis le couloir.
— Nous allons bientôt partir.
— J'arrive, mère !
Il attrapa sa veste et quitta sa chambre.
Narcissa l'attendait près de l'escalier. Elle portait une élégante robe claire, ses cheveux blonds relevés avec soin. Lucius se tenait quelques pas derrière elle, déjà vêtu de sa longue cape sombre. Son regard se posa sur la malle de Draco, encore immobile près de l'escalier.
— Tout est prêt ?
— Oui, père.
— Tes livres ?
— Dans la malle.
— Tes affaires de toilette ?
— Également.
— Et ta baguette ?
Draco lui adressa un regard légèrement vexé.
— Dans mon étui. Je ne compte pas partir sans elle.
Lucius acquiesça.
— Bien.
Narcissa s'approcha pour remettre correctement le col de son fils.
— Tu as pris ton petit-déjeuner ?
— Oui.
— Et tu as suffisamment mangé ?
— Mère, je ne pars pas à la guerre.
Un sourire amusé passa sur les lèvres de Narcissa.
— Pas encore.
Lucius lui lança un regard.
— Narcissa.
— Quoi ? Il entre dans une école de sorcellerie. Il survivra à une plaisanterie.
Draco esquissa un sourire. Il appréciait ces rares moments où sa mère parvenait à faire réagir son père sans que celui-ci sache véritablement quoi répondre. Lucius récupéra la poignée de la malle.
— Allons-y.
Le Portoloin les attendait dans le petit salon du manoir. Lucius l'avait obtenu quelques jours plus tôt grâce à l'une de ses relations au ministère. Une faveur qui n'avait probablement rien eu de parfaitement désintéressé, mais dont Draco n'avait pas cherché à connaître les détails.
Il posa une main sur l'objet, tandis que Narcissa et Draco se rapprochaient. Quelques secondes plus tard, une traction désagréable lui saisit le nombril. Le manoir disparut. Lorsqu'ils retrouvèrent le sol, Draco dut faire un pas pour reprendre son équilibre.
Ils se trouvaient désormais à Londres, non loin de King's Cross. Il ne reviendrait pas au manoir le soir même. Il allait vivre ailleurs, entouré de dizaines d'enfants qu'il ne connaissait pas, suivre des cours de magie et dormir dans un château dont il ne connaissait encore que les descriptions. Une partie de lui était impatiente.
L'autre aurait préféré savoir exactement à quoi s'attendre.
— Tu réfléchis beaucoup, remarqua Narcissa.
Draco tourna la tête vers elle.
— Je me demande comment sera Poudlard.
— Tu le découvriras bien assez tôt.
— C'est justement ce qui m'inquiète.
Lucius, qui vérifiait que leurs bagages avaient bien suivi le voyage, releva les yeux.
— Tu n'as aucune raison de t'inquiéter et de redouter cette rentrée.
— Ce n'est pas ce que j'ai dit.
— Non. Tu te contentes de chercher toutes les raisons possibles de ne pas être satisfait.
Draco lui lança un regard contrarié.
— Je préfère être préparé.
— Alors tu apprendras rapidement que tout ne peut pas être prévu.
Narcissa posa doucement une main sur l'épaule de son fils.
— Ton père a raison sur un point : tu n'as pas besoin de tout savoir avant même d'arriver.
Draco baissa les yeux vers sa main, sans répondre. Il n'était pas convaincu, mais il n'avait pas envie de discuter davantage et il n'avait pas l'intention de donner à son père la satisfaction de poursuivre cette conversation.
King's Cross était déjà animé lorsqu'ils arrivèrent.
Des voyageurs traversaient le hall dans toutes les directions, tirant leurs valises derrière eux. Les annonces des trains résonnaient au-dessus du brouhaha général, tandis que des familles se pressaient près des quais.
Draco observa les lieux avec une curiosité prudente. Il avait déjà entendu parler de la gare, bien entendu. Il savait qu'il devait rejoindre le quai neuf et trois quarts, mais il n'avait encore jamais emprunté le passage qui permettait d'y accéder.
Lucius fit avancer les bagages.
— Reste près de nous.
— Je ne vais pas me perdre.
— Ce n'est pas ce que j'ai demandé.
Draco retint une remarque. Plusieurs familles étaient déjà présentes. Certaines avaient des cages contenant des hiboux, d'autres poussaient des chariots chargés de malles.
Draco remarqua également les nombreux Moldus qui circulaient autour d'eux, indifférents à l'agitation particulière qui régnait parmi les familles de sorciers. Il se rapprocha légèrement de sa mère.
— Nous sommes obligés de passer au milieu d'eux ?
Lucius lui adressa un regard en coin.
— Le passage est dissimulé dans une gare moldue. Il serait difficile de faire autrement.
Un peu plus loin, une famille moldue attirait l'attention par son agitation. Un homme corpulent, accompagné d'une femme maigre au long cou et d'un garçon rondouillard, s'éloignait de la zone des quais. L'homme venait visiblement de déposer quelqu'un. Il se retourna une dernière fois vers l'entrée de la gare, puis éclata de rire en échangeant quelques mots avec sa femme. Le garçon qui les accompagnait se mit à rire à son tour. Draco les observa avec une légère moue.
— Qu'est-ce qui peut bien les faire rire ainsi ?
Lucius suivit son regard.
