Chapitre 16: douloureuses divagations
C'est impensable ! Il ne peut pas me faire une chose pareille !
Il regarda une nouvelle fois le petit bout de parchemin qu'il avait sous les yeux.
Cette espèce de... de vieux machin ose me faire à moi, Severus Rogue, un coup pareil ? Insensé, c'est insensé !
Cela faisait déjà une heure qu'il se répétait ces mêmes mots. Il s'était attendu à une entourloupe, bien évidemment, mais il avait espéré, au fond de lui, ne pas voir cette chose sous ses yeux.
Jamais ! Il est hors de question que je participe à cette pièce. Il n'aura qu'à trouver quelqu'un d'autre pour faire son sale travail.
Cela bouillonnait à l'intérieur. Il avait très envie de brûler ce parchemin, mais il se doutait bien que Dumbledore avait veillé à ce que cela ne puisse arriver.
C'est insensé, s'énerva-t-il.
- « Il faut bien s'amuser un peu », dit-il en imitant la voix du directeur.
Mais, à quoi pensait-il ? Il passe pour un sage, mais son esprit fourmille d’idées plus farfelues les unes que les autres.
Quelques mouvements de draps le sortirent de ses sombres pensées et il regarda vers le lit de son invitée.
Ne me dites pas qu'elle en a un parce que je ne répondrais plus de moi, songea-t-il avec emportement. Il faut que je sorte... Je vais étouffer si je reste ici.
Il avait trop chaud tellement il était fâché après le directeur, soupçonnant une nouvelle manœuvre pour l'atteindre lui. Il sortit discrètement de l'appartement commun et prit le chemin du premier étage. Il allait faire une petite ronde et si par bonheur il trouvait quelqu'un qui n'aurait pas dû être là, il pourrait se défouler sur lui.
Mais, hormis le maître des potions, il n'y avait pas âme qui vive dans les couloirs du château. Même les fantômes n'étaient pas là, ce qui ne fut pas pour le soulager. Il parcourut plusieurs étages avant de se décider à faire une pause. Il s’accouda à une fenêtre dont les vitres lui renvoyaient une image plutôt lugubre.
Tu as l’air pitoyable.
Son visage blafard était bordé par des cheveux noirs et gras. Il n’aimait pas du tout cette image qui se reflétait dans les petits carreaux, d’autant plus qu’il ne se reconnaissait pas. Il continuait à ruminer sa rancœur lorsqu'il retourna dans les cachots où Sélya dormait encore.
*
Pendant ce temps-là, un autre professeur n’avait pas encore trouvé le sommeil. En proie aux doutes, il faisait les cent pas dans son bureau circulaire. Parfois il marquait un arrêt et se tournait vers son phénix, Fumseck, semblant lui demander son avis par rapport à une question qui n’était même pas posée à voix haute.
Est-ce que le professeur de potions allait enfin découvrir l’origine de la jeune fille qui habitait avec lui ? Lui qui était si perspicace d’ordinaire, semblait si égaré dans cette histoire qu’il s’était senti le devoir de l’aiguiller un peu plus. Mais il n’était pas sûr que cela fonctionne, car cette affaire dépendait entièrement de miss Svanes. Et lui, Dumbledore, avait beau savoir beaucoup de choses dans son château, il ne savait rien de ses pensées à elle. Certes, il croyait avoir bien deviné toute son histoire, mais après tout, cela n’était que présomptions pour ce qui était de sa vie chez sa grand-mère adoptive.
Il espérait profondément que Severus comprendrait enfin les origines de la fillette, grâce au nom de sa grand-mère qui était une voisine de Lily quand elle était petite. Mais serait-il capable de faire le lien avec lui ? Rien n’était moins sûr, car cette idée était tellement saugrenue… Et pourtant, il suffisait au maître des potions d’ouvrir le paquet qu’il lui avait fait porter par l’intermédiaire d’un contact, pour découvrir toute la vérité…
Dumbledore s’arrêta et sourit à cette idée. Severus refusait toujours l’aide qu’on pouvait lui apporter, il pouvait être si tête de mule parfois.
