Noir comme Neige par

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Continuation / Aventure / Drame

6 Pluie de feu

Catégorie: K+ , 2724 mots
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PLUIE DE FEU

 

 

- Grand-père ?

Arthur Weasley releva la tête et passa une main sur son visage pour dissiper la torpeur qui l'engourdissait.

- Oui, Al ?

Il sourit au petit garçon pelotonné dans le gros oreiller et prit la petite main abandonnée sur le drap.

- Tu as bien dormi ? Tu veux quelque chose ?

Comme ta main est froide…

Les yeux d'Albus, ourlés de longs cils sombres, semblaient immenses, d'un vert émeraude nuancé d'or dans son visage si pâle. Ses lèvres étaient parcheminées et sa respiration sifflante faisait mal à entendre.

- Où est maman ?

M. Weasley caressa les boucles sombres en désordre.

- Elle est au Terrier, avec Lily et James, et Grand-mère. Elle viendra tout à l'heure. Tu as soif ?

Albus fit non de la tête. Il regarda autour de lui.

- Et papa ?

- Il est dehors, avec Oncle Ron, répondit patiemment le vieil homme en aidant l'enfant à se soulever pour le faire boire quand même.

Le petit garçon avala une ou deux gorgées, puis se remit à tousser, écœuré par la potion. Arthur le réinstalla contre l'oreiller et massa le torse de son petit-fils, tout doucement, jusqu'à ce que la crise s'arrête.

- Ta main est chaude, dit Albus quand il eut repris son souffle, d'un air de profond contentement.

Et toi, ton corps est glacé, alors que la fièvre te consume.

- Crocmou ?

Le vieil homme se tourna sur sa chaise, dans la direction du dragon.

- Il est là.

La créature était maintenant de la taille d'une locomotive et Harry avait dû jeter un sort d'agrandissement à la chambre pour que le dragon puisse y entrer. Mais c'était Hermione qui avait eu l'idée d'ajouter le plafond magique sur lequel scintillaient des milliers d'étoiles.

Ginny n'avait pas donné son avis, les lèvres serrées et c'était Ron, avec sa maladresse habituelle, qui avait dit tout haut ce que les autres osaient à peine penser.

"Si Al ne va jamais à Poudlard, au moins il aura vu ça une fois dans sa vie…"

M. Weasley s'efforçait de garder espoir. Il se refusait à voir sa fille traverser la même douleur que ses parents à la mort de Fred. Molly, elle, était aussi volubile que ce que Ginny était silencieuse. Elle les noyait sous un flot de paroles sans arrêt, cuisinait des kilos de nourriture et distrayait les enfants – Hugo et Rose avaient atterri au Terrier eux aussi.

Arthur savait qu'elle faisait cela pour cacher son angoisse et son chagrin. Hermione et Ron se relayaient aux côtés d'Harry, s'assurant qu'il se repose de temps en temps.

Ginny, quand elle n'était pas sous l'influence d'une potion calmante, était dans la chambre de son fils et le serrait dans ses bras : c'était pour cela qu'ils en avaient été réduits à la droguer. Elle faisait peur à Albus et l'empêchait de se reposer.

Et son animosité envers le dragon était si dense que les étoiles s'éteignaient sur le plafond magique.

Cela faisait maintenant six jours depuis la nuit où le doudou avait été abandonné dans le bosquet d'arbres. Certains sorciers guérisseurs avaient dit que la maladie d'Albus s'était peut-être réveillée à cause du traumatisme, mais la plupart affirmaient que ça n'avait aucun lien, et que seul le froid et la neige pouvaient être des facteurs déclencheurs.

Tous étaient d'accord sur trois choses, cependant.

Rien n'aurait pu empêcher l'enfant de tomber malade.

Ça ne servait à rien de l'hospitaliser à Sainte-Mangouste car aucun traitement n'était possible.

Il allait en mourir. Ce n'était plus qu'une question de temps.

- Tu pleures, Grand-père ? demanda le petit garçon en tendant la main pour toucher la vieille joue piquetée de tâches de son.

Arthur secoua la tête avec un sourire.

- Non, j'ai des croûtes d'œil, c'est tout. Ça arrive quand on a mon âge.

- Ah…

Le dragon se leva et s'approcha du lit, détournant l'attention de l'enfant juste à propos. Il approcha sa tête noire avec délicatesse, se laissa empoigner les poils de barbe, soufflant avec tendresse quand les petits poings s'enfoncèrent dans ses grosses narines. Il se dégagea doucement, cueillit l'enfant dans le creux de son aile et grimpa le long du pilier en bois qui soutenait le plafond jusqu'à une haute poutre sur laquelle il s'installa.