— Sans doute leur propre stupidité. Les Moldus ont parfois beaucoup de mal à comprendre ce qui leur échappe.
Draco reporta son attention sur la famille qui s'éloignait. Leurs vêtements lui semblaient aussi ordinaires que leurs manières étaient grossières.
Les Dursley pensaient exactement la même chose de cette famille qui s'habillait de manière si étrange et qui semblait tout aussi ridicule à leurs yeux.
Ils traversèrent le hall jusqu'à une zone située entre les quais neuf et dix.
— Les moldus ne remarquent vraiment rien ?
— Ils voient ce qu'ils s'attendent à voir, répondit Lucius. Et généralement, ils ne s'attendent pas à grand-chose.
Draco considéra cette explication avec un certain intérêt, avant de reporter son attention sur les familles qui se dirigeaient vers le passage. Un peu plus loin, Draco aperçut un garçon aux cheveux noirs et au teint métissé qui lui adressait un signe de la main. Blaise Zabini.
À ses côtés se tenait sa mère, dont Draco se souvenait parfaitement depuis leur rencontre sur le Chemin de Traverse.
— Draco !
— Blaise.
Les deux garçons se saluèrent.
— Tu as l'air ravi d'être ici, remarqua Blaise.
— Je le suis.
— Tu as pourtant la tête de quelqu'un qui vient d'apprendre une mauvaise nouvelle.
— C'est simplement mon visage.
Blaise eut un sourire amusé.
— Je vois.
Une voix s'éleva derrière eux.
— Vous avez déjà commencé à vous disputer ?
Draco se retourna.
Un garçon venait d'arriver, accompagné d'un homme grand et austère. Sa silhouette fine et élancée se distinguait par une élégance naturelle. Ses cheveux brun très foncé, soigneusement coiffés, encadraient un visage pâle aux traits fins et aristocratiques. Son regard sombre parcourut les environs avec une attention silencieuse, tandis que son expression calme et réservée contrastait avec l'assurance de Blaise.
— Nous ne nous disputons pas, répondit Draco.
— Pas encore, corrigea Blaise.
Le garçon esquissa un sourire à peine perceptible.
— Theodore Nott, se présenta-t-il en tendant brièvement la main.
— Draco Malfoy.
Blaise se pencha légèrement en avant.
— Et moi, c'est Blaise Zabini. Mais nous avons déjà eu l'occasion de nous rencontrer.
— Je m'en souviens, répondit Theo.
— Formidable. Nous avons donc déjà deux présentations sur trois de réglées.
Draco lui adressa un regard en coin.
— Tu comptes vraiment commenter chacune de nos conversations ?
— Seulement celles qui en valent la peine.
Theo ne sembla pas particulièrement impressionné par leur échange. Il se contenta de regarder le train et les élèves qui commençaient à monter à bord.
Les deux garçons échangèrent quelques mots avec les parents de Draco. Lucius salua les adultes d'un signe de tête, tandis que Narcissa adressa un sourire chaleureux à Theodore.
— Vous avez hâte de découvrir le château ? demanda-t-elle.
— Oui, répondit Blaise sans hésiter.
Theo haussa légèrement les épaules.
— Je suppose que nous verrons bien.
— Il est toujours aussi enthousiaste ? demanda Draco.
— Je pourrais te retourner la question, répondit Theo.
Blaise laissa échapper un rire.
— Je sens que nous allons bien nous entendre.
Draco ne répondit pas, mais un léger sourire passa sur ses lèvres. Il ne savait pas encore ce qu'il penserait de ces deux garçons après quelques jours à Poudlard. Blaise lui paraissait bavard et particulièrement sûr de lui, tandis que Theo semblait préférer observer plutôt que participer aux conversations.
Pourtant, leur présence avait quelque chose de rassurant. Au moins, il ne serait pas seul.
Le passage vers le quai neuf et trois quarts se trouvait juste devant eux. Draco observa une famille traverser le mur de briques entre les deux quais. La mère disparut avec son chariot, suivie de deux enfants. Il cligna des yeux.
— C'est donc comme ça ?
Lucius acquiesça.
— Il suffit de traverser sans hésiter.
Draco observa la barrière.
— Et si le passage venait a se fermer et que quelqu'un se cogne ?
— Alors il aura probablement très mal.
Narcissa adressa un regard à son mari.
— Lucius.
— C'est une réponse exacte.
Draco s'approcha de son chariot. Il inspira, puis se mit à avancer. La sensation fut étrange.
Pendant une fraction de seconde, il eut l'impression de traverser une surface froide, presque liquide. Puis le décor changea.
Le quai neuf et trois quarts s'étendait devant lui.
Une locomotive rouge vif occupait une grande partie de l'espace. Une épaisse fumée s'élevait au-dessus de sa cheminée, tandis que les élèves et leurs familles se pressaient autour des wagons. Le Poudlard Express.
Draco s'arrêta. Il avait vu des photographies, des illustrations et des descriptions de ce train. Pourtant, le voir réellement devant lui était tout autre chose. Blaise arriva à sa hauteur.
— Impressionnant, non ?
— Il est plutôt ancien.
— Tu pourrais essayer de profiter du moment sans critiquer le train.
— Je ne le critique pas. Je constate.
Theo les rejoignit quelques instants plus tard, son père ayant été retenu par Lucius.
