Interdit d'Aimer

Chapitre 20 : Permis d'aimer

Catégorie: M

Dernière mise à jour 10/11/2016 06:56

Chapitre 20 : Permis d’Aimer

 

Riche de ces nouveaux souvenirs, Severus était retourné auprès de Sélya à l’infirmerie. Elle n’avait pas bougé d’un pouce. Il vint s’asseoir sur un autre lit qui se trouvait près de celui de la petite demoiselle et la regarda dormir. Ses longs cheveux roux entouraient son petit visage qui avait retrouvé un peu de couleurs.

 

Il resta ainsi pendant un temps qui lui parut infiniment long et même lorsque la fatigue se fit sentir un peu plus, il refusa de s’abandonner à elle. Il voulait absolument être présent lorsqu’elle sortirait de son sommeil sans rêve.

 

Quand la matinée fut bien avancée, Sélya s’éveilla enfin, tout doucement. Elle n’ouvrit pas tout de suite les yeux, par peur de ce qu’elle allait découvrir. Je dois être morte. Personne n’a pu me sauver et je suis en enfer.  Mais au même moment, elle entendit des voix autour d’elle. Au début, elles disaient des choses incompréhensibles puis, petit à petit, les mots prirent du sens :

 

- Madame Pomfrey, elle se réveille, s’écriait un homme.

 

Alors, Sélya comprit qu’elle n’était pas morte et qu’elle devait être à l’infirmerie de Poudlard. Elle sentit la peur se déverser dans tout son être. Quelqu’un se pencha au-dessus d’elle ce qui l’effraya un peu plus malgré ses yeux fermés.  Elle aurait voulu se mettre à crier, mais les mots ne voulaient pas sortir. Et si c’était Thomas ?

 

- Calme-toi, dit l’homme.

 

Je connais cette voix. Oui. Je l’ai déjà entendue quelque part. Mais la peur l’empêchait de réfléchir correctement. Ce n’est pas celle de Thomas, j’en suis sûre. Elle entrouvrit ses yeux noirs de quelques millimètres pour voir qui lui parlait et reconnut, aussitôt, le professeur Rogue. Alors, sans réfléchir, elle se jeta contre sa poitrine tout en pleurant.

 

Severus entoura sa petite fille de ses bras et la laissa pleurer. Ma pauvre petite Sélya. Il leva une de ses mains et la posa sur les cheveux roux pour les caresser et tenter de la rassurer.

 

- Papa, murmura-t-elle, en le serrant un peu plus fort, de peur qu’il ne s’éloigne.

 

Severus se raidit. J’ai dû mal entendre ! Elle ne peut pas savoir…

 

Sentant son père se contracter, Sélya crut qu’il allait la laisser.

 

- Ne me laisse pas ! supplia-t-elle.

 

Mais enfin, comment sait-elle ? Malgré sa stupéfaction, il ne relâcha pas son étreinte, car la plainte de Sélya lui déchirait le cœur. La porte du bureau de Madame Pomfrey grinça au même instant et Severus eut un mouvement de recul. Il ne tenait pas à étaler sa vie privée devant qui que ce soit, même s’il savait que l’infirmière n’était pas du genre à bavarder.

 

Sélya le laissa s’écarter en réprimant un sanglot puis elle regarda Madame Pomfrey qui s’approchait d’elle. L’infirmière lui prit ses constantes puis, comme tout allait bien, elle repartit dans son bureau. Sélya en profita pour s’allonger sur son oreiller tout en tournant le dos à son professeur. Les paroles brutales de Severus lui étaient revenues à l’esprit et son attitude semblait démontrer à la petite demoiselle qu’il n’avait pas changé d’avis. Elle n’avait pas compris qu’il ne l’avait lâchée que parce que l’infirmière était entrée…

 

Ce retournement de situation laissa le maître des potions profondément confus. Un coup elle refuse de me lâcher puis, sans prévenir, elle me tourne le dos ? Par la barbe de merlin, les enfants sont vraiment des êtres bizarres. Il se retira donc sur le lit d’à côté, la mine vexée et le regard pensif.

 

Sélya serra un peu plus la couverture autour de ses épaules et se mit à pleurer silencieusement. Pourquoi est-il là, s’il ne m’aime pas ? Finalement, elle regretterait presque de ne pas être restée au fond du lac. Mais au fait, comment est-ce qu’ils ont fait pour me trouver ? Et Thomas, est-ce qu’ils savent que c’est lui qui m’a fait ça ? La petite sentit de nouveau la peur la submerger et pleura de plus belle. Malgré la présence de la personne qu’elle aimait le plus au monde, elle se sentait trop seule.

 

Rogue, qui ne parvenait pas à comprendre comment la petite pouvait être au courant de leur lien de parenté, perçut un reniflement et comprit que sa fille était en train de pleurer. D’un bond, il se mit sur ses pieds et contourna le lit pour faire face à la petite demoiselle qui sursauta en le voyant arriver si près.

 

Elle esquissa une vaine tentative pour se cacher, mais il fut plus rapide qu’elle, l’obligeant à se redresser et à le regarder.

 

- Pourquoi pleures-tu, petite Sélya ? Dit-il doucement.

- Parce que vous ne m’aimez pas ! Lui lança-t-elle avec un regard noir.

- Mais enfin, qui t’a dit une chose pareille ? S’exclama-t-il sidéré par cette réponse.

- Oh, vous ne niez même pas, gémit-elle avant que de nouvelles larmes inondent son visage.

 

Le cœur de Severus se serra, mais il resta là, devant elle, sans bouger. Mais enfin, qu’est-ce que tu attends pour démentir ? Se reprocha-t-il avec force. Il avança son visage près de Sélya puis, d’une main, il lui releva son menton permettant ainsi à leurs yeux noirs de se croiser.

