Interdit d'Aimer
Chapitre 11 : L’appartement du Professeur Rogue
Sélya se dirigea vers l’infirmerie comme le lui avait ordonné le professeur Rogue. Sa tête lui tournait un peu et elle dut s’appuyer contre un mur pour ne pas tomber. La pauvre petite avait le cœur qui battait la chamade et sa joue la brulait encore. Thomas avait vraiment frappé durement comme si sa force avait été décuplée par la colère. Elle se força au calme, reprenant peu à peu son emprise sur elle-même. Sa tête tournait encore un peu, mais elle poursuivit son chemin.
Quelques minutes plus tard, elle arriva à l’infirmerie où Madame Pomfrey était en train de soigner les malades. Celle-ci vint de suite à sa rencontre.
- Vous avez aussi attrapé la fièvre pustule ? Demanda-t-elle anxieusement.
Sélya secoua la tête en signe de dénégation, mais l’infirmière n’en parut pas soulagée pour autant.
- Venez par ici. La maladie est contagieuse et ce serait dommage que vous l’attrapiez.
Elle fit signe à la petite de la suivre et toutes les deux se rendirent dans le bureau de l’infirmière.
- Alors, que puis-je faire pour vous ?
Sélya lui montra sa joue rouge sans toutefois prononcer une parole. Madame Pomfrey s’approcha et inspecta la blessure.
- Ce n’est pas grave. Nous allons passer un peu de crème et ensuite vous vous sentirez mieux.
Aussitôt dit, aussitôt fait. L’infirmière fit apparaître un tube de pommade dans sa main gauche. Elle posa sa baguette sur le bureau et déboucha le tube. Une pâte verte, d’aspect gluant, en sortit. Sélya regarda avec appréhension et ferma les yeux au moment où Madame Pomfrey appliquait la pommade sur sa joue.
Mais contrairement à ce qu’elle attendait, ce ne fut pas une sensation douloureuse, mais plutôt une douce fraicheur qui glissa sur sa peau. L’impression de brulure se retirait peu à peu et avec elle, s’évacuait enfin tout le stress engendré par la dispute. Elle ouvrit les yeux et regarda Madame Pomfrey. Celle-ci lui souriait et la petite demoiselle se sentit apaisée.
- Je dois retourner voir mes patients. Prenez la pommade. Si cela vous brûle encore, passez-la sur votre joue.
Sélya lui adressa un sourire reconnaissant et quitta l’infirmerie.
Où pouvait-elle aller maintenant ? Il était encore trop tôt pour le déjeuner et elle avait eu assez d’émotions dans le parc pour songer à y retourner. Se souvenant qu’elle avait un essai de potion à faire, elle récupéra ses affaires et se rendit à la bibliothèque.
Mais elle avait bien du mal à se concentrer. Il y avait encore trop de pensées pour sa petite tête rousse, à commencer par la perspective de sa première soirée avec Rogue. Comment allait-il se comporter ?
Avec ce qui s’était passé, elle éprouvait de la reconnaissance pour lui, mais elle douta qu’il puisse ressentir la moindre chose positive à son égard.
- Et pourtant il est venu m’aider, pensa-t-elle.
- C’était son devoir de professeur.
- Sauf qu’il ne m’aime pas. Alors, professeur ou pas, il aurait pu faire semblant de ne pas me voir !
- D’ailleurs qu’est-ce qu’il faisait là ? Il t’espionnait ou quoi ?
- Je ne sais pas, il est apparu comme par magie au moment où j’avais besoin d’aide.
- Bizarre quand même, dit sa voix intérieure.
- Oui, ou alors, il avait juste envie de se promener dans le parc et voilà tout…
- Et tes devoirs ?
- Tant pis, je les ferai après manger.
Elle ramassa ses affaires et quitta la bibliothèque. Sa joue ne la faisait plus souffrir. La pommade de Madame Pomfrey était vraiment efficace. Elle se dirigea vers la grande salle redoutant de croiser Thomas, mais il n’était pas là. Le professeur Rogue non plus d’ailleurs, sa place était vide.
Elle toucha à peine à son assiette, même s’il fallait qu’elle reprenne des forces. Ses nuits « agitées », comme disait le directeur, l’épuisaient et si elle ne mangeait rien, elle risquait de s’évanouir. Pourtant Sélya s’en moquait.
Au moins, si je tombe dans les pommes, j’arrêterais de penser et de faire des cauchemars !