— Vous êtes déjà en train de parler du train ?
— Draco trouve qu'il est vieux, expliqua Blaise.
— Il l'est, fit remarquer Theo.
Draco tourna la tête vers lui.
— Merci.
— Mais ce n'est pas une mauvaise chose.
Blaise observa tour à tour ses deux camarades.
— Je sens que je vais devoir arbitrer beaucoup de conversations.
— Tu peux aussi choisir de ne pas intervenir, suggéra Theo.
— Quelle idée terrible.
Draco secoua légèrement la tête, avant de reporter son attention sur le quai.
Draco ne répondit pas. Son regard venait de s'arrêter sur un groupe de personnes près du train. Des cheveux roux. Beaucoup de cheveux roux. Une famille entière semblait s'être rassemblée autour de plusieurs chariots. Un garçon de son âge se tenait à proximité de sa mère, tandis que deux autres, plus âgés, plaisantaient avec un quatrième.
Draco reconnut immédiatement a quel famille appartenait la couleur de cheveux. Il détourna les yeux.
— Tu regardes quoi ? demanda Blaise.
— Rien.
— Tu as pourtant l'air très intéressé.
— Je regarde le train.
Theo suivit brièvement son regard, mais ne fit aucun commentaire.
Draco préféra ne pas s'attarder sur cette famille. Il avait déjà eu suffisamment d'occasions de croiser des Weasley pour comprendre qu'ils n'étaient pas particulièrement le genre de personnes avec lesquelles il souhaitait passer ses vacances.
Et cette fois, il espérait au moins éviter une nouvelle altercation avec leur père.
Il se retourna vers sa mère. Narcissa s'était approchée de lui et avait posé une main sur son épaule.
— Il est presque l'heure.
Il hocha la tête. Le moment qu'il avait repoussé depuis plusieurs jours venait finalement d'arriver.
Il allait devoir quitter ses parents. Narcissa l'attira contre elle et déposa un baiser sur son front.
— Écris-moi. Même si tu n'as rien de particulier à raconter.
— Je t'écrirai.
— Et prends soin de toi.
— Mère…
— Laisse-moi terminer.
Elle lui sourit avant de lisser ses cheveux.
— Je suis très fière de toi.
Draco sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine. Il n'était pas habitué à ce genre de déclaration. Sa mère lui témoignait régulièrement son affection, mais l'entendre prononcer ces mots aujourd'hui rendait son départ beaucoup plus réel. Il passa ses bras autour d'elle.
— Tu vas me manquer.
Narcissa le serra un peu plus fort.
— Toi aussi, mon cœur.
Lucius attendit qu'ils se séparent. Puis il posa une main sur l'épaule de son fils.
— Tu représentes notre famille, Draco. N'oublie jamais qui tu es.
Draco redressa instinctivement le menton.
— Je n'en ai pas l'intention.
— Bien.
Lucius l'observa quelques secondes avant de poursuivre.
— Travaille sérieusement. Ne te contente pas d'être bon. Tu devras apprendre à reconnaître tes erreurs et à les corriger. Draco hocha la tête.
— Je ferai de mon mieux.
Son père eut un léger mouvement de tête.
Puis, contre toute attente, il attira brièvement son fils contre lui et posa une main à l'arrière de son épaule. Le geste fut court, presque discret.
Mais Draco le remarqua.
— Je compte sur toi, dit Lucius.
— Tu peux compter sur moi.
Lucius recula.
— Va rejoindre tes camarades.
Draco récupéra la poignée de son chariot.
Il adressa un dernier regard à ses parents avant de monter dans le train avec Blaise et Theo.
Le couloir du Poudlard Express était déjà rempli d'élèves.
Des portes de compartiments s'ouvraient et se refermaient sans cesse. Des voix se mêlaient aux rires, aux appels des parents et aux bruits des bagages que l'on rangeait.
— On cherche un compartiment ? demanda Blaise.
— Ce serait préférable, répondit Draco.
Ils avancèrent jusqu'à trouver une cabine presque vide.
Theo installa sa malle dans le filet à bagages, aidé par Blaise. Draco s'assit près de la fenêtre.
Il observait encore le quai lorsque le sifflet du train retentit.
Les familles commençaient à s'éloigner des wagons. Draco aperçut une dernière fois ses parents à travers la vitre. Narcissa lui adressa un signe de la main. Il lui répondit.
Puis le train se mit en mouvement. King's Cross commença à disparaître derrière eux.
— Alors, fit le garçon aux cheveux noirs en s'installant en face de lui, première journée de notre nouvelle vie.
Draco tourna légèrement la tête vers lui.
— Tu sembles particulièrement enthousiaste.
— J'essaie de faire bonne impression. Nous allons probablement passer beaucoup de temps ensemble, autant commencer correctement.
Il lui adressa un sourire assuré, tandis que l'autre garçon, près de la fenêtre, restait silencieux.
— Theo n'est pas vraiment réputé pour ses longs discours.
— Et toi, tu sembles compenser pour deux,
répliqua Theodore sans quitter le paysage des yeux.
Draco esquissa un sourire discret.
— Je suppose que nous aurons le temps de découvrir les habitudes de chacun.
— C'est une façon polie de dire que tu comptes nous observer avant de décider si nous sommes fréquentables ? demanda Blaise.
