Interdit d'Aimer

Chapitre 17 : Curiosité, quand tu nous tiens...

Catégorie: T

Dernière mise à jour 10/11/2016 08:12

Chapitre 17: Curiosité Quand Tu nous Tiens.

 

Je sais que c'est elle. Mais si c'est elle, cela veut dire que...

 

Il ne pouvait pas continuer son raisonnement tellement la conclusion lui était insupportable. Ses jambes menaçaient de se dérober et il dut employer toute sa volonté pour retourner à son bureau où il s'assit, laissant les élèves finir seuls la potion.

 

Je ne m'étais donc pas trompé !

 

Il soupira.

 

Tu ne dois pas penser à ça. Concentre-toi !

 

Il ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Il balaya la salle du regard, mais se garda bien de regarder vers Sélya. Les battements de son cœur revenaient, petit à petit, à la normale et lorsqu'il fut en pleine possession de ses moyens, il commanda aux élèves d'apporter à son bureau, un échantillon de ce qu'ils avaient préparé. Tout le monde s'exécuta dans le plus grand silence. Lorsque Sélya s'approcha du bureau, elle affichait un grand sourire, mais le professeur de potion avait le nez plongé dans un document et ne lui prêta pas la moindre attention. Mais pour elle, tout cela était normal.

 

Lorsqu'ils eurent tous quitté sa salle de classe, il se renversa sur sa chaise et reprit son raisonnement où il l'avait laissé. Comme le choc avait déjà eu lieu une fois, ce fut plus facile pour lui de rester calme. Bien qu'il fût sûr de lui quant à l'origine maternelle de son invitée, il restait encore quelque chose qui ne collait pas.

 

Si Svanes est la fille de Potter et de Lily pourquoi l'ont-ils cachée ? Cela n'avait aucun sens sauf si...?

 

Il marqua une pause puis se leva, le regard triomphant.

 

Svanes n'est pas la fille de Potter ! Mais alors de qui ?

 

Il se rassit, plus abasourdi que jamais. La seule raison qui aurait poussé Lily à cacher la naissance de sa fille était qu'elle ne soit pas de son mari. Cela expliquerait pourquoi elle l'aurait confiée à leur vieille voisine.

 

- Oui, mais je ne peux pas croire que Lily ait pu faire une chose pareille. Elle est trop pure pour ça.

- Pourtant, elle a déjà trompé son mari, rappelle-toi, susurra sa voix intérieure.

- Certes, mais je ne suis pas le père !

 

Il considéra cette idée avec un peu plus d'attention.

 

Elle me l'aurait dit...

 

Et il rejeta cette pensée bien loin, mais pas assez pour l'oublier.

 

Le reste de la journée, il réussit tant bien que mal à se concentrer sur ses cours et à ne pas repenser à cela, mais quand le soir arriva, il décida de prendre une potion de sommeil (il en avait toujours en réserve). Il ne tenait vraiment pas à y penser toute la nuit. Or il savait que ce serait forcément le cas s'il ne faisait rien.

 

*

 

Quant à Sélya, elle passa un mauvais quart d’heure avec le professeur McGonnagal qui se plaignit, une fois de plus, de son incompétence. La pauvre petite avait changé un corbeau en peluche, ce qui était un progrès, sauf qu’il fallait le métamorphoser en flûte à champagne… Décidément, elle n’y arriverait jamais dans cette matière et encore moins avec ce professeur qu’elle n’aimait pas trop.

 

Lorsque le soir arriva, elle se rendit, comme à son habitude, dans les cachots. Rogue attendait dans son bureau privé et comme elle n’avait pas de devoirs ce soir-là, elle pensait qu’il allait lui proposer de faire une potion. D’ailleurs, elle avait besoin d’un petit remontant et faire une potion était le meilleur. Malheureusement, elle ne reçut pas l’accueil qu’elle avait envisagé. Rogue lui adressa à peine trois mots et resta distant toute la soirée.

 

N’étant elle-même pas dans son assiette, elle ne chercha pas à connaître la raison de ce nouveau saut d’humeur et partit se coucher. Tant pis pour le réconfort… Elle s’enfouit sous les couvertures et s’endormit presque immédiatement, tout comme son professeur, sauf qu’elle, elle n’avait bu aucune potion.

 

*

 

A son réveil, les questions de Severus revinrent au triple galop et surtout une en particulier : qui était le père de Sélya ?

 

Se pourrait-il que ce soit Black ?

 

A peine avait-il pensé cela qu’il ricana intérieurement.

 

Non ça ne peut pas être cet enragé.

 

Et il continua ainsi son petit manège toute la semaine. Comme il avait cours une grande partie de la journée, il arrivait à faire abstraction de ses pensées, mais en ce qui concernait les nuits, il prenait une potion de sommeil tous les soirs. A chaque réveil, les questions l’assaillaient et la vision de Sélya, endormie non loin de lui ne l’aidait fichtrement pas. Il essayait de l’éviter autant qu’il le pouvait ; ce qui commença à susciter une nouvelle inquiétude chez la petite demoiselle.

 

Ai-je fait quelque chose de mal ? Se demanda-t-elle un jour. Peut-être qu’il ne veut plus de moi ? Sinon, comment expliquer son comportement ? Il ne me parle plus. On ne fait plus de potion et je n’ai toujours pas répété !

 

L’inquiétude fit place à la tristesse, mais elle ne voulait pas s’avouer vaincue. Elle lui avait ouvert son cœur, confier ses pensées les plus secrètes alors, elle ne pouvait pas croire que tout soit fini. Elle essaya plusieurs fois de lui parler, mais il réussit à chaque fois, à se défiler.

 

La semaine sembla se terminer plus vite que les autres. Comme ils se couchaient tous les deux très tôt, ils n’avaient pas le temps de s’ennuyer et le week-end arriva rapidement. Et avec lui, vint une convocation chez Dumbledore, pour le professeur de potion uniquement.

