Chapitre 10 : Décision Douloureuse, Pensées Partagées
Le professeur Rogue s’approcha d’une gargouille qui lui demanda le mot de passe. Lorsque celui-ci prononça « citrouille glacée », la gargouille s’anima et se plaça sur le côté afin que professeur et élève montent sur l’escalier en colimaçon.
Arrivée devant la porte, Sélya, qui se trouvait juste derrière le maître des potions, retint son souffle. L’angoisse qui précède ce genre de moment était à son comble. Elle aurait voulu s’enfuir, ne pas assister à cela, mais elle ne le pouvait pas. Avant même que l’un d’eux tente de manifester leur présence, la voix mélodieuse du professeur Dumbledore s’éleva pour les inviter à entrer. La porte s’ouvrit et Rogue se tourna vers Sélya pour la laisser passer.
Quelle marque d’attention, mais je m’en serais bien passée ! pensa-t-elle.
N’ayant pas d’autre choix, la petite fille s’avança timidement dans la pièce circulaire. Le professeur Dumbledore était assis derrière son bureau. Il les regardait tous les deux, Rogue d’abord puis Sélya sur laquelle il s’attarda plus longuement. Il n’avait pas l’air en colère. Il était même plutôt guilleret ce qui accrut le malaise de Sélya. Mais que faisait-elle donc ici ?
- Asseyez-vous miss Svanes et vous aussi Severus, dit-il en leur désignant deux fauteuils.
Sélya s’exécuta aussitôt, bien que se retrouver si près du directeur était encore plus intimidant. Rogue mit plus de temps à la rejoindre. Il ne semblait pas du tout avoir envie de s’asseoir, mais il ne pouvait pas refuser un ordre direct et encore moins devant une élève.
- Vous m’avez l’air bien fatigué, que vous arrive-t-il ? Demanda le directeur avec une profonde sollicitude.
- Rien, se contenta de répondre l’intéressé.
Dumbledore n’insista pas, car il savait très bien que Rogue ne dirait rien. Il était trop secret pour cela. De toute façon, il connaissait déjà la réponse, mais il aurait bien aimé l’entendre de sa propre bouche.
Puis il se tourna vers Sélya qui regardait le bout de ses chaussures.
- Je suppose que vous ne savez pas pourquoi vous êtes là miss ?
- Non, monsieur, répondit-elle tout en relevant la tête. Son estomac se contracta un peu plus, la sentence allait tomber…
- J’ai appris que vous aviez des nuits disons agitées, n’est-ce pas ?
Sélya rougit, acquiesça et fixa de nouveau son regard sur ses chaussures.
Des cauchemars ? C’est pour ça qu’il m’a convoqué ? Pensa Rogue. Cette information l’agaça un peu plus.
- N’ayez crainte. Vous n’êtes pas là pour être punie, ce serait absurde.
Il lit dans mes pensées ou quoi ? S’étonna la petite.
- Je vous ai convoqué ici, expliqua le directeur, pour remédier à ce problème. Je ne peux accepter que mes élèves ne dorment plus la nuit.
Sélya le regarda pendant quelques instants. Il avait ce regard bienveillant qu’il avait affiché quand il était venu la voir dans le parc. Il voulait l’aider…
- Le professeur Rogue va être chargé de s’occuper de vous. Vous passerez désormais vos nuits dans ses appartements.
Dumbledore attendit quelques secondes avant de poursuivre. Il tenait à ce que l’information pénètre bien dans les deux êtres qui se trouvaient en face de lui. Leur réaction ne se fit pas attendre. Dans un accord parfait et inconscient, il les vit blêmir tous les deux. Rogue le fusilla du regard tandis que Sélya s’était recroquevillée sur son fauteuil.
Il est fou ! pensa Sélya.
Il a perdu la tête ! se dit Severus.
Moi, seule, en compagnie de lui ? L’idée l’épouvanta.
Partager mes appartements avec une gamine ? Qui plus est avec celle-là ?
- Hors de question ! Dit Rogue tout haut.
Il planta son regard dans celui du directeur qui avait troqué son visage bienveillant pour un regard sévère. N’osant pas quitter le bureau, il se contenta de tourner le dos aux deux autres.
- Miss Svanes, vous viendrez ce soir, à neuf heures, dans le bureau du professeur Rogue. Ne vous occupez pas de vos affaires, quelqu’un s’en chargera. Maintenant, allez retrouver vos amis.