C'était ce qui rendait folle Ginny. De là-haut, les deux amis étaient inapprochables, perchés au milieu des étoiles.

Arthur ne chercha pas à l'empêcher, lui. Il avait déjà vu faire la créature et savait qu'elle prenait grand soin de son fragile fardeau.

Le dragon pelotonna ses pattes sous son jabot de fourrure noire brillante et plia son long cou pour observer l'enfant niché dans le creux de son aile. Sa queue en forme d'as de pique se balançait nonchalamment sous la poutre, brouillant les étoiles magiques comme des pétales flottant sur l'eau.

Albus lui parlait et, comme souvent, cela ressemblait à une conversation. Sauf que les réponses de son interlocuteur étaient inaudibles.

M. Weasley soupira. Tout d'abord, ils avaient mis sur le compte de la fièvre le fait que l'enfant croyait entendre Crocmou parler, mais il commençait à penser que le lien qui unissait Albus et le dragon était bien plus profond, bien plus mystérieux que les apparences ne le montraient.

Quelqu'un frappa discrètement à la porte et il se leva pour aller ouvrir.

- Papa ?

Il écarquilla les yeux, surpris.

- Charlie ? Qu'est-ce que tu fais là ?

Harry, qui se tenait à côté de l'homme roux et trapu, eut un petit rire amer.

- Il est revenu plus tôt, pour faire une surprise, et il est tombé sur le Terrier dans cet état.

Charlie hocha le menton, l'air préoccupé.

- Comment va Albus ? demanda-t-il en fixant le lit vide en face de lui.

Arthur leva son index vers le plafond magique.

- Avec Crocmou, sur sa branche, soupira Harry. "Dire qu'on voulait que tu nous renseignes à ce sujet… ce n'est plus la priorité, maintenant…"

Charlie renversa la nuque en arrière, scrutant le ciel enchanté au-dessus d'eux. Il découvrit l'ombre du dragon énorme roulé en boule sur son perchoir en bois qui grinçait un peu et fronça les sourcils.

- Mais qu'est-ce que c'est que ça… marmonna-t-il.

Les prunelles de jade fendues d'or s'ouvrirent dans l'obscurité pailletée d'étoiles et le regard du dragon plongea dans le sien.

Je t'attendais, maître dragon.

Charlie frissonna violemment.

- ça va ? demanda Arthur en lui posant la main sur l'épaule.

Il ne tenait pas à ce que son fils vacille à côté d'Harry. Ils devaient tous être forts pour soutenir les parents d'Albus au maximum.

Charlie papillonna des yeux, comme étourdi.

- Il m'a parlé, lâcha-t-il à mi-voix.

- Hein ? fit Arthur en fronçant les sourcils, mais un coup d'œil en direction d'Harry le surprit encore plus que la réaction super sensible de celui de ses fils qui se montrait habituellement le plus courageux.

Le jeune homme brun fixait son beau-frère avec intensité.

- Tu l'as entendu ? souffla-t-il.

- Toi aussi ? chuchota Charlie. "Juste là, maintenant ?"

Harry secoua la tête.

- Non, un autre jour. Comme une voix dans ma tête…

Arthur n'aimait pas du tout ça.

- Les voix, ça n'a jamais été bon, Harry, dit-il d'un ton de reproche. "Tu es fatigué – Charlie, toi aussi, sans doute. Tu as fait un long voyage. Ne…"

- Attends, papa, interrompit le jeune homme roux en levant une main et en faisant un pas en avant vers le pilier au milieu de la chambre. "Je me demande si…"

Du haut de la poutre, le dragon ne le quittait pas des yeux.

Tu as raison, fils d'homme.

La voix naissait dans sa tête comme un lointain écho, douce et puissante à la fois.

Maintenant tu dois leur dire…

Charlie avala sa salive. Il se tourna vers Harry et Arthur et son visage devint grave.

- Il y a quelque chose que je dois vous dire. D'abord à toi, Harry. Seul à seul. Puis à vous tous.

Harry sentit un frisson couler le long de sa colonne vertébrale.

Ne crains rien, père.

La voix l'enveloppa de chaleur et la sensation désagréable se dissipa à ce contact.

Il leva la tête et croisa le regard bienveillant du dragon. Après une hésitation, il inclina la tête.

Il n'obtint pas de réponse ou de signe qu'il avait été compris, mais il en était sûr, à présent.

Albus ne délirait pas. Cette voix était celle du dragon et son fils, d'une manière ou d'une autre, communiquait avec la créature.

