Interdit d'Aimer
Chapitre 7 : Gryffondor versus Serpentard
Le jour avait déjà bien décliné lorsque le Poudlard Express se mit à ralentir. Sélya et ses nouveaux compagnons s’étaient changés et avaient passé leur robe de sorcier. Sélya ne cessait de penser à la répartition. Martha n’avait pas su leur expliquer comment cela allait se dérouler, mais selon elle, ils auraient sûrement à montrer de quoi ils étaient capables. Depuis, l’angoisse ne la quittait plus. Elle était sûre de n’avoir jamais fait de magie. Tous ses doutes remontèrent à la surface : et si Dumbledore s’était trompé ? Elle n’osait pas en parler aux deux autres de peur qu’ils ne se moquent. Finalement, Clo traduisit en paroles ce qu’elle ressentait :
- Je n’ai jamais fait de magie…
- Oh, ce n’est pas grave. Je peux vous apprendre un sort si vous voulez ? Proposa Martha.
Elle avait été élevée par des parents sorciers, elle connaissait donc déjà plein de choses. Elle leur montra un sort qui consistait à transformer une gomme dure en une gomme molle. Clo se débrouilla plutôt bien. Il réussit à maîtriser le sort en une dizaine d’essais. Mais Sélya avait piteusement raté ses tentatives et ses joues étaient encore rouges de honte.
Le train s’immobilisa. Martha passa son bras sous celui de Sélya et elle l’entraîna vers la sortie du wagon.
- Ne t’inquiète pas. Tu es juste un peu stressée. Je suis sûre que si tu te détends et que tu te concentres, tout se passera bien.
Sélya esquissa un bref sourire puis focalisa ses pensées sur les bonnes choses qui allaient sûrement lui arriver, qui devaient lui arriver. Cette aventure ne pouvait pas être pire que ce qu’elle avait déjà vécu.
Une foule d’élèves s’amassait déjà sur le quai. Les premières années se sentirent toutes petites au milieu de tous « ces grands » comme elles disaient. Une voie grave s’éleva et couvrit le brouhaha des conversations ici et là :
- Les premières années, par ici.
Sélya écarquilla les yeux. L’homme qui venait de parler était pratiquement deux fois plus grand qu’un homme ordinaire. On distinguait à peine son visage caché par une barbe brune et de longs cheveux hirsutes.
- Par ici les premières années, répéta-t-il.
Effrayés ou fascinés, les enfants n’osaient pas s’avancer vers lui. Finalement, les plus courageux firent quelques pas en direction du grand homme.
- Allez, ne soyez pas timide. Je ne vais pas vous manger.
Il leur souriait. Ceci eut le don de convaincre les enfants qui se rapprochèrent. L’homme les emmena près d’un lac où il leur demanda de se répartir par groupes de trois ou quatre dans des barques. Sélya, Clo et Martha montèrent dans l’une d’elles. Une fois que tout le monde eut pris place, les barques se mirent à avancer toutes seules à la surprise générale.
- Trop cool, dit Clo. Je sens que je vais me plaire ici !
Le lac était calme et le voyage se passa agréablement. Plus ils approchaient du château, plus ils pouvaient distinguer toutes les petites lumières qui le composaient. Quelques minutes plus tard, ils accostèrent dessous le château.
- Par ici, suivez-moi.
Les premières années se regroupèrent derrière leur accompagnateur. Il leur fit monter de nombreuses marches puis il les laissa dans un grand hall, occupé uniquement par une sorcière d’âge mûre.
- Merci Hagrid, dit-elle.
- De rien professeur.
- Avancez-vous s’il vous plait, ajouta-t-elle à l’adresse des enfants. Dans quelques instants vous allez être répartis dans une des quatre maisons suivantes : Poufsouffle, Serdaigle, Gryffondor ou Serpentard. Suivez-moi et ne bavardez pas.
Deux grandes portes s’ouvrirent alors sur une salle immense. Les premières années se mirent en marche deux par deux. La beauté et le silence des lieux les impressionnaient. Tous les autres élèves étaient déjà installés. Ils regardaient avec attention ces enfants hauts comme trois pommes qui allaient bientôt les rejoindre à leurs différentes tables.
Lorsqu’ils eurent traversé entièrement la salle, le professeur McGonagall s’arrêta devant une table transversale où les autres enseignants étaient attablés. Sélya jeta un regard vers eux. Elle vit Dumbledore qui trônait au centre de la table. Quelques chaises plus loin, il y avait Rogue. Une pointe de désolation la traversa. Déjà tous ces yeux qui allaient la regarder la mettaient mal à l’aise, mais que l’homme qui venait de la rendre si malheureuse assiste à ça, lui rendait la chose encore plus difficile.