*
Quelques jours plus tard, Rogue n’acceptait toujours pas son rôle dans le futur spectacle. D’ailleurs, il ne s’était même pas donné la peine de savoir de quoi cela pouvait bien parler. Il n’avait pas cessé non plus, d’être en colère, car Sélya lui rabattait les oreilles matin et soir avec le spectacle. Et pire que tout, il avait beau la menacer ou prendre un regard cruel, rien n’y faisait. Elle était devenue insupportable, réclamant à tout bout de champ des répétitions qu’il se refusait à lui donner. Non, il n’entrerait pas dans ce jeu-là. Mais la cohabitation devenait difficile. Certes elle ne faisait pas de cauchemars, mais à y réfléchir, cela aurait été préférable. La petite arrivait même à l’empêcher de réfléchir, si bien qu’il avait passé les deux dernières soirées dans son bureau privé jusqu’à ce qu’elle ne s’endorme.
- Svanes, venez ici, ordonna le professeur Rogue.
Il s’était remis à l’appeler par son nom, mais la petite n’avait même pas sourcillé et ne sursautait plus à cet appel.
- Vous allez enfin me faire répéter ? Dit-elle avec enthousiasme.
Elle le vit grimacer et comprit que ce n’était pas encore pour ce soir. Elle avait justifié la conduite de son professeur par le simple fait que c’était la semaine, qu’il n’avait pas le temps, mais que cela serait mieux le week-end. Elle s’était trompée.
- Je vous propose un marché, déclara-t-il tout en surveillant sa réaction.
- Quel genre ? Osa-t-elle répondre.
Petite effrontée ! Mais il se força au calme.
- Si vous me racontez certaines, commença-t-il en cherchant le terme approprié, choses, je consentirais à vous faire répéter.
Quelle idée stupide j’ai encore eue là…
Sélya allait sauter de joie lorsqu’elle se ravisa.
Tout est donnant-donnant chez les Serpentards…
- Quelles choses ? Demanda-t-elle avec méfiance.
- Des choses de votre passé !
Oh non, il ne va pas remettre ça.
Elle lui jeta un regard plein d’angoisse et Severus sentit sa colère retomber. Il abandonna alors le ton conventionnel et froid qu’il avait employé et invita la petite demoiselle à le rejoindre dans leur canapé favori. Mais elle n’avança pas d’un pouce, restant sur le pas de la porte du bureau privé du professeur Rogue. Elle pesait, en fait, le pour et le contre.
- C’est important, Sélya, insista-il.
Elle fut touchée qu’il l’appelle de nouveau par son prénom et se laissa conduire jusque dans l’appartement. Elle accepta même de s’asseoir à côté de lui, mais lorsque les premières questions résonnèrent, elle ne prononça pas un mot. Elle semblait être redevenue la petite fille muette qu’elle était lorsqu’il l’avait rencontrée pour la première fois à l’orphelinat.
Rogue devait changer de tactique s’il voulait obtenir quelque chose. Mais il s’était douté qu’elle n’accepterait pas aussi facilement de lui livrer son passé. D’ailleurs, lui non plus n’aurait pas aimé livrer le sien. C’est pourquoi, quand il avait pu se retrouver seul, il avait songé à une autre solution qui n’obligerait pas la petite demoiselle à parler : la légilimencie.
- Si vous ne voulez pas me parler, vous pouvez me montrer, proposa Severus sur un ton qui se voulait encourageant.
- Comment ça ?
La petite leva vers lui des yeux étonnés et il lui révéla ce à quoi il avait pensé. Elle fut encore plus surprise par la réponse, car elle ne savait pas que c’était possible.
- Ca fait mal ? Murmura-t-elle anxieusement.
- Non, ça ne fait pas mal, la rassura le professeur de potion. Puis, posant une main sur son épaule, il ajouta : alors, vous êtes d’accord ?
Sélya hésita pendant encore quelques secondes puis elle acquiesça. Severus lui demanda alors de se reculer un peu, puis il sortit sa baguette magique.
- Concentrez-vous.
Sélya ferma les yeux et fouilla parmi ses souvenirs pour retrouver celui qui lui faisait le plus mal.
- Legilimens, lança-t-il.
La petite demoiselle eut l’impression de quitter son corps puis les images commencèrent à défiler. Rogue pouvait les voir aussi dans son esprit.
D’abord, ce fut l’image d’une grande dame aux cheveux grisonnant qui était assise dans un fauteuil. Elle avait l’air contrarié.
- Je ne sais pas qui sont tes parents, disait-elle d’une voix aiguë.
Puis une autre image se forma devant leurs yeux, celle d’une petite chambre orangée et bien décorée. Elle devait appartenir à Sélya. D’ailleurs, elle était assise sur un petit lit et semblait pleurer de rage.
- Je la déteste ! Elle sait ! Je sais qu’elle sait !!
