Interdit d'Aimer

Chapitre 18 : Le désespoir de Sélya

Par Fleurdesoie

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Chapitre 18 : Le désespoir de Sélya

 

 

Seuls ces quelques pas empêchaient son esprit de se briser en mille morceaux. Dumbledore avait bien compris l’agitation qui s’emparait du professeur Rogue et se tenait donc tranquillement sur le canapé, attendant que celui-ci se calme.

 

Il ne savait pas ce qu’il supportait le moins : qu’on lui ait caché la vérité pendant si longtemps ou qu’il l’apprenne maintenant ? Fatigué de tourner en rond, il vint enfin s'asseoir sur un autre canapé, apparu comme par magie.

 

- Mais qu’est-ce qui vous dérange tant ? Tenta Albus.

- Vous ne pouvez pas comprendre, répondit Severus profondément abattu.

- Je peux toujours essayer, proposa-t-il.

- Je ne peux pas l’aimer ! déclara le maître des potions froidement. Je ne peux pas faire ça à Sélya. Elle ne doit jamais savoir que je suis… (Les mots eurent du mal à passer) son père. Vous m’entendez ? Gronda-t-il.

 

Dumbledore ne s’était pas attendu à cette réponse qui le laissa sans voix. Il avait toujours pensé que Rogue ne reconnaîtrait jamais sa paternité, mais il avait tout faux dans cette affaire. Depuis le début, il avait naïvement imaginé que Rogue chercherait tous les moyens pour démontrer que ce n’était pas lui. Et cependant, c’était le contraire qui se déroulait sous les yeux du directeur. Tout son plan était un échec, d’autant plus que Sélya était à la porte de l’appartement qui ne s’était pas refermée. Elle venait d’entendre les paroles de Severus et se figea sur place.

 

Elle ferma les yeux et se laissa glisser contre la paroi du bureau privé du professeur de potion.

 

J’avais raison ! Mes parents m’ont abandonné parce qu’ils ne m’aimaient pas !

 

Elle se mit à pleurer silencieusement.

 

Pourquoi faut-il que ce soit lui ?

 

- Pourquoi vous ne pouvez pas l’aimer ? Demanda subitement Dumbledore.

- Je ne le veux pas !

 

S’en était trop pour la petite fille qui se releva et prit la fuite, ses larmes lui bouchant la vue. Elle courut, courut et percuta de plein fouet quelqu’un. Elle manqua de peu de s’étaler sur le sol dur et froid des cachots, mais la personne la rattrapa.

 

- Sélya, ma Sélya, qu’est-ce qui ne va pas ?

 

La petite releva la tête et vit qu’elle se trouvait devant Thomas qui était parti à sa recherche en ne la voyant pas revenir. Elle avait les yeux mouillés de larmes et son visage était blanc comme un linge. Le jeune homme sentit alors son estomac se contracter d’angoisse et serra un peu plus son amie.

 

- Viens, un peu d’air frais te fera du bien. Ensuite tu me raconteras ce qui s’est passé.

 

S’il lui a fait du mal je le tue, ajouta-t-il pour lui-même, car ça ne faisait aucun doute dans son esprit, que Sélya était partie voir leur professeur de potion. Il la conduisit avec une profonde douceur dans le parc du château, près du lac comme la dernière fois. Puis il la fit asseoir dans l’herbe fraîche, à demi-gelée et s’installa derrière elle pour l’entourer de ses bras. Il se comportait comme un amoureux, mais à onze ans, était-ce normal ?

 

La petite demoiselle pleura beaucoup. La nouvelle qui aurait dû la réjouir le plus au monde venait de lui briser le cœur et pourtant elle n’arrivait pas à ressentir de la colère pour son professeur de potion. Alors, elle pleurait, plus perdue que jamais dans les méandres de la vie.

 

*

 

Pendant ce temps-là, Dumbledore n’en revenait toujours pas de ce que Rogue venait de lui dire. Se pouvait-il que son professeur de potion soit sans cœur ? Non, ce ne pouvait-être la vraie raison.

 

- Il y a une grande différence entre vouloir et pouvoir. Êtes-vous sûr de ce que vous venez de me dire ? Demanda-t-il sévèrement.