Elle passa donc le reste de l’après-midi à terminer ses devoirs. Ses difficultés en sortilège et en métamorphose l’obligeaient à travailler deux fois plus que les autres. En fait, c’était dès qu’il fallait se servir de baguette magique qu’elle rencontrait des problèmes. Autrement, tout allait bien, à part sur le balai, mais bon, cette matière là était moins importante que toutes les autres.
*
Le soir venu, Sélya sentit de nouveau son estomac se contracter. Elle devait rejoindre le bureau du professeur Rogue dans moins de cinq minutes. Il n’était pas venu diner à la table des professeurs ; ce qui l’avait étonnée, car Rogue ne manquait normalement aucun repas.
Thomas avait fait une brève apparition, mais il s’était mis à l’autre bout de la table des Serpentards ; ce qu’elle apprécia grandement. Il lui faudrait un certain temps avant de pouvoir l’approcher de nouveau. Elle l’avait observé de loin pendant quelques secondes et avait pu constater que sa mine était triste et sombre. Néanmoins, il n’y avait plus aucune trace de colère et Sélya s’en réjouit.
Peut-être que ce n’était qu’un bref accès de colère, comma ça, passagé.
Mais le pourquoi de la chose restait encore inconnu. En tout cas, il avait dû passer un sale moment avec Rogue et Sélya se surprit à éprouver de la compassion pour lui malgré ce qu’il lui avait fait.
Parcourant le couloir des cachots, toujours humides et intimidants, la fillette frissonna. Elle serra un peu plus sa cape ; ce qui lui permit de dissimuler ses mains tremblantes.
A neuf heures, comme prévu, elle frappa à la porte. La voix de Rogue s’éleva alors, l’autorisant à entrer. Ce qu’elle fit en prenant une bonne inspiration. Elle referma lentement la porte derrière elle pour se donner quelques secondes de plus avant de lui faire face.
Rogue l’observait depuis son bureau. Il avait décidé de ne rien changer à son attitude et s’était posté de toute sa hauteur devant son bureau pour paraître plus imposant si cela était possible. Ce n’était pas parce qu’elle allait partager son appartement, qu’elle aurait droit à un traitement de faveur.
- Approchez.
Sélya s’exécuta et vint se placer devant lui, faisant de son mieux pour cacher son anxiété.
- A partir de maintenant, vous viendrez chaque soir dans mon bureau à la même heure. Vous ferez vos devoirs dans la salle de classe et vous pourrez aller vous coucher quand je vous en donnerais la permission.
C’est pire qu’en prison, pensa Sélya.
- Des questions ?
- Où est-ce que je vais dormir ? Demanda-t-elle timidement.
Rogue se posait exactement la même question. Il n’avait pas encore vu les modifications de son appartement. Il savait seulement que Dumbledore avait jeté un sort pour l’agrandir.
- Je vais vous montrer, dit-il malgré tout.
Il désigna alors une porte qui se trouvait derrière son bureau. Elle donnait dans un bureau plus privé et permettait de ne pas accéder directement à l’appartement du professeur.
Sélya entra à la suite de Severus qui se trouvait déjà devant un tableau de serpent. Il murmura quelque chose et une porte se dessina dans le mur. Il franchit alors l’accès à ses appartements d’un pas ferme et décidé, suivi de près par Sélya qui ne souhaitait pas rester seule derrière. Elle ne manqua que de peu de percuter son professeur qui s’était figé.
Qu’est-ce qu’il a ?
Elle se décala légèrement sur la droite pour voir, elle aussi, à quoi ressemblait sa nouvelle chambre et ce qu’elle vit la surpris beaucoup. Elle s’était attendue à trouver un endroit aussi austère que la salle de classe, voire une chambre sombre, mais c’était tout le contraire. Une lumière se diffusait dans la pièce grâce à de grandes fenêtres. On ne voyait même plus les murs de pierres, car ils étaient recouverts de belles tentures vertes et argentées.
Il a osé !
Dumbledore n’avait pas seulement agrandi son appartement, il l’avait en plus modifié ! Severus regarda à droite et à gauche et vit avec horreur que la pièce contenait deux lits. Ce qui voulait dire que…
Non, il ne peut pas me faire ça !
Il leva sa baguette et Sélya alarmée recula contre le mur. Il lança plusieurs sorts en direction des éléments de la pièce, mais rien ne se passa. Dumbledore avait tout prévu et lui Rogue n’avait rien vu venir.