L’image s’effaça aussitôt pour faire place à une autre, bouleversante. C’était la même chambre, mais cette fois-ci, il y avait du feu qui commençait à lécher les murs. Sélya hurlait de peur, recroquevillée sur son petit lit. La fenêtre, dont les volets n’avaient pas été tirés, vola en éclats et un pompier apparut. Il se précipita sur la petite et tout devint noir.
Une autre scène commença alors à se dérouler devant leurs yeux. Mais elle n’avait rien à voir avec ce que Rogue venait de voir. Sélya était dans la bibliothèque avec la jeune Gryffondore. Elles étaient occupées à regarder un livre lorsque miss Rose avait dit : « on dirait toi en plus vieille ».
Les visions s’arrêtèrent aussitôt et les deux habitants de l’appartement commun revinrent à la réalité. De petites larmes avaient coulé sur le visage de Sélya et Rogue était plus pâle que jamais.
Pitié, faites qu’il n’est pas vu la dernière scène, supplia-t-elle.
Mais c’était trop tard, Severus avait bel et bien vu et il n’en revenait pas. Son esprit était en train de comparer l’image de Sélya et l’image de Lily.
Pourquoi ne l’ai-je pas vu plus tôt ?
« On dirait toi en plus vieille », ces mots résonnaient dans sa tête. Son estomac commença à se crisper et il regardait Sélya, mais sans vraiment la voir. Elle aussi le regardait, morte de peur. Il lui avait interdit de voir Martha et maintenant il savait qu’elle avait bravé son interdiction.
Pourquoi est-ce qu’il ne me crie pas dessus ?
Elle vit son regard perdu et commença à s’inquiéter pour son professeur.
- Vous allez bien professeur ? Murmura-t-elle.
Mais il ne répondit pas, toujours concentré sur ce qu’il venait de comprendre. Cette information le bouleversait et il sentit qu’il n’arriverait pas à se maîtriser.
- Allez vous coucher, ordonna-t-il.
- Mais… ?
- Je vous ai dit d’aller vous coucher ! Répéta-t-il avec colère.
La petite n’osa pas le braver et fila se coucher avec une certaine inquiétude. Lorsqu’elle se fut mise au lit, elle ne tira pas les rideaux pour continuer à l’observer, mais il remarqua vite son manège. Il leva alors sa baguette et envoya un sort pour qu’ils se ferment d’eux-mêmes. Vaincue, la petite s’allongea, mais ne s’endormit pas pour autant. Elle écoutait. Elle n’entendit rien.
Severus n’avait pas bougé du canapé. Il parlait avec lui-même.
- J’aurai dû comprendre dès le premier soir !
- Cela pouvait être une coïncidence, lui répondit sa voix intérieure.
- Ses cheveux sont roux comme elle, mais ses yeux sont différents.
- Ils sont comme ceux de Potter…
La douleur était trop forte. Il quitta l’appartement commun et se rendit dans le parc, mais il ne remarqua pas une légère ombre qui le suivait. Il s’agenouilla dans l’herbe humide, frissonnant à cause du froid, mais cela lui importait peu. Comment Dumbledore avait-il pu le forcer à prendre cette gamine avec lui ? Il savait très bien quel mal cela lui ferait.
- C’est la fille de Lily…
Il n’avait plus la force de réfléchir et n’avait qu’une envie, celle de pleurer. L’ombre s’était embusquée derrière un arbuste et observait le professeur. Elle pouvait voir le visage dévasté de Severus et une étrange sensation la parcourut.
Ils restèrent là, sans bouger l’un et l’autre, pendant plusieurs minutes. Puis l’ombre décida de quitter sa cachette et se déplaça sans bruit derrière le professeur. La lune, sortant de derrière un nuage, éclaira sa main qui tenait une baguette magique.
Elle lâcha le bout de bois et referma ses bras autour de Severus qui ne réagit pas de suite à ce contact. Une douce chaleur se déversa dans le corps du maître des potions et il commença à se calmer et à reprendre ses esprits. Puis, quand il eut regagné la maitrise de lui-même, il se retourna pour voir qui le tenait ainsi.
- Vous ! s’écria-t-il.
Il ôta les bras qui l’entouraient et se releva de tout son long faisant face à la petite Sélya.
- Vous m’avez suivi ? Dit-il avec colère.
Elle sentit ses jambes se mettre à trembler mais, prenant sur elle, la petite demoiselle bredouilla :
- Vous n’aviez vraiment pas l’air bien et j’ai eu peur qu’il vous arrive quelque chose.
