Interdit d'Aimer
Chapitre 8 : La colère du professeur Rogue
Le professeur rejoignit ses cachots. Il passa devant sa salle de classe et se rendit dans son bureau. Il avait besoin de réfléchir un peu avant de se mettre au lit.
- Comment ai-je pu punir une Serpentarde ?
- Demande-toi plutôt pourquoi une Serpentarde a pu se moquer de toi ? Répondit une voix dans sa tête.
- Elle ne devait pas savoir qui je suis puisqu’elle vient d’un orphelinat…
- Et le sourire de Dumbledore quand il t’a vu avec elle ? Dit la voix.
- Simple coïncidence, mais il me cache quelque chose. Je ne vois pas ce que ça pourrait être !
- Et si cela avait vraiment à voir avec cette gosse ?
Rogue se leva pour arpenter son bureau comme il en avait pris l’habitude lorsqu’une idée le turlupinait. Il ne voyait pas le lien entre cette petite et Dumbledore. D’ailleurs en ce moment, il ne comprenait pas du tout le directeur. Tous ces sourires et sa visite surprise quelques semaines plus tôt étaient très inhabituels.
- Il faut que je sache !
- Oui mais pour ce soir, c’est trop tard…
La voix avait raison. Il était trop tard pour agir ce soir. Il n’avait plus qu’à se mettre au lit. Il passa dans sa chambre, se dévêtit et rentra dans les draps tout chauds. Ses pensées revinrent aussitôt sur Sélya. Il espérait qu’elle allait mériter sa place à Serpentard.
*
Il se réveilla en sueur. Il avait encore fait ce cauchemar. Pendant quelques minutes, il resta étendu dans son lit. Lorsqu’il reprit enfin le contrôle de lui-même, il se leva. Il fallait qu’il soit en forme, aujourd’hui c’était son premier cours avec les nouvelles premières années. Il passa rapidement dans sa douche puis s’habilla et se rendit dans la grande salle pour prendre son petit déjeuner.
Il ne put s’empêcher de regarder ce que faisait Sélya.
Pourquoi je m’intéresse à elle ? Je deviens fou.
Il la trouva rapidement à la table des Serpentards où elle était entourée d’élèves comme la veille. Il lui sembla qu’elle s’était bien adaptée. Il tourna donc son attention sur le directeur qui, il n’en crut pas ses yeux, faisait de même. Alors que le professeur McGonagall était en train de l’entretenir de quelque chose, Dumbledore ne l’écoutait pas et observait Rogue. L’avait-il vu regarder Sélya ? Malheureusement Rogue ne put déchiffrer le visage du vieil homme. Celui-ci leva sa coupe, adressant ainsi un salut que Rogue lui rendit. Il fallait qu’il fasse plus attention à ce qu’il faisait.
Il finit son petit-déjeuner auquel il avait à peine touché et retourna dans son bureau. Il avait encore un peu de temps devant lui, avant que les cours ne commencent. Il attrapa donc un parchemin et se mit à le lire.
Le moment venu, il entra dans la salle de classe en claquant la porte pour faire taire les bavardages. Il fallait être ferme dès le début pour obtenir la meilleure obéissance. Il commença par faire l’appel. Lorsque ce fut le tour de Sélya, il s’aperçut avec horreur qu’elle partageait une table avec une Gryffondore.
- Svanes !!
Il vit la jeune fille sursauter à l’annonce de son nom.
- Allez à côté de M. Floyd.
Tous les élèves la regardèrent changer de place. Quelques Gryffondors rigolèrent et Rogue en profita pour se défouler sur eux :
- Cinq points de moins pour Gryffondor !
- Quant à vous Svanes, vous viendrez me voir après le cours, aboya-t-il.
Une Serpentarde avec une Gryffondore ? L’idée lui était totalement insupportable. Il se força au calme et enchaîna sur le début du cours.
Il avait choisi une potion plutôt simple à son goût. Bien qu’il ne s’attendait pas vraiment à ce que les élèves la réussissent et encore moins les gryffons, il espérait que les Serpentards ne se rendraient pas ridicules. Les instructions apparurent au tableau et les élèves se mirent immédiatement au travail.
Pendant une heure, il passa parmi les rangées. Il corrigea çà et là des Serpentards, invectiva des Gryffondors, mais il ne trouva rien à redire concernant le travail de Sélya. Elle n’avait pas brûlé sa potion et son chaudron ne dégageait pas d’odeur d’œufs pourris contrairement à Martha qui fit perdre cinq points de plus à sa maison.
A la fin du cours, il demanda aux élèves de rédiger dix centimètres de parchemin à propos de la façon dont on préparait la potion qu’ils avaient travaillée aujourd’hui. Puis Rogue se posta à la sortie et lorsque tous les élèves furent sortis, il claqua une fois de plus la porte.
Sélya était restée à sa place. Elle avait quand-même rangé ses affaires et elle attendait mi-agacée, mi-angoissée. Rogue passa à côté d’elle, mais il ne dit rien. Il s’appuya à son bureau et jaugea la fillette.
- A quoi pensiez-vous ??
- Mais qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Se surprit-elle à rétorquer.
- Ce que vous avez fait de mal ? Répéta-t-il. Il blêmit. Comment peut-elle poser une question pareille ? Les Serpentards ne se mêlent pas aux Gryffondor et vous n’y ferez pas exception !!
- Mais, c’est mon amie…
Les yeux noirs du professeur se rétrécirent.
- Les Serpentards n’ont pas d’amis, dit-il glacialement.