 

- Je t’aime petite Sélya.

 

La petite demoiselle sentit alors son cœur se gonfler de bonheur tandis que celui de Rogue se remplissait de tout l’amour dont il était capable. Il sortit sa fille de son lit avant de la prendre dans ses bras et de lui faire le plus long câlin du monde.

 

C’est ainsi que Dumbledore les trouva, lorsqu’à l’heure du déjeuner, il vint s’enquérir de ses deux protégés. Cette vision lui arracha une petite larme de bonheur et un grand sourire radieux se dessina sur son visage. Il hésita à les déranger, mais il voulait parler à Sélya de ce qu’il lui était arrivé. Il toussota pour manifester sa présence que les deux autres n’avaient pas perçue tellement ils étaient concentrés sur leur petit monde. Comme Rogue lui tournait le dos, ce fut Sélya qui reconnut d’abord leur charmant directeur et qui s’exclama d’une voix joyeuse :

 

- Professeur Dumbledore !

 

Rogue se dépêcha de lâcher la petite demoiselle, embarrassé de s’être fait surprendre dans une telle position.

 

- Qu’y a-t-il ? Demanda-t-il froidement.

- Je venais voir si tout se passait bien, répondit Albus avec un petit clin d’œil.

- Oui, tout va bien, déclara le maître des potions avec mauvaise humeur.

- Tant mieux. J’ai quelques questions à poser à miss Svanes si vous le voulez bien.

- Faites comme bon vous semble, maugréa-t-il.

 

Il allait s’écarter de Sélya pour laisser la place au directeur quand celle-ci le retint.

 

- Ne me laissez pas, implora-t-elle.

- Vous pouvez rester là, Severus, dit calmement Albus.

 

Alors, Rogue s’exécuta. De toute façon, il n’aurait pas pu résister au regard implorant de Sélya. Il la remit dans son lit avant de s’asseoir auprès d’elle. Quant à Dumbledore, il fit apparaître un confortable fauteuil et s’installa dedans.

 

- Je voudrais savoir ce qui s’est passé près du lac, la nuit dernière.

 

La petite demoiselle baissa la tête, peu enchantée à l’idée de devoir revivre ce douloureux moment. Rogue, commandé par son instinct, lui prit une de ses petites mains dans la sienne ce qui la rassura et lui donna le courage nécessaire pour tout leur raconter. A la fin de son récit, elle vit l’expression horrifiée de Severus et celle compatissante du directeur. Elle se sentait soulagée de leur avoir parlé et quand Dumbledore lui apprit que Thomas ne pourrait plus lui faire du mal, cela l’apaisa un peu plus.

 

- Encore une question, miss Svanes. Vous ne vous souvenez pas de la façon dont vous êtes sortie du lac ?

 

La fillette secoua la tête négativement. Elle qui croyait que c’était Severus qui l’avait sauvée, mais la vérité était ailleurs…

 

Albus les quitta peu après, mais il ne manqua de leur faire préparer un succulent repas dont ils se régalèrent l’un et l’autre. Une question continuait pourtant de trotter dans la tête de Severus et il ne put s’empêcher de la poser.

 

- Comment sais-tu pour… nous deux ? Demanda-t-il timidement.

 

Les joues de Sélya s’empourprèrent en se rappelant qu’elle l’avait appris en écoutant aux portes, même si c’était totalement involontaire. Elle lui expliqua alors comment elle était partie à sa recherche en ne le voyant pas après le spectacle.

 

Comprenant ce qui avait dû se passer, Severus interrompit la petite demoiselle :

 

- Tu as tout entendu ?

 

Sélya acquiesça en baissant la tête. Tu n’es vraiment pas malin quand tu t’y mets, s’insurgea-t-il. Il releva, d’une main tendre, la tête de sa petite fille et plongea son regard désolé dans le sien.

 

- Je suis désolé que tu aies entendu ça. Je voulais te protéger…

 

Pour toute réponse, Sélya afficha un sourire radieux et se jeta de nouveau contre sa poitrine, le cœur battant la chamade. Il m’aime ! Papa m’aime ! Severus eut l’impression de sentir des ailes lui pousser dans le dos.

 

- Elle a vraiment réussi à me changer, n’est-ce pas ? Se dit Rogue.

- Oui et c’est une bonne chose, répondit sa petite voix intérieure.

 

Jamais il n’aurait pu croire qu’il avait droit au bonheur, à ce bonheur. Et pourtant, Lily avait rendu cela possible. C’était vraiment une femme merveilleuse.

 

Severus passa le reste de l’après-midi avec Sélya sans toutefois reparler de l’accident ou de leur lien de parenté. A un moment, la petite demoiselle avait fini par se rendre compte que son professeur ne l’avait pas vouvoyée depuis son réveil et elle s’en réjouit si bruyamment qu’il dut la menacer de revenir à la méthode d’avant pour qu’elle se calme.

 

- Moi aussi je peux vous tutoyer ? Demanda-t-elle pleine d’espoir.

 

Le jeune papa considéra un moment la question. Il avait encore du mal à accepter d’être tutoyé même si lui, le faisait bien. C’était tout nouveau pour lui et il allait falloir qu’il s’y habitue : alors maintenant ou plus tard, ça ne changeait guère le résultat.

 

- Oui, tu peux.

 

En revanche, elle ne lui demanda pas si elle pouvait l’appeler « papa ». Même si c’était un fait, elle continuait à le voir comme son professeur de potion. Il en fut soulagé parce que le tutoiement était déjà difficile, il ne fallait pas tout faire d’un coup.

 

- Tu restes manger avec moi ?

- Je ne sais pas. Il faut bien que j’apparaisse dans la Grande Salle, sinon les élèves vont se demander où je suis.

- Tu n’as qu’à leur dire que tu es avec moi ! dit-elle la mine boudeuse.

