Chapitre 13: Douloureux souvenirs pour tous...
Cette nuit-là, tout fut calme et rien de fâcheux n’arriva. La potion de glace avait-elle fait son effet ? Dans tous les cas, Sélya et Severus se réveillèrent reposés et avec le sentiment d'avoir passé une bonne nuit. Lui s'en voulait un peu de n'avoir pas réagi quand elle lui avait déposé un bisou sur la joue, mais il chassa bien vite cette pensée de son esprit lorsqu'il vit que la petite n'essayait pas de recommencer.
Sélya commençait un peu à connaître son professeur de potion et avait compris qu'elle devait savoir garder ses distances. Peut-être qu'avec le temps et cet appartement qu'ils partageaient, Rogue montrerait un peu plus de sympathie envers elle... C'est ce qu'elle espérait de toutes ses forces.
Ils se croisèrent au moment d'aller à la salle de bain. La petite demoiselle recula pour lui laisser la place, mais à sa grande surprise, Severus lui proposa de passer en premier.
Tu es en train de changer, mon vieux, se dit-il.
C'était bel et bien le cas. Le changement était en train de s'amorcer et quelques semaines plus tard, Severus était devenu un peu plus chaleureux avec la petite Sélya. Ce n'était pas parce que Sélya ressemblait à Lily, qu'il commençait à l'apprécier. Non, c'était leur passion commune pour les potions. Face au don de Sélya, il lui avait proposée, un jour, de lui donner des cours particuliers, mais à une condition:
- Personne ne doit le savoir.
- Je vous le jure, lui avait dit Sélya.
Depuis, quand la petite n'avait pas de devoirs, il lui apprenait une potion: un soir la théorie, un soir la pratique.
- Vous n'êtes qu'en première année. Il ne faut pas aller trop vite, sinon l'année prochaine, vous vous ennuierez, lui avait-il dit pour la freiner dans sa soif de connaissances.
Le soir, il leur arrivait même de discuter sur la façon de préparer des potions que Rogue leur avait montrées en cours. Il avait alors été fort étonné par la maturité de la petite. C'est à ce moment que sa curiosité avait refait surface. Qui était vraiment Sélya ? D'où lui venait ce don ?
Il devait trouver un moyen de lui poser des questions, sans éveiller sa méfiance. Mais pourquoi n'aurait-il pas le droit de s'intéresser plus à elle maintenant qu'ils partageaient un peu plus qu'un appartement ?
C'est ainsi qu'ils se retrouvèrent tous les deux devant le feu de cheminée, chacun dans un canapé. Ils étaient encore en train de discuter d'une potion lorsque Severus prit une profonde inspiration et demanda:
- Comment vous êtes-vous retrouvée dans un orphelinat, Svanes?
Il la vit sursauter puis se figer.
- Je suis désolé, vous ne voulez sûrement pas parler de ça.
- Ce n'est pas ça...
- Ah, dit-il simplement. Alors qu'est-ce que c'est?
Il lui jeta un regard suspicieux. La méfiance était tellement dans sa nature, qu'il ne pouvait se défaire de cette mauvaise habitude.
- C'est juste que... commença Sélya.
- Oui ? Dit-il sur un ton qui se voulait encourageant.
- Je ne peux m'empêcher de sursauter à chaque fois que vous m'appelez « Svanes ».
La petite se mit à rougir. Elle croisa le regard de Severus et vit qu'il réfléchissait intensément. Il n'appelait personne par son prénom, pas même les professeurs. Il pesa alors le pour et le contre.
- Si je l'appelle par son prénom, je deviens trop familier avec elle.
- Mais si tu ne le fais pas, elle ne te parlera pas, répondit sa voix intérieure.
- Alors, je ne fais ça que par ruse et par curiosité ?
- Non, tu peux le faire parce que tu l'aimes bien.
- Je ne l'aime pas ! Se défendit-il. Elle partage mon appartement, je ne peux pas toujours rester froid et indifférent.
- Mais bien sûr. Tu te leurres, mon bon Severus. Ou alors, c'est parce qu'elle lui ressemble à Elle.
- Non, elle n'est pas comme Lily. Ses yeux sont différents...
- Oui, ils sont comme...
- Ca suffit !
Il revint alors à la réalité et à Sélya qui l'observait sans dire un mot. Il vit son appréhension et se réjouit intérieurement.
Non, ce ne sera pas trop familier.
- Très bien. Je vous appelle par votre prénom, mais à une condition.
Une condition, une condition... il y a toujours des conditions avec lui, pensa-t-elle un peu agacée et sur la défensive, mais elle ne laissa rien transparaître.
- Vous ne m'appelez pas Severus.
- Pourquoi ? Demanda-t-elle pour le taquiner un peu, heureuse de cette mini-victoire.
Cette réponse surprit le professeur. Il ne s'était pas attendu à cela.
- Mais parce que je suis votre professeur, pas votre ami ! Répliqua-t-il avec colère.
- Pardonnez-moi professeur.
Il se radoucit aussitôt et comprit que ce n'était qu'une plaisanterie.
- Donc, Sélya, (Les mots eurent du mal à passer) Comment êtes-vous arrivée à l'orphelinat ?
- C'était juste après que ma grand-mère adoptive soit décédée... (Un voile de tristesse envahit son regard).
Rogue s'en voulut un peu de lui faire remémorer des souvenirs pareils, mais il avait tant besoin de savoir.
- Vous n'avez aucun souvenir de vos parents ?
- Non, je ne sais même pas qui ils sont... Vous n'avez pas d'enfant, professeur ?