Il lui jeta un regard noir. Que la fille de Lily s’inquiète pour lui était pire que tout à ses yeux. Il ne voulait pas de sa pitié. Et dire qu’il avait commencé à s’attacher à elle. En ce moment, il avait très envie qu’elle s’en aille, qu’elle parte loin et ne jamais la revoir. Partagé entre la colère et la douleur, il ne vit pas les larmes qui coulaient sur le visage de Sélya.
Qu’est-ce qui arrivait donc à son professeur ? Elle ne comprenait pas ce qui avait pu le mettre dans un état pareil. Courageusement, elle lui prit la main et le tira vers le hall de Poudlard. Et curieusement il se laissa faire. Il se laissa trainer ainsi jusque dans les cachots, ne disant pas un mot.
- Professeur, vous devez donner le mot de passe.
Il s’exécuta et le serpent les laissa passer. Une fois dans leur appartement commun, Sélya lui suggéra d’aller se coucher et ils se séparèrent. Mais comment dormir après une découverte pareille ? Severus attrapa son petit carnet et se mit à lire un de ses poèmes :
« Le destin a gagné
Elle part, là, sans un regard pour moi.
Priant qu’elle se retourne, son ombre disparaît dans la nuit
Et je reste là, me remémorant sa belle voix
Qui ne résonnera jamais plus dans ma vie.
Je sais que tout est fini,
Comme quand j’étais petit…
Une fois de plus mon destin a gagné :
Il m’était interdit d’aimer.
Mon amour tu as brisé mon cœur,
Tu lui as enlevé toute sa chaleur
Et je jure de poser un mur
Pour ne plus jamais vivre quelque chose d’aussi dur.
Mon amour, tu m’as trahi,
Car c’est avec lui que tu es partie
Même si tu savais que je t’aimais
Et que pour toi, j’aurai tout fait.
Mais est-ce vraiment de ta faute ?
Si tu m’as quitté pour un autre
C’est parce que j’ai tout raté ?
Ou parce que je ne sais pas aimer ?
Reviens, mon amour, reviens…
Sans toi je ne suis rien.
Serais-tu restée
Si j’avais été capable de te supplier ?
Je mettrai peut-être l’éternité
Pour te retrouver
Mais tu es mon bien le plus précieux,
Il n’y a qu’avec toi que je suis heureux… »
Quand Lily l’avait quitté ce matin-là, il s’était senti très malheureux, mais il avait gardé l’espoir qu’elle revienne. Alors, quand quelques années après, il avait appris la naissance de son fils, la même douleur qui couvait dans son cœur ce soir, l’avait consumé pendant des jours et des jours.
- Mais au fait, pourquoi personne n’est au courant de ça ? L’interrogea sa voix intérieure.
Il n’avait pas encore pensé à cela. Mais elle avait raison. Pourquoi Potter et Lily auraient eu un enfant et auraient gardé le secret de sa naissance ? D’autant plus qu’elle était née avant Harry puisque lui n’entrerait à Poudlard que l’année prochaine. C’était inconcevable.
Non, j’ai dû me tromper. Ce ne peut être qu’une coïncidence si tu lui ressembles autant petite Svanes. Potter et Lily n’auraient jamais fait une chose pareille. Et, en y réfléchissant bien, Dumbledore n’aurait pas poussé le vice jusqu’à introduire leur fille dans mon appartement !
Fier de son raisonnement, il reprit enfin son calme commençant à se reprocher sa conduite.
- Tu es lamentables, se dit-il tout bas.
Comment avait-il pu se laisser aller à ce point-là et devant témoin en plus ? Mais cette petite phrase l’avait rendu fou, fou de colère et fou de douleur… et Sélya qui l’avait suivi dehors. Il ne put s’empêcher d’admirer son courage et son sang-froid. Sans elle, il serait encore dehors à broyer du noir.
Sacré bout de gamine, pensa-t-il.
Les autres visions lui revinrent alors en mémoire et il s’en voulut encore plus de sa réaction. Cette soirée devait aider Sélya dans sa guérison et résultat, elle en était toujours au même point. Maintenant il comprenait pourquoi elle voyait un cercle de feu autour d’elle dans ses cauchemars. Mais il n’arrivait pas à comprendre en quoi cela pouvait l’avoir autant traumatisée. Il y avait encore des zones d’ombre qu’il allait devoir éclaircir, mais il se promit de ne plus utiliser la légilimencie.