- Je préfère garder le secret sur notre lien de parenté, répondit-il sur un ton complice.

- Pourquoi ?

- Parce qu’ils savent sûrement que tu es à l’infirmerie et certains ne pourront s’empêcher de faire le rapprochement avec moi, dit-il avec une pointe d’agacement.

 

Sélya se renfrogna mais n’insista pas.

 

- Mais tu viens me voir après ?

 

Elle joignit ses petites mains et plongea son regard suppliant dans celui de son papa.

 

- S’iiiillll te plaiiiiit !

 

Severus ressentit une nouvelle émotion qu’il n’avait jamais connue jusqu’à présent : son cœur était en train de fondre face à cette vision.

 

- Oui, souffla-t-il, incapable de répondre quoi que ce soit d’autre.

 

Puis il quitta l’infirmerie, non sans lancer un regard tendre vers la petite demoiselle qui lui faisait signe de la main. Il arpenta les couloirs déserts : tout le monde devait déjà être parti manger. Il se dépêcha et entra discrètement. Alors que Severus allait s’asseoir près du professeur de sortilège, Dumbledore lui fit signe de prendre place à ses côtés.

 

- Comment va-t-elle ? Demanda-t-il au maître des potions.

- Bien. Je pense qu’elle se remet de son « accident ».

- Je viens d’avoir des nouvelles de Floyd.

 

Rogue émit un grognement. Que ce nom était déplaisant à ses oreilles. Après ce qu’il avait fait à Sélya, il se moquait pas mal de ce qui pouvait lui arriver.

 

- Vous devriez lire cette lettre que vient de me faire parvenir le psychiamage de Sainte Mangouste.

- Qu’est-ce que vous voulez que ça me fasse ? Murmura-t-il à l’oreille du directeur avec mécontentement.

 

Il prit le papier que lui tendait Albus et l’envoya valser un peu plus loin sur la table.

 

- Vous avez tort de réagir ainsi, lui reprocha le directeur.

 

Mais, de cela aussi, il s’en moquait. Ce gamin avait quand-même essayé de tuer Sélya, oui ou non ?

 

- C’est vous qui avez tort de chercher des excuses à tout le monde, s’emporta-t-il.

 

Dumbledore soupira. Rogue était vraiment un personnage borné quand il le voulait. Floyd avait, certes, fait quelque chose de très grave, mais Albus ne cherchait pas du tout à trouver des excuses pour lui. Cet enfant avait des circonstances atténuantes qui lui étaient propres. Si le professeur de potion prenait la peine de lire la lettre qu’il venait juste de lui confier, il aurait vu que le garçon avait été battu, lui et sa mère, durant toute son enfance et par son propre père. Ce genre de sévices laisse forcément des marques, parfois superficielles, parfois profondes au point de bouleverser toute une vie.

 

- Au fait, vous avez trouvé qui avait sauvé Svanes ?

 

Sa voix avait retrouvé son calme, toutefois, il préférait éviter de prononcer le prénom de Sélya en public.

 

- J’ai bien une idée mais, ce n’est qu’une hypothèse.

- Dites toujours…

- Eh bien, je ne pense pas que ce soit un élève de l’école car il serait venu avertir un professeur.

- Sauf s’il avait peur de se faire accuser, objecta Severus.

- C’est possible, admit le directeur, mais je ne le pense pas. Non, en fait, je pense que ce sont soit les êtres de l’eau, soit le calmar…

- Le calmar ? Vous n’y pensez pas sérieusement !

- Mon cher professeur, vous seriez surpris de voir ce que ce calmar peut faire.

 

Rogue haussa les épaules. Finalement, cela lui importait peu. Encore, si cela avait été un élève, peut-être qu’il l’aurait remercié. Et encore… mais il ne s’abaisserait pas à ça pour une créature magique.

 

Après le repas, il rejoignit la petite Sélya comme il le lui avait promis mais lorsqu’il arriva, il s’aperçut qu’elle n’était pas toute seule : deux élèves l’entouraient, mais il ne voyait pas encore qui ils étaient.

 

Comme ils ne l’avaient pas entendu entrer, il put aisément se cacher derrière un rideau qui entourait un lit non loin de celui de Sélya et il se mit à écouter.

 

- Tu nous as fait une sacré peur quand on ne t’a pas vue ce matin, disait une voix de fille.

 

A moi aussi, pensa Rogue.

 

- Je suis désolée Martha. Mais tout ça c’est la faute de Thomas…

- Celui-là alors ! Je t’avais dit de te méfier de lui, la réprimanda Martha.

 

Derrière son rideau, le directeur de Serpentard grimaça, car il venait de comprendre que ces deux élèves, amis de sa fille, ne faisaient sûrement pas partis de sa maison. En même temps, il convint que miss Rose disait des choses parfaitement sensées.

 

- Peut-être qu’elles devraient rester amies, songea-t-il.

- Gryffondor et Serpentard amis ? Tu divagues mon pauvre Severus, s’exclama sa voix intérieure.

 

La voix de Martha, qui s’élevait de nouveau, coupa court à sa réflexion.

 

- Le grand méchant loup est venu te voir ? S’informa la jeune fille brune.

 

Rogue serra les dents d’entendre une chose pareille car il savait que miss Rose parlait assurément de lui.

 

- Ne l’appelle pas comme ça ! exigea Sélya avec un peu trop de vigueur, ce qui lui valut un regard soupçonneux de Martha. Et puis d’abord, pourquoi veux-tu qu’il passe me voir ?

 

Rogue ressentit une profonde reconnaissance pour sa petite fille, de l’avoir défendu.

 

- Il n’a pas assuré ses cours de la journée alors qu’on est encore Vendredi.