- Absolument, répondit Severus, plus malheureux que jamais à cause d’une stupide décision qu’il avait prise, il y a longtemps de cela.

- Mais enfin pourquoi ? Répliqua Albus, incrédule.

 

Severus tourna la tête et contempla le feu. Comment expliquer au directeur qu’à chaque fois qu’il avait aimé une personne, celle-ci avait disparu ? Cela avait commencé avec sa mère, puis cela avait été le tour de Lily. Ce jour de Juillet, il avait décidé de ne plus jamais aimer personne.

 

Mais ce sera différent pour la fille de Lily, même si pour cela, je dois vivre loin d’elle !

 

- Je n’ai pas le droit d’aimer, dit-il le regard malheureux.

- Oh cessez ces foutaises ! Tonna le professeur Dumbledore en se levant du canapé de cuir noir. J’ai déjà vu ces inepties dans votre journal et je vous assure que c’est du grand n’importe quoi ! Sous prétexte que vous avez perdu des gens que vous aimiez, vous croyez que vous ne pouvez plus le faire. Mais vous vous trompez Severus. Cela n’a rien à voir avec ça. Vous avez juste peur !

 

Le professeur était resté de marbre durant toute la diatribe du directeur et il n’avait retenu qu’une seule chose.

 

- Vous avez lu mon carnet ? Rugit le professeur Rogue. Vous n’en aviez pas le droit !

 

Il se leva et sortit sa baguette, prêt à attaquer.

 

- Attention à ce que vous faîtes, Severus.

 

Dumbledore sortit lui aussi sa baguette, mais il la posa sur ses genoux en se rasseyant.

 

- Quand est-ce que vous avez fait cela ? Et comment connaissiez-vous son existence ?

- C’est assez simple, répondit-il innocemment, mais ses yeux restaient concentrés sur son interlocuteur. Quand je suis allé chez vous cet été, il était ouvert sur la table basse de votre salon et je n’ai pu m’empêcher d’y jeter un coup d’œil.

 

Rogue ouvrit de grands yeux. Comment avait-il pu louper un détail pareil ? Il regarda son directeur avec suspicion puis chercha dans ses pensées s’il avait effectivement fait cela, mais il n’arrivait pas à s’en souvenir.

 

- Vous mentez ! S'exclama-t-il.

- Vous voulez que nous regardions dans ma mémoire pour vérifier ?

 

Rogue fut pris au dépourvu par la réponse. Il se tut pendant quelques secondes puis il estima que le directeur ne lui ferait pas une telle offre s'il ne disait pas la vérité.

 

- Non, cela ira. Je vous crois, dit-il sur un ton d'excuse.

 

Quel imbécile, je suis ! Pesta-t-il contre lui-même quand une autre question lui vint à l'esprit.

 

- Pourquoi l'avoir montré à la petite ? Car je sais que vous l'avez fait exprès.

- Parce que je savais bien que vous n'aviez pas ouvert le paquet que je vous avais fait parvenir. Puis, comme Rogue haussait un sourcil, Dumbledore ajouta précipitamment : j'avais jeté un sort dessus pour savoir si vous alliez l'ouvrir. Donc, reprit-il, il fallait que je trouve un moyen pour vous mettre sur la voie...

 

Rogue leva les yeux au ciel. Cela semblait si évident maintenant qu'il connaissait la vérité et pourtant, cela ne faisait qu'augmenter son impression d'avoir été manipulé.

 

- Alors, qu'allez-vous faire concernant Sélya? Demanda, à nouveau, Albus, le regard flamboyant.

 

Est-ce qu'il a raison ? Est-ce que je m'interdis d'aimer parce que j'ai peur ? Peur de la perdre ? Peur qu'elle me rejette comme les autres m'ont toujours rejeté ?

 

Il se sentait complètement perdu et ne savait pas quelle décision prendre.

 

J'ai une fille... ces simples mots résonnaient dans sa tête en boucle. Malgré tout ce que cela voulait dire, il n'arrivait pas à voir Sélya en tant que telle. Il avait besoin de temps pour assimiler cette notion, mais c'est exactement ce qu'il n'avait pas. Dumbledore le fixait de ses yeux bleus et semblait suivre le cours de sa pensée.