Malgré le clin d’œil de Dumbledore et la bienveillance de nouveau affichée sur son visage, Sélya ne parvenait pas à calmer l’angoisse de son cœur. Elle se leva priant pour que ses forces ne l’abandonnent pas et quitta la pièce circulaire.
Elle se sentait complètement désorientée et dut s’appuyer contre le mur pour reprendre sa respiration. Ce qu’elle venait d’apprendre lui semblait pire que ce qu’elle avait pensé. Rogue la détestait, elle en était sûre. Sinon pourquoi était-il sans arrêt sur son dos ?
Elle avait besoin de quelqu’un à qui parler. Elle pensa d’abord à Clo, mais elle savait déjà ce qu’il lui dirait : rester cool, c’était pour son bien. Martha saurait-elle la consoler ? Hésitant, elle préféra se mettre en quête de Thomas. Il n’y avait qu’avec lui qu’elle se sentait vraiment comprise.
*
Pendant ce temps-là, Rogue se trouvait toujours dans le bureau du directeur. Il faisait maintenant face à celui-ci. Son visage était toujours blême ce qui accentuait ses traits tirés.
- Vous ne pouvez pas refuser mon cher Severus.
- Et pourquoi cela ?
- Parce que vous êtes le directeur de Serpentard et que miss Svanes fait partie de votre maison. Vous vous devez d’aider cette jeune fille.
- Et pourquoi Madame Pomfrey ne le fait-elle pas ? Elle est infirmière après tout !
- Vous savez très bien qu’avec l’épidémie de fièvre pustule, elle est trop occupée pour s’occuper d’une jeune fille qui fait des cauchemars.
Dumbledore venait de marquer un point. Mais Rogue ne s’estima pas encore vaincu.
- Vous n’avez qu’à l’envoyer à Sainte Mangouste…
- Et ruiner sa première année ? Non Severus. Je ne peux pas faire cela.
- Mais ce sont mes appartements ! Se défendit-il.
- Ce ne sont pas vos appartements. Ils sont la propriété de Poudlard donc je suis libre de décider qui doit les occuper ou pas.
Rogue se le tint pour dit. La menace était claire : accepter ou démissionner.
- S’il vous plait Severus. Avec votre talent d’occlumencie/légilimencie vous pouvez sûrement faire quelque chose.
Pourquoi Dumbledore insiste autant ?
Et d’un coup, la réponse apparut clairement dans l’esprit du professeur de potion.
Cette canaille veut jouer avec moi. Il sait que je suis obnubilé par cette gamine. Il sait qui elle est !
- Qui est-elle ?
- Je vous demande pardon ? Dit Dumbledore avec surprise.
- Vous savez très bien ce que je veux dire ! rétorqua Rogue, agacé.
- Non, je ne vois pas du tout, répondit fermement le directeur. Maintenant, veuillez me laisser, j’ai d’autres affaires à régler.
Il ne dira rien. Je le connais trop bien. Il va vouloir jouer au chat et à la souris, mais je saurais me montrer meilleur que lui.
Rogue sortit encore plus agacé qu’à son arrivée. Quand il avait appris que Dumbledore voulait le voir avec Svanes, il avait pressenti qu’il se passerait quelque chose comme ça. Cela l’avait de suite agacé surtout que depuis qu’il avait entamé ses recherches sur la petite, il n’avait pas mis la main sur le moindre indice croustillant.
Il avait fini par sortir la nuit en cachette, lorsqu’il n’était pas de corvée de surveillance dans les couloirs. Ses pas l’avaient conduit jusqu’à l’orphelinat où il avait demandé à parler à Alice, la vieille éducatrice qu’il avait croisée lors de sa première rencontre avec Sélya.
Ils s’étaient alors vus plusieurs fois à son grand regret. Se retrouver seul en présence d’une femme, fut-elle plus âgée, le mettait toujours mal à l’aise. Depuis ce qui s’était passé, il n’y arrivait plus. C’était trop lui demander, mais son obsession était si forte qu’il s’efforça de provoquer tous ses rendez-vous.
Il avait dû ruser pour la convaincre de lui parler, mais il était bon comédien. Lui assurant vouloir le bien de Sélya qui, lui avait-il dit, s’adaptait difficilement à sa nouvelle vie, Alice avait fini par lui faire des confidences.
Malheureusement, les indices étaient minces. Alice savait peu de choses si ce n’était que Sélya avait atterri chez eux suite au décès de sa grand-mère adoptive. Elle ne savait pas qui était les vrais parents de la petite, mais accepta de lui fournir le nom de la grand-mère.
