Interdit d'Aimer

Chapitre 21 : Epilogue

Par Fleurdesoie

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Chapitre 21 : Epilogue ou l’apprivoisement de Noël

 

Sélya n’était pas retournée à l’infirmerie, car Madame Pomfrey n’avait pas trouvé de raison pour la garder. L’infirmière avait assuré au directeur et au professeur de potion, que la petite demoiselle ne souffrait d’aucune séquelle physique. Alors, celle-ci avait pu retourner à son dortoir avec ses camarades Serpentards qui ne l’intéressaient définitivement pas.

 

Heureusement qu’elle avait Martha et Clo, sinon elle se serait sentie bien seule malgré la présence de son père retrouvé. D’ailleurs, Rogue n’avait encore de père que l’appellation, car ce n’est pas un rôle qui s’apprend en quelques jours. Il continuait à passer du temps avec Sélya qui ne s’en plaignait pas, mais ils avaient du mal, l’un et l’autre, à se comporter comme deux membres d’une même famille. Certes, Severus montrait de l’affection pour la petite demoiselle qui le lui rendait bien, mais il faisait preuve aussi d’une forte maladresse. Et Sélya ne pouvait s’empêcher de continuer à le voir comme son professeur.

 

Heureusement, les vacances de Noël approchaient à grands pas, si bien que le 25 décembre pointa le bout de son nez sans que Sélya ne s’en rende compte. Il faut dire aussi, qu’élevée dans un orphelinat, Noël n’était pas forcément synonyme de cadeaux et de grandes joies. Peut-être, cela changerait-il cette année ? En tout cas, c’était bien le souhait du jeune papa qui voulait se faire pardonner toutes ces années d’absence (involontaire…).

 

Il lui avait fallu beaucoup de temps et de réflexion pour concevoir son projet de Noël, mais en ce jour, il était prêt. D’autres sentiments étaient venus à sa rencontre depuis qu’il savait pour Sélya : l’envie de bien faire et l’envie de faire plaisir. Ce fut donc très angoissé qu’il appréhendait cette journée. Pour lui, c’était comme le test final dont dépendait la suite des événements.

 

Pour elle, qui n’avait rien envisagé de particulier, ce jour allait ressembler aux autres, hormis le fait qu’elle ne le passerait pas seule. En tout cas, elle l’espérait. Depuis le début des vacances, Severus s’était fait distant, se disant accablé de travail. Comment cela était-il possible puisque c’était les vacances ? Martha était retournée dans sa famille pour y passer les fêtes, mais Clo était resté. Ce fut donc avec lui qu’elle partagea ses doutes et ses craintes. En effet, elle lui avait révélé, non sans prier intérieurement pour que le maître des potions ne sache pas, la vraie nature de ce qui la liait au professeur Rogue.

 

Elle n’aurait jamais osé le dire à Martha, mais Clo était différent, c’est pourquoi elle avait rassemblé son courage et malgré l’appréhension, lui avait tout avoué. Contrairement aux Gryffondors qui étaient très remontés contre le professeur de potion, les Serdaigles étaient beaucoup plus pacifiques et réfléchis. Au début, le jeune homme fut plutôt dérouté par la nouvelle et il lui fallut un peu de temps pour vraiment l’assimiler. Mais une fois cela fait, il s’était réjoui pour son amie, l’avait félicitée et bien sûr, rassurée. Qui aurait cru que ce petit bout d’homme sache dire autre chose que « reste cool » ?

 

Ce fut donc une Sélya sereine et un Severus angoissé qui se mirent au lit, le soir du 24 Décembre. L’une fit un paisible rêve de pâtisserie, tandis que l’autre imaginait la réaction de la petite demoiselle. Evidemment, il ne rêvait que de situations pénibles où la petite demoiselle se mettait en colère ou se moquait de lui…

 

- Ah pauvre de moi. Pourquoi ai-je écouté ce directeur de malheur, s’indigna-t-il lorsqu’il se réveilla au matin du 25 décembre.

 

Le jour pointait à peine le bout de son nez, mais c’est bien connu, les mauvais rêves n’engendrent pratiquement jamais de long sommeil. Severus se leva donc et prit une bonne douche. Puis il s’habilla et fignola sa surprise pour Sélya.