 

Il devait se présenter dans le bureau du directeur en début d’après-midi ; ce qu’il fit, car il aimait être ponctuel tout en sachant pertinemment que l’entrevue ne serait pas bonne. Depuis qu’il pensait avoir guéri Sélya, il savait qu’elle allait retourner dans son dortoir. Et malgré ce qu’il savait sur elle, il trouvait cela difficile.

 

Il frappa à la porte de la pièce circulaire et la voix enjouée du professeur Dumbledore lui donna la permission d’entrer. Il s’exécuta et trouva le directeur assis derrière son bureau, le fixant du regard derrière ses lunettes en demi-lune. Il soutint ce regard jusqu’à ce qu’il s’asseye dans un fauteuil puis demanda :

 

- Vous vouliez me voir ?

- Est-ce que vous avez réussi la mission que je vous avais confiée ? Dit-il tranquillement.

- Oui.

- Bien. Alors, vous allez pouvoir récupérer votre appartement, déclara Dumbledore en appuyant bien sur les derniers mots.

 

La pique le toucha de plein fouet et une part de lui voulait rétorquer, mais il n’en fit rien.

 

- Oui, grommela-t-il.

 

Un petit bout de son cœur avait envie, ce coup-ci, de protester pour la garder avec lui. Même si cela lui faisait mal de savoir que c’était la fille de Lily, il s’était mis à apprécier cette gamine et son talent pour les potions.

 

- J'ai cru entendre que vous lui donniez des cours particuliers de potion, n'est-ce pas ? Demanda malicieusement le directeur.

- Comment vous savez cela ? S'insurgea Rogue. On ne peut donc rien vous cachez ou est-ce que vous ne pouvez vous empêcher de fureter partout ?

- N'oubliez pas à qui vous parlez Séverus ! Rétorqua Dumbledore, le visage sévère. Je suis le directeur et il est normal que je sache ce que mes professeurs et mes élèves font à des heures tardives. Et puis, ce n'est pas la peine de monter sur vos grands chevaux, j'allais justement vous proposer de continuer ces séances...

 

Une fois de plus, il me fait passer pour le méchant. Grrr. Pourquoi a-t-il fallu que je m'emporte comme ça ?!

 

Il tenta de revenir au calme, mais avec les yeux bleus du directeur qui ne le quittaient pas, c'était un peu difficile. Encore une fois, sa volonté lui vint en secours.

 

- Ce sera tout ? Demanda Rogue froidement.

- Non, je voudrais vous parler de votre rôle dans la pièce.

- Je ne veux pas en faire partie, lança-t-il aussitôt.

 

Dumbledore le considéra un instant avant de répondre sur un ton tranquille comme si Severus n’avait rien dit l’instant d’avant.

 

- Je tiens à ce que mes professeurs participent à ce spectacle et je suis sûre que vous êtes un bon acteur.

- Le meilleur du monde, ironisa le professeur de potion.

- Allons Severus, ne faites pas l’enfant.

 

Encore une pique ! Il resta néanmoins de marbre.

 

- Je ne veux pas jouer dans votre pièce, un point c’est tout.

- Ce que vous pouvez être entêté ! Ne put s’empêcher de dire le directeur.

 

Severus croisa les bras sur sa poitrine, mais ne répondit pas.

 

- Cette pièce pourrait vous apprendre beaucoup de choses, affirma Dumbledore avec un petit sourire énigmatique ; ce qui eut le don de retenir la curiosité de l’intéressé.

- Et il faut que je joue dedans pour « apprendre beaucoup de choses » ? Regarder n’est pas suffisant ?

 

Cette réplique donna du fil à retordre au directeur, mais il réussit tout de même à la déjouer :

 

- Vous pourriez louper des détails en ne faisant que voir…

- Humpf, bredouilla Rogue, peu convaincu.

- Très bien. Ne jouez pas alors, dit-il tristement.

 

Dumbledore abandonne la partie ?

 

- Pourquoi vous n’insistez pas plus ? Demanda-t-il suspicieux.

- Vous ne voulez pas jouer, c’est votre droit.

- Cela ne vous ressemble pas de dire une chose pareille !

 

Il réfléchit pendant quelques secondes avancer d’annoncer haut et fort :

 

- Très bien, je ne sais pas ce que vous me cachez, mais je tiens à le découvrir alors je jouerai dans votre (il pensa au terme « saleté » mais s’abstint de le prononcer) pièce.

 

Le directeur afficha aussitôt un grand sourire et remercia le professeur.

 

- Vous avez pris la bonne décision. Vous ne le regretterez pas.

- Humpf, marmonna Rogue. Voilà, il s’était fait prendre au piège comme un bleu à cause de sa curiosité. Un jour, elle risquerait de le perdre…

 

Il s’apprêtait à quitter la pièce lorsque le directeur le rappela :

 

- Je vous laisse annoncer la nouvelle à miss Svanes.

 

Severus sentit son cœur se serrer. Il avait oublié que c’était le but principal de la convocation. Il acquiesça et quitta le bureau.

 

Comment annoncer cela à la petite ? J’ai horreur de ce genre de chose. Il aurait quand-même pu le faire lui-même ! Songea-t-il avec consternation tout en regagnant l’appartement commun où Sélya devait déjà se trouver.

 

Il donna le mot de passe au serpent et franchit la porte, mais la petite n’était pas là.

 

Où est-ce qu’elle a bien pu passer ?

 

Soudain, le bruit de voilages qu’on déplace le fit tressaillir. C’était à peine perceptible, mais il avait l’ouïe fine. Il porta la main à sa poche pour prendre sa baguette, mais fut interrompu :

 

- Bouh ! s’exclama Sélya.

 

Rogue sursauta puis se tourna avec colère vers la fillette.

 

- Mais qu’est-ce qui vous prend ?

- Bah je répète, dit la petite. Comme si c’était la chose la plus normale du monde.