Tu es un imbécile !
Il avait pensé naïvement que l’appartement serait partagé en deux chambres, mais non…
Sélya le vit abaisser sa baguette, mais il ne bougeait toujours pas. Elle attendit encore quelques secondes puis prit son courage à deux mains et demanda :
- Professeur ?
- Quoi ? Dit-il agressivement.
- Tout va bien ?
- Oui !
Il commença alors à inspecter sa nouvelle chambre avec plus d’attention. Dumbledore avait laissé son lit tel qu’il était avant ; c’était déjà ça. En fait, il avait juste changé la décoration et ajouté quelques meubles.
- Votre lit est là-bas et vos affaires se trouvent dans la malle, à côté.
Sélya s’empressa de rejoindre son côté de la pièce. Son lit était somptueux, vert et argent lui aussi pour faire référence à sa maison d’accueil. Des voilages foncés pouvaient se dérouler pour lui permettre d’avoir une intimité comme dans son dortoir. Mais comment faire pour mettre son pyjama sans être vue ?
Sélya chercha du regard une porte qui indiquerait une salle de bain, mais la seule porte visible était celle par laquelle ils étaient entrés. Rogue, lui, n’était plus là.
Où est-il ? Se demanda la petite demoiselle.
- Professeur ? Appela-t-elle doucement.
Pas de réponse.
- Professeur ? Dit-elle plus fort.
Peut-être qu’il a trouvé la salle de bain. Tant pis.
Elle en profita pour parcourir la pièce où elle allait passer toutes ses soirées et toutes ses nuits. C’était assez spacieux. Bien que chacun ne disposait pas (ou plus) de sa propre chambre, il y avait assez de distance pour qu’ils ne soient pas collés l’un à l’autre. Il y avait un beau feu ronflant dans la cheminée devant laquelle un mini coin salon avait été aménagé. Deux canapés se faisaient face avec une petite table basse au milieu.
Pendant ce temps-là, Rogue avait effectivement trouvé la salle de bain, seul endroit où l’on pouvait vraiment s’isoler. Il avait besoin de réfléchir et de revoir son plan. Il n’avait pas prévu que la gamine serait directement sous ses yeux et il appréhendait. Il redoutait sa propre réaction face à la présence aussi proche de Sélya. Serait-il capable de tenir la barrière qu’il avait mise en place depuis si longtemps ? Car même s’il y avait les rideaux pour empêcher qu’elle ne le voit, elle était là, elle pouvait l’entendre.
- A être trop curieux, tu t’es mis dans un beau pétrin ! Pesta-t-il contre lui-même. Mais pourquoi n’ai-je pas refusé avec plus de vigueur ?
- Parce que tu es un idiot, répondit sa petite voix intérieure. Et maintenant, tu ferais mieux de sortir de là parce que tu as laissé Svanes toute seule depuis un bon moment…
Il sortit donc de la salle de bain qui se trouvait derrière un portrait représentant une cascade. Il chercha Sélya du regard et vit qu’elle n’était pas encore couchée. Elle s’était assise sur un canapé et elle était en train de lire quelque chose, mais Rogue ne voyait pas ce que c’était.
Il s’approcha si silencieusement qu’elle ne le vit pas arriver. De toute façon, elle était trop plongée dans sa lecture pour remarquer quoi que ce soit. Lorsqu’il put voir enfin ce qu’elle tenait entre les mains, son sang ne fit qu’un tour.
Il attrapa violemment le petit livret noir. Sélya se leva aussitôt, complètement affolée. Son professeur était tout pâle et ses yeux, fixés sur elle, étaient encore plus sombres que d’habitude. On aurait dit qu’il voulait la pétrifier, la faire rentrer sous terre.
Mon dieu, mais qu’est-ce que j’ai encore fait ?
- Où… avez-vous… pris… ça ? Demanda-t-il en détachant bien chaque syllabe.
- C’était sur la table… dit-elle toute chevrotante.
Il l’attrapa vigoureusement par la main.
- Vous mentez ! Ce livre était sous mon oreiller !
- Je vous jure que non, répondit-elle apeurée.
Il la serra un peu plus fort.
- S’il vous plait, vous me faites mal, supplia-t-elle.
Elle le vit, avec horreur, lever sa baguette et la pointer sur elle.
- Legilimens, s’écria-t-il.