— Je n'aurais pas formulé les choses ainsi.
— Mais tu le penses ?
Draco se contenta de regarder par la fenêtre.
— J'espère surtout que les cours seront intéressants.
Blaise laissa retomber son dos contre la banquette.
— Tu es vraiment incapable de penser à autre chose qu'aux cours ?
— Il y a des choses plus importantes que de savoir si tu vas pouvoir passer tes journées à dormir.
— Je ne dors pas tant que ça.
Theodore tourna enfin la tête vers lui.
— Tu as failli t'endormir pendant que ta mère parlait à la mienne sur le quai.
— J'étais fatigué.
— Bien sûr.
Draco observa tour à tour les deux garçons. Il ne savait pas encore s'ils s'entendraient, ni même s'il avait envie de les fréquenter davantage. Blaise lui paraissait beaucoup trop bavard, tandis que Theodore semblait préférer le silence.
Mais le trajet promettait au moins de ne pas être ennuyeux.
La conversation continua quelques minutes, jusqu'à ce que quelqu'un frappe à leur porte.
Une jeune fille aux cheveux bruns et particulièrement épais se tenait dans l'encadrement. Ses yeux parcoururent rapidement le compartiment avant de s'arrêter sur les trois garçons.
— Bonjour. Excusez-moi de vous déranger, vous n'auriez pas vu un crapaud ?
Les trois Serpentard échangèrent un regard.
— Un crapaud ? répéta Blaise.
— Oui. Un garçon de première année l'a perdu. Nous essayons de le retrouver avant d'arriver à Poudlard.
Draco haussa légèrement un sourcil.
— Et tu penses qu'il aurait choisi notre compartiment pour se cacher ?
La jeune fille ne sembla pas particulièrement apprécier sa remarque.
— Je pense simplement qu'il a pu entrer pendant que quelqu'un changeait de compartiment. Je demande à tout le monde, ce n'est pas très compliqué.
Blaise baissa les yeux pour dissimuler son sourire.
— Nous n'avons vu aucun crapaud, répondit-il avec davantage de politesse.
— D'accord. Merci quand même.
Elle allait repartir lorsqu'elle sembla se rappeler quelque chose.
— Vous êtes tous en première année ?
— Ça se voit tant que ça ? demanda Blaise.
— Pas vraiment. Je voulais simplement vous demander de me prévenir si vous retrouvez le crapaud. Nous le cherchons depuis un moment.
— Et comment sommes-nous censés te prévenir ? demanda Blaise.
— Il suffit de venir me chercher dans les autres compartiments. Je ne dois pas être bien loin.
Draco comprit qu'elle comptait manifestement poursuivre ses recherches.
— Nous ne sommes pas chargés de surveiller les déplacements de ton crapaud.
La jeune fille pinça les lèvres.
— Tu pourrais faire un effort.
— Je pourrais, en effet.
Elle le fixa quelques secondes, visiblement peu convaincue par sa réponse.
— Bon. Merci tout de même.
Elle s'éloigna dans le couloir.
Draco la suivit du regard avant de se tourner vers les deux autres.
— Charmante.
— Elle avait surtout l'air pressée de retrouver son crapaud, remarqua Blaise.
— Ce qui ne justifie pas de donner des ordres à des inconnus, répliqua Draco.
Theo, qui avait suivi la scène sans intervenir, haussa légèrement les épaules.
— Elle ne t'a pas vraiment donné d'ordre.
Draco lui lança un regard.
— Tu pourrais au moins faire semblant d'être de mon côté.
— Je ne savais pas qu'il fallait choisir un camp.
Blaise éclata de rire.
Le train avait quitté Londres depuis un moment lorsque Draco aperçut une silhouette dans le couloir. Des cheveux noirs. Il se redressa légèrement. Le garçon de Madame Guipure.
Il n'eut pas besoin de voir son visage pour le reconnaître. Quelques secondes plus tard, celui-ci s'arrêta devant leur compartiment.
À ses côtés se trouvait le garçon roux aperçu précédemment. Draco sentit une étrange tension lui parcourir la poitrine. Il se souvenait parfaitement de la conversation avec le journal.
Essaie de ne pas transformer chaque désaccord en affrontement. Il n'avait aucune intention de devenir ami avec ce garçon.
Mais il pouvait au moins tenter de lui parler.
— Bonjour, lança-t-il.
Le garçon aux cheveux noirs leva les yeux vers lui.
Une expression de reconnaissance passa brièvement sur son visage.
— Bonjour.
Draco se redressa.
— On s'est déjà rencontrés. Chez Madame Guipure.
— Je m'en souviens.
Le rouquin regarda alternativement les deux garçons.
— Vous vous connaissez ?
— Nous avons échangé quelques mots, répondit Draco.
Il marqua une pause. Puis, se rappelant les conseils du journal, il tendit la main vers le garçon.
— Draco Malfoy.
Le silence dura une seconde. Harry baissa les yeux vers la main tendue, puis observa Draco avec une certaine méfiance. Il sembla hésiter avant de finalement la saisir, sans grand enthousiasme.
— Harry Potter.
Draco marqua un très léger temps d'arrêt, Harry. Harry Potter. Le nom résonna dans son esprit. Il connaissait évidemment ce nom. Tout le monde le connaissait. Il avait grandi en entendant parler du garçon qui avait survécu à Voldemort.