- Ne refaite jamais ça ! ordonna-t-il. J’ai à vous parler.

 

Ca commence bien, pensa-t-il.

 

- De quoi voulez-vous parler ? Demanda Sélya avec curiosité.

- Venez-vous asseoir.

 

Ils s’avancèrent tous les deux et s’assirent chacun sur un canapé comme ils en avaient l’habitude.

 

Décidément, j’ai peur que cela me manque. Non ! Je ne viens pas de penser ça ? Ca y est, je suis irrécupérable. 

 

Il s’indigna intérieurement.

 

- Alors ? Interrogea Sélya qui commençait à s’impatienter.

 

Il s’aperçut qu’elle le fixait ardemment du regard et plongea le sien dans les beaux yeux noirs.

 

- Vous devez retourner dans votre dortoir, lâcha-t-il.

- Oh…

 

Il vit son regard s’embuer et dut faire un effort pour lutter contre l’envie d’aller la consoler.

 

- Je ne peux pas rester encore un peu ?

- Non, c’est impossible.

 

J’étais sûre qu’il ne voulait plus me voir, pensa-t-elle avec abattement.

 

- Mais je continuerai à vous donner des leçons particulières de potion, s’empressa-t-il d’ajouter devant les larmes qui coulaient sans retenue.

 

La petite demoiselle s’arrêta aussitôt de pleurer.

 

- C’est vrai ?

- Oui, dit-il avec un sourire qui se voulait chaleureux.

 

Alors, sans prévenir, elle se leva de son fauteuil et courut dans les bras de son professeur qui ne s’écarta pas. Elle faisait ce que lui n’avait pas eu le courage de faire. Alors, il l’entoura et la serra pendant plusieurs minutes.

 

Je serre la fille de Lily.  

 

Il soupira.

 

- Je vais vous raccompagner à la salle commune des Serpentards.

 

Sélya ramassa ses affaires et suivit Severus. Qui était le plus triste des deux ? Personne n’aurait pu le dire bien que le professeur affichait un visage totalement neutre. Maintenant il allait se retrouver tout seul et de plus, il allait devoir apprendre ce fichu scénario. Voilà au moins quelque chose qu’il n’allait pas regretter : Sélya lui réclamant des répétitions !

 

Ils se séparèrent devant la statue et la petite demoiselle retrouva enfin ses camarades. Elle aperçut les filles de son dortoir près du feu et vit Thomas assis à une table, le nez plongé dans un livre. Personne ne leva la tête à son arrivée, mais elle s’en moquait. Elle rejoignit Thomas et lui donna une petite tape sur l’épaule.

 

- Coucou !

- Ah ça y est, tu reviens parmi nous ?

- Oui, dit-elle en cachant sa tristesse. Qu’est-ce que tu fais ?

- Je lis.

- Ca te dit de faire un truc super méga cool ?

- Comme quoi ?

- C’est un secret, murmura-t-elle à son oreille.

 

Il ferma alors son bouquin et suivit Sélya qui l’entraînait à l’extérieur de la salle commune. Elle n’aimait pas cet endroit. Il y avait beaucoup trop de gens immoraux et corrompus. Elle l’emmena dans une salle de classe vide.

 

- Alors, c’est quoi ce secret ? Interrogea-t-il avec un sourire entendu.

- Je suis dans le spectacle !!

- Que veux-tu que ça me fasse ? Répondit-il sur un ton blasé.

 

L’excitation de la petite demoiselle retomba aussitôt. Voyant cela, Thomas tenta de se rattraper.

 

Ce n’est pas le moment de tout gâcher, pensa-t-il.

 

- Je plaisante !! Félicitations !

 

Il joignit le geste à la parole et prit Sélya dans ses bras.

 

Heureusement qu’il est là, sinon je me sentirais bien seule.

 

- Tu veux bien me faire répéter mes scènes ?

- Avec plaisir belle demoiselle. Je ferais tout pour vous, dit-il galamment avec un sourire éclatant.

 

Sélya rougit de plaisir et oublia vite qu’elle venait de quitter son professeur préféré. Quand elle montra au jeune Serpentard en quoi consistait « ses scènes », il ne put s’empêcher de pouffer de rire, car les scènes de Sélya se résumaient à un petit mot.

 

- Tu es méchant, dit-elle boudeuse.

- Mais non. Mais avoue que c’est drôle : vouloir répéter alors que tu n’as qu’un mot à dire !

- Mais ça demande beaucoup de travail pour savoir sur quel ton, il faut le prononcer ! Répliqua-t-elle avec véhémence.

- Bon d’accord !

 

Alors, elle lui sauta dans les bras et lui plaqua un bisou sur chaque joue.

 

Ca y est, elle m’est vraiment revenue, pensa le garçon.

 

Et ils commencèrent la répétition qui fut entrecoupée de nombreux fous-rires, car Sélya s’obstinait à vouloir faire une entrée grandiose en même temps qu’elle prononçait son petit mot. Un coup, elle buta sur un pied de bureau et s’étala de tout son long, un coup elle sortait un mot qui n’avait rien à voir. Ils y restèrent comme ça un long moment avant d’arrêter puis d’essayer d’imaginer qui pouvait bien jouer les autres rôles.

 

Ainsi commença la nouvelle vie de Sélya, revenue parmi les siens. Certes, la présence de Rogue lui manquait, mais les moments de complicité avec Thomas compensaient beaucoup. De plus, il l’aidait maintenant à revoir les cours de métamorphose et de sortilège et la petite demoiselle s’était nettement améliorée.

 

Deux semaines avant la représentation, Sélya avait tenu à répéter sa scène.

 

Encore, avait pensé Thomas avec un certain agacement.