Aussitôt une sensation étrange s’empara de la jeune fille. Elle revit dans sa tête le moment où elle avait trouvé le petit carnet sur la table basse. Puis elle s’était mise à le parcourir, découvrant de magnifiques poèmes à l’intérieur. Ils étaient tous destinés à la même personne : Lily. Les images disparurent d’un seul coup et son esprit revint à la réalité.
- Ne parlez de ça à personne, vous m’entendez ??
- Je vous le jure !
Ils étaient aussi pâles l’un que l’autre. Le premier ébranlé que la petite ait eu accès à quelque chose d’aussi intime, la seconde parce qu’elle n’avait jamais vu quelqu’un se mettre dans une telle colère, à part Thomas, le matin même.
- Allez dans votre lit et n’en bougez plus ! ordonna-t-il.
Sélya ne se le fit pas dire deux fois et courut se mettre dans son lit, peu importe si elle était encore habillée. Elle défit les rideaux et se blottit sous les couvertures puis elle ne bougea plus. Elle entendit Rogue faire de même et la lumière s’éteignit.
Pourquoi ? Ce mot résonnait dans leurs deux têtes.
Pourquoi lui avoir montré ce livre ? Pensait Severus avec rage. Car il ne faisait aucun doute pour lui que Dumbledore connaissait l’existence de ce livre et qu’il l’avait placé là volontairement pour que Sélya le trouve. Mais comment a-t-il su ?
- Pourquoi faut-il que je gaffe à chaque fois ? Pensait Sélya avec désolation. Des larmes roulaient sur son visage. Et pourquoi est-il si cruel ? Ce n’est pas ma faute, il n’avait qu’à le cacher son livre !
- Tu n’étais pas obligée de le lire !
- Je ne sais pas ce qui m’a pris. Mais quand j’ai lu ces poèmes, ils étaient tellement beaux que je ne pouvais m’empêcher de continuer la lecture…
- La curiosité est un vilain défaut !
- Je sais, je m’en veux tellement. Est-ce que je ne mérite pas mieux que de mettre en colère tout le monde autour de moi ?
Le sommeil fut difficile à trouver pour l’un comme pour l’autre. C’était déjà presque le matin lorsque Rogue fut réveillé par de petits cris. Par réflexe, il sortit sa baguette magique et se tint sur le qui-vive. Puis se rappelant qu’il partageait désormais sa chambre avec Sélya, il se rallongea sur son lit.
Il était trop tard pour qu’il se rendorme et même s’il l’avait voulu, il n’aurait pas pu, car les cris se faisaient plus rapprochés et plus forts. Il se força donc à se lever et à aller voir de plus près.
Il s’approcha précautionneusement pour ne pas la réveiller et écarta les rideaux. Ce qu’il vit, réveilla une petite partie cachée au plus profond de lui. La petite était trempée de sueur, pleurait et criait des « non » et « feu ». Ses cauchemars n’étaient pas sans rappeler ceux qui le hantaient bien que le thème lui sembla différent.
- Que dois-je faire ? Se demanda-t-il.
- Tu dois la réveiller, la rassurer et la consoler, lui susurra sa voix intérieure.
- Pas question !
- Allez, mon vieux, tu peux le faire. Rabaisse un peu ta fierté ! Fut un temps où c’est une autre rousse que tu prenais dans tes bras pour la consoler. Tu peux bien recommencer.
- Ca suffit ! Tais-toi !
Mais cet argument l’avait convaincu. Avec son petit visage et ses cheveux roux, Sélya lui rappelait bien Lily la dernière fois qu’il l’avait vue, si faible, si fragile… Alors, se faisant violence, Severus prit Sélya dans ses bras sans douceur et la força à se réveiller.
Sélya sortit de son cauchemar en sursaut et poussa un cri un peu plus fort en découvrant le visage de son professeur.
- Ne crains rien, lui dit-il d’une voix anormalement douce.
Elle essaya de se dégager, mais il la tenait fermement. Alors, elle renonça à se libérer de son emprise et se laissa bercer. Elle ne savait pas à quoi elle devait ce revirement de situation, mais il était bon de se sentir protégée.
Quand elle se fut rendormie, Severus la reposa sur ses oreillers et remonta ses couvertures. Puis il se rendit dans la salle de bain pour prendre une douche. Il se sentait encore stupéfait de ce qu’il avait fait. Cela ne lui ressemblait pas et il se promit de ne jamais recommencer. Il ne fallait pas qu’il s’attache à cette gamine et il devait absolument éviter de la comparer à Lily sinon il risquait de devenir fou.