Le professeur McGonagall installa un tabouret branlant et un drôle de chapeau au-dessus de lui. Ce chapeau était tout noir, déchiré et rapiécé. Brusquement, l’une de ses coutures s’ouvrit et le chapeau se mit à parler :
Je ne suis certes pas très beau
Mais vous ne trouverez jamais un chapeau
Qui puisse, comme moi, vous répartir
Dans une maison qui vous siéra à ravir…
Chez les Gryffondor vous trouverez le courage
Jusqu’au bout il faut avoir la rage.
Chez les Serdaigle votre intelligence sera valorisée
Ainsi que votre gentillesse et votre honnêteté.
Chez les Poufsouffle s’en vont les travailleurs
Qui n’hésite pas à travailler des milliers d’heures.
Si vous allez à Serpentard, vous êtes probablement,
Un vrai petit chenapan…
Alors, mettez-moi sur votre tête,
Que l’on sache qui vous êtes.
Puis le chapeau se tut et tous les élèves de Poudlard applaudirent la chanson du Choixpeau. Pas de démonstration de magie ? Sélya s’en réjouit et se détendit. Il lui suffisait de mettre un chapeau et elle serait répartie dans une maison en deux temps trois mouvements. Le professeur McGonagall déroula un parchemin puis elle leur demanda de se placer sur le tabouret lorsqu’elle appellerait leur nom.
- Allen Jean.
Une petite fille s’approcha en tremblant, s’assit sur le tabouret puis enfila le chapeau qui était trop grand pour elle. Quelques secondes s’écoulèrent puis le Choixpeau rendit son verdict :
- GRYFFONDOR.
Tous les élèves de la table de gauche applaudirent Jean qui se précipita pour les rejoindre.
Les minutes passaient et le petit groupe diminuait. Enfin, le professeur en vint à appeler :
- Rose Martha.
La jeune fille fit un clin d’œil à Sélya et comme les autres enfants, elle mit le chapeau sur sa tête. Très rapidement celui-ci s’écria :
- GRYFFONDOR.
Applaudissements puis :
- Svanes Sélya.
Le professeur Rogue brisa aussitôt sa conversation avec sa voisine pour suivre avec attention ce qui allait se passer. Clo tapota l’épaule de Sélya qui s’avança vers le tabouret et ce drôle de chapeau qui parle. Elle s’assit et disparut sous le chapeau. Elle ne pouvait plus voir le regard des gens et elle se sentit un peu plus sûre d’elle. Une petite voix la fit sursauter en s’adressant à son oreille :
- Alors, fais-moi voir ce qu’il y a dans ta tête. Bien… Je sais où je vais te mettre.
Puis il cria tout fort pour que tout le monde entende :
- SERPENTARD.
Les mots firent écho dans la tête de la petite qui mit quelques secondes avant de retirer le Choixpeau. Elle se dirigea vers la table la plus à droite, la plus éloignée de sa nouvelle copine. Elle ne connaissait personne à cette table et pourtant les élèves l’applaudirent. Rogue la suivit du regard. Il était plus intrigué que jamais. Comment pouvait-il avoir mis deux retenues à une serpentarde ?
Elle chercha le regard de Clo qui l’évita et baissa la tête. Elle essaya de ne pas y faire attention et s’assit au milieu de ses nouveaux camarades.
Quelques élèves furent répartis à Poufsouffle puis ce fut le tour de Clo, dernier élève à être réparti. Il enfila le Choixpeau et quelques secondes après, il rejoignait la table des Serdaigles. Sélya se consola en se disant qu’au moins, lui aussi se retrouvait parmi des gens qu’il ne connaissait pas. Elle regarda les élèves qui l’entouraient. Leurs visages n’étaient pas très accueillants. Mais où est-ce qu’elle avait atterri ?
Le professeur Dumbledore se leva et demanda le silence.
- Bienvenue à nos nouveaux élèves et bon retour à tous nos anciens. Avant tout discours qui pourrait remplir vos têtes, remplissons nos estomacs.
Avec un sourire, il frappa dans ses mains et aussitôt d’innombrables mets apparurent sur les tables. Sélya n’avait jamais vu autant de nourriture et encore moins une qui apparaissait comme ça, par magie. Elle dégusta chaque plat avec un grand plaisir, qui lui fit oublier tout le reste. Elle prit plusieurs fois de la tarte aux abricots, car elle était absolument succulente. A la fin, elle crut que son ventre allait exploser tellement elle avait mangé. Elle n’avait plus qu’une envie, c’était de se mettre au lit, mais elle ne savait pas encore combien de temps il faudrait attendre.