Mais il n'avait jamais imaginé que le garçon rencontré chez Madame Guipure puisse être lui.
Il reporta son attention sur Harry.
Il observa le garçon un instant supplémentaire. Ainsi, il s'agissait de Harry Potter. Il s'était attendu à quelqu'un de plus impressionnant, peut-être même de plus arrogant. Pourtant, rien dans son attitude ne semblait particulièrement remarquable.
Il ignorait encore quelles étaient ses opinions, mais il supposait naturellement qu'un Potter avait reçu une éducation assez proche de la sienne. Après tout, les Potter étaient une ancienne famille de sorciers. Il n'avait aucune raison de penser que Harry ferait exception aux convictions qu'il associait aux grandes lignées de sang pu
— Enchanté, répondit-il finalement.
La poignée de main fut brève. Harry retira rapidement la sienne et reporta son attention sur Ron.
Draco réajusta légèrement sa manche, sans laisser paraître davantage sa surprise.
Le rouquin esquissa un sourire.
— Ron Weasley.
Le nom ne lui était pas inconnu non plus.
Draco jeta un coup d'œil à ses cheveux roux.
Comme ceux aperçus sur le chemin de travers.
Il comprenait mieux certaines choses.
— Weasley, répéta-t-il.
Ron fronça les sourcils.
— Oui. Et alors ?
— Rien.
Blaise observa la scène avec un intérêt évident.
— Vous cherchez un compartiment ? demanda-t-il.
Harry regarda derrière lui.
— Il n'y a presque plus de place dans les autres.
Draco hésita. Il aurait pu leur indiquer le couloir.
Il aurait pu refermer la porte. Il aurait pu trouver une excuse pour éviter de partager son espace avec deux garçons qu'il connaissait à peine et en particulier un Traître à son sang.
Mais le journal lui revint à l'esprit. "Tu pourrais commencer par lui laisser une chance."
Draco poussa un soupir discret.
— Il reste de la place ici si vous voulez.
Ron entra le premier, sans se faire prier.
Harry le suivit. Draco se renfonça dans son siège. Il venait peut-être de prendre une mauvaise décision.
Les premières minutes furent particulièrement silencieuses. Ron s'installa près de la fenêtre, tandis que Harry prit place à côté de lui.
Blaise, qui semblait trouver la situation extrêmement divertissante, se présenta naturellement.
— Blaise Zabini.
— Theodore Nott, ajouta Theo.
Harry les salua. Ron se contenta d'un signe de tête. Draco observa les deux nouveaux arrivants.
— Vous êtes tous les deux en première année ?
— Oui, répondit Harry.
— Et vous savez dans quelle maison vous voulez aller ? demanda Blaise.
Ron haussa les épaules.
— Gryffondor, comme toute ma famille.
Draco tourna légèrement la tête vers lui.
— Toute ta famille ?
— Oui.
— Cela doit être pratique. Tu n'as même pas besoin de réfléchir.
Ron se redressa.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Draco haussa légèrement les épaules
.
— Rien de particulier.
— Si tu as quelque chose à dire sur ma famille, tu peux le dire directement.
Un sourire narquois étira les lèvres de Draco.
— Je n'ai pas besoin de parler de ta famille. Elle semble très bien se charger de le faire toute seule.
Ron fronça les sourcils.
— Et la tienne, alors ? Si je ne me trompe pas, vous êtes tous des Serpentard, chez les Malfoy.
Draco redressa légèrement le menton.
— Nous avons au moins le mérite de savoir où est notre place.
— Ça veut dire quoi, ça ?
— Que certaines familles n'ont pas besoin de se faire remarquer pour qu'on sache qu'elles valent mieux que les autres.
Harry intervint avant que le rouquin ne réponde.
— Tu as toujours besoin de faire des remarques comme ça ?
Draco posa les yeux sur lui.
— Et toi, tu as toujours besoin de te mêler de conversations qui ne te concernent pas ?
— Vous venez de parler de sa famille.
Blaise baissa les yeux pour dissimuler son sourire. Theo, lui, observait Harry avec une curiosité nouvelle.
Draco redressa légèrement le menton et reporta son attention sur le garçon aux cheveux noirs.
— Tu sais, Potter, certaines familles de sorciers valent mieux que d'autres. Si tu veux, je pourrais te conseiller sur celles qu'il vaut mieux fréquenter.
Harry le regarda quelques secondes, sans paraître particulièrement impressionné.
— Non merci. Je pense pouvoir me débrouiller sans tes conseils.
Le sourire de Draco s'effaça légèrement.
Il avait pourtant fait l'effort de se montrer aimable. Enfin, autant qu'il le pouvait. Et voilà que Potter rejetait son aide comme s'il n'en avait absolument rien à faire.
— Comme tu voudras, marmonna-t-il.
Il détourna les yeux et croisa les bras, l'air soudain beaucoup moins disposé à poursuivre la conversation.
Blaise baissa de nouveau la tête, cette fois pour éviter que son amusement ne devienne trop évident. Theo, quant à lui, ne quittait plus Harry des yeux, comme s'il venait de découvrir quelque chose d'intéressant.
Draco sentit une pointe d'agacement. Il avait essayé. Il avait même tendu la main. Et ce garçon avait refusé. Il n'allait tout de même pas se laisser marcher dessus.
