Chapitre 5: Chemin des Travers...
Le bus s’arrêta brusquement dans une petite rue. Rogue vacilla, mais il se rattrapa à son siège. Il ne manquerait plus qu’il ne se vautre devant cette bande de mioches. Heureusement, ceux-ci étaient trop occupés à rigoler et à papoter pour remarquer quelque chose. Il se leva et survola du regard les futures premières années. Il fallait qu’il les rappelle à l’ordre. Il aurait dû le faire depuis le début, mais ce mode de transport le rendait malade.
-Bien ! Maintenant j’exige le silence ! Ca vaut aussi pour vous Zame, dit-il sévèrement.
Le jeune garçon à côté de Sélya s’arrêta aussitôt de parler.
- Ce n’est pas parce que vous n’avez pas encore été répartis dans vos maisons que vous ne pouvez pas être sanctionnés, ajouta-t-il. Maintenant, suivez-moi et ne traînez pas.
Il descendit du bus suivi par une dizaine d’enfants anxieux. Au moment où ils allaient entrer dans un pub, le magicobus disparut dans un « boum ». Quelques-uns d’entre eux sursautèrent. C’était la première fois qu’ils empruntaient ce genre de transport et bien qu’ils aient gardé leur bonne humeur, ils étaient tous un peu pâle. L’un d’eux s’écarta du groupe. Rogue le repéra aussitôt.
- Où comptez-vous aller Glem ?
Le garçon ne répondit pas. Il avait pris une petite couleur verdâtre. Une forte tête, pensa Rogue. Mais l’instant suivant, Glem se courba et soulagea son estomac… juste sur les chaussures de Rogue qui s’empressait de le rejoindre. Celui-ci grimaça. Les autres enfants se mirent à sourire devant ce spectacle.
- Svanes, vous serez en retenu, s’écria le professeur.
Sélya se figea. Son sourire disparut aussitôt de son visage. Avec satisfaction, Rogue la vit baisser la tête. On ne pouvait pas se moquer de lui impunément. Il rejeta son attention sur Glem. Celui-ci n’osait pas le regarder et on voyait bien qu’il était paniqué.
- Glem, vous aurez également une retenue.
Rogue sortit sa baguette et fit disparaître la matière verdâtre. Il jeta un regard noir aux enfants, mais ceux-ci ne souriaient plus. Ils étaient tous livides. Ils ne pensaient pas que leur accompagnateur aurait mis sa menace à exécution.
Malgré ce désagréable incident, Rogue sentit qu’il venait de les mater et il se détendit un peu, sans manquer de paraître toujours aussi impitoyable et froid.
D’un signe de la main, il indiqua le pub où il entra, suivi par les enfants. Le barman les regarda avec espoir, mais lorsqu’il reconnut le professeur Rogue, il baissa la tête. Evidemment, ils n’étaient pas venus ici pour boire un verre. Ils ne faisaient que passer. D’ailleurs, l’instant d’après, ils étaient entassés dans une petite cour, à l’arrière du bar. Que pouvaient-ils bien faire là ? Il n’y avait aucune sortie ici. Face à eux, se dressait un mur de briques. La seule issue était la porte qu’ils venaient de franchir.
- Monsieur ? Demanda le voisin de Sélya.
- Taisez-vous, répondit sèchement Rogue.
Les enfants attendirent donc que Rogue daigne leur donner une explication qui ne venait pas. Il avait décidé de les faire attendre un peu pour les punir de l’humiliation que l’un d’entre eux lui avait fait subir.
Quelques minutes après, celui-ci sortit de nouveau sa baguette et frappa plusieurs briques. Le mur se mit alors à bouger. Les enfants ouvrirent de grands yeux. Le mur de briques n’en fut bientôt plus un : il s’était transformé en une magnifique arche. Les petits enfants pouvaient voir, au travers d’elle, une grande rue encombrée de sorcières et sorciers en tout genre.
Rogue se retourna vers eux, histoire de bien vérifier qu’ils allaient lui obéir. Il les regarda un par un, passant de l’un à l’autre dès qu’ils baissaient les yeux. Ce fut Sélya qui osa le regarder le plus longtemps. Sûrement est-ce l’idée de sa prochaine retenue, jugea Rogue sans y prêter plus d’attention.
- Suivez-moi, ordonna-t-il.