Dumbledore se leva de nouveau de son siège. Le silence se fit immédiatement dans la salle et tous les élèves, y compris Sélya, tournèrent la tête vers lui.
- Maintenant que nous avons bien mangé, je vais vous rappeler quelques points du règlement. Les premières années et les autres élèves n’ont pas le droit de se rendre dans la forêt interdite. Par ailleurs, un certain nombre d’objets sont prohibés dans l’enceinte de Poudlard. Pour plus de précision, je vous invite à consulter la liste de ces objets dans le bureau de M. Rusard, notre concierge, dit-il en désignant du geste un monsieur qui se trouvait près des grandes portes. Sur ce, il est temps d’aller vous coucher.
Les élèves applaudirent ces bonnes paroles, car tous avaient hâte de rejoindre leur lit. Ils commencèrent à se disperser. Aussitôt les préfets appelèrent les premières années à les suivre.
- Gryffondor, par ici, dit un jeune homme aux cheveux roux.
- Serpentard, suivez-moi, commanda un autre garçon brun au visage dur.
Sélya se leva et s’apprêta à suivre ses camarades quand une voix la retint.
- Un instant Svanes.
Sélya se glaça et se retourna doucement. Rogue lui faisait face de toute sa hauteur. Elle n’osa pas dire un mot, mais le professeur ne semblait pas en attendre et lui désigna une petite porte située derrière la table des enseignants. Il s’y engouffra rapidement en vérifiant que personne ne les regardait. Rogue ne tenait pas à attirer l’attention. Si les autres apprenaient qu’il avait un élève de sa propre maison en retenue, il ne voulait même pas imaginer leur réaction…
Sélya entra dans une petite pièce remplie de portraits. Mais ils n’étaient pas comme ceux qu’elle avait l’habitude de regarder. Les gens pouvaient bouger dans leur cadre et ils pouvaient même passer d’un cadre à un autre. Elle n’eut malheureusement pas le temps de s’intéresser à cette nouvelle prouesse que déjà Rogue lui expliquait la raison de cet aparté :
- Comme les cours ne commenceront que lundi, vous viendrez en retenue demain, à dix heures, dans mon bureau. C’est compris ?
La mine déconfite, Sélya acquiesça. Il ne pouvait même pas lui laisser un peu de répit ? Elle n’aurait même pas le temps de s’adapter à sa nouvelle vie.
- Vous pouvez y aller, ajouta-t-il plus doucement. Il ne pouvait quand-même pas se comporter si méchamment avec une serpentarde.
Sélya s’apprêtait à poser la main sur la poignée lorsque celle-ci tourna. Le professeur Dumbledore entra et considéra Rogue. Puis il vit la petite Sélya et un air de malice emplit son visage.
- Que faites-vous là miss Svanes ?
La honte empourpra les joues de la jeune fille. Comment avouer à cet homme qui avait été si charmant avec elle, qu’elle avait écopé de deux retenues ? Mais le directeur reporta son attention sur Rogue :
- Ne me dîtes pas que vous avez mis cette petite en retenue ?
Ce fut au tour de Rogue d’être gêné, mais il se reprit très vite.
- Et si c’était le cas ? Osa-t-il répondre.
- Vous faites bien comme vous voulez, mais je vous suggère de ne pas punir cette élève.
- Ah oui et pourquoi ?
- Oh parce que quoi qu’elle ait pu faire, je suppose que cela s’est produit en dehors de Poudlard. Elle n’était donc pas élève à ce moment et vous ne pouvez donc pas lui mettre une retenue. De plus, cette petite fait partie de votre maison…
Rogue ne répondit rien. Il était partagé entre la colère de se voir dicter sa conduite et le soulagement de n’avoir pas à punir une serpentarde. Par contre, il n’aimait pas ce petit sourire que le directeur affichait. Il se demandait bien ce que cela pouvait cacher. Se souvenant que la petite était toujours là, il abandonna l’idée de questionner un peu plus le directeur. D’ailleurs celui-ci tournait déjà les talons et les laissa seuls dans la petite salle. Sélya jeta un coup d’œil vers son professeur, guettant le moindre signe lui permettant de quitter les lieux. Au même moment, celui-ci baissa les yeux vers elle et leurs regards se croisèrent. Rogue remarqua alors les yeux noirs aussi foncés que les siens et il se détourna aussitôt.
- Oubliez ce que je vous ai dit. Maintenant dépêchez-vous de rejoindre votre salle commune. Mais prenez garde. Vous faites partie de la noble maison de Serpentard. J’attends une conduite exemplaire de votre part. Sinon je réviserais mon jugement et par conséquent votre punition.