 

Mais il s’était exécuté sans rien montrer de son état d’esprit. Heureusement, la répétition ne dura qu’une dizaine de minutes. Après cela, ils s’assirent dans l’herbe puisqu’ils étaient dehors. Sélya pensait à son professeur. Il ne l’avait pas encore invitée à faire une potion alors que cela faisait déjà deux semaines qu’elle était revenue dans son dortoir.

 

- Qu’est-ce que tu as ? Demanda Thomas qui avait vu le visage de son amie s’attrister.

- Rien, je pensais au professeur Rogue…

 

Encore celui-là ! Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour qu’il disparaisse, jura-t-il intérieurement. Ça ne lui suffit pas de m’avoir pris pendant si longtemps ma Sélya, il détient encore son cœur !

 

- Il ne mérite pas l’intérêt que tu lui portes, dit-il gravement. Tu devrais arrêter de penser à lui.

 

Elle tourna ses beaux yeux vers lui et lui lança un regard noir.

 

- Tu ne peux pas comprendre !

 

Et elle le planta là. La colère s’empara alors du corps de Thomas et il se leva à son tour pour la rattraper.

 

Je ne dois pas la laisser partir.

 

Mais c’était trop tard, elle avait déjà disparu comme par magie. En fait, elle s’était planquée derrière la statue dans le hall et avait attendu que Thomas disparaisse dans le couloir des cachots pour se rendre elle-même discrètement chez le maître des potions. Elle arriva à pas de loup près de la salle de la classe dont la porte était restée entrouverte et entendit la voix de son professeur. Elle s’arrêta et se colla contre le mur.

 

Avec qui peut-il bien parler ? Se demanda-t-elle.

 

Mais visiblement, Rogue était en train de parler tout seul et il disait des choses vraiment étranges telle que : « pardonnez-moi ». La petite demoiselle attendit encore un peu pour s’assurer qu’il était vraiment seul puis donna quelques coups sur la porte.

 

Rogue se tut immédiatement.  Elle l’entendit farfouiller quelque chose puis il l’invita à entrer. Elle poussa la porte et entra dans la salle de classe. Visiblement Rogue n’était pas content de s’être fait interrompre et peut-être même avait-il peur d’avoir été entendu.

 

- Ah c’est vous Svanes, dit-il soulagé.

 

Elle s’avança jusqu’à lui, tout à coup, moins sûre de ce qu’elle allait faire ou dire.

 

- Quelque chose ne va pas ? Demanda Severus avec sollicitude.

- Oh non, tout va bien.

- Vous voulez quelque chose ?

 

Elle rougit.

 

Mais pourquoi est-ce que je suis venue ?

 

Elle prit une profonde inspiration et planta son regard dans celui de son professeur et bredouilla :

 

- J’aimerais bien apprendre une nouvelle potion.

 

Elle vit ses yeux se rétrécir et pressentit une mauvaise réponse.

 

- Si vous n’avez rien d’autre de prévu, je suis d’accord.

 

Elle n’en crut pas ses oreilles et lui sourit de toutes ses dents. Sourire auquel il répondit. Il avait attendu ce moment depuis deux semaines, mais il n’avait pas trouvé le bon moment pour inviter la petite. Il était ravi que ce soit elle qui le lui demande, car cela lui prouvait qu’elle était toujours intéressée par les potions.

 

Ils se mirent au travail sans attendre, retrouvant la complicité qu’ils avaient perdue depuis qu’ils n’habitaient plus ensemble.

 

- Que faisiez-vous, professeur, avant que je n’arrive ? Demanda-t-elle pendant qu’elle attendait que la potion repose à feu doux.

 

Rogue se figea.

 

Elle a tout entendu.

 

Il préféra faire l’autruche plutôt que de répondre.

 

- Je lisais une copie d’élève.

 

Elle fit la moue, peu convaincue par cette réponse, car s’il lisait, il n’aurait pas parlé à voix haute. Mais elle ne voulait pas le mettre mal à l’aise alors elle arrêta là.

 

*

 

Deux semaines plus tard, Sélya vit un petit hibou se poser devant elle, lors de son petit-déjeuner. Elle trouva cela très curieux, car elle ne recevait aucun hibou habituellement. Elle prit le petit papier qui était accroché à sa patte et l’animal s’envola.

 

- Qu’est-ce que c’est ? Demanda Thomas.

- Je ne sais pas.

 

Elle déroula le bout de parchemin et commença à lire :

 

« Chère miss Svanes,

Nous vous rappelons que vous avez été choisie pour interpréter un rôle dans le spectacle de ce soir et espérons que vous avez pris soin d’apprendre votre rôle. Nous vous donnons rendez-vous ce soir à huit heures dans la petite pièce attenante à la Grande Salle afin de mettre les derniers détails au point avec les autres personnes choisies.

Albus Dumbledore, directeur de Poudlard. »

 

- Ca y est, on va enfin savoir qui sont les autres !! Dit-elle toute excitée à Thomas.

 

Rogue venait de recevoir exactement le même parchemin, mais ce ne fut pas de l’excitation qu’il ressentit, plutôt de la contrariété. Ce 6 Décembre était arrivé trop vite à son goût et il ne se sentait pas du tout prêt à jouer devant tout Poudlard.

 

S’en est fini du professeur Rogue qui faisait peur à tout le monde, pensa-t-il avec dépit.

 

Mais il avait accepté de son propre chef. Il n’avait donc plus le choix et ne pouvait s’en prendre qu’à lui. En plus, ce spectacle n’était pas ordinaire. Il n’était pas du tout préparé comme le faisait les moldus avec leurs pièces de théâtre. Chacun d’entre eux avait répété séparément. Personne ne savait avec qui il allait jouer et qui lui donnerait la réplique. Cela promettait d’être une joyeuse cacophonie, mais bon, c’était peut-être le but du directeur après tout…

 

Tous les conviés se présentèrent donc à l’heure dite dans la petite pièce attenante à la Grande Salle. Ils avaient tous plus ou moins le trac et étaient impatients de découvrir les autres « comédiens ». Le professeur Rogue et sa ponctualité fut le premier suivi de près par McGonnagal qui avait le teint très pâle.