A cette idée, Rogue sentit son cœur se serrer. Il n'avait pas d'enfant et n'en aurait jamais. De toute façon, il ne les aimait pas... Du moins, c'est ce qu'il se disait pour avoir moins mal. Et puis, il n'y avait qu'avec elle qu'il aurait peut-être pu... Mais elle ne l’avait pas choisi...
Sélya le vit, à nouveau, s'évader dans un monde dont elle n'avait pas la clé d'accès. Mais elle crut deviner à qui il pensait en ce moment: la fille du poème.
- Vous l'aimez ? Demanda-t-elle timidement.
Rogue sortit alors de sa rêverie douloureuse et fixa Sélya. Les mots sortirent avant même qu'il ne puisse les retenir.
- Oui...
- Vous ne voudriez pas nous lire un de vos poèmes ? Ils sont tellement beaux.
Leurs yeux noirs se croisèrent une fois de plus et Rogue sentit qu'elle était sincère.
Après tout, pourquoi pas ? Elle les a déjà vus, de toute façon.
Il se leva et alla chercher le petit carnet noir qui dormait sous son oreiller. Il revint s'asseoir, en face de Sélya, tourna quelques pages et entama la lecture de l'un d'entre eux:
« Quelques mots de poésie
Pour chanter l'état d'esprit
Dans lequel je me sens empli
Aujourd’hui, demain et toute ma vie...
L'éclat de la lune,
Me fait prendre la plume
Car tu es un soleil
Qui m'éblouit de merveilles...
Comment fait-on pour dire de si jolies choses ?
Alors que je ne sais pas m'exprimer
Sans partir à la dérive avec des choses
Qui ne veulent plus rien dire, c'est insensé !
Pourtant j'aimerais te dire le bonheur
Qui sied à cet instant dans mon cœur.
C'est une bonne nouvelle qui me tombe du ciel
Qui m'effleure comme de douces paroles de miel...
C’est tout ça que je ne sais dire
Mais peut-être as-tu compris
Où je voulais en venir
Puisque je te vois, tu me souris... »
Un petit commentaire accompagne le poème, mais Rogue préféra le garder pour lui: « Lily est endormie en face de moi, j'ai passé ma plus belle nuit ».
- C’est magnifique, souffla Sélya lorsqu'il eut terminé sa lecture.
- Merci, Svanes. Pardon, je veux dire, merci Sélya.
Elle était bouleversée par ses quelques mots, dévoilant combien son professeur avait dû être heureux au moment où il les avait écris. Mais il avait dû être bien malheureux après cela pour devenir celui qu'il était aujourd'hui.
Lui aussi, ça l'avait retourné. C'était la première fois qu'il disait merci à quelqu'un. Comment cette petite avait-elle pu percer si vite et si loin les barrières qu'il avait mises entre lui et le reste du monde ?
Elle est en train de te changer, mon vieux, se répéta Severus pour la énième fois.
- Il est tard. Nous devrions aller nous coucher.
- Oui, monsieur.
Severus s'apprêtait à se lever lorsque Sélya le retint:
- S'il vous plait ?
- Oui ?
- J'ai une dernière question. A qui écrivez-vous tout cela ?
Il considéra Sélya et sa belle chevelure rousse. Devait-il lui dire ? Que ferait-elle de son nom, elle n'en avait nul besoin.
- C'est personnel...
- Je sais déjà qu'elle s'appelle Lily, mais Lily comment ? Insista Sélya.
Encore bouleversé par la lecture de son poème face à une quasi-inconnue, Severus ne lutta pas, mais il ne fit que chuchoter son nom : « Evans… ».
Puis, sans un mot, chacun partit se coucher et s'enferma dans ses pensées. Severus se sentait le plus malheureux sur terre. Mais la colère vint à son secours. C'était lui qui devait la questionner et résultat des courses, c'est elle qui avait mené la discussion. Il sentit son sang bouillonné. Il avait chaud, trop chaud. Il se leva et se rendit dans son bureau privé. Cette nuit là, le sommeil ne viendrait pas et il le savait. Il fallait qu'il fasse autre chose pour évacuer sa colère...
Au même moment, Sélya qui était dans son lit se demanda à quoi pouvait bien ressembler cette Lily Evans. Pourquoi n'était-elle pas restée avec Rogue alors qu'il l'aimait passionnément?
- Si quelqu'un m'avait aimé comme ça, je ne l'aurais pas lâché.
- Sauf que toi, personne ne t'a aimée. Tes parents t'ont abandonnée, ta grand-mère t'a laissée toute seule...
- Mes amis m'aiment, tenta-t-elle désespérément.
- C'est pour ça que Thomas t'a frappée il y a plusieurs semaines ? Parce qu'il t'aime ? C'est pour ça que Martha et Clo ne se donnent pas de peine pour provoquer des rencontres ?
- Arrête, dis pas ça.
Des larmes se mirent alors à couler sur son visage, les mêmes que Severus ne pouvait s'empêcher de retenir malgré sa colère...
Au petit matin, Rogue fut réveillé par quelque chose, mais il ne savait pas encore quoi. Tout ce dont il se rappelait, c'était d’avoir envoyé promener les copies qui se trouvaient sur son bureau. Puis il les avait ramassées et s'était mis au travail. Il avait dû s'endormir en les corrigeant...
La chose se fit de nouveau entendre. Rogue se releva de tout son long et sortit sa baguette. Cela venait de sa chambre. Il se déplaça précautionneusement, attentif à ce qui pouvait se passer la dedans. On aurait dit des sortilèges qui rebondissaient sur les murs.
Mais que fait-elle ? Songea Rogue.