Le petit groupe se mit en marche. Rogue leur fit traverser la rue et les emmena d’abord devant un bâtiment biscornu où il y avait écrit en grosses lettres d’or « Gringotts ». Ils montèrent quelques marches puis passèrent d’énormes portes comme ils n’en avaient jamais vu. En fait, il s’agissait de la banque des sorciers, mais cela, ils ne l’apprirent que plus tard… Elle était dirigée par des Gobelins qui n’avaient pas l’air, le moins de monde, accueillants. Rogue s’approcha de l’un d’eux. Sans mot dire, il tendit une lettre que la créature ouvrit et lut rapidement.
Quelques minutes plus tard, un autre Gobelin, tout aussi laid que le premier, les rejoignit. Il donna une bourse à leur accompagnateur puis repartit. Rogue la fourra dans sa poche puis se dirigea vers la sortie, les enfants à sa suite. Il leur fit remonter la rue vers une boutique de tailleur : « chez Madame Malkin ».
- Vous trois. Les enfants désignés sursautèrent. Vous entrez et vous faites faire vos uniformes. Je vous retrouve dans une demi-heure.
Puis il les planta là et entraîna les autres chez Fleury & Bott, une librairie.
- Vous trois, sortez vos listes. Vous allez récupérer vos livres ainsi que ceux de vos camarades. Dans une demi-heure, ajouta-t-il.
Il en chargea deux autres de récupérer les ingrédients pour les potions et emmena les deux derniers chez le fabriquant de baguettes magiques « Ollivander ». Sélya faisait partie de ces deux-là. Il ne savait pas trop pourquoi il l’avait choisie, peut-être pour la garder à l’œil…
La boutique paraissait toute petite. Des tas de petits paquets étaient empilés sur de nombreuses étagères. Il y avait un monsieur derrière le comptoir qui ne paraissait plus tout jeune, car ses cheveux étaient tous blancs.
- Ah, Severus Rogue ! Vous m’amenez les futurs élèves de Poudlard ?
Rogue acquiesça puis se posta dans un coin.
- Honneur aux demoiselles.
Sélya s’approcha timidement. Ollivander prit quelques mesures et partit farfouiller parmi les étagères. En fait, les petits paquets contenaient chacun, une baguette magique. Il en rapporta un, sortit l’objet et le tendit à Sélya. Mais elle ne semblait pas savoir quoi faire avec cet objet.
- Faites un geste, s’il vous plait.
Sélya obéit. Sans le vouloir, elle fit tomber une centaine de boîtes. Elle jeta un regard angoissé vers leur accompagnateur, mais celui-ci l’ignora royalement. Ollivander lui reprit la baguette et lui en tendit une autre. Sélya fit un autre geste, priant pour ne rien casser cette fois-ci. Avec surprise, elle fit apparaitre des fleurs.
- Parfait. Je vois que cette baguette raffinée vous va à merveille. Elle est en bois de hêtre avec un cœur de dragon à l’intérieur et mesure 22,3 centimètres.
Rogue tiqua. Cette petite venait de recevoir une baguette étrangement similaire à la sienne. Impossible, ma baguette est unique. Il se mit à étudier de plus près la jeune fille. Elle n’était pas très grande pour son âge et plutôt fluette. Elle était aussi rousse qu’il était brun, mais par contre, elle avait des yeux d’un noir profond. Non, elle n’a rien à voir avec moi.
- Jeune homme, à vous.
Comme pour Sélya, il fallut plusieurs essais à l’enfant qui s’appelait Glem pour trouver une baguette. Puis Rogue paya le fabriquant et ils quittèrent la boutique.
Quelques temps après, chaque enfant disposait de ses fournitures. Ils étaient réunis devant la librairie et attendaient leur accompagnateur. Celui-ci s’était éclipsé après avoir laissé les trois derniers enfants récupérer leur baguette magique. Il avait un paquet important à réceptionner, mais il ne voulait pas le faire devant les élèves.
Il se rendit discrètement dans une petite rue adjacente. Là, un homme encapuchonné l’attendait pour lui remettre le paquet. Il tendit la main, mais au même moment, quelqu’un apparut au bout de la rue et trébucha. Rogue reconnut avec irritation la petite Sélya.
L’inconnu s’éloigna immédiatement et Rogue s’avança vers Sélya, l’œil mauvais. Cette fille venait de le déranger dans un moment très important. Une fouineuse par-dessus le marché ! Qu’avait-elle vu au juste ?
- Bien, Mlle Svanes, nous aurons encore une retenue !
Rogue vit que des larmes montaient aux yeux de la petite demoiselle. Il crut tout d’abord que c’était à cause lui. En fait, elle s’était écorchée les genoux en tombant. Elle se releva tant bien que mal, mais malgré ses larmes, elle fixa les yeux de son accompagnateur. Mais, ma parole, elle ose me défier ? Il se força au calme et ordonna à Sélya de rejoindre le groupe.