- Oui, monsieur, répondit Sélya.
Elle se dépêcha de quitter la pièce. Elle n’en revenait pas d’avoir échappé à deux retenues. Un peu de joie lui revint dans le cœur, mais elle se dissipa bien vite lorsque la petite constata qu’il n’y avait plus personne dans la grande salle.
Elle la traversa aussi vite qu’elle le pouvait, espérant trouver quelqu’un dans le hall. Mais là aussi il n’y avait personne. Comment allait-elle faire pour trouver sa salle commune ? Martha ne lui avait pas du tout parlé de ça. Elle lui avait juste dit que chaque maison avait sa propre salle commune et qu’elles étaient localisées à différents endroits du château.
Elle observa les alentours. En face d’elle se trouvaient les escaliers qu’elle avait empruntés pour arriver. Sur sa gauche, il y avait également des escaliers qui semblaient conduire à une cave ou quelque chose du même genre. Sur sa droite, d’autres emmenaient dans les hauteurs du château.
Elle choisit cette dernière voie, n’imaginant pas que des gens puissent dormir dans une cave. Elle se retrouva vite au milieu d’un labyrinthe : une suite d’escaliers, de couloirs qui ne menaient à rien qui pouvait ressembler à une salle commune. L’inquiétude l’envahit, car elle ne croisait personne. Tout était vide. Où pouvaient-ils être tous passés ? Elle grimpa encore quelques marches et se trouva nez-à-nez avec un fantôme. Enfin, elle le traversa plutôt qu’elle ne l’heurta.
Elle en retira une désagréable impression en plus de la frayeur qu’elle avait eue.
- Que faites-vous en dehors de votre salle commune à une heure pareille ?
Elle réprima un cri. Le fantôme parlait, lui parlait…
- Je… je… je me suis pe… per… perdue…
- Hum.
Il la considéra des pieds à la tête. Pendant ce temps-là, Sélya reprit ses esprits. Elle sentait encore son cœur cogner dans sa poitrine.
- Normalement je n’aide pas les élèves et encore moins des élèves qui ne sont pas de ma maison, mais je veux bien faire une exception. Vous m’avez l’air vraiment désorientée, petite.
- Merci, répondit Sélya avec une profonde gratitude.
- Je m’appelle Sir Nicolas, je suis le fantôme de Gryffondor.
Sélya ne répondit pas. C’était quand même un peu inquiétant de parler avec un fantôme. Il lui fit descendre plusieurs escaliers et traverser quelques couloirs. Le château était extrêmement silencieux et de nombreux courants d’air le parcouraient. Des armures se tenaient çà et là. Sélya crut en voir une, qui la suivait du regard, mais elle se dit que ça devait être la fatigue…
Lorsqu’ils atteignirent le premier étage, Sélya reconnut le préfet de Gryffondor qui venait dans leur direction.
- Toi là, qu’est-ce que tu fais là ?
- Ah Percy, je suis content de vous voir. Cette petite s’est perdue et c’est une première année apparemment.
- Merci Sir Nicolas, je m’en occupe.
Le fantôme inclina la tête et traversa aussitôt un mur, laissant Sélya seule avec cet inconnu.
- Pourquoi n’as-tu pas suivi les autres ?
Malgré son inquiétude, Sélya réfléchit rapidement pour trouver une réponse convenable.
- Le professeur Rogue m’a retenue.
- Ah… et pourquoi ?
- Je ne crois pas qu’il voudrait que je vous en parle…
Percy se renfrogna.
- Bon, suis-moi.
Sélya dut presque se mettre à courir pour le suivre. Ils revinrent dans le hall et empruntèrent les escaliers que Sélya avait ignorés plus tôt. Les couloirs étaient lugubres. Les flammes des lampes créaient des ombres qui dansaient sur les murs de pierre. Il faisait très humide par ici et Sélya se demanda s’ils ne se trouvaient pas sous le lac qu’elle avait traversé il y avait quelques heures maintenant. Elle frissonna.
Il leur fallut encore une bonne dizaine de minutes avant d’atteindre enfin leur destination. Une porte en pierre se dressait devant eux, ainsi qu’une statue. Sélya tendit la main pour essayer de l’ouvrir, mais elle arrêta son geste lorsque Percy se mit à rire.
- On n’entre pas dans les salles communes en tournant une poignée. Il faut un mot de passe !
Sélya rougit de son ignorance.
- Viridis titulus.
La porte s’ouvrit immédiatement.
- Voilà et que je ne t’y reprenne plus.
- Merci, dit Sélya. Puis elle s’engouffra dans sa salle commune.