 

- Ah, je vois que je ne suis pas la seule, dit-elle quelque peu soulagée.

 

Rogue lui adressa un petit signe, mais ne dit rien.

 

Puis ce fut le tour des élèves d’arriver : quelques élèves de Poufsouffle, une élève de Serdaigle, Sélya pour les Serpentards et un Gryffondor. Enfin Dumbledore entra pour coordonner le tout.

 

- Merci professeurs d’être là, dit-il avait un sourire malicieux. Et merci à vous, chers élèves. Je vais faire les présentations, car vous ne vous connaissez peut-être pas. D’abord, nous avons miss McPherson.

 

Une jeune fille qui devait être en septième année s’avança. Elle avait des cheveux bruns et des yeux globuleux.

 

- Miss Svanes, fit-il en désignant Sélya. M. Jordan, notre commentateur de Quidditch.

 

Le garçon noir de Gryffondor fit un sourire au directeur. Sélya l’avait déjà vu en compagnie des jumeaux.

 

- Et enfin, messieurs Peterson, Flynn et Grean.

 

Ils firent un petit salut en direction de leurs camarades.

 

- Bien, avez-vous tous répété vos textes ? Demanda le directeur.

 

Tous firent « oui » de la tête et Dumbledore parut satisfait.

 

- Alors, nous allons bientôt commencer. Je vous suggère de vous habiller.

 

Les yeux des « comédiens » s’agrandirent, car ils n’étaient pas au courant de ce détail et personne n’avait prévu de costume. Mais pas d’inquiétude, Dumbledore n’oubliait rien et d’un geste de baguette, il fit apparaître les tenues du spectacle. Les élèves se précipitèrent pour voir ce qu’ils allaient porter, mais les professeurs préférèrent rester en arrière.

 

Rogue, qui surveillait Sélya, la vit prendre une petite robe de couleur blanche. Elle semblait satisfaite de sa tenue, comme tous les autres élèves d’ailleurs. Enfin, quand tout le monde se fut servi, Rogue et McGonnagal s’avancèrent. Il y avait deux tenues pour chacun d’entre eux.

 

McGonnagal se saisit, le regard pincé, d’un habit de mendiante et d’une superbe robe verte. Quant à Severus, il prit lui aussi, des vêtements de mendiants qui suscitèrent chez lui le dégoût et un costume qui ressemblait fort à ce qu’il avait l’habitude de porter.

 

*

 

Neuf heures du soir, la pièce commence. Les acteurs sont répartis de part et d’autre d’une scène que le directeur a fait monter exprès à la place de la table des professeurs. Ceux qui ne participent pas sont installés à des petites tables comme pour la soirée d’halloween et attendent impatiemment que cela commence.

 

M. Jordan, deuxième année à Gryffondor et accessoirement le narrateur de la soirée s’avance sur la scène, seule partie éclairée de la salle. Les élèves de sa maison l’applaudissent et il salue l’assemblée.

 

- Je vais vous raconter une histoire qui s’est passée il y a bien des années, dit-il haut et fort.

 

Le décor d’un petit village se matérialise alors sur le fond de la scène.

 

- Un sorcier habitait dans ce village (il désigne la toile de fond). Il était aimé de tous pour sa gentillesse et sa droiture, mais il avait un défaut : il était curieux.

 

Quelques Serpentards ricanent, mais ils s’arrêtent aussitôt quand le directeur pose son regard sur eux.

 

L’image du petit village se met à grossir, grossir et grossir encore jusqu’à ce que l’on ne distingue plus toutes les maisons, mais seulement la place de la fontaine. Le narrateur lance un sourire à l’auditoire puis se déplace dans un coin. Apparaît alors le professeur Rogue sous les applaudissements des Serpentards et des autres enseignants.

 

Son air est grave, mais il fait un petit signe en direction des élèves de sa maison.

 

Puis les trois élèves de Poufsouffle entrent à leur tour, se postant non loin du maître des potions. L’appréhension se lit clairement sur leur visage.

 

- Alors qu’avez-vous fait aujourd’hui ? Demande Rogue aux élèves, qui sont accessoirement les voisins de Rogue, le sorcier.

- Rien de bien intéressant, répond l’un d’eux, d’une petite voix.

 

Finalement, c’est assez drôle, pense Rogue en constatant qu’il n’a pas perdu sa faculté de faire peur aux autres.

 

- Comment va votre femme, Anton ? Questionne-t-il son voisin.

- Plutôt bien, dit le garçon du milieu d’un ton mal assuré.

- Et la vôtre, Peter ?

- Et la vôtre ? Répète-le dénommé Peter.

- Bien, répond Rogue indifférent.

 

Pff, faites que ce soit McGonnagal qui joue le rôle de ma femme.

 

- Et qu’est-ce que vous avez fait hier ?

 

Les trois élèves prennent des mines agacées et baissent les yeux.

 

- Rien de bien intéressant, répond le premier.

- Moi non plus, déclare le deuxième.

- Et moi encore moins, dit le dernier.

- Nous devons y aller, lance le premier.

 

Les trois élèves quittent aussitôt la scène, le soulagement est clairement affiché sur leur visage. Applaudissement des Poufsouffles. Rogue quitte à son tour la scène et M. Jordan réapparait.

 

- Vraiment trop curieux ce type ! Se moque-t-il.

 

Tous les élèves explosent de rire et l’on entend la voix du professeur McGonnagal qui s’écrit : Jordan !!

 

- Pardon professeur ! En effet, ce n’était pas dans le script, clame-t-il avec un grand sourire sans aucune trace d’excuse.

 

Jordan marque une pause puis reprend la suite de sa narration. Le décor change de nouveau et fait place à une unique maison.