 

Peu après, il quitta son appartement pour se rendre dans la salle commune de Serpentard. Il pria intérieurement pour que personne ne soit encore levé puis donna le mot de passe. Lorsqu’il fut entré dans la pièce aux pierres froides, il vit avec soulagement qu’aucun élève n’y traînait. Les dortoirs des filles étaient normalement protégés par un enchantement qui empêchait tout garçon d’y avoir accès, mais ce sortilège ne s’appliquait pas aux professeurs. Severus put donc aisément se rendre dans la chambre de Sélya, qu’il réveilla gentiment.

 

- Sélya, réveille-toi, murmura-t-il.

 

Après un long bâillement, la petite demoiselle ouvrit des yeux ensommeillés pour voir qui avait eu l’audace de la réveiller. Elle réprima un cri en s’apercevant de la présence de Severus qui lui fit signe de ne pas faire de bruit.

 

- Qu’y a-t-il ? Demanda-t-elle mi-inquiète, mi-curieuse.

- Ne pose pas de question et suis-moi.

 

Sélya ne se fit pas prier et emboîta le pas à son professeur en se demandant bien ce qu’il y avait de si urgent pour lui faire quitter le dortoir en pyjama. Lorsqu’elle vit qu’il prenait le chemin de sa salle de classe, sa curiosité et son inquiétude montèrent d’un cran. Ils traversèrent la pièce en un rien de temps et se retrouvèrent face au tableau représentant un serpent.

 

- Parens Nata, déclara distinctement Severus. Souviens-toi de ça, ajouta-t-il à l’adresse de Sélya.

- Mais… ? Commença la fillette.

- Pas maintenant. Viens !

 

Il la prit par la main et l’entraîna à l’intérieur. Rien que ce geste, était un cadeau pour la petite demoiselle qui ne voyait décidément pas où il voulait en venir. Lorsqu’elle fut de l’autre côté du tableau, ses yeux s’arrondirent de surprise. Une bannière verte et argent trônait au milieu de la pièce.

 

« BIENVENUE DANS TA NOUVELLE MAISON »

 

Qu’est-ce que cela veut dire ? Pensa Sélya. Elle se tourna vers Rogue et posa sur lui son regard interrogateur. Son cœur commençait à s’accélérer dangereusement, de peur de comprendre de travers les intentions de ce dernier.

 

- Eh bien, commença celui-ci, j’ai pensé que…

 

Maintenant qu’il devait lui expliquer, il ne trouvait plus ses mots. Je suis stupide. En plus, je suis sûr qu’elle va refuser !

 

- Oui ? Dit Sélya sur un ton encourageant.

 

Severus reconsidéra rapidement sa décision. Tu es sûr de toi ? Tu ne pourras plus faire marche arrière après cela. Il prit une profonde inspiration et avoua à Sélya ce qu’il avait préparé pour elle :

 

- J’ai pensé que tu pourrais revenir habiter ici, avec moi…

 

Pour la première fois depuis des années, il avait envie de rentrer six pieds sous terre, cependant il ne lâcha pas du regard sa petite fille.

 

Il a vraiment dit ce que je viens d’entendre ? S’effara intérieurement la petite demoiselle. Un énorme sourire commença alors à se dessiner sur le visage de Sélya. Elle se trémoussa de joie devant Severus qui resta là, les bras ballant, à l’observer. Je suppose que cela veut dire qu’elle est d’accord. Toute la tension qu’il avait accumulé jusque là quitta enfin son corps et le jeune papa invita Sélya à visiter son nouveau « chez elle ».

 

Le salon ressemblait en tout point au salon qu’ils avaient partagé tous les deux quelques semaines plus tôt. En revanche, plus aucun lit ne se trouvait dans la pièce. Tout de même, un peu d’intimité, avait pensé Rogue en préparant sa surprise. Grâce à Dumbledore, à qui il avait bien fallu exposer le projet, l’appartement contenait maintenant deux chambres, mais une unique salle de bain. Severus conservait sa chambre qui ne subissait aucun changement tandis qu’une deuxième se greffait magiquement. Bien sûr, il avait pris soin de la décorer aux couleurs de Serpentard. Voilà ce qui l’avait occupé pendant les vacances.