 

Aille. C’était vrai. Il avait été trop préoccupé par Sélya pour faire ses cours, mais il n’avait pas pensé alors que quiconque ferait le rapprochement entre lui et la petite demoiselle. Tu aurais dû faire plus attention !

 

- Il avait sûrement mieux à faire. Et puis, non, il n’est pas venu me voir, dit Sélya d’une voix assurée.

- Bon, on va te laisser te reposer, dit Martha en embrassant son amie.

- Fais attention à toi Sélya ! lui dit Clo puis il l’embrassa sur la joue à son tour.

 

Sur ces mots, ils quittèrent leur amie pour retourner dans leur salle commune. Severus put ainsi quitter sa cachète et se présenta devant Sélya. Celle-ci ouvrit la bouche en un « o » de surprise.

 

- Vous avez… t… tout… entendu ? Bégaya-t-elle. Elle avait retrouvé le vouvoiement à cause de la peur d’être grondée.

- Oui et je suis fier de toi, dit-il en posant une main apaisante sur son épaule.

- Vous ne m’en voulez pas de continuer à voir des amis qui ne sont pas à Serpentard ? Demanda-t-elle avec inquiétude.

- Hum… Tant que tu ne le fais pas devant tout le monde… commença-t-il mais, il n’eut pas le temps de finir sa phrase que Sélya sortait de son lit et lui sautait au cou.

 

*

 

Il la laissa, un peu plus tard dans la soirée, en lui promettant de revenir le lendemain avant d’aller prendre son petit déjeuner. Elle devait se reposer et il dut bien avouer que lui aussi, mourait de fatigue. Il avait hâte de rejoindre son lit. Il prit donc le chemin des cachots et entra dans son bureau où il trouva la lettre du psychiamage.

 

- Dumbledore n’abandonne jamais, pensa-t-il tout haut.

 

Il hésita pendant quelques secondes puis il s’installa finalement à son bureau et commença sa lecture :

 

« Monsieur le directeur de Poudlard,

 

Nous avons procédé, dès ce matin, à tous les examens nécessaires pour déterminer la pathologie dont souffre Monsieur Floyd. Je suis au regret de vous annoncer que nous avons clairement identifié une schizophrénie avec délire érotomaniaque* et délire de persécution.

Nous avons, d’ors et déjà, commencé à lui donner un traitement qui, s’il s’avère efficace, lui permettra de retourner dans votre école. A priori, s’il prend correctement tous les médicaments que nous lui prescrivons, il sera tout à fait inoffensif pour les autres et pour lui-même… »

 

* (note pour les lecteurs)  Délire érotomaniaque : le patient croit qu’il est aimé d’une personne et que la plupart des gestes de cette personne sont des informations implicites pour lui démontrer qu’elle l’aime, sauf que cet amour n’existe que dans la tête du patient. 

 

Rogue ne prit pas le temps de lire la suite de la lettre et la jeta sur son bureau.

 

- Non mais j’hallucine ? Ce fou ne va pas revenir parmi nous ? « A priori ». Par la barbe de merlin, je leur en donnerais moi des « a priori ». Ce n’est pas leur enfant qui a été victime d’un fou ! jura-t-il. Et après ça, Dumbledore veut que je lui trouve des circonstances atténuantes. Il me prend vraiment pour un sot !

 

Il serait bien allé, tout de suite, dire sa façon de penser au directeur, mais il se sentait trop épuisé. Il donna le mot de passe au serpent et entra dans ses appartements. Il se déshabilla rapidement et se mit au lit où il s’endormit en quelques minutes.

 

*

 

Il se réveilla quelques heures plus tard avec l’impression d’être frai et dispo. Pourtant, le jour ne s’était même pas levé. Son corps fut parcouru d’un frisson, ce qui l’obligea à ramener un peu plus sur lui, ses couvertures. Mais il n’arrivait pas à retrouver le sommeil. Une mystérieuse impulsion s’était emparée de lui et n’aurait de cesse de l’importuner jusqu’à ce qu’il ne se lève et ne l’assouvisse.

 

Il attrapa son petit carnet noir qui se trouvait sous son oreiller, puis il se rendit dans son bureau privé. Il essaya, tant bien que mal, de s’installer confortablement, mais il faisait passablement froid dans les cachots. Ses jambes se mirent à trembler, cependant il fit de son mieux pour les contrôler tout en déposant le carnet noir devant lui. Ensuite, il attrapa une plume et déboucha une petite bouteille d’encre. Malgré le froid, son esprit était brûlant de millions de pensées qui ne demandaient qu’à s’exprimer.

 

Alors, il trempa sa plume dans l’encre et commença à coucher les mots sur le papier. Une demi-heure plus tard, une immense satisfaction se répandit dans tout son être. Il relut avec une profonde attention, ces suites des signes et de lettres qui l’avaient obligé à se réveiller :

 

« Je suis une ombre,

Qui se cachait dans le noir,

Pour ne pas que son cœur sombre

Dans la fraicheur du soir.

 

Mais le destin en a décidé autrement

Car tu m'es apparue insidieusement.

 

Nous avons appris à nous connaitre

Et un nouveau sentiment a rempli mon être.

Maintenant je veux tout t'apprendre, tout te transmettre

Pour sentir ton cœur en fête et ton sourire naître.

 

Tu as réussi à me percer

Et je ne peux plus m'empêcher de t'aimer.

 

De ton amour et ton soutien, j'ai besoin

Pour chasser les ombres très loin.

Même si je n'entends pas le son de ta voix

Je chavire assez comme cela.

 

Je ferai de mon mieux

Pour que nous soyons heureux.

 

Je ne veux plus être loin de toi

Alors, ne m'oublie pas,

Car moi je ne peux faire aucune trêve,

Je pense à toi jusque dans mes rêves. »

 

Severus referma doucement le petit carnet noir et reboucha la bouteille d’encre. Ensuite, il se leva et retourna dans son lit pour y terminer sa nuit. Aucune impulsion ne viendrait plus le troubler, du moins, c’était ce qu’il pensait. Mais une heure plus tard, il fut réveillé par quelques coups sourds. Quelqu’un venait de frapper à la porte de son appartement.