Son regard croisa celui-ci de Sélya. Il vit les yeux noirs, si semblables aux siens, s’embuer. Elle allait se mettre à pleurer. Un sentiment inconnu s’empara alors de lui, mais avant même qu’il l’identifia, Sélya avait tourné les talons et s’était enfuie.
C’était la première fois que faire pleurer un élève ne le mettait pas en joie. Mais qu’est-ce qui m’arrive ? Il s’efforça de chasser bien vite cet épisode de son esprit et se prépara pour ses cours suivants.
*
A l’heure du déjeuner, il prit sa place à la table des professeurs. Comme le directeur n’était pas là, il put tranquillement regarder ce que faisait Sélya. Elle était toute seule à la table des Serpentards et elle avait les yeux encore rouges. Rogue ne comprenait pas pourquoi, si elle était une vraie Serpentarde, qu’elle ait essayé d’être amie avec quelqu’un qui n’était pas de sa maison.
Au moins les Rose étaient une famille de sorcier respectable, car il n’aurait pas supporté qu’un élève de sa maison s’allie à un sang-de-bourbe ! Et elle, quel était son statut de sorcière ? Il avait retourné le nom de « Svanes » dans sa tête sans pouvoir trouver une correspondance avec une quelconque famille de sorcier. Elle devait donc avoir au moins un parent moldu. Mais que les deux soient moldus, cela ne se pouvait pas, car il n’y avait aucun sang-de-bourbe chez les Serpentards. Et le Choixpeau magique ne se trompait jamais dans sa répartition. Les sangs-mêlés, comme lui, étaient acceptés. D’ailleurs, il n’y avait plus beaucoup de sang-pur. Les anciennes familles commençaient à péricliter et nombre d’entre elles s’étaient mélangés aux moldus.
A quelle famille pouvait-elle donc être rattachée ? Il fallait qu’il sache. Mais par où commencer les recherches ? Il ne pouvait guère quitter Poudlard pour se renseigner sur le terrain. Il pouvait toujours lancer son contact sur cette affaire, mais quelque chose le retint. Il ne voulait en aucun cas que cela s’ébruite. Et il voulait encore moins que Dumbledore, lui qui connaissait tout, s’aperçoive de quelque chose.
Il revint brusquement à la réalité. La plupart des élèves avaient quitté la grande salle, le déjeuner étant fini. Il était maintenant seul à la table des professeurs. Il s’empressa de retourner dans son bureau bien qu’il n’eut aucun cours de prévu pour l’après-midi.
Les jours passaient et il ne trouvait toujours pas le moyen d’en apprendre plus sur la petite Sélya. L’énervement l’avait gagné et il était devenu de plus en plus odieux avec les élèves. Même les Serpentards faisaient les frais de sa mauvaise humeur. A table, il n’adressait aucun mot aux autres enseignants. En plus de cela, Sélya avait un don certain pour les potions ce qui aurait dû le rendre fière et pourtant cela l’agaçait. Découvrant ses extraordinaires capacités, il avait orienté ses recherches vers les grands noms dans l’art des potions, mais il n’avait trouvé aucune évocation de « Svanes ».
Lorsque le week-end arriva, il se résolut à fouiller les archives de tous les élèves ayant obtenus les meilleures notes en potion. Il élimina tous ceux qui n’auraient pas été en âge d’avoir un enfant. Il lui restait une vingtaine de personnes. Il vit le nom de sa mère et le barra vigoureusement. Il vit aussi son propre nom et le barra. Il n’avait pas d’enfant, n’en aurait jamais et l’aurait su s’il en avait eu un. Aucun Svanes dans la liste.
A la fin, il buta sur un nom. Ce nom qui le hantait, qu’il n’avait pas prononcé depuis des années et qui le faisait encore souffrir aujourd’hui… Pris d’une pulsion, il déchira la liste qu’il avait sous les yeux. Tout cela ne le menait à rien. A quoi s’était-il attendu ? Il évitait soigneusement toutes les références à la personne qu’il avait le plus aimée dans sa vie. Pourquoi ne s’était-il pas douté qu’il verrait le nom de Lily ?
Il se laissa aller sur sa chaise. Voir son nom lui avait fait totalement oublier le but de sa recherche. Son esprit s’était envolé dans les méandres de sa mémoire. Il revoyait les instants, merveilleux et hors du temps, qu’il avait passés avec elle. Un voile de tristesse passa devant ses yeux. Puis il se souvint des derniers instants où elle avait promis de revenir mais n’était jamais revenue. La colère le reprit. Cette sourde colère qui lui venait à chaque fois qu’il pensait à son départ.
- Pourquoi ne l’ai-je pas retenue ?
- Elle était mariée, dit la voix dans sa tête.
- Mais elle ne l’aimait pas !
- Alors pourquoi lui a-t-elle donné un fils ?
- Tais-toi !!
Cette question avait souvent tourné en boucle dans sa tête. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Il n’aurait jamais la réponse et il ne voulait pas le savoir. Si elle lui avait dit que c’était parce qu’elle aimait ce satané Potter, il ne l’aurait pas supporté. Mais Lily ne pourrait jamais le lui expliquer. Cela faisait maintenant neuf ans qu’elle avait été assassinée par le plus grand mage noir du siècle. Un mage noir que lui, Rogue, avait adoré et servi. Un mage noir qui lui avait tout pris. Sa colère se retourna contre lui. Tout était de sa faute. S’il avait été plus sûr de lui et moins attiré par la magie noire, il ne l’aurait jamais perdue.