Ron, qui n'avait visiblement pas digéré sa remarque sur sa famille, reprit la parole d'un ton agacé.
— Mon père m'a parlé de ton père.
Le regard de Draco se durcit légèrement.
— Ton père a donc encore trouvé le moyen de parler des Malfoy ? Vu que notre famille lui est tellement supérieure, je comprends qu'elle le passionne à ce point.
Ron fronça les sourcils, prêt à répliquer, mais Blaise intervint avant que la conversation ne dégénère davantage.
— On pourrait peut-être éviter de transformer le compartiment en salle de duel avant même d'arriver à Poudlard ?
Theo acquiesça.
— Ce serait appréciable.
Harry se détourna de Draco. Le silence revint.
Draco fixa le paysage. Il avait tenu moins de dix minutes. Le journal allait probablement trouver cela très amusant.
La porte du compartiment s'ouvrit de nouveau.
Une jeune fille aux cheveux bruns et particulièrement touffus apparut dans l'encadrement.
— Vous n'auriez toujours pas vu le crapaud, par hasard ? demanda-t-elle.
Ron soupira.
— Encore ?
La jeune fille l'ignora et observa les nouveaux occupants du compartiment. Son regard s'arrêta sur Harry.
— Oh ! Tu es Harry Potter, n'est-ce pas ?.
Harry sembla surpris. Il avait été soulagé que le garçon de Serpentard ne fasse aucune remarque particulière en entendant son nom. Pourtant, l'enthousiasme de la jeune fille le prenait au dépourvu.
— Oui.
La jeune fille sourit.
— Je m'appelle Hermione Granger. Et voici Neville Londubat. Il a perdu son crapaud.
Un garçon rondouillard apparut derrière elle.
— Je crois qu'il est peut-être dans un autre compartiment, murmura-t-il.
Hermione observa les deux garçons avec curiosité.
— Vous vous connaissez ?
— Nous nous sommes rencontrés avant la rentrée, répondit Harry.
— Oh, pardon ! Je ne me suis pas présentée correctement. Je m'appelle Hermione Granger. Je suis en première année, moi aussi.
Sans attendre davantage, elle prit place sur la banquette près de la fenêtre, comme si elle avait toujours fait partie du compartiment.
Neville, qui se tenait encore près de la porte, jeta un regard hésitant aux occupants. Il semblait peu à l'aise depuis que la conversation avait pris cette tournure.
— Je vais continuer à chercher Trevor, dit-il finalement. On ne sait jamais, il a peut-être changé de compartiment.
Il adressa un petit signe aux autres avant de s'éloigner dans le couloir.
Hermione, elle, ne semblait pas avoir remarqué son départ. Elle avait déjà reporté son attention sur les garçons.
— Harry Potter, répondit Harry, avec un sourire un peu plus détendu.
— Ron Weasley, ajouta le rouquin.
Draco les regarda tour à tour avant de donner son propre nom, sans grand enthousiasme.
— Draco Malfoy.
— Enchantée, répondit Hermione.
Blaise se pencha légèrement en avant, avec son sourire habituel.
— Blaise Zabini. Et voici Theodore Nott, mais tu peux l'appeler Theo.
Theo tourna lentement les yeux vers lui.
— Je suis parfaitement capable de me présenter moi-même.
— Je n'en doute pas, répondit Blaise avec un sourire amusé. Je voulais simplement gagner du temps.
Theo reporta son attention sur Hermione.
— Theodore Nott. Tu sembles avoir prévu de passer tes premières années à la bibliothèque ?!
Elle reprit aussitôt la parole, visiblement ravie de faire de nouvelles connaissances.
— Eh bien, probablement ! J'ai beaucoup de choses à apprendre. Mes parents sont dentistes, tous les deux. Ils ne connaissent absolument rien au monde des sorciers. J'ai découvert que j'étais une sorcière il y a quelques semaines seulement. Alors, j'essaie de rattraper mon retard autant que possible. C'est vraiment extraordinaire, vous ne trouvez pas ?
Draco haussa un sourcil.
— Tes parents sont des Moldus ?
Hermione acquiesça, sans perdre son sourire.
— Oui. Tous les deux.
Draco échangea un bref regard avec Blaise, puis reporta son attention sur elle.
— Et tu comptes vraiment étudier à Poudlard sans avoir la moindre idée de ce qui se passe dans le monde magique ?
Le sourire d'Hermione s'atténua.
— J'ai lu presque tous les livres de ma liste. Je pense être plutôt bien préparée.
— Lire quelques livres ne fait pas de toi une sorcière de bonne famille.
Ron se redressa aussitôt.
— Qu'est-ce que ça peut te faire, d'où viennent ses parents ?
Harry lança à Draco un regard mécontent.
— Elle n'a rien fait de mal.
Draco ouvrit la bouche pour répliquer, mais les mots du journal lui revinrent soudain à l'esprit.
Ne transforme pas tout en confrontation.
Il resta silencieux quelques secondes.
C'était donc cela.
Le journal ne lui demandait pas simplement de faire un effort avec Potter. Il allait devoir supporter un Weasley qui est non seulement un traître à son sang et maintenant une née-Moldue qui semblait parfaitement convaincue d'avoir sa place parmi les sorciers.