Depuis le dernier rendez-vous, datant de trois jours, Rogue n’avait pas recontacté Alice et avait tourné et retourné le nom dans sa tête. Comme pour Dumbledore, il lui semblait familier sans toutefois se souvenir de l’endroit où il l’avait entendu.
Rogue décida de se rendre dans le parc. Il ne voulait pas retourner dans son appartement qui devait déjà avoir changé d’allure. Une nouvelle question le préoccupait : comment allait-il faire pour gérer la présence de la fillette ? L’occasion était belle d’en apprendre plus sur elle, mais la contrepartie était chère.
Quant à l’histoire des cauchemars, il avait déjà fait l’impasse dessus, oubliant que c’était pour cette seule raison que Dumbledore lui avait imposé la petite fille. Il était encore plongé dans ses pensées lorsqu’il remarqua, un peu plus loin, la personne qui le hantait le plus après Lily. Sélya était accompagnée par un garçon qu’il reconnut immédiatement. C’était Floyd, l’élève de Serpentard avec qui il la voyait le plus souvent.
Il se réjouit de voir qu’elle ne fréquentait plus la Gryffondore. Apparemment le sermon avait porté ses fruits. Enfin, c’était ce qu’il croyait. De là où il était, il pouvait observer à loisir sans être vu et c’est ce qu’il fit. Il était curieux de voir comment la petite réagissait à leur nouvelle situation.
Malheureusement, il n’entendit pas ce qu’elle disait à Floyd. Il ne voyait que son visage dont les jolis cheveux roux virevoltaient devant ses yeux. Elle avait aussi mauvaise mine que lui.
Le manque de sommeil, pensa-t-il.
Soudain, il vit la main de Floyd s’abattre sur le beau visage de Sélya dont les yeux s’agrandirent. Une vague de colère, d’origine inconnue, submergea alors le professeur embusqué qui ne le resta pas longtemps et vint trouver les deux élèves. Floyd leva de nouveau sa main, s’apprêtant à frapper une fois de plus la petite qui ne se défendait même pas, déboussolée par la réaction de son ami.
Rogue attrapa le poignet avant qu’il ne touche la jeune fille. Sélya en profita alors pour reculer le plus loin possible de Thomas. Elle ne comprenait pas du tout sa réaction. Quand il l’avait vue débouler en pleurant, il avait été très affectueux. Puis, il lui avait proposé d’aller dans le parc pour qu’elle se calme.
Lorsqu’elle avait retrouvé la force de parler, elle avait expliqué à Thomas sa nouvelle situation et c’est là que tout avait basculé. Une drôle de lueur s’était glissée dans son regard et il l’avait alors frappée.
Elle sentit sa joue la bruler. Des larmes roulèrent alors sur son visage. Elle regarda le professeur Rogue qui avait le visage crispé. Il l’avait sauvée. S’il n’avait pas été là, dieu sait si Thomas se serait arrêté.
Floyd qui semblait s’être calmé, reprit sa folie furieuse et attaqua le professeur Rogue. Mais celui-ci n’était pas une première année. Il leva sa baguette.
- Stupefix ! s’écria-t-il.
Floyd devint instantanément raide comme un piquet et tomba à la renverse.
- Qu’est-ce que vous lui avez dit pour le mettre dans un état pareil ? Souffla Rogue.
Mais Sélya resta muette. Elle n’arrivait pas à parler et sa joue était encore très rouge. Severus s’approcha alors de la fillette et lui posa une main sur l’épaule.
Mais qu’est-ce que je fais ?
Ce geste rassura un peu Sélya, car elle put sentir la force du professeur Rogue. Il retira sa main rapidement et tourna le dos à la petite, feignant de s’intéresser au corps de Floyd.
- Professeur ? Balbutia Sélya.
- Hm ?
- Merci.
Elle s’approcha doucement de lui et glissa timidement sa main dans celle de Severus qui ne se rendit pas tout de suite compte de ce qu’elle venait de faire. Réalisant enfin qu’une petite chaleur se diffusait dans sa main puis dans son bras, il s’écarta d’un bond. Il ne put s’empêcher de jeter un regard de reproche à Sélya et l’envoya à l’infirmerie soigner sa joue.
Elle partit sans un regard pour lui, mais il ne put s’empêcher de la suivre du regard jusqu’à ce qu’elle entre dans le château.
Qu’est-ce qui t’arrive mon vieux ?
Il ne voulait pas réfléchir à cette question. Il s’occupa alors de Floyd qui était toujours étendu sur le sol. Celui-là allait avoir droit à une sacrée punition.