 

Plusieurs fois, il vit Sélya ouvrir de grands yeux d’étonnement et de joie. Severus venait de lui faire le plus beau cadeau de Noël de toute sa vie. Elle se pinça pour être sûre que tout ceci n’était pas un rêve. Sa chambre était magnifique. Le grand lit à baldaquin trônait au milieu de la pièce avec ses voilages vert-foncés tandis qu’un petit bureau avait pris place non loin de la porte d’entrée. Les murs de pierres étaient habillés de jolies tentures pour réchauffer l’atmosphère pendant qu’un poêle finissait de mettre de la chaleur.

 

Sélya ne put retenir plus longtemps ses larmes de joie et se jeta dans les bras de Severus.

 

- C’est très beau. Merci Papa !

 

S’il avait été un chat, il aurait ronronné de plaisir, mais comme il n’en était pas un, il se contenta de sourire et de se traiter d’idiot pour avoir été aussi angoissé. Sélya n’avait pas de cadeau pour lui, mais sa réaction était le plus beau cadeau du monde à ses yeux.  Il l’entraîna alors gentiment vers le salon où chacun prit place sur leur canapé favori. Ils ne déjeuneraient pas dans la Grande Salle ce matin, Severus y avait veillé. Sous leurs yeux, le petit-déjeuner était servi sur un large plateau d’argent qui reposait sur la petite table basse. Une délicieuse odeur s’empara de leurs narines et Sélya ne put se retenir plus longtemps.

 

J’ai une fille gourmande, constata avec amusement le jeune papa. Il était temps pour lui d’agir en tant que tel et ce n’était pas en voyant Sélya une fois par jour qu’il pourrait y arriver. Elle devait venir avec lui, même s’il doutait que le règlement de Poudlard autorise ce genre de pratique. Il avait posé la question à Dumbledore qui s’était contenté de se réjouir de cette décision. En revanche, tout cela n’était pas sans conséquence.

 

Tout d’abord, Sélya allait, une fois de plus, disparaître de sa salle commune et de son dortoir. Elle risquait donc d’être coupée de ses amis Serpentards, sauf que Severus ne savait pas qu’elle n’en avait aucun. Puis, les autres élèves n’étant pas idiots, ils finiraient par poser des questions. Ce jour-là, Rogue devrait s’expliquer publiquement. Heureusement, la plupart étaient partis pendant les vacances. Il aurait au moins ce répit.

 

En plus de faire cela parce qu’il en avait envie, il le faisait aussi parce que Floyd reviendrait un jour ou l’autre. Ainsi, en gardant Sélya près de lui, elle risquait beaucoup moins que si elle restait en sa présence.

 

- Papa ?

 

Severus sortit de sa rêverie. Cela faisait déjà deux fois qu’elle l’appelait ainsi. Ce moment-là était-il déjà venu lui aussi ? Ce petit mot créait chez lui du plaisir, mais il faisait aussi naître l’angoisse de ne pas faire ce qu’il faut, de ne pas être un bon père.

 

- Oui ? Demanda-t-il.

- Merci pour ce fabuleux cadeau, dit Sélya, le regard brillant.

- Je suis content que cela te plaise.

 

Au moins, je ne me suis pas embêté pour rien, ajouta-t-il pour lui-même. Puis, honteux d’avoir pensé une telle chose, il se mordilla la joue.

 

- Papa ? Demanda à nouveau la petite demoiselle.

 

Severus ne broncha pas à cette nouvelle appellation.

 

- Qu’y a-t-il ?

- On pourra faire une potion après ?

- Tu es incorrigible ! S’amusa Severus.

 

Sélya rougit sans toutefois le lâcher du regard. Alors, il capitula et après avoir expédié le petit-déjeuner, ils se mirent au travail. Mais ce n’était plus une potion professeur-élève, c’était une potion père-fille. L’apprivoisement avait commencé. Bonne chance Sélya et bonne chance à Severus qui risque d’en voir de toutes les couleurs…




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