Il sentit une pointe d'irritation lui traverser la poitrine. Par Merlin, il n'avait même pas encore mis les pieds à Poudlard et il avait déjà réussi à s'entourer de personnes qui risquaient de faire honte à son nom. Il se renfonça dans son siège, croisant les bras avec mauvaise humeur.
Décidément, son futur lui avait des idées particulièrement déplaisantes.
Draco resta silencieux. Blaise finit par changer de sujet en proposant d'aller acheter quelque chose au chariot de friandises. Ron se redressa immédiatement. Harry sembla intéressé. Theo se leva.
— Je viens avec toi.
Draco resta assis.
— Je n'ai pas faim.
Blaise lui lança un regard.
— Tu es sur ?
— Oui.
— Très bien. Comme tu voudras.
Les deux garçons quittèrent le compartiment.
Draco se retrouva seul avec Harry, Ron et Hermione. Il regretta immédiatement de ne pas les avoir accompagnés.
Le silence dura plusieurs minutes. Ron sortit une petite boîte de friandises de son sac. Il en proposa à Harry, qui accepta, puis récupéra son rat dans sa poche.
— Regarde, mes frères m'ont appris un sort pour le rendre jaune.
Il brandit sa baguette au-dessus de Croûtard et récita d'une voix appliquée :
— Soleil, jonquilles et mimosas que ce gros vilain rat en jaune soit colorié de la tête aux pieds
Le rat ne manifesta pas le moindre changement.
Draco observa la scène avec un sourcil levé.
— Tu es sûr que c'est un rat ? On dirait plutôt une vieille éponge abandonnée depuis des semaines.
Harry étouffa un rire. Ron lui lança un regard noir.
— Très drôle.
Hermione, qui avait suivi la tentative avec un intérêt mêlé de scepticisme, secoua la tête.
— Ce n'est même pas une véritable formule magique. Tu ne peux pas espérer réussir un sort avec une comptine pareille.
— Ah oui ? Et tu t'y connais peut-être mieux ? répliqua Ron.
— J'ai lu beaucoup de livres sur la magie et j'ai déjà essayé quelques sorts simples pour m'entraîner. Ils ont tous fonctionné.
— Si tu es si douée, prouve le ! répliqua Ron.
— Bien sûr. Regarde.
Elle se tourna vers Harry et désigna ses lunettes.
— Elles sont légèrement abîmées. Tu permets ?
Harry les lui tendit, intrigué. Hermione sortit sa baguette et prononça distinctement :
— Reparo !
Les petites fissures disparurent aussitôt.
Harry récupéra ses lunettes et les examina avec surprise.
— Waouh ! Merci !
— Ce n'était pas très compliqué, répondit-elle avec un sourire satisfait.
Draco observa les lunettes réparées avec un intérêt qu'il aurait préféré ne pas montrer. Il tourna légèrement la tête vers elle. Elle avait donc déjà pratiqué la magie ? Il connaissait les bases théoriques, les grandes familles de sortilèges et quelques principes enseignés par son père. Mais il n'avait encore jamais eu le droit de manier une baguette pour lancer de véritables sorts. Les règles concernant la magie des mineurs étaient strictes, même pour les familles de sorciers.
Et voilà qu'une fille née de parents moldus semblait avoir pris de l'avance sur lui. Cette constatation lui déplut profondément. Le silence retomba peu après.
Apres cet événement, ils continuèrent à manger les friandises. Draco observa la scène. Il avait lui aussi rapporté des friandises achetées sur le Chemin de Traverse, mais il n'avait pas particulièrement envie de partager quoi que ce soit avec eux.
— Tu veux quelque chose ? demanda Harry.
Draco tourna la tête vers lui. La question semblait sincère. Il en fut presque déstabilisé.
— Non, merci.
Harry acquiesça et retourna à sa conversation avec Ron.
Draco se renfonça dans son siège. Il se demandait ce que le journal aurait pensé de cette situation. Probablement qu'il aurait dû faire davantage d'efforts. Il se promit de ne pas lui raconter cette rencontre ou du moins pas en détail.
Lorsque Blaise, Theo et les friandises revinrent, l'atmosphère s'était légèrement détendue.
Blaise distribua quelques chocolats. Theo s'installa près de Draco.
— Alors ? demanda-t-il à voix basse.
— Quoi ?
— Tu as l'air contrarié.
— Je ne le suis pas.
Theo observa le Trio d'en face.
— Bien sûr.
Draco lui lança un regard noir.
Blaise, qui avait entendu la fin de leur échange, s'assit à côté de lui.
Blaise, qui avait observé leur échange, s'assit à côté de lui.
— Tu avais pourtant l'air décidé à faire bonne impression.
Draco tourna la tête vers lui.
— Je ne vois pas de quoi tu parles.
— Tu as même essayé de te montrer aimable avec Weasley et la fille Granger.
— Je lui ai simplement tendu la main. Ce n'est pas comme si je lui avais proposé de devenir mon meilleur ami.
Blaise esquissa un sourire amusé.
— Dommage. Il n'avait pas vraiment l'air convaincu.
Draco détourna les yeux.
— Il n'a qu'à rester avec son Weasley.
Theo eut un sourire discret.
— Voilà qui ressemble davantage au Draco que nous avons rencontré.