 

Il s’empressa de sortir de son lit et d’attraper une robe de chambre, puis il alla ouvrir. Madame Pomfrey se trouvait là et elle n’avait pas l’air très à l’aise.

 

- Il est arrivé quelque chose à Sélya ? Demanda-t-il alarmé.

- Oui et non… commença l’infirmière.

 

Rogue la prit par les épaules et plongea son regard noir dans celui de Madame Pomfrey qui se sentit un peu plus effrayée.

 

- Comment ça « oui et non » ?

- Lâchez-moi et je vous le dirais !

 

Il la lâcha aussitôt, mais ne la quittait pas des yeux.

 

- Elle est en plein cauchemar et ne réclame que vous.

 

Severus se détendit un peu.

 

- Excusez-moi, dit-il. Je vous suis.

 

Il emboîta alors le pas à l’infirmière et tous deux se rendirent rapidement à l’infirmerie. Des cris d’effroi résonnèrent à leurs oreilles bien avant qu’ils fussent entrés. Le professeur de potion se précipita sur Sélya qui se débattait dans son lit contre une force invisible. Heureusement qu’elle n’a pas sa baguette, pensa Severus avec un certain soulagement.

 

- Severus ! Papa ! Severus ! Papa ! hurlait la petite demoiselle sans cesse.

 

Le jeune papa se figea. Que dois-je faire ? La dernière fois qu’elle avait eu une crise pareille, il l’avait stupéfixée, mais il ne pouvait pas recommencer. La prendre dans mes bras ? Il hésita parce qu’il y avait l’infirmière qui se tenait juste derrière lui.

 

- Laissez-moi seul, exigea-t-il en se retournant vers Madame Pomfrey qui lui jeta un regard inquisiteur. Voyons ! Je ne vais pas lui faire de mal, s’indigna-t-il.

 

Alors, l’infirmière les laissa seuls et retourna se coucher dans son propre lit. Dès qu’elle eut quitté la pièce, Severus s’assit aux côtés de Sélya, puis il la saisit délicatement. Ce ne fut pas chose facile car elle continuait à se débattre sans savoir que c’était contre la personne qu’elle appelait à l’aide. Rogue emprisonna les mains de la fillette dans l’une des siennes, l’autre lui servant à la maintenir ferme contre lui.

 

- Sélya, réveille-toi. Tu ne crains plus rien. Je suis là, murmura le jeune papa à l’oreille de sa fille.

 

Enfin, la petite demoiselle arrêta de gigoter. Elle ouvrit les yeux et releva la tête pour voir qui la maintenait ainsi. En s’apercevant que ce n’était autre que Severus, elle baissa la tête et referma ses yeux. Il est venu me sauver, pensa-t-elle, car elle venait de revivre en pensées ce qui s’était passé la nuit précédente.

 

Severus, la sentant se détendre contre sa poitrine, relâcha ses petites mains et se mit à la bercer pour qu’elle se rendorme. Il lui fallut plusieurs heures, car à chaque fois qu’il la croyait endormie et s’apprêtait à la quitter, elle se réveillait en criant et il devait alors revenir près d’elle pour la rassurer.

 

Quand il put enfin la quitter, l’aube s’était déjà levée. Inutile de retourner me coucher, pensa-t-il avec amertume. Tant pis, j’ai quand-même réussi à dormir quelques heures. Puisqu’il n’allait pas regagner son lit, il décida d’aller s’habiller puis de monter voir Dumbledore. Mais comme il était un peu tôt, il prit le temps de prendre une douche. Cela lui permit de réfléchir à ce qu’il allait dire et d’énoncer le tout sans s’énerver.

 

Ainsi, une heure plus tard (la douche avait duré plus longtemps que prévu…), il toquait à la porte du bureau de Dumbledore qui l’invita à entrer. Le directeur n’avait pas l’air particulièrement jovial en ce matin de décembre.

 

- Je vous attendais, annonça-t-il sans préambule.

 

Cet accueil surprit beaucoup le jeune papa qui se mit à reconsidérer le but de sa visite.

 

- Vous vouliez me parler ? Demanda prudemment Rogue.

- Non. Mais je pressens que vous êtes là à cause de la lettre du psychiamage. Ai-je raison ?

 

Rogue grimaça, mais hocha la tête affirmativement. Il ne servait à rien de mentir.

 

- Je sais ce qu’il a fait, mais je ne peux pas lui refuser une scolarité alors qu’on lui donnera les moyens de vivre normalement, déclara Albus, un peu plus pour lui-même.

- « A priori », répliqua le maître des potions. Il a quand-même traumatisé une jeune fille qui n’arrive même plus à dormir calmement !

 

Dumbledore lui jeta un regard las. La tâche d’un directeur était parfois un peu trop ardue. Il comprenait la détresse de Sélya et la colère de Severus. Mais il devait aussi prendre en compte la détresse de Floyd.

 

- Si cela ne fonctionne pas, nous ne le reverrons à Sainte Mangouste, garantit le directeur.

- Vous pensez un peu à Svanes ? Ils sont dans la même maison, s’énerva Severus bien qu’il s’était promis de ne pas le faire. Elle le verra tous les jours, plusieurs fois par jour même. J’ai passé la majeure partie de cette nuit à la calmer !

- Bien sûr que je pense à elle ! rétorqua durement le directeur.

 

Rogue s’en voulut d’avoir exprimé tout haut sa colère, mais cela avait été plus fort que lui.

 

- D’ailleurs, continua Albus plus doucement, je pense qu’on devrait lui faire rencontrer un psychomage.