*
Il eut beaucoup de mal à trouver le sommeil tellement il se reprochait ce qui s’était passé. Sélya fut victime des mêmes problèmes, mais parce qu’elle était inquiète pour son professeur. Elle n’avait jamais vu quelqu’un réagir d’une telle façon.
*
Severus se réveilla le premier le lendemain et décida d’aller réveiller son invitée.
- Sélya, levez-vous, dit-il doucement. J’ai pensé que nous pourrions prendre le petit-déjeuner ici.
La petite demoiselle ouvrit un œil, puis un deuxième et sourit à son professeur.
- Vous allez mieux ? S’enquit-elle.
- Oui, ne vous inquiétez pas.
Il réfléchit quelques secondes à ce qu’il pouvait donner comme excuse.
- Les visions m’ont fait penser à une vieille histoire…
Après tout, c’était un peu ce qui s’était passé. Sélya lui sourit de nouveau. Elle était rassurée et lui aussi.
Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent devant un succulent petit-déjeuner où Sélya dévora comme un petit goret.
- On va répéter aujourd’hui ? Demanda-t-elle avec un grand sourire.
Severus se crispa à ce rappel mais n’en montra rien.
- J’ai encore quelques questions à vous poser, avoua-t-il.
- Ah…
Sélya se renfrogna à cette idée.
Quand est-ce que je vais pouvoir répéter ?!
- Maintenant ? Dit-elle avec l’espoir qu’il dise non.
- Ca serait bien, oui, répondit Severus avec un petit sourire en coin.
- C’est que j’ai des devoirs…
- Ne me mentez pas ! Vous les avez faits hier vos devoirs !
Sélya rougit, mais Rogue n’était pas en colère, juste amusé. C’était bien tenté s’il ne l’avait vue, hier, faire ses devoirs dans sa salle de classe. Il reprit son sérieux et commença son « interrogatoire » selon la petite Sélya.
- Est-ce que vous êtes arrivée à l’orphelinat après ce qui s’est passé dans votre chambre ?
La fillette fit oui de la tête, la mine triste.
Donc sa grand-mère n’a pas survécu à l’incendie. Voilà qui suffirait à expliquer les violents cauchemars. Vivre un incendie, survivre aux siens, est effectivement très traumatisant et peu importe l'âge auquel cela arrive, mais j’ai l’impression qu’il y a autre chose…
Il dut la questionner plusieurs fois avant qu'elle ne lâche le morceau. Auparavant, elle lui avait fait promettre de ne le dire à personne et lui avait demandé s'il serait toujours aussi gentil avec elle avec ce qu'elle s'apprêtait à lui avouer. Bien sûr, Rogue avait promis et rassuré la petite demoiselle.
Alors, elle avait parlé d'une petite voix tremblotante.
- Grand-mère est morte à cause de moi ! J'étais en colère contre elle parce qu'elle ne voulait pas me dire qui étaient mes parents alors qu'elle savait. Et puis, je ne sais plus comment c'est arrivé, mais le feu est parti et... et...
Les derniers mots étaient restés coincés dans sa gorge et Severus avait enfin compris. La petite pensait avoir mis le feu magiquement à l'appartement parce qu'elle était en colère. Mais elle devait se tromper. Il l’avait alors serrée dans ses bras pour qu'elle oublie ce moment. Puis ils avaient préparé une potion très difficile pour se changer les esprits.
*
Le soir venu, Rogue était de surveillance dans les couloirs. Il quitta donc Sélya qui s’endormit bien vite et partit sillonner les couloirs du château. Vers dix heures et demie, il se faufila en douce hors de l’enceinte de Poudlard où il transplana. Quelques minutes plus tard, il réapparut devant l’orphelinat de Sélya. Il avait donné rendez-vous à Alice qui, au début, avait été très réticente à cause de la dernière fois, mais elle avait fini par accepter.
Il attendit que l’éducatrice ait fini sa propre ronde dans l’orphelinat, puis ils se rendirent tous les deux dans un petit bar.
- Comment va Sélya ? Demanda Alice.
- Elle fait des cauchemars, dit Rogue d’un ton neutre malgré sa nervosité intérieure.
- Elle en faisait ici aussi. Mais je n’ai jamais pu trouver la cause.
- J’ai peut-être une idée. Que pouvez-vous me dire sur la mort de la grand-mère de Sélya ?
Alice réfléchit un instant, prit sa respiration et expliqua toute l’histoire au professeur de potion.