Le trajet se poursuivit. Les élèves allaient et venaient dans les couloirs. Certains riaient bruyamment, d'autres discutaient de leurs futures maisons ou des cours qu'ils espéraient suivre.
— Vous avez déjà lu vos manuels ? demanda hermionne.
Ron grimaça.
— Certains.
— J'ai presque terminé L'Histoire de Poudlard. C'est passionnant. Vous saviez que le château avait été construit il y a plus de mille ans ?
Draco releva les yeux.
— Évidemment.
Hermione le regarda.
— Tu l'as lu ?
— Plusieurs fois.
Elle sembla agréablement surprise.
— Il y a tellement de choses intéressantes dans ce livre.
Draco ne répondit pas immédiatement. Il n'avait pas prévu d'avoir une conversation avec elle.
— Il y a quelques passages qui manquent de précision, finit-il par dire.
Hermione fronça légèrement les sourcils.
— Lesquels ?
Draco lui expliqua rapidement ce qu'il avait relevé dans les chapitres consacrés à la fondation de l'école. Elle l'écouta attentivement, puis lui posa plusieurs questions. Blaise les observa avec amusement.
— Voilà qui est inattendu.
Draco lui adressa un regard.
— Quoi ?
— Rien. Continuez, je vous en prie.
Hermione ne sembla pas remarquer son ton.
Elle poursuivit sa conversation avec Draco jusqu'à ce que Ron finisse par intervenir.
— Vous pourriez parler d'autre chose ?
— Nous parlons d'un livre, répondit Hermione.
— Justement.
Harry étouffa un rire. Draco le remarqua.
Et, pour une raison qu'il ne parvenait pas à expliquer, cela l'agaça.
La lumière commençait à décliner lorsque le train ralentit. Une annonce retentit dans les couloirs. Les élèves furent invités à laisser leurs affaires dans les compartiments et à se préparer à descendre. Draco se leva aussitôt. Il ajusta sa robe, récupéra sa baguette et vérifia que son étui était correctement fixé à sa ceinture.
— Enfin, murmura Blaise.
Theo récupéra son sac. Ron se leva également.
Harry regarda par la fenêtre.
— C'est là ?
— Probablement, répondit Hermione.
Le train s'immobilisa dans un dernier grincement.
Les portes s'ouvrirent et une vague d'élèves envahit le quai. Draco descendit avec ses camarades. L'air était frais, et l'obscurité commençait à envelopper la gare. Une voix grave s'éleva au-dessus du bruit.
— Les premières années ! Par ici, les premières années !
Un homme immense se tenait près de l'extrémité du quai, tenant une lanterne.Draco leva les yeux.
L'homme était presque deux fois plus grand que lui. Sa barbe épaisse lui couvrait une grande partie du visage, et ses vêtements semblaient avoir connu des jours meilleurs.
— Suivez-moi ! lança-t-il
.
Draco le reconnut aussitôt. Hagrid. Le géant qu'il avait aperçu sur le Chemin de Traverse, quelques semaines plus tôt, en compagnie du garçon aux cheveux noirs.
Draco échangea un bref regard avec Harry. Celui-ci semblait également connaître l'homme et n'avait pas l'air surpris de le voir.
Draco se demanda ce que Hagrid venait faire ici, mais décida de garder sa question pour lui.
— Hagrid ! s'exclama-t-il.
L'homme immense se tourna vers lui. Son visage s'éclaira.
— Harry ! Par Merlin, ça fait plaisir de te voir !
Draco regarda Harry. Puis Hagrid.
Il n'avait pas besoin d'explication supplémentaire.
Le garçon était décidément connu de tout le monde.
— Allez, les premières années ! On n'a pas toute la nuit !
Draco rejoignit Blaise et Theo. Ils suivirent le groupe jusqu'à un chemin qui descendait vers le lac.
Au loin, une immense silhouette se dessinait dans la nuit. Un château. Poudlard.
Draco s'arrêta quelques secondes. Les tours s'élevaient au-dessus des arbres, éclairées par des centaines de fenêtres. Le reflet des lumières dansait à la surface de l'eau. Il resta silencieux.
Même lui ne trouva rien à redire.
— C'est magnifique, murmura Blaise.
Theo acquiesça.
Draco hocha lentement la tête.
— Oui.
Il n'avait jamais rien vu de semblable. Et, pour la première fois depuis le départ du manoir, il eut véritablement l'impression que sa vie venait de changer.
Il glissa une main dans la poche intérieure de sa robe, là où il avait rangé le journal avant de quitter sa chambre. Il ne l'avait pas relue depuis le matin. Il n'en avait pas besoin.
Il se souvenait des derniers mots qu'il y avait trouvés.
« Tu vas bientôt découvrir que certaines personnes peuvent bouleverser une vie sans même le vouloir. »
Draco avait d'abord cru que le journal parlait de Poudlard. Il n'en était plus aussi certain. Il releva les yeux vers le château.
À quelques pas devant lui, Harry Potter suivait Hagrid avec Ron Weasley. Draco détourna le regard. Il avait onze ans, une nouvelle école à découvrir, deux amis à retrouver et une baguette d'aubépine qui attendait encore de faire ses preuves.
Il avait largement de quoi s'occuper.
Quant à Harry Potter…
Il aurait tout le temps de s'en préoccuper plus tard.
Fin du chapitre 7.