Interdit d'Aimer

Chapitre 4 : Le départ

Catégorie: T

Dernière mise à jour 09/11/2016 08:26

Chapitre 4: Le départ

 

- Mais où étais-tu passée ?! S’exclama une Alice profondément angoissée.

 

Sélya allait répondre lorsqu’elle se souvint qu’elle était sensée ne pas parler. Elle baissa la tête et afficha un air penaud. Alice s’agenouilla et la prit par les épaules.

 

- Humpf, peu importe, l’important c’est que tu sois revenue. Mais ne me fais plus jamais une peur pareille, tu m’entends ?

 

La petite fit signe que oui.

 

- Bien. Est-ce que tu as mangé ?

 

Comme Sélya acquiesçait, Alice lui proposa d’aller rejoindre les autres pour faire un petit jeu. A sa grande surprise, c’est une Sélya enjouée qui partit retrouver ses camarades.  C’est très étrange, pensa Alice. Qu’avait bien pu faire cette petite pendant la vingtaine de minutes où elle avait échappé à ma surveillance ? Abandonnant l’idée de trouver une réponse à cette question, elle préféra ajouter cet épisode à toutes les bizarreries que Sélya pouvait manifester.

 

*

 

Le soir venu, Sélya se coucha de bonne heure. Elle avait besoin de réfléchir à tout ce qui s’était passé dans la journée.

 

Sur le coup, elle avait été très heureuse d’apprendre qu’elle allait quitter l’orphelinat. Puis les doutes s’étaient emparés d’elle, car elle ne quitterait l’orphelinat seulement si elle était une sorcière. Du moins, c’est ce qu’elle avait cru comprendre. Or, elle ne se rappelait pas avoir, ne serait-ce qu’une seule fois, fait de la magie. Même les tours de cartes que faisait Jason, son ami d’enfance, étaient restés un mystère pour elle.

 

- Je crois que vous vous êtes trompés de personne, monsieur, avait-elle dit tristement au directeur.

- Tu es bien Sélya Svanes ?

- Oui, mais…

- Regarde-moi. Dumbledore lui avait pris la main et avait ajouté avec douceur et détermination : tu es une sorcière. Tu peux avoir confiance en moi. Tu as ton nom inscrit à l’école depuis longtemps.

 

La jeune fille avait fixé les beaux yeux bleus du directeur et elle avait su qu’il disait la vérité. Tous ses doutes s’étaient envolés, faisant place à une foultitude de questions sur Poudlard, sur la magie et bien d’autres choses encore.

 

Avec patience, Dumbledore avait répondu à certaines de ses interrogations, restant vague sur d’autres. Mais lorsque Sélya avait demandé s’il connaissait ses parents, il lui avait avoué son ignorance à ce propos. Il lui avait expliqué que la magie ne se transmettait pas toujours de façon directe. Ses parents pouvaient donc être des sorciers comme ne pas l’être, ou l’un des deux seulement… Cela faisait un trop grand nombre de parents potentiels. Il ne connaissait pas non-plus sa grand-mère adoptive, bien que le nom lui rappelait quelque chose sans trop savoir quoi.

 

Puis Dumbledore avait dû partir, mais avant, il lui avait fait promettre de garder le secret sur sa véritable nature. Quant à son départ de l’orphelinat, il lui avait dit de ne pas s’inquiéter. Quelqu’un viendrait la chercher le samedi suivant, tôt dans la matinée.

 

Sélya se mit à imaginer comment sa vie pourrait être dans le monde des sorciers. Elle se voyait dans un beau château, un peu comme celui de Cendrillon, son conte préféré. Elle se vit tenant une baguette magique et faisant apparaître des pâtisseries : des éclairs au chocolat, des tartes, des beignets, des macarons. Miam Miam. Tout cela lui donnait faim. Puis, d’un seul coup, les pâtisseries s’enflammèrent. Les flammes s’élevèrent très haut. Elles s’approchaient dangereusement de Sélya qui s’immobilisa. Elle était terrorisée. Elle ne pouvait plus bouger. Non ! Les flammes allaient la dévorer…

 

- Noooooooon !

- Sélya ! Sélya, réveille-toi ! C’est juste un cauchemar.

 

Sélya s’éveilla en sueur. Elle ne savait plus où elle était. La lumière avait été allumée et les autres enfants se trouvaient autour d’elle. Alice la prit dans ses bras.

 

- Tout va bien, je suis là. Vous pouvez aller vous recoucher les enfants.

 

Sélya commença à se calmer. Alice lui caressa les cheveux.

 

- Ma petite Sélya…

 

Elle attendit que la respiration de la petite revienne à la normale puis elle lui proposa d’aller boire un verre d’eau en cuisine. Sélya hocha la tête et la suivit.

 

Elles quittèrent le dortoir sans parler. Sélya marchait derrière Alice. Elles descendirent les escaliers, passèrent dans la salle à manger et arrivèrent aux cuisines. La jeune demoiselle était encore troublée par sa vision. Ce n’était pas la première fois qu’elle faisait ce rêve, mais c’était la première fois que les flammes étaient arrivées aussi près d’elle.

 

Alice prit un verre, le remplit d’eau et le lui tendit.

 

- Merci, répondit machinalement Sélya.

- Tu parles ! Ce n’était pas une question, mais une affirmation.