 

*

 

Au même moment, à quelques centaines de mètres de là, près du lac, Sélya était toujours lovée dans les  bras de Thomas. Elle avait fini par arrêter de pleurer, mais elle avait le cœur lourd. Elle n'osait même pas raconter ce qu'elle avait entendu de peur que prononcer ces mots n’ancrent avec un peu plus de force la vérité dans sa petite tête. Elle en était venue à penser qu'elle ne méritait pas d'être aimée puisque son propre père lui refusait ce droit.

 

- Qu'est-ce qui se passe dans ta tête petite Sélya ? Pourquoi ne me parles-tu pas ? Pourquoi restes-tu muette à mes propositions alors que je suis le seul à être là pour toi ?

- Peut-être qu'elle ne t'aime pas, dit une voix dans sa tête.

- Il faut que tu lui demandes, dit une autre voix.

- Non, je ne veux pas !

- Tu dois le faire !

 

Alors, Thomas prit Sélya par les épaules et força la petite à se retourner pour lui faire face.

 

- Dis-moi que tu m'aimes, implora-t-il.

 

La petite fixa son regard dans celui de son ami et crut y voir une drôle de lueur.

 

Pourquoi est-ce qu'il me demande ça ? Pensa-t-elle tristement.

 

- Ce n'est pas le moment, répondit-elle d'une petite voix.

- S'il te plait, répond-moi !

 

La petite soupira. Elle appréciait la compagnie de Thomas, c'était un bon ami, mais elle ne l'aimait pas. Comment aurait-elle pu aimer alors que personne ne l'aimait, elle ?

 

- Non, murmura-t-elle.

 

- Tu vois, tu vois ! Elle s'est jouée de toi, s'écria une voix aiguë dans la tête de Thomas.

- Elle t'a trahi, susurra la seconde.

- Tu dois la punir, reprit la première.

- Tue-la, hurlèrent-elles en cœur.

 

Thomas se mit les mains sur la tête pour essayer de les faire taire, mais il n'y avait rien à faire. Les voix martelaient sa tête, de plus en plus fort. Il essaya une dernière fois de se maîtriser, mais en vain. Il prit sa baguette et avant même que Sélya ne réagisse, il lui lança un maléfice du saucisson.

 

La petite eut juste le temps d'écarquiller les yeux de stupeur avant que ses membres ne se collent à son corps et qu'elle ne tombe à la renverse. Elle était encore capable de penser et ses yeux pouvaient bouger. Elle aperçut Thomas qui s'était levé et se penchait au-dessus d'elle. Il avait un regard dément qui lui glaça le sang.

 

Mon dieu, mais que se passe-t-il ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

 

Elle essayait de parler, mais aucun son ne pouvait sortir de sa bouche. Thomas leva de nouveau sa baguette, la pointa sur la petite et murmura d'une voix grave qui ne lui ressemblait pas :

 

- Wingardium Leviosa.

 

Sélya se sentit alors transportée dans les airs. Elle fit tout ce qu'elle pouvait pour se débattre, mais c'était impossible. Elle hurlait dans sa tête, pleurait sans qu'aucune larme ne coule de ses yeux. La peur l'envahit totalement pendant que Thomas la faisait léviter au-dessus du lac.

 

Faites qu'il ne me lâche pas, supplia-t-elle. Je ne sais pas nager.

 

Alors, le jeune garçon abaissa sa baguette et Sélya amorça sa descente vers le lac, horrifiée par ce qui s'apprêtait à arriver.

 

Adieu, petite Sélya. Puisses-tu m'aimer dans l'au-delà, pensa Thomas avant de se détourner.

 

Au-même moment la jeune fille atteignit la surface du lac et commença à couler. D'abord, ses jambes s'engouffrèrent dans l'eau glacée du mois de décembre.

 

Je vais mourir noyer ! Au-secours !

 

Mais ses tentatives étaient vaines à cause du maléfice. Elle ne pouvait bouger. Puis son buste entra dans l'eau. Elle prit une profonde inspiration et ferma les yeux, envoya ses dernières pensées à son père, à qui elle n'avait pas eu le temps de dire qu'elle l'aimait.




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