- Vous n’y pensez pas sérieusement ?! S’exclama Severus, choqué par cette idée.

- Si même vous, avez du mal à la rassurer, il nous faut bien trouver autre chose.

 

Le maître des potions serra les dents.

 

*

 

Lorsqu’il quitta le bureau du directeur, une demi-heure plus tard, le jeune papa fulminait. Il avait fait de son mieux pour faire changer d’avis le directeur, sans succès. Et maintenant, il devait annoncer à Sélya qu’un psychomage allait venir la voir dans l’après-midi. Mais comment lui dire une chose pareille alors que moi-même je suis contre ?

 

Il s’arrêta quelques minutes devant l’infirmerie pour se calmer. Il ne fallait pas que Sélya le voit en colère. Quand la pression fut enfin redescendue, il pénétra à l’intérieur où la petite demoiselle l’attendait déjà.

 

- Bonjour ! dit-elle joyeusement.

- Bonjour Sélya, répondit Severus qui faisait de son mieux pour contrôler ses émotions.

- Ca ne va pas ?

- Si si, tout va bien, balbutia-t-il.

 

Elle lui jeta un regard suspicieux.

 

Je suis sûre qu’il ment, songea Sélya

Elle sait que je mens…

 

Lui, qui était d’ordinaire si bon pour cacher toute trace d’émotion, avait beaucoup perdu de ses capacités. Il décida donc de lui avouer la vérité.

 

- Dumbledore a décidé, pour ton bien, précisa Severus, qu’un psychomage allait venir te voir cet après-midi.

- C’est quoi un psychomage ? Demanda la fillette incrédule.

 

Ah oui, j’avais oublié qu’elle a été élevée par les moldus… hum, c’est l’occasion de lui expliquer avec tact mon cher Severus.

 

- Eh bien, c’est une personne qui vient parler aux personnes qui ont vécu un grave accident, tenta-t-il sans grande conviction.

- J’n’en ai pas besoin, décréta Sélya. Je t’ai toi, ça me suffit, ajouta-t-elle avec un sourire béat.

 

- Toi et la diplomatie, ça fait trois ! Se moqua sa voix intérieure.

- Je ne suis pas doué avec les enfants…

- Tu étais meilleurs avec le mage noir…

- Tais-toi ! Menaça-t-il.

 

- Malheureusement tu n’as pas le choix.

 

La petite demoiselle fronça les sourcils.

 

- C’est Dumbledore qui en a décidé ainsi, lui rappela Severus.

 

Il ne manquerait plus que ce soit de ma faute.

 

- Et tu n’as rien fait pour le contredire ? Questionna-t-elle.

- Si et de mon mieux. Mais Dumbledore est mon supérieur, se justifia-t-il.

 

Voilà que je me justifie devant une enfant… je tombe bien bas.

 

Sélya, qui ne semblait pas du tout convaincue que son père ait fait du mieux qu’il put, croisa les bras sur sa poitrine. Elle ne doutait pas du fait qu’il fut son père, mais elle doutait encore des sentiments qu’il avait prétendus avoir pour elle. Aussi, elle ressentait la moindre contrariété comme une tentative de son père pour l’abandonner une fois de plus.

 

- Qu’y a-t-il ? Demanda le jeune papa, inquiet par cette attitude.

- Allez-vous-en !

 

Severus se figea et sentit la colère l’envahir.

 

- Ne me parle pas sur ce ton ! Gronda-t-il.

 

Elle lui jeta un regard noir puis lui tourna le dos.

 

Elle me défie en plus ? Elle tient bien de sa mère ! Rouspéta-t-il intérieurement. La colère se retournant contre le directeur, il abandonna Sélya à ses pensées puisqu’elle ne voulait plus lui parler. Mais il n’en avait pas fini avec Albus. Il allait faire une nouvelle tentative pendant le petit-déjeuner.

 

*

 

Sélya attendait anxieusement sur son lit, l’arrivée fatidique du psychomage que son père n’avait même pas su empêcher. Ce dernier n’était pas revenu la voir de la journée et elle s’en voulait de lui avoir crié après.

 

15h sonnait lorsqu’on frappa à la porte de l’infirmerie. Madame Pomfrey, qui avait laissé la porte de son bureau ouverte, se leva et alla ouvrir. Avec appréhension, Sélya tenta d’apercevoir l’inconnu mais l’infirmière lui cachait la vue. Son estomac se contracta un peu plus et ses doigts ne cessaient de se tortiller. La petite demoiselle s’attendait à voir un vieux grincheux, mais quelle ne fut pas sa surprise lorsque Madame Pomfrey s’écarta pour laisser passer un jeune homme d’une vingtaine d’année.

 

- Bonjour, je m’appelle Timothee. Mais tu peux m’appeler Tim, si tu veux.

 

Sa voix était chaleureuse et il lui lança même un clin d’œil. Il s’arrêta à quelques mètres d’elle, comme s’il attendait l’approbation de la petite demoiselle pour s’approcher d’elle. Sélya le dévisagea longuement, tentant de savoir quel genre d’individu cet homme pouvait être. Il était vêtu comme tous les sorciers, d’une robe et d’une cape de voyage, d’un noir profond. Ses cheveux indisciplinés se répartissaient sur le haut de sa tête et tombaient, comme les branches d’un saule pleureur, sur ses épaules. La petite demoiselle fixa le visage bon-enfant du jeune homme, illuminé par deux magnifiques prunelles bleues.

 

Il n’a pas l’air méchant ou grincheux. Il a même l’air sympathique.

 

- Je m’appelle Sélya, dit la petite demoiselle avec un léger sourire.

- Enchanté demoiselle Sélya, répondit-il en s’approchant et en lui tendant une main qu’elle saisit.