 

Sélya se figea. Elle avait oublié. La perspective d’un prochain départ la rendait si heureuse qu’elle en avait retrouvé l’envie de parler. Mais elle ne pouvait pas expliquer cela à Alice… Elle s’était mise dans un beau pétrin. Elle jeta un regard anxieux à la gouvernante qui l’observait.

 

- J’étais sûre que tu pouvais parler ! Elle ne semblait pas en colère, elle avait même l’air contente. Tu sais, quand tu es arrivée ici et que tu ne disais rien, j’ai eu peur pour toi. Ca me rassure que tu sois capable de parler.

 

Pfiou, elle avait, comme qui dirait, eu chaud ! Ne sachant trop quoi répondre, elle tendit son verre à Alice qui le mit dans l’évier. Puis, elles quittèrent ensemble les cuisines.

 

Sélya était déjà à la moitié de l’escalier lorsqu’Alice la retint par le bras.

 

- Dis-moi, chuchota-t-elle, où étais-tu partie tout à l’heure ?

 

Sélya rougit, mais ne répondit pas tout de suite. Elle réfléchit quelques secondes et finit par lâcher :

 

- Voir les canards…

- Pendant plus d’une demi-heure ?

 

Elle ne savait pas mentir, mais aller voir les canards, c’était pourtant bien ce qu’elle avait fait… au début. Elle planta son regard dans celui d’Alice et hocha la tête. Apparemment, la gouvernante se contenta de cette réponse, car elle indiqua à Sélya de rejoindre son lit.

 

*

 

Plus les jours passèrent et plus Sélya se sentait nerveuse. Dumbledore était passé voir le directeur de l’orphelinat comme prévu. Elle ne l’avait pas vu, mais dans la soirée, Alice l’avait de nouveau prise à part aux cuisines. Les yeux un peu embrumés, elle lui avait annoncée qu’elle allait intégrer une école spéciale. Bien sûr, Sélya avait feint la surprise avec plus ou moins de crédibilité, mais ça y était. La machine était lancée. Plus que quelques heures et elle allait entrer dans un monde fabuleux, pensait-elle.

 

Cette nuit-là, elle eut beaucoup de mal à trouver le sommeil. Elle se posait des milliers de questions, tentant d’imaginer la situation à venir. Quelqu’un allait-il vraiment venir la chercher ? Dumbledore lui avait déjà dit que ça ne serait pas lui, mais elle espérait que la personne serait aussi gentille que lui ou qu’Alice. Est-ce que ça serait un sorcier ? Ou plutôt une sorcière ? En tout cas, maintenant qu’elle y était, elle avait quand-même un peu peur de quitter l’orphelinat.

 

A force de questionnement, elle s’endormit. Mais pas pour longtemps. Elle avait l’impression d’avoir dormi cinq minutes quand Alice la réveilla.

 

- Ma petite Sélya, habille-toi vite. La personne qui doit venir te chercher est déjà là…

 

Sélya sauta de son lit et s’habilla en hâte. Heureusement qu’elle avait préparé son petit sac hier. Elle sentit le trac monter en elle. Non, il ne fallait pas qu’elle craque. Elle enfila ses chaussures et se pinça le bras pour vérifier qu’elle ne rêvait pas. Elle s’avança alors jusqu’à la porte, fit un arrêt, prit sa respiration et la franchit d’un pas décidé.

 

Elle descendit l’escalier. Elle pouvait voir Alice en bas, mais la personne qui l’attendait se trouvait dans l’ombre. Elle ne voyait pas son visage. Lorsqu’elle arriva au pied de l’escalier, elle s’arrêta. Un regard dur et froid venait de se poser sur elle. Elle sentit son sang se glacer. Ça ne pouvait pas être cet homme qui allait s’occuper d’elle ? Elle regarda s’il n’y avait pas quelqu’un d’autre, mais en vain. Tout d’un coup, elle n’avait plus très envie de partir. En tout cas, pas avec cet homme, mais elle n’avait plus le choix. De plus, l’homme semblait s’impatienter. On aurait même dit qu’il se retenait de dire quelque chose.

 

Alice s’approcha de Sélya et la serra dans ses bras.

 

- Au revoir, petite Sélya. Vous prendrez soin d’elle, n’est-ce pas ? Elle s’était retournée vers le monsieur.

 

Celui-ci grimaça puis il répondit sur un ton glacial :

 

- Evidemment. Maintenant, nous devons partir.

 

Il ne prit même pas le temps de voir si Sélya le suivait. Il quitta l’orphelinat. Sélya jeta un regard à Alice qui lui fit signe de le suivre. Comment pouvait-elle garder ce sourire ? Elle-même se sentait au fond de ses petits souliers. Elle agrippa les bretelles de son sac et marcha vers la sortie. Elle n’essaya même pas de se retourner.

 

Dehors, il y avait l’homme. Il était entièrement vêtu de noir. Il lui faisait penser à une chauve-souris. Apparemment, ils allaient voyager en bus. Il fit signe à Sélya de monter.

 

- Bonjour, petite demoiselle, dit un jeune homme. Bienvenue dans le magicobus.

 

Ah ! Au moins quelqu’un d’accueillant. Sélya reprit courage. Elle vit alors qu’il y avait d’autres enfants dans le bus. Un garçon aux cheveux bleus lui fit signe et elle alla s’asseoir à côté de lui.

 

- Salut, moi c’est Clo et toi ?

- Sélya.

- Accroche-toi.

- Pour… ?

 

Elle n’eut pas le temps de finir son mot. Le Magicobus démarra à fond de train.

 

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