- Il y a eu un incendie dans la maison de sa grand-mère. Sélya a été sauvée de justesse par un courageux pompier, mais sa grand-mère a été intoxiquée par la fumée et n’a pas survécu.
- On sait ce qui a causé l’incendie ?
- Oui, c’était dû à des cambrioleurs qui avaient laissé tomber une bougie restée allumée dans le salon... Quelle terrible histoire, dit Alice avec émotion.
- Est-ce que les journaux en ont parlé ? Demanda Rogue avec empressement.
La question étonna l’éducatrice, mais elle répondit par l’affirmative.
- Bien, je dois vous laisser.
- Déjà ? Répondit Alice, dépitée.
Elle n’insista pas, se rappelant très bien des autres fois et Rogue la quitta. Il se rendit dans une petite rue d’où il lança un sortilège puis transplana de nouveau. Il réapparut quelques minutes après devant un centre d’archivage. Grâce au sortilège de désillusion qu’il avait lancé auparavant, il ne risquait pas d’être vu par les moldus. Il s’approcha de la porte et murmura :
- Alohomora.
La serrure émit un petit cliquetis et se déverrouilla permettant au professeur d’entrer dans le bâtiment. Une fois à l’intérieur, il fut confronté à des centaines d’étagères contenant tout un tas d’archives. Heureusement pour lui, c’était un sorcier. Il leva sa baguette et lança un sortilège d’accio. Quelques secondes s’écoulèrent avant qu’un journal n’arrive à toute allure dans les airs en direction de Severus qui l’attrapa au vol. Il le fourra dans sa poche, sortit tout aussi discrètement de l’établissement et regagna Poudlard où il termina sa ronde jusqu’à minuit.
Au matin, il réveilla Sélya un peu plus tôt et lui montra le journal. La petite n’en croyait pas ses yeux.
- Ce n’était pas ma faute ? Balbutia la petite demoiselle.
- Non, ce n’était pas votre faute, lui assura Rogue, le regard plein de tendresse de nouveau.
Sélya ne pouvait pas être la fille de Lily et il avait réussi à se convaincre de cela. La petite demoiselle se mit à sautiller partout, profondément soulagée. Un poids venait de se retirer d’elle et une profonde gratitude pour Severus naquit au fond de son petit cœur. Puis elle s’arrêta d’un seul coup.
Severus crut qu’elle avait fait un faux mouvement et s’approcha d’elle vivement.
- Tout va bien ?
- Est-ce que les cambrioleurs ont été attrapés ?
Les tendres yeux noirs de Severus croisèrent des yeux noirs, durs et déterminés, qui lui firent froid dans le dos.
- Oui, ils ont été attrapés, mentit le professeur.
Elle n’avait pas besoin de savoir. Elle méritait le repos maintenant. D’ailleurs elle reprit sa petite danse puis vint se poster devant son professeur.
- On répète maintenant ?
Elle ne perd vraiment pas le nord, pensa Rogue avec agacement.
- Et le petit déjeuner ? Et les cours ?
- Ah oui, c’est vrai !
Et elle fila en courant avec ses affaires. Elle ne voulait pas être en retard pour son cours de potion. Rogue aussi se rendit dans la Grande Salle, déjeuna tranquillement et revint dans la salle de classe. Il avait préparé une potion plutôt sympathique pour aujourd’hui. Quand il vit Martha Rose entrer, il ne put s’empêcher de revoir les visions. Un détail, qui lui avait échappé précédemment, lui revint en mémoire. La grand-mère de Sélya ressemblait à une femme qu’il avait connu, mais il ne se rappelait plus où il l’avait déjà vue.
Il tenta de chasser cet élément de son esprit pour se concentrer sur le cours mais c’était difficile. À un moment, il se retrouva tout près de Sélya et susurra à son oreille :
- Au fait, je ne vous ai pas punie pour m’avoir désobéi.
La petite rougit et baissa la tête.
Grrr, il n’aurait pas pu oublier ?
Au moment où il se relevait, un souvenir lui revint en mémoire. Il était petit et jouait dans un jardin avec Lily qui avait réussi à se débarrasser de sa « pot de colle » de sœur. Soudain, une dame était sortie de la maison et avait lancé froidement : « Je ne vous ai pas punis pour m’avoir désobéi. Vous n’aviez pas le droit de manger ces bonbons ».
La grand-mère de Sélya était notre voisine quand nous étions petits ?!
Une sueur froide se répandit le long de son dos et il blêmit.