 

- Un jour, une pauvre dame passe par chez le sorcier. Elle lui demande le gîte et le couvert, car elle vient de faire un long voyage, mais elle n’a pas assez d’argent pour payer une chambre dans une auberge. Ca, on n’en doute pas, quand vous verrez ses vêtements.

 

Il avait dit la dernière phrase en plaçant sa main à côté de sa bouche, comme lorsque l’on veut faire une confidence sans être entendu par d’autres.

 

Nouveau rire des élèves qui redouble lorsque le professeur McGonnagal entre sur scène vêtue de haillons. Elle qui est habillée, d’ordinaire, de façon si distinguée, la pauvre… elle leur jette un regard signifiant « je vous interdis de vous moquer » et les rires cessent. Rogue entre à son tour par l’autre côté de la scène.

 

- Entrez ma brave dame, déclare-t-il sur un ton qui se voulait engageant.

- Vous êtes bien gentil monsieur, répond McGonnagal sur le même ton.

 

Puis la lumière cesse d’éclairer la scène pendant quelques secondes et se rallume, mais éclaire seulement Jordan, le narrateur.

 

- Le sorcier et la dame entrent donc dans la maison. Celui-ci appelle sa femme, (car oui, il est marié) pour qu’elle prépare un repas à la méthode moldue. Bah oui, on ne sait jamais. Ptete que la dame en est une de moldue…

 

La lumière éclaire de nouveau la scène dans son entier. Rogue et McGonnagal sont attablés. L’élève de Serdaigle entre alors en scène, sous les applaudissements de sa maison et s’approche de la table. Sans regarder le professeur Rogue, elle lance d’une voix mal assurée :

 

- Je vais quérir notre fille.

 

Elle ressort et revient aussitôt avec une petite poupée à la main. Bien sûr, cela déclenche des rires, mais pas longtemps. Elle installe la poupée sur une chaise et prend place à la table sans oser regarder l’un ou l’autre de ses professeurs.

 

- D’où venez-vous ? Demande Rogue, le sorcier, à McGonnagal, l’invitée.

- D’un pays lointain.

- Où allez-vous ?

- Dans un autre pays lointain.

- Ne pouvez-vous être plus précise ma dame ?

- Vous êtes bien curieux mon bon monsieur.

 

Cette dernière réplique donne l’envie à Rogue de rigoler. « Mon bon monsieur », ça me va comme un gant…

 

- Arrête d’ennuyer cette brave dame ou je te jette un sort, s’exclame la jeune fille de Serdaigle et subsidiairement la femme de Rogue.

 

L’assemblée ne peut s’empêcher de rire, car c’est vraiment comique de voir le professeur Rogue se faire rembarrer par une élève.

 

Ca y est, ma réputation est perdue, songe-t-il avec dépit. Mais il lance quand-même un regard noir à l’assistance…

 

- Promis, j’arrête, grommèle Rogue.

 

Puis la lumière revient sur Jordan qui se lance, heureux, dans sa réplique :

 

- C’est la fin du repas. La femme du sorcier monte se coucher elle et sa fille, laissant son mari avec leur invitée. Celle-ci demande une faveur à son hôte.

 

Nouveau basculement de lumière et l’on ne voit plus que Rogue et McGonnagal sur scène.

 

- Tout ce que vous voulez, dans la mesure du possible, déclare Rogue en s’inclinant.

- Vous voyez cette boîte ? Dit le professeur de métamorphose en sortant une petite boîte de dessous ses habits. Je voudrais que vous la gardiez en gage pour ce que vous m’offrez ce soir.

- Qu’y a-t-il dedans ? Est censé demander Rogue avec curiosité, mais il le dit plutôt avec lassitude.

 

J’en ai déjà marre…

 

- Quelque chose de magique, mais vous ne devez absolument pas l’ouvrir.

- Cela sera fait, répond-il en s’inclinant de nouveau.

 

Ils quittent alors la scène et Jordan vient se poster en son centre.

 

- Et devinez ce qu’il va arriver ?

 

Les élèves s’écrient que le sorcier va ouvrir la boîte.

 

- Hé oui, regardez.

 

Il s’éloigne du centre de la scène et tend la main vers la direction qu’il occupait précédemment. Rogue revient sur scène avec la petite boîte dans les mains.

 

Elle ressemble à une boîte que je connais, pense-t-il.

 

Il l’ouvre et une grande lumière envahit toute la scène. McGonnagal fait alors son entrée dans sa somptueuse robe verte.

 

- Je vous avais dit de ne pas ouvrir la boîte, dit-elle avec colère.

- Je sais, pardonnez-moi, dit-il en se mettant à genoux.

 

Ah voilà donc ce qu’il faisait quand je l’ai surpris l’autre jour, pense Sélya au même moment, en coulisse.

 

- La curiosité est un vilain défaut, reprit McGonnagal. Vous me devez quelque chose maintenant.

- Tout ce que vous voulez !

 

Rogue sort alors sa baguette. Les élèves retiennent leur souffle, pensant qu’il va attaquer McGonnagal.

 

- Prenez ma baguette ! Je veux bien devenir moldu pour être puni.

- Que ferai-je d’une baguette ? Je n’en ai nul besoin. Je prendrais votre fille.

 

Les lumières s’éteignent puis se rallument en éclairant seulement Jordan qui revient au centre de la scène.

 

- Le sorcier essaya de protester et tenta de se défendre, mais une forte lumière apparut et il ne put plus rien voir pendant plusieurs minutes. Pensant qu’il avait réussit à lui faire peur, il monta se coucher en passant vérifier que sa petite fille dormait. Mais elle n’était plus là ! Alors, il se mit à pleurer et à hurler de douleur ; ce qui réveilla sa femme qui accourut. Quand il lui raconta la nouvelle, elle lui confisqua sa baguette, lui jeta un sort de mutisme et le chassa de sa maison.