 

Comme Dumbledore l’autre jour, le jeune homme fit apparaître un fauteuil et s’assit dedans.

 

- Alors, comment vas-tu ? Demanda Timothee.

- Je vais bien et vous ?

- Eh bien, je crois que je me suis tordu une cheville, mais à part cela, tout va bien. Comme Sélya levait un sourcil interrogateur, le jeune homme s’expliqua : je ne sais pas si tu as vu, mais il a commencé à neiger et j’ai glissé juste devant les grilles de Poudlard.

 

Il se mit à rigoler et entraîna Sélya à sa suite tellement son rire était communicatif.

 

- Madame Pomfrey devrait peut-être vous examiner ? Proposa la petite demoiselle.

- Oh non, dit-il sur le ton de la confidence. Elle risquerait de me garder ici. Non pas que cela me déplairait de rester à Poudlard, mais je préfère quand-même rentrer chez moi.

 

Sélya lui sourit. Elle comprenait très bien ce qu’il voulait dire, car elle aussi, elle aurait bien voulu rentrer chez elle. Mais où était-ce « chez elle » ?

 

- Vous avez été à Poudlard ? S’étonna Sélya.

- Oui, bien sûr, comme toi. A part que j’étais à Gryffondor, mais cela n’a plus d’importance une fois sorti d’ici.

 

A ces mots, la porte de l’infirmerie s’ouvrit et le professeur Rogue entra. Il n’avait pas pu s’empêcher de venir voir comment se déroulait la séance.

 

Sélya se rembrunit, Timothee parut mal à l’aise et l’atmosphère devint aussi lourde que le plomb.

 

- Oh, monsieur O’brian. Vous venez vous ressourcer à Poudlard ? Dit Rogue avec un petit sourire narquois.

- Professeur Rogue ! Je suis… ravi de vous revoir, répondit le jeune homme dans un sourire forcé.

- Ce n’est pas mon cas, le coupa Rogue en s’installant de l’autre côté du lit.

 

Grr, ce qu’il peut être cruel quand il veut. Malgré ce que pensait Sélya, Timothee ne parut pas du tout impressionné par le professeur de potion.

 

- Que venez-vous faire ici, monsieur ? S’enquit-il la mine goguenarde.

 

Severus sentit son corps se crisper, mais il réussit à ne rien laisser transparaître.

 

- Je viens assister à votre entretien puisque Svanes fait partie de ma maison, expliqua-t-il calmement.

- Je regrette, monsieur, (et il appuya bien sur ce terme), mais cet entretien est confidentiel.

- Ne vous en faites pas, professeur, je me débrouillerais très bien sans vous, assura Sélya en lui jetant un regard noir.

 

Non mais ce n’est pas vrai, elle préfère ce Gryffondor malpropre maintenant ? Elle devrait peut-être se rappeler que je suis son père !

 

Il allait avouer la vérité au jeune homme quand celui-ci le devança, car Dumbledore l’avait mis au courant de la situation particulière de Rogue. Au début, il avait été plus que choqué de connaître la vérité. Imaginer Rogue père, doué d’une capacité à aimer, était la chose la plus improbable qui fut surtout pour tous les Gryffondor qui l’avaient côtoyé. Puis il s’était dit qu’il allait peut-être bien s’amuser et il avait eu raison, aux dépends du pauvre Severus qui ne l’avait pas volé à être si féroce toute sa vie.

 

- Et quand bien même vous seriez un parent, vous ne seriez pas autorisé à rester.

 

Mais pour qui il se prend ce gamin ?

 

- Ce n’est pas un gamin qui va me dicter ma conduite ! Dit-il le regard menaçant.

- Je ne suis pas un gamin, répondit solennellement Timothee. Et je ne suis plus votre élève. Vous me devez le respect ! Voulez-vous que nous appelions le directeur ? Il tranchera surement et en ma faveur.

 

Vaincu, Rogue ne trouva rien à répondre, mais la colère et la rancune couvait dans son cœur. Ainsi, sa fille était comme les autres ? Malgré le fait qu’elle était à Serpentard, elle l’abandonnait pour un Gryffondor ? Aveuglé par la jalousie, il en avait oublié que le jeune homme était là pour une thérapie et non pour prendre sa place. Il s’empressa de quitter la pièce, sans se retourner.

 

- Désolé que tu aies assisté à cela. Le professeur Rogue et moi, n’avons jamais été en très bons termes.

- Il n’aime personne, répondit Sélya avec amertume.

- Tu as tort petite demoiselle. Il t’aime toi.

 

Le jeune homme avait retrouvé son sourire.

 

- Personne ne m’aime, lâcha Sélya sombrement.

 

Timothee prit une profonde inspiration. Dumbledore avait eu raison de faire appel à lui, car il sentait bien que la petite n’allait pas bien du tout.

 

- Pourquoi penses-tu cela demoiselle Sélya ?

- Parce qu’on a essayé de me tuer et que mes parents m’ont abandonné, répondit-elle en réprimant un sanglot.

- Ne pleure pas. Thomas ne voulait pas te tuer. Il n’a fait qu’obéir à des voix dans sa tête.

- Comment ça ?

- C’est un peu compliqué, mais je vais essayer de faire simple. Thomas n’a pas eu une vie facile. Je sais que tu as vécu des choses difficiles (Dumbledore lui avait tout expliqué afin qu’il puisse soigner au mieux la jeune fille), mais ce n’est rien comparé à son histoire. Son père a été très méchant avec lui. Il le brutalisait.

- Et sa mère ne l’a pas défendu ? Demanda Sélya d’une petite voix chevrotante.

- Sa mère se faisait brutaliser, elle aussi. Mais elle le protégeait de son corps à plusieurs reprises. Tu vois, Thomas éprouvait un amour profond pour sa mère et quand vous vous êtes rencontrés, il a reporté tout cet amour sur toi.

