Interdit d'Aimer

Chapitre 3 : La corvée

Par Fleurdesoie

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Chapitre 3: La Corvée

 

L’homme s’éveilla en pleine nuit. Il était couvert de sueur. Il se retourna dans son lit, mais il savait déjà qu’il ne pourrait pas se rendormir. Toutes les nuits, c’était la même chose. Il se couchait tard, dormait quelques heures et se réveillait. Il avait fini par s’habituer à dormir peu, mais il détestait profondément les réveils comme celui-ci. En même temps, personne n’aimait cela.

 

Il se leva et alla prendre une douche. Il n’appréciait pas non plus ce moment, mais il détestait plus que tout sentir mauvais. En fait, il n’aimait pas grand-chose… Il détestait cette maison, mais c’était le seul endroit où il pouvait aller à cette période de l’année. Il détestait les gens et les gens le lui rendaient bien. La seule chose qui lui déplaisait peut-être, le moins, c’était de martyriser certains de ses élèves.

 

Il se revoyait encore lorsqu’il avait fabuleusement effrayé une première année et que celle-ci s’était fait dessus. La petite s’était enfuie en courant et il avait alors ressenti une profonde satisfaction. Il était peut-être le professeur le moins aimé, mais il était le plus respecté et, à son avis, le plus compétent.

 

Un sifflement retentit alors dans le salon et le sortit de sa vision : quelqu’un arrivait chez lui. Il fourra sa main dans sa poche et en sortit une baguette. Qui pouvait bien venir, chez lui, à cette heure là ? Quelques minutes plus tard, quelqu’un frappa à sa porte.

 

- Qui est-là ?

- Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore, dit une voix rieuse.

 

Mais qu’est-ce que ce vieux chnoque vient faire ici ? Se demanda le propriétaire de la maison. Il ouvrit la porte.  Un vieil homme, avec une longue barbe blanche et habillé d’une cape se trouvait là.

 

- Vous êtes bien matinal, monsieur.

- Oui, répondit le vieil homme avec un petit sourire au coin des lèvres. Mais, apparemment, je ne vous prends pas au saut du lit mon cher Severus. Vous m’avez l’air frai comme un gardon.

 

Severus n’appréciait guère ce genre de remarque, mais il ne laissa rien transparaître sur son visage. Il recula pour laisser entrer Dumbledore qui se dirigea sans y avoir été invité jusqu’au salon où il s’assit sur un des canapés de cuir noir. Severus le rejoignit et prit soin de mettre le plus de distance entre lui et son invité forcé.

 

- Que me vaut… l’honneur… de votre visite ?

- Oh… simplement une conversation plaisante.

 

Severus lui jeta un regard suspicieux. Dumbledore était une personne très occupée, surtout en ces temps très troublés. Pour quelles raisons avait-il décidé de venir jusqu’ici et à une heure pareille ? Il savait très bien qu’il n’avait pas le temps pour les « conversations plaisantes ».

 

- Dites-moi plutôt ce que vous voulez de moi, monsieur ? Demanda-il froidement.

- Je veux bien une chope de bière au beurre Severus.

 

Rogue poussa un grognement. Ce fou voulait d’abord le faire marcher avant de lui annoncer la couleur. Il devait sûrement avoir quelque chose de très pénible à lui demander ou alors… ? L’espace d’un instant, l’idée que le directeur soit là simplement pour le surveiller lui traversa l’esprit, mais il la rejeta vite.

 

D’un coup de baguette, il fit apparaître les boissons sur la table basse. Dumbledore commença à se servir :

 

- Vous ne buvez pas ?

- Merci, mais je n’ai pas soif ! dit-il, agacé.

- Comme vous voudrez.

 

Comme s’il ne pouvait pas faire ce qu’il voulait dans sa propre maison !! Il lui aurait bien répondu quelque chose, mais Dumbledore était ce genre de personne qui dégageait une aura puissante et intimidante. Et puis, malgré tout, il était curieux de savoir ce que le directeur lui voulait. Il le regretta bien vite.

 

- Et bien, mon cher Severus, que faites-vous dans les prochains jours ?

 

Il ne s’était pas attendu à ça. Qu’est-ce que cela pouvait bien cacher ? Il jeta un regard soupçonneux au directeur qui jouait les innocents et haussa les épaules.

 

- J’aimerais que vous vous chargiez d’accompagner les futures premières années pour leurs achats sur le chemin de traverse, annonça-t-il le plus calmement du monde.

 

L’information mit un certain temps avant de parvenir au cerveau de Severus. Dumbledore voulait le faire jouer à la nounou ? Impossible. Il sentit une vague de dégout monter en lui. Lui, devoir s’occuper de mômes, morveux et indisciplinés ? Pour qui il le prenait ? C’était un travail pour une femme ou pour Hagrid, le garde chasse. Son esprit se mit à tourner à cent à l’heure. Il fallait qu’il trouve quelque chose pour échapper à cela.

 

- Hagrid ne peut pas le faire ? Demanda-t-il froidement.

- Hagrid est en mission pour moi.

- Quelqu’un d’autre alors ? Vous avez de nombreux professeurs qui feraient ça très bien.

- Oh, mais vous aussi vous ferez ça très bien. J’en suis persuadé.  Vous êtes un bon sorcier, sinon vous ne seriez pas revenu vers moi…

 

Il osait ? Il osait lui rappeler ce douloureux moment qu’il s’efforçait d’oublier, d’enterrer au plus profond de lui ? Il osait lui dire une telle chose pour lui rappeler qu’il lui devait sa place de professeur ? La douleur et la colère tentèrent de le submerger, mais il était plus fort que ça. Il ne devait pas montrer à ce vieillard qu’il avait réussi à appuyer là où ça faisait mal. Il mourrait d’envie de le briser, de lui faire mal, mais il sentait aussi la menace dissimulée sous cette forme de compliment. Il n’avait donc pas le choix.

 

Dumbledore, qui semblait suivre le cheminement de la pensée de Severus, se leva alors et tendit un parchemin au professeur.

 

- Très bien. Voici les instructions. Maintenant, il faut que je vous laisse.

 

Il enfila son chapeau et quitta la pièce sans même attendre une réponse. Rogue le regarda partir. La colère était toujours là. Il prit le parchemin et le jeta à travers le salon. Puis il s’assit sur son canapé et se servit du whisky pur feu. Il en avait besoin. Cette rencontre, si brève fut-elle, l’avait ébranlé. Cette journée commençait vraiment très mal. Maintenant il regrettait d’avoir été curieux et d’avoir ouvert au directeur. Il aurait pu feindre une absence ou faire croire qu’il dormait profondément…mais non, il avait fallu que, ce matin, il se soit réveillé de bonne heure. Tout ça c’était à cause d’elle, oui, tout était de sa faute ! Severus se servit un verre, puis un autre et encore un autre. Il n’était pas alcoolique, mais là, il avait vraiment besoin d’oublier… Faire la nounou…

 




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