 

La scène devient noire et tout le monde applaudit. Quelques minutes s’écoulent pendant lesquelles les élèves entament une conversation avec leurs voisins. Puis Dumbledore demande le silence, car la pièce recommence. En effet, la lumière se rallume et l’on voit Jordan, encore au milieu de la scène, Rogue non loin de lui. Il a troqué son bel habit pour des haillons et ses cheveux gras donnent une touche encore plus pitoyable à son personnage.

 

- Notre sorcier, chassé de chez lui, a décidé de sillonner le monde pour retrouver sa fille. Mais les années s’écoulèrent sans qu’il ne trouve une trace d’elle. Comme il ne peut pas parler je vais vous dire ce qu’il est en train de penser : « Si j’avais été moins curieux, je n’en serais pas là ». C’est ça hein ? Demande Jordan en s’adressant à Rogue.

 

Celui-ci acquiesce de mauvaise grâce, mais acquiesce quand-même.

 

Je n’aime pas du tout son air narquois.

 

- Depuis toutes ces années, reprend Jordan, il n’a plus jamais été curieux, enfin juste ce qu’il fallait pour survivre, car un jour qu’il séjournait dans une auberge, deux brigands avaient prévu de le détrousser, mais grâce à sa curiosité il les avait espionnés et avait donc pu quitter l’auberge avant que l’incident n’arrive. Bon en tout cas, à peine avait-il pensé « Si j’avais été moins curieux, je n’en serais pas là », que la fée se matérialisa devant lui.

 

McGonnagal entre alors sur scène vêtue de sa somptueuse robe verte. Pendant ce temps, Jordan quitte la scène et Rogue s’avance.

 

- Enfin tu as compris ton erreur, sorcier. Tu en as mis le temps ! Mais mieux vaut tard que jamais comme on dit. Je vais donc te rendre ta fille. Ne t’inquiète pas, elle a été bien traitée avec moi. Elle a vécu comme une princesse et n’a manqué de rien.

 

Sélya parait alors sur scène, plus angoissée que jamais à l’idée de ce qu’elle doit dire. Elle est vêtue de sa jolie robe blanche et coure vers Rogue en s’écriant :

 

- Papa !!

 

Rogue se fige à ces mots. Il ne comprend pas tout de suite que c’est dans la pièce.

 

Comment sait-elle ?

 

Puis il se reprend et se traite d’imbécile d’avoir confondu une chose pareille ! Il s’abaisse et serre Sélya dans ses bras. C’est la première fois qu’il le fait en public. Même si c’est la pièce qui le veut, il apprécie ce contact et se met à penser qu’il aurait aimé que ces mots lui soient vraiment adressés.

 

Mais elle ne peut pas être ma fille… A moins que ?

 

Sélya, fière de son entrée et de la réaction de son professeur, ne le lâche plus. Jordan parait alors sur scène devant tous les personnages et finit de raconter l’histoire :

 

- Le sorcier fut libéré de son sortilège de mutisme. Il assura à la fée qu’il avait compris la leçon puis ramena sa fille chez lui. Sa femme y était toujours, elle les attendait. Quand elle les vit, elle se mit à pleurer de joie et les embrassa des milliers de fois.

 

A ce moment, la jeune fille de Serdaigle paraît et s’approche timidement du professeur Rogue.

 

- Ainsi, ils vécurent heureux et le sorcier n’ouvrit plus jamais de boîte de vérité. D’ailleurs, sa curiosité envolée, tous ses amis revinrent le voir.

 

Alors, les trois élèves de Poufsouffle entrent sur scène et se placent eux aussi près de Rogue.

 

Les applaudissements fusent dans toute la salle. Tous les acteurs se placent sur une ligne et viennent saluer. Dumbledore est très fière d’eux. Maintenant, tout le monde a droit à une petite fête pour terminer la soirée. Les acteurs se changent et viennent rejoindre leurs camarades ou leurs collègues, tous sauf un…

 

*

 

La pièce de théâtre avait rappelé à Rogue que lui aussi possédait une sorte de boîte de vérité qu’il avait bien cachée dans son appartement, à tel point qu’il en avait oublié son existence. Il fila discrètement en direction de ses appartements et se mit à courir pour franchir les derniers mètres qui le séparaient de la vérité.

 

Il donna le mot de passe au serpent et accéda à sa chambre telle qu’elle était avant, c’est-à-dire, sombre, mais décorée avec goût et raffinement. Il s’approcha d’un petit tableau représentant une fleur.

 

- Je t’aime, murmura-t-il.

 

La fleur se dandina puis Rogue put déplacer le portrait et accéder à sa cachette secrète. C’est là qu’il avait entreposé un petit paquet qu’il avait reçu sur le Chemin de Traverse au moment même où Sélya trébuchait dans la rue. Il le prit délicatement et vint s’asseoir sur son canapé. Ses mains tremblaient.

 

Calme-toi.

 

Il défit le petit nœud, dernière barrière avant l’ouverture et le posa à côté de lui. Son cœur battait la chamade. Il savait que ce paquet venait de Lily, mais il n’avait jamais eu le courage de l’ouvrir par peur de ce qu’il contenait. Mais maintenant, il était prêt. Il trouva un paquet plus petit dedans ainsi qu’une lettre.

 

La réponse à mes questions est là-dedans. Je suis sûre qu’elle m’y dit qui est le père de son enfant.

 

Il posa le second paquet sur un de ses genoux et commença la lecture de la lettre. Toutes les expressions passèrent alors sur son visage. D’abord l’attention, puis ce fut au tour de l’incompréhension, puis la colère, la tristesse se fit aussi une petite place avant que la colère ne revienne… Voici ce qu’il lisait :

 

« Mon tendre Severus,

 

Pardonne-moi de ne jamais être revenue après la nuit que j’ai passée chez toi. Tu as été si bon et si attentionné que je m’en veux beaucoup de t’avoir fait cela. Mais j’ai mes raisons et c’est ce que je vais essayer de t’expliquer dans cette lettre. Alors, s’il te plait, lis moi jusqu’au bout.