Dans le creux de l'aile noire, le petit garçon à la respiration hachée s'était rendormi. Il rêvait d'un bateau immense aux voiles déployées, qui voguait dans les nuages accompagné du vol du dragon, et des milliers d'étoiles tombaient en pluie brillante autour d'eux, comme un feu d'artifice silencieux qui n'avait pas de fin.

 

oOoOoOo

 

Charlie croisa les mains derrière son dos et fit quelques pas dans la pièce, puis défit ses doigts entrelacés nerveusement et s'arrêta. Il souffla sur une mèche rousse qui tombait sur son nez et se racla la gorge.

En face de lui, ils étaient tous serrés dans le sofa les uns contre les autres. Ginny était encadrée par Harry et son père, Ron était épaule contre épaule avec son meilleur ami, Molly et Hermione se tenaient par la main. Neville était le seul à part, dans le fauteuil crapaud.

Au Terrier, les enfants dormaient depuis une heure, tous les cousins pêle-mêle dans le lit des grands-parents.

A l'étage, le dragon veillait seul sur Albus.

- Vas-y, Charlie, explique, dit Ron. "Pourquoi tu nous as tous rassemblés ? Et qu'est-ce que Neville fait ici ?"

Son frère se mordilla les lèvres.

- On aura besoin de ses connaissances en botanique, dit-il rapidement. "Mais… euh. D'abord il faut que je vous parle du dragon."

Les yeux de Ginny étincelèrent.

- C'est lui qui a provoqué tout ça, n'est-ce pas ? Je le savais !

Elle fit un mouvement pour se lever, mais Harry la retint.

- Attends, laisse-le finir.

Charlie hocha le menton.

- Non, au contraire, dit-il gravement. Je… je voudrais vous raconter une légende qu'ils ont, en Roumanie.

Personne ne dit rien, mais à la façon dont Molly secouait la tête, il savait qu'elle pensait "à quoi bon ? C'est pas le moment…"

Il se racla de nouveau la gorge et se concentra sur Harry qui acquiesça silencieusement.

- Il existe une créature très ancienne, un dragon que personne n'a jamais vu – ou plutôt que personne ne décrit de la même façon. On l'appelle le Guérisseur ou parfois le Dragon-phœnix parce qu'on dit de lui qu'il ne vit que pour mourir et donner sa vie à un autre être vivant. On raconte que lorsque la nuit pleure des larmes d'or, il apparait aux enfants qui en ont besoin…

La gorge nouée, Ginny fixait maintenant son frère intensément, les yeux remplis de larmes. Molly, Arthur et Ron étaient penchés en avant. Hermione prenait des notes à toute vitesse. Neville écoutait gravement.

- On ne sait pas à quoi il ressemble, mais je pense qu'il doit changer de forme suivant celui à qui il vient. Le… ce Crocmou, là-haut, n'appartient à aucune race de dragon connue et ressemble étonnement au doudou d'Albus, n'est-ce pas ?

Il marqua une pause, la voix un peu rauque.

- Je pense que c'est un dragon-phœnix.

- Est-ce qu'il va sauver Al ? souffla Ginny d'une voix à peine audible.

Il y eut un silence si lourd qu'ils eurent l'impression que des manteaux de plomb recouvraient leurs épaules.

Charlie ferma les yeux, puis les rouvrit.

- Je crois qu'il est là précisément pour ça, dit-il enfin.

Tu as bien parlé, fils d'homme.

La voix caressa son cœur, bienveillante.

Continue.

Neville leva la main, presque timidement.

- Qu'est-ce qu'il faut lui donner en échange ? demanda-t-il lentement.

Charlie ne répondit pas, les yeux fixés sur la fenêtre derrière le canapé.

- Qu'… qu'est-ce qu'il y a ? demanda Harry en se redressant et en se retournant. " Pourquoi tu ne… oh."

Ginny et Neville se levèrent à leur tour, le souffle coupé, imités par les autres.

- C'est… magnifique, chuchota Molly en joignant les mains sur son opulente poitrine.

Son mari lui passa un bras autour des épaules, très ému. Ron se gratta le front pour se donner une contenance, puis chercha la main d'Hermione à tâtons et la serra.

Dans la nuit glacée, des centaines et des centaines d'étoiles tombaient sur la terre, comme des gouttes de pluie enflammées, comme si la voûte céleste pleurait.

Charlie tira Harry à l'écart.

- La pluie de feu arrive toujours la veille du dernier jour… murmura-t-il. "Tout se jouera demain. Est-ce que tu es prêt ?"

Tout dépendra de toi, père. En auras-tu la force ?

Harry ferma les yeux et s'adressa à la voix qui pulsait doucement à l'intérieur de lui.

Oui.

Pour sauver Albus, je ferais tout.

 

 

A SUIVRE…

(Le chapitre suivant sera le dernier.)

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