- Et c’est pour ça qu’il m’a frappé une première fois et qu’il a essayé de me tuer par la suite ?

 

Timothee se gratta la tête. Dumbledore ne lui avait parlé que du dernier incident.

 

- Que faisiez-vous quand il t’a frappée ?

 

Sélya réfléchit quelques instants.

 

- Je lui disais que j’allais habiter chez le professeur Rogue.

- Je vois. Quand tu lui as dit ça, je pense que Thomas l’a ressenti comme un abandon. Cela l’a alors mis en colère et il t’a frappé.

- Mais je ne voulais pas l’abandonner, s’exclama la petite demoiselle.

- Je le sais, ne t’en fais pas. Thomas ne voulait sûrement pas te faire de mal, mais les voix qui sont dans sa tête ont dû lui ordonner de le faire et il l’a fait.

- Il est fou alors ?

 

Timothee grimaça. Il n’aimait pas ce terme de « fou » qui ne voulait strictement rien dire à ses yeux.

 

- Non il n’est pas fou. Mais il a été traumatisé par ce qu’il a vécu et il a besoin d’un peu d’aide pour aller mieux.

- Quel genre d’aide ? Demanda Sélya avec curiosité.

- On lui donne des médicaments.

- Donc, si je comprends. Thomas n’est pas fou et il ne voulait pas vraiment me faire du mal ?

- C’est ça.

- Alors, ce n’est pas non plus de ma faute ?

- Pas du tout, dit-il avec un grand sourire.

 

Il était ravi que la petite soit parvenue si vite à cette conclusion. D’ailleurs, Sélya poussa un soupire de soulagement.

 

- Mais, s’il n’est pas fou, il va revenir ici ? Demanda-t-elle avec inquiétude.

- Oui, mais il ne sera plus comme avant. Il sera le vrai Thomas. Quelqu’un qui t’aimera comme un ami, comme tes autres amis. Il n’aura plus ces voix dans sa tête.

- Vous en êtes sûr ? Insista-t-elle méfiante.

- A cent pour cent, répondit Timothee en souriant de toutes ses dents.

 

Sélya ne put s’empêcher de sourire à son tour. Un poids s’enlevait de sa poitrine et pour la première fois depuis deux jours, elle respira profondément. Mais Timothee n’en avait pas encore fini avec elle.

 

- Tu veux bien que nous parlions de tes parents ? Demanda-t-il gentiment.

 

Ai-je vraiment le choix ? La petite hocha la tête sans toutefois prendre la parole.

 

- Ton père ne t’a jamais abandonné.

 

Sélya ouvrit de grands yeux.

 

- Il ne savait pas que tu étais née. Il ne l’a appris que très récemment.

- Vous en êtes sûr ? Insista Sélya plus perplexe que jamais.

- A cent pour cent, demoiselle Sélya. Et tu vois bien que même lors de notre séance, il a essayé de venir te voir. Il prétend que c’est parce qu’il est directeur de Serpentard, mais ce n’est pas la vraie raison. C’est parce qu’il tient à toi. Il t’aime !

 

Une fois de plus, le cœur de Sélya se gonfla de bonheur. Cette fois-ci, elle ne doutait plus. Timothee venait de lui ouvrir les yeux sur la vérité. Papa m’aime vraiment. Elle se mit à sautiller sur son lit et Timothee éclata de rire devant ce spectacle. La terreur des cachots était plutôt un cœur d’artichaut. Il se l’était toujours dit.

 

Mais soudainement, Sélya se figea.

 

- Qu’y a-t-il ?

- Il doit m’en vouloir de ce que je lui ai dit ! s’écria-t-elle avec horreur.

- Calme-toi !

 

Timothee prit la demoiselle par les épaules et la força à rester assis sur son lit.

 

- Il ne t’en voudra pas parce qu’il t’aime. Cela lui faisait bizarre de dire cela, mais il s’efforça de le faire quand-même. Et il t’en voudra encore moins si tu te dépêches de t’excuser et si tu lui fais un gros bisou baveux ! (une dernière vengeance…)

 

La petite demoiselle ne se le fit pas dire deux fois et se dépêcha de sortir de son lit et courut vers la porte. Mais avant de sortir elle s’approcha du psychomage.

 

- T’es vraiment psychomage ?

- Bah oui, répondit-il étonné par la question.

- Alors, tu peux me dire qui est ma mère ?

- Je suis désolé, mais je ne le sais pas.

 

En effet, Dumbledore ne lui avait dit que le stricte nécessaire.

 

- C’n’est pas grave ! Je suis contente que tu sois venu. Tu es très gentil !

- Merci demoiselle Sélya. Allez, files vite. Ton père doit déjà se morfondre dans son cachot.

 

Elle lui fit un dernier clin d’œil et s’élança dans les couloirs de Poudlard. Elle arriva quelques minutes plus tard à destination et entra précautionneusement dans la salle de classe. Mais Rogue n’était pas là. Il était dans son bureau privé en train de corriger une copie à coup de ratures rouges.

 

Sélya se précipita dans le bureau et sauta sur les genoux de Severus qui fut trop abasourdi pour réagir. Il n’avait vu qu’une tornade rousse débouler dans son bureau et avait à peine eu le temps de reposer sa plume.

 

- Papa je suis désolée de ce que je t’ai dit. Je t’aime, lui murmura-t-elle à l’oreille.

 

Alors, par ces simples mots, Severus oublia instantanément ce qui venait de se passer et serra un peu plus fort, sa fille contre lui. Un sourire béat se dessina sur leurs deux visages. Le ciel pouvait bien leur tomber sur la tête, à ce moment, plus rien ne comptait pour eux. L’un et l’autre se permettait enfin d’aimer sans restriction. Enfin, sauf une dernière : celle de ne rien montrer au grand jour…

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