 

Avant d’aller plus loin, je te prie de me pardonner pour ce qui va suivre, mais je suis dans l’incapacité de te le dire autrement.

 

Cette fameuse nuit où je suis allée chez toi n’est pas restée sans conséquence. Non, James ne l’a jamais su et ne doit jamais le savoir, mais c’est quelque chose de plus grave que ça. En effet, neuf mois après notre entrevue, j’ai donné naissance à un enfant, notre enfant Severus…

 

Je suis sincèrement désolée de ne t’avoir rien dit, mais je ne me suis pas aperçue, tout de suite, de mon état et quand je l’ai su, c’était déjà trop tard. Tu t’étais engagé dans les Mangemorts et je ne voulais pas faire courir de risque à notre enfant. Je suis sûre que tu peux comprendre cela même si tu méritais de savoir. Mets-toi à ma place, je n’étais plus sûre de qui tu étais : bon où méchant ? Tu aurais pu faire du mal à notre enfant ou Tu-sais-qui aurait pu t’en faire à cause de ce petit être.

 

Tu dois m’en vouloir ou peut-être même que tu ne me crois pas, car cela parait insensé et pourtant c’est vrai. Seuls Dumbledore et notre vieille voisine lorsque nous étions petits (tu te rappelles d’elle ?) sont au courant. Je ne pouvais pas en parler à James et, crois-moi, ça a été très difficile de le lui cacher, mais je l’aime trop pour lui faire endurer cela.

 

Pourquoi je te le dis maintenant et par lettre ? C’est assez simple et triste. Si tu lis cette lettre c’est parce que Tu-sais-qui a réussi à me trouver et que je ne suis plus là pour t’expliquer les choses par moi-même. Mais si j’ai fait en sorte qu’il s’écoule autant de temps avant que tu ne sois mis au courant, mon tendre Severus, c’est parce que notre enfant à l’âge d’entrer à Poudlard et il aura besoin de quelqu’un pour le guider.

 

J’ose espérer que tu n’es plus un Mangemort et que tu es redevenu l’homme bon et droit que je connais. Je veux que tu t’occupes de notre fille. Elle s’appelle Sélya et tu trouveras sa photo dans la petite boîte que je t’ai joint avec un de ses chaussons. Je lui ai donné mon nom de famille, mais je l’ai modifié pour qu’on ne fasse pas le rapprochement avec moi.

 

Oh Severus, si tu savais combien je m’en veux… Je t’en prie, prend soin de notre fille car elle n’a plus que toi. Elle mérite d’être aimée et je suis sûre que tu seras un bon père pour elle.

 

Protège-là Severus.

 

De tout cœur, ta Lily… »

 

Comment ne pas être en colère et le plus malheureux des hommes après une telle lecture ? Il ne réalisait pas vraiment que maintenant il savait qui était le père de Sélya, que c’était bel et bien lui. Tout ce qu’il voyait c’était que tout était de sa faute ! Et pire que cela, Dumbledore savait tout depuis le début et il ne lui avait rien dit, rien du tout !

 

L’agitation gagnait toutes les parties de son corps. Dieu sait pourtant que la pièce de théâtre venait de le mettre en garde contre la curiosité. Et maintenant qu’il savait et il ne voulait plus savoir.

 

Et là il percuta vraiment que c’était LUI, le père de Sélya. Lui et lui seul. Personne d’autre. Et il se sentit complètement perdu. Il le savait. En fait, il l’avait toujours su, mais refusait d’y croire par peur de la responsabilité que cela engageait. D’abord, il y avait eu le choix de baguette, comme la sienne. Puis elle avait été envoyée à Serpentard alors que ni Potter ou Black ne faisait partie de cette maison. Il y avait aussi ses yeux qui ressemblaient tellement aux siens… non, il avait vraiment tout eu pour s’en rendre par lui-même.

 

J’ai vraiment été un idiot trop borné, s’affligea-t-il.

 

Quelqu’un frappa à la porte de son appartement.

 

Qui cela peut être ? S’exaspéra-t-il. Ne pouvait-on le laisser en paix ?

 

Il se leva et alla ouvrir la porte. Il se figea en voyant Dumbledore devant lui. Toute sa rage remonta la surface et l’envie subite de lui claquer la porte au nez s’empara de son esprit.

 

- Il faut que je vous parle, Severus, laissez-moi entrer.

- Je ne veux pas vous voir ! Lança-t-il glacialement.

- J’ai des choses importantes à vous dire.

- Que ne l’avez-vous fait plus tôt ?

 

Dumbledore avait le regard triste.

 

- J’en avais fait la promesse à Lily.

 

Rogue ne répondit pas et fit les cents pas dans sa chambre. Dumbledore en profita pour entrer et s’installa dans le canapé du professeur de Potion.

 

- Une promesse, peut-être, mais auriez quand-même dû me le dire ! Siffla-t-il.

- Je suis désolé, Severus. Voulez-vous bien vous asseoir.

- Non !

 

*

 

Pendant ce temps-là, Sélya faisait la fête avec Thomas qui la félicita chaudement.

 

- Tu étais très bien. On y croyait vraiment !

- Merci, dit la petite demoiselle, rose de plaisir. Où est le professeur Rogue ?

 

Elle tourna la tête à droite et à gauche, mais il n’était nulle part. Thomas se rembrunit.

 

Ce qu’elle m’énerve quand elle parle de lui. Qu’est-ce qu’il a d’aussi bien ? Tout le monde le déteste et elle, elle l’admire !

 

- Je ne sais pas, dit-il le visage impassible.

- Je vais prendre un verre de Jus de Citrouille, tu en veux ?

- Non.

 

Sélya se leva alors et partit en direction du buffet, mais elle bifurqua avant d’arriver à destination